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La Maçonne

Guerre de Tranchée (3) : l’avantage des femmes.

Guerre de Tranchée (3) : l’avantage des femmes.

Dans deux articles précédents (liens ci-dessous), je vous ai présenté les arguments contre la mixité, aussi bien du côté des frères que des sœurs. Cet article – ouvert à la discussion comme tous (sinon je les garderais rien que pour moi) – pose cette question fondamentale : et les femmes ?

En effet, il fort probable que les arguments anti-mixité, ne sont pas contre les hommes qui pratiquent une maçonnerie mixte, mais contre les femmes et leurs initiations. Pour preuve, la position de la GLDF qui reçoit en visite dans ses loges des frères d’obédiences mixtes. On me répondra : « parce que ce sont des hommes ». Ben oui, parce que justement ce sont des hommes – et pas des femmes, donc – et peu importe finalement leur obédience, leur pratique maçonnique, la qualité de leur initiation si c’est celle-ci qui est mise en doute, … être un homme suffit. Autrement dit, si la GLDF avait un argument cohérent, dans un premier temps, nous le connaîtrions toutes et tous depuis longtemps – dans un second temps, elle ne recevrait pas plus de frères d’obédiences mixtes que de sœurs – si leur problème était vraiment la mixité.

Pourtant, les sœurs – les femmes – ont un avantage, même plusieurs, que nos frères n’ont pas (à part ceux qui travaillent en mixité) :

  • Les origines du Droit Humain et ensuite celle de la Grande Loge Féminine de France sont féministes et sociales. Ainsi le débat sur les fameux sujets sociétaux que nos frères ne résolvent pas n’existe pas pour les sœurs. S’il apparait – ce qui arrive – il est vite résolu par l’histoire de l’initiation des femmes (un peu de culture maçonnique ne nuit pas) et par les nombreuses commissions qui existent au sein des obédiences féminines et mixtes, qui ne se contentent pas des questions à l’étude des loges, mais à des questionnements sociétaux, tels que la laïcité, les droits des femmes, la bioéthique. Une sœur m’a rappelée dernièrement que la GLFF avait, il y a dix ans, fait voter une lettre par son convent -adressée à Jacques Chirac, alors Président de la République, qui demandait l’abolition de la prostitution. La loi est actuellement (et seulement) à peine en discussion aujourd’hui. C’est d’ailleurs la seule obédience qui arrive à faire voter ce type de démarche lors de ses convents – une démarche purement et strictement sociétale –
  • Les femmes – que ce soit dans les obédiences mixtes (les frères confirmant la tendance) ou féminines – peuvent côtoyer aussi bien des sœurs ayant des démarches spirituelles théistes comme athéistes. Que constatons-nous dans les débats des obédiences GODF, GLDF, Confédération Maçonnique, GLNF et cette discussion affligeante sur qui est « régulier » ou pas … ? Ils n’arrivent pas à assembler dans les mêmes loges, sous un même rite plusieurs types de spiritualité – voir même à éviter de critiquer ou de dénigrer la démarche des uns par rapport à celle des autres. Ce type de conflit n'existe pas. Je suis assez bien placée étant moi-même athée (autant dire que je les cumule).
  • Les femmes – et donc les sœurs – savent initier des hommes dans les obédiences mixtes, mais aussi initier des femmes. Elles reçoivent sans, a priori, les frères comme les sœurs de toutes les obédiences. Le GODF, pour exemple, initie certes des femmes, mais des loges du GODF ne reçoivent pas de sœurs en visite, même les sœurs du GODF. Cela suivant le principe de « la souveraineté des loges ». Cette séparation hommes/femmes au sein d'une même obédience n’est pas possible dans une obédience mixte. Ce qui m'oblige à préciser que le GODF n'est pas une obédience mixte, mais une obédience masculine qui a des loges mixtes.

Ainsi, les obédiences féminines et mixtes, non seulement ont résolu toutes les questions qui surgissent actuellement (encore !) sur la franc-maçonnerie, sa pratique – sociétale et symbolique -, sa démarche théiste et athéiste, la mixité ou la non-mixité, l’initiation des femmes comme celle des hommes, mais aussi pratiquent au sein de leurs obédiences ces solutions aussi nombreuses, originales, et ouvertes aux autres - à l'autre.

Certes, nous pouvons trouver des exemples de sœurs – et donc de femmes – qui à la GLFF sont « contre la mixité » ou qui - au DH comme à la GLFF, jugent qu’une démarche spirituelle athéiste comme étant impossible, ou qui considèrent que « faire des planches sur des sujets sociétaux », ce « n’est pas maçonnique ». Ces positions ô combien dogmatiques et fermées ne sont finalement pas un problème dans les obédiences. De toute manière, elles croiseront toujours une sœur athée, une autre qui se penchera sur tel sujet sociétal – quand ce n’est pas toute une obédience - ou une troisième qui sera affiliée dans deux obédiences : une mixte et une féminine, qui ne pourront que contredire ces « grandes » idées (à moins bien sûr de les éviter).

Pourtant, les obédiences mixtes et féminines vont se trouver, si elles ne s’y trouvent pas déjà, devant une contradiction : la « non-réciprocité » des visites. Il y a « non-réciprocité » parce qu’un jour ces obédiences ont décidé de recevoir des frères qui ne les reçoivent pas. Autrement dit, les obédiences féminines et mixtes ne sont pas obligées d'accepter cette inégalité.

La Grande Loge Féminine de France avait auparavant ce qui était appelé « la loi du Talion ». Le Droit Humain, qui a des origines historiques communes avec la Grande Loge de France, a toujours été en situation de « non-réciprocité » et la discussion pour elle est un peu plus complexe. Pourtant, la GLMU, la GLMF n’ont pas le même historique et reçoivent des frères des obédiences qui ne reçoivent pas de sœurs.

Parlons concrètement. Que signifie pour une obédience mixte la « non-réciprocité » des visites pratiquées allégrement par la GLDF ?

Cela signifie que la GLDF n’a pas reçu le Grand Maître de la Fédération Française du Droit Humain de 2007 à 2012, parce que c’était une femme. Elle a ouvert ses portes (en grand) aux deux Grands Maîtres de la Fédération Française qui lui ont succédé. Depuis 2007, la GLDF ne reçoit pas le Grand Maître du Droit Humain International, c’est-à-dire ceux qui « chapeautent » celui de la Fédération Française (comme les autres fédérations dans le monde). Ce sont des femmes, des françaises : Danielle Juette de 2007 et 2012, et Yvette Ramon depuis 2012 qui risque fort de quitter ses fonctions qu’en 2017. Bref, durant 10 ans, la GLDF ne verra même pas la couleur d’un Grand Maître du Droit Humain international.

Yvette Ramon a été obligée, dit-on, lorsqu’elle était Grand Maître de la Fédération Française, d’envoyer une « délégation de frères » pour la représenter. L’histoire ne dit pas combien d’hommes il a fallu. Pour une obédience féminine, c’est plus simple - ce n’est aucune, qu’elles soient Grande Maîtresse ou non, elles restent à la porte. On daigne - et les frères appellent cela "avoir de bonnes relations" - les inviter à des conférences publiques, profanes donc - à des groupes de travail tout aussi profanes, ...

Comment des obédiences féminines et mixtes en sont arrivées à accepter cette farce ? C’est la sœur A. LVN, que j’ai déjà cité dans mon précédent article, (in Critica Masonica ) qui va répondre :

« Nous considérions que la réciprocité viendrait bien un jour et, qu’à ce titre, nous faisions montre d’une angélique patience (qui a dit féminine ?) nous permettant de repousser à demain la réflexion sur les fondements de cette exclusion continue dans le temps. Que d’aucunes refusent de se positionner en « féministes » ( ?) voire en maçonnes de combat ( ??) et se disent satisfaites de l’état des choses est un droit absolu et ne trouve ici aucune entrave, même si cette attitude ne peut être source de progrès, ni dans, ni hors des temples. Mais restons dans un premier temps dans le temple. Quelle franc-maçonnerie peut se construire sur ces schémas ? ».

Nous considérions, mais nous ne considérons plus – Du moins, tôt ou tard, l’évidence va frapper toutes les sœurs de toutes les obédiences. Les 7 principes de la GLDF au sein de sa toute jeune Confédération annoncent assez clairement la couleur : non-mixité. Inutile d’épiloguer sur ce point. La GLDF a fait un choix obédientiel. Aux sœurs de le mesurer à l’aune de leurs croyances : vous, qui voulez un autre monde, une maçonnerie où les femmes seraient les égales des hommes, ce n’est pas pour tout de suite. Pas pour ce siècle, tout au moins.

La génération de femmes qui entrent dans nos temples, née après 68, sont de nature moins « angéliques ». Elles ont l’exemple de la génération d’avant. Leurs mères ont battu le pavé pour leurs droits, pensé que tout était gagné dans les années 80 pour leurs filles - le féminisme était démodé (?) – Arrivée à l’âge de la retraite ont ressorti les banderoles des placards, ouvrant associations féministes sur associations. Est-ce que les filles de ces femmes vont comprendre (et comprendre quoi ?) la non-réciprocité, l'exclusion continue des femmes? Bien sûr que non.

Que choisiront-elles ? Car il est évident que ne pas recevoir les frères des obédiences qui ne pratiquent pas la stricte réciprocité, c’est aussi regarder du côté du GODF et, pas uniquement, ses loges ou frères. Il est aussi évident que cela remettra en cause les visites en tenue du Grand Maître de la GLDF, lors des convents par exemple de la GLFF – qui d’aucun ne semble vouloir se priver – Ce qui ne l'empêchera pas de l'inviter à des conférences publiques et autres activités profanes.

C’est aussi s’interroger, pour les obédiences mixtes et ses soeurs, sur la présence du Grand Maître du Droit Humain quand il est un homme à la GLDF, alors qu’il sait que le Grand Maître précédent n’était pas reçu car étant une femme (ceci est valable pour toutes les obédiences mixtes). Si les obédiences mixtes sont liés aux masculins par leur juste mixité, le débat sera, très certainement, plus aisé dans une obédience féminine comme la GLFF.

Le débat n'est pas vraiment - de mon point de vue - obliger une réciprocité, mais de prendre les faits tels qu'ils sont et d'en tirer les conclusions - et des conclusions pour les femmes - leurs obédiences et leurs intégrités morales.

Le machiavélisme féminin est sans limite. Tant que des frères de la GLDF visitent des loges féminines ou mixtes, ils sont en mixité, dans des tenues adogmatiques et pratiquent finalement la même maçonnerie qu'une soeur. Ils peuvent toujours faire des listes de règles - Personne n'est dupe. S’il y a bien une chose que les sœurs ont compris est que « l’irrégularité » est une maladie contagieuse, voir même sexuellement transmissible.

Les obédiences féminines et mixtes peuvent revoir, de leur côté, les conditions de visite lors de leurs tenues, mais elles ne rompront pas les-dites relations "fraternelles", laissant cette attitude et cette décision à la seule GLDF.

Les femmes ont de nombreux avantages.

Lilithement vôtre,

Guerre de tranchée (1) : http://lamaconne.over-blog.com/guerre-de-tranchee-la-n%C3%A9cessaire-non-mixite

Guerre de tranchée (2) : http://lamaconne.over-blog.com/guerre-de-tranch%C3%A9e-2-le-conjoint-%26-l-initiation-les-impensables-de-la-non-mixit%C3%A9

Pour vous procurer Critica Masonica que je cite : http://lamaconne.over-blog.com/la-revue-critica-masonica-est-disponible-aux-conditions-suivantes-n-1-17

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Olivier 02/11/2013 23:16

J'ai choisi de travailler en non mixité de façon intuitive, sans réfléchir à des raisons précises. Je me sens bien comme ça et, me semble t'il, l'important est d'avoir le choix et de respecter celui des autres.

La Maçonne 03/11/2013 10:47

Un choix respectable.

Jean-Yves 21/10/2013 14:52

La seule raison du refus de la GLDF jamais entendue, est celle de la crainte de transformer les tenues en séance de Lupanar... Faut dire avec quelques raisons.... toutes ces Lilith en puissance... (mdr...)

La Maçonne 21/10/2013 21:10

Rhoo, Jean-Yves ...