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La Maçonne

Franc-maçonnerie : le « entre femmes » au XXIème siècle.

Franc-maçonnerie : le « entre femmes » au XXIème siècle.

Il existe deux obédiences en France qui permettent aux femmes de travailler ensemble – et entre elles : la Grande Loge Féminine de Memphis-Misraïm avec un peu plus de 1000 sœurs et la Grande Loge Féminine de France avec 14000 sœurs. Cette dernière obédience est la plus importante obédience féminine au monde.

Si un « entre hommes » ne pose aucun problème pour les francs-maçons, voir même est revendiqué comme étant la seule maçonnerie véritable, en opposition avec la mixité, cela n'est pas le cas pour un « entre femmes ». Une maçonnerie féminine entend, bien sûr, l'initiation des femmes mais aussi de leur donner la possibilité et les moyens d’un travail authentique, en « féminité », entre elles, c’est-à-dire sans que l’obédience soit soumise ou subisse les pressions d’une ou plusieurs obédiences masculines.

Les obédiences mixtes et féminines ont été reconnues par les obédiences masculines qu'à partir de 1970, soit presque 80 ans après la fondation du Droit Humain (mixte) et 25 ans après la fondation de la GLFF. Il a fallu attendre que toute une jeunesse aille dans les rues pour faire évoluer un GODF ou une GLDF, censée être un « laboratoire d'idées nouvelles ». C’est la rue qui a parlé, donné le ton et le sens d’une évolution sociale pour les femmes. Dans un même ensemble, ont été ainsi acceptées une, déjà ancienne obédience mixte, et une jeune obédience féminine, avec, bien sûr quelques nuances historiques pour l’une et pour l’autre.

Comment est perçu au XXIème siècle cet « entre femmes » en franc-maçonnerie ?

Il est courant d'entendre dire que les femmes préfèrent la mixité. Que là est leur avenir – leur seul avenir. Or, les effectifs féminins en franc-maçonnerie, pour la France, démentent furieusement, cette thèse. Elles sont à égalité en mixité et « entre femmes », ce qui n'est pas le cas des hommes, préférant un « entre hommes » majoritairement (à 90%). Personne n'explique d'ailleurs comment cette mixité, choix idéal pour les femmes, peut exister si les hommes majoritairement préfèrent rester entre eux et le disent sans user spécialement de délicatesse. Faut-il estimer qu'il n'est pas envisagé, dans l'avenir, que les effectifs féminins en maçonnerie puissent devenir aussi importants que ceux des hommes ? 30 000 femmes en France pour 160 000 membres. Est-il question, au travers cette « mixité obligatoire », « mieux pour elles ou la société », de laisser aux hommes la possibilité d’avoir des choix d’initiation que les femmes n’auront pas et de définir le chemin initiatique des femmes selon eux et non pas selon ce qu’elles veulent ? Ne pas laisser cette « deuxième moitié de l’humanité », les femmes donc, seule – et surtout « entre elles » ?

C'est début des années 2000, que Libération publie un article sur la Franc-maçonnerie, introuvable aujourd'hui, qui a nécessité une mise au point – et un droit de réponse de la part de la Grande Loge Féminine de France, tout simplement parce que Libération supposait que toutes les sœurs de la GLFF étaient homosexuelles et que c'était une des raisons de cet étrange « entre femmes ». C'est aussi un Grand Maître du GODF qui donne le ton, si je puis dire : il s'est illustré par des propos :« Que de garages à bites ! » en entrant dans une assemblée de la GLFF, gagnant ainsi le trophée du plus gros sexiste de ces dix dernières années. Ces deux exemples parlent pour eux-mêmes : un journal de gauche et un grand maître d'une obédience qui se présente comme progressiste. On peut craindre le pire de la part de frères d'obédiences plus attachées aux Constitutions d'Anderson !

Le « entre femmes » dérange et énerve. Il devient insaisissable, donc méprisé et raillé. Pourquoi cela ?

L’explication est, tout d’abord, très certainement historique. En 1795, les femmes étaient interdites de se réunir à plus de cinq dans la rue. En 1804, le Code Napoléon instaure l'incapacité juridique de la femme mariée. En 1848, la 2ème république ne donne pas plus de privilège aux femmes et leur interdit même d'assister aux réunions politiques. C'est seulement en 1924, que les programmes scolaires sont identiques pour les filles et les garçons et à partir de 1966 que les écoles sont mixtes. Ainsi, ce mépris de la part de la gente masculine proviendrait de l'obscurantisme du 19ème siècle. Pourquoi pas. Cela me paraît bien fragile. Il y a très certainement des motivations plus sournoises, c'est-à-dire plus politiques.

On trouvera aussi des réponses - ou des pistes - dans les théories de groupe. C’est en 1999 qu’est développé la « Théorie de la Dominance Sociale » (sociologie de groupe), qui détermine pourquoi et comment les hiérarchies sociales se mettent en place et sont acceptées. Selon cette théorie, dans toute société, il y aurait un groupe qui détiendrait une hégémonie et des groupes dominés.

Pour Sidanius et Pratto : « chaque société développe des idéologies ou mythes légitimateurs qui accentuent ou au contraire atténuent la hiérarchie sociale ». Les mythes légitimateur sont les attitudes, croyances et valeurs qui justifient intellectuellement et moralement la hiérarchie sociale. Il existe selon cette théorie, deux types d’idéologies, celles qui maintiennent ou augmentent la hiérarchie sociale ; ce sont les croyances comme le sexisme, conservatisme politique, préjugés … et celles qui l’atténuent comme le féminisme, socialisme, multiculturalisme…. Plus les individus sont en accord avec la hiérarchie sociale, plus ils développent des comportements ou propos conservateurs, sexistes, racistes, homophobies… c’est-à-dire ils adhèrent à des idéologies de légitimation. Dans un environnement ou la norme est l’évolution sociale, la tendance est opposée.

Est-ce qu’un « entre femmes » est légitime en franc-maçonnerie ? Je répondrais, a priori, non - au regard de ce que peuvent essuyer les sœurs de ces obédiences soit au niveau de leur groupe, qu’à titre individuel. J’en fais l’expérience avec ce blog – destiné aux femmes, décidant ainsi d’un « entre femmes » virtuel, qui suffit à lui-seul – bien qu’il n’existe pas pour ce blog – d’avoir été attaqué. L’idée seule est une provocation. Je réponds aussi non – au regard du sexisme avéré – deux mythes de légitimation ? – pour les deux exemples que j’ai cités.

Cet « entre femmes » en franc-maçonnerie, méprisé, non légitime, est finalement encore une désobéissance sociale au XXIème siècle. Une désobéissance assumée.

Lilithement vôtre,

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Louise 14/01/2015 18:54

Bonjour chère Madame,

Je suis une femme entrepreneur et c'est en faisant des recherches sur ce qu'est la "Femme Moderne" que j'ai atterrie sur cette page de votre blog. Je lis le dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, régulièrement pour me documenter et comprendre certains aspect de la vie, personnel, professionnel, culturel ... etc. Je ne sais pas pourquoi l’ésotérisme me fascine mais en tout cas, il m'aide à trouver ma vérité chaque jour. Je me demandais si vous pouviez me préciser votre parcours maçonnique et me dire pourquoi vous faites cela ? votre réponse m’intéresse. N'hésitez pas à m'envoyer un mail ! bien cordialement, Louise.

Rastetter 25/01/2014 09:59

L'adoption par la maçonnerie féminine de rituels masculins, plus exactement le recherche de patentes auprès des obédiences masculines, n'est-elle pas l'expression d'une violence symbolique ?

À propos du rituel d'adoption, n'a-t-il pas été écrit par des hommes pour des femmes?
Savons-nous si des femmes ont participé à son élaboration?

La Maçonne 25/01/2014 15:31

Le rituel d'adoption qui a été utilisé par les loges d'adoption après 1900 (GLDF) aurait été rédigé par O.Wirth et apparu plusieurs années après l'existence de la première loge d'adoption. Les soeurs travaillaient au REAA jusqu'en 1911. Voir 1914
Les RL d'adoption du 18ème siècle travaillaient au rite de la loge masculine. Très difficile d'émettre une règle et de définir un seul mode d'adoption
Pour les patentes, le DH a les siennes et aucune obédience ne lui a donné. C'est une transmission initiatique.
La GLFF n'a pas de patentes pour le REAA des 3 premiers degrés - Les patentes des hauts grades proviennent d'une obédience féminine anglaise, ex-DH. La GLDF a remis des patentes des 3 degrés au REAA en 2006 (on se demande à quoi elles servent).
Donc la fondation des obédiences féminines et mixtes sont indépendantes des obédiences masculines.
Elles ont cherché la "transmission" pas la patente, qui ne sert qu'aux jeux de reconnaissance des obédiences masculines.