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La Maçonne

Ceci est une jupe.

Ceci est une jupe.

Cela fait longtemps que j’ai compris que quoiqu’elles mettent, les femmes ont toujours tout faux : soit leur jupe est trop longue, soit elle est trop courte, bref jamais à la bonne longueur.

Si vous pensez le sujet futile et sans intérêt, détrompez-vous. De nombreuses écoles publiques réfléchissent à cette navrante question : la longueur des jupes des filles.

En septembre 2012, le lycée Branly de Nogeant/Seine a ainsi sonné le glas de la jupe courte, sauf avec collant opaque (précise-t-on) pour les filles et le short pour les garçons (sans préciser la teneur exacte des collants qui leur sont permis). Seulement, les examens de passage à l’entrée furent plus strictes que prévu par les intelligences émettrices de ces interdits : interdit la petit jupe écossaise arrivant aux genoux, les bretelles du soutien-gorge qui dépassent du t-shirt sont devenus l’ennemi numéro 1 de l’établissement. En 2010, c’est un collège privé qui s’y est collé, « constatant une dérive vestimentaire sans limite », interdisant jupe et pantacourt (qui me semble arrivé aux genoux ?) pour les filles, ainsi que les shorts et bermuda pour les garçons. Moins touchés, rappelle-t-on car guère attaché aux tenues montrant leurs mollets. Les élèves furent refoulés dès le lundi suivant : jean obligatoire à 25°C. Une école élémentaire du Finistère interdit la jupe et le maquillage pour les filles, ainsi que les talons hauts. En mars 2012, une lycéenne de Saint-Ouen s’est vue priée de rentrer chez elle. Motif : sa jupe était trop longue. Pour la proviseure, il s’agit d’un signe religieux. Une jupe gitane.

Les motifs de ces interdits vestimentaires : une tenue décente est nécessaire pour apprendre. Soit, mais que souhaite-on apprendre aux enfants et adolescents dans ces cas ? Que la longueur de la jupe fait la femme ? De la jupe longue de la nonne à la jupe courte de la prostituée : est-ce que l’école ne reprend pas des clichés éculés d’un autre âge ? Veut-on leur expliquer que l’apparence compte ? Comme si les publicités et les marques ne le faisaient pas assez. Derrière ce débat, il y a malgré tout l’éducation de nos filles, leur apprentissage de la vie et la perception qu’elles ont/auront de leurs corps. En ce qui concerne les garçons, c’est en Angleterre que la réponse a été trouvée par un jeune anglais de 12 ans. Interdit de short, il est arrivé à l’école en jupe. L’école le permettait pour les filles. C’est ainsi vêtu qu’il s’est insurgé devant cette inégalité notable entre les filles et les garçons, prononçant un discours devant plus de 1300 élèves et organisant une manifestation dans les rues de son village (en mai 2011).

L'Ouganda, fin décembre 2013, a interdit la mini-jupe, les vidéos et images pornographiques et tous comportements érotiques, dans la "loi contre la pornographie". http://www.slateafrique.com/176233/si-une-femme-porte-une-minijupe-nous-allons-arreter-ouganda

L'Ouganda est un pays majoritairement chrétien et le ministre de l'éthique est un ancien prêtre. Cela donne quelques couleurs à la longueur des jupes. Vous ne voyez aucun rapport avec l'école publique en France? Vous avez raison. Pas besoin d'être un ancien prêtre pour interdire la mini-jupe et y voir une tenue indécente, un proviseur suffit.

Je suis sûre qu’à ce moment de l’article, vous ne voyez aucun rapport avec la franc-maçonnerie. Vous vous attendez à ce que je m’étende largement sur la morale chrétienne (ou autre), débattant sur des questions existentielles sur le port de la jupe, l’identité féminine au travers de ses tenues vestimentaires … Non, je ne le ferais pas. Enfin, pas comme vous le pensez.

En décembre 2013, est apparu dans le paysage maçonnique du web, qui en avait bien besoin, un nouveau blog : celui de Philippe Benhamou, frère de la GLDF, auteur de « la Franc-maçonnerie pour les nuls » et d’autres nombreux articles pour diverses publications que ses lecteurs peuvent trouver. Bref, il s’agit d’un imminent spécialiste de la franc-maçonnerie. Masculine, ajouterais-je. On le sait, je suis de partie pris. Pour premier article, il débattait sur la mixité (non-mixité ?) ou le taboulé lors des agapes. Je vous cite ce passage crucial (dans : http://philippebenhamou.blogspot.fr/)

"J’aurai pu répondre à cette sœur, certainement très attachée et autant que moi d’ailleurs à l’égalité des droits des femmes et des hommes, que se réunir entre femmes ou entre hommes ne remet pas en cause ce combat et que les femmes et les hommes, qui ont fait le choix de se réunir dans une loge uniquement féminine ou uniquement masculine ont fait ce choix en toute connaissance de cause et que cela n’enlève rien à celles ni à ceux qui travaillent au sein de loges mixtes.

J’aurai pu lui répondre que certains frères ne seraient pas à l’aise dans des loges mixtes, car il est difficile de se concentrer sur l’équerre et le compas lorsque qu’un décolleté, une jupe qui remonte ou un bel escarpin, mais là mais là, bien sûr je me serai fait viré immédiatement des agapes et jugé comme un macho invétéré pour qui les femmes ont un corps, mais pas d’esprit et que même si elles en avaient un, leur corps le cache souvent."

Philippe Benhamou ne nous parle pas d’une sœur qui militerait pour la réciprocité des inter-visites, mais d’une qui militerait pour un tout-mixité, et en langage clair, à l’initiation des femmes au sein de la GLDF (Prenez peur, mes frères !), déformant, pour ne pas dire niant, adroitement le débat d’égalité homme-femme qu’il prétend défendre.

La portée symbolique est forte.

Depuis que je tiens ce blog, j’ai l’impression de parfaire mon éducation sexuelle. Les chemins de la perfection sont multiples, mais je n'avais pas envisagé celui-là.

Les escarpins ! Je n’ai jamais pensé aux escarpins comme frein majeur à la visite des sœurs à la GLDF. De faire cette précision est néanmoins adroite. Les sœurs de la GLFF, connues pour leur robe austère, sont aussi connues pour la finesse de leur cheville, le galbe de leurs pieds joliment chaussés, et la pétulance de leur regard…. On pourra trouver d’autres excuses … comme leur flamboyante chevelure. Mais cela a déjà été pris et c'est connoté.

J’ai lu quelque part, que ceux qui disaient qu’il fallait retenir les hommes par leur estomac, visaient trop haut. Il me semble qu’avoir laissé Philippe Benhamou devant un taboulé-coca à méditer sur ses possibilités de réponse est une funeste erreur maçonnique que le GADLU ne pardonnera pas.

La seule explication qui vaille est parce que ce sont des femmes et quoiqu’elles portent sur le dos, du sac-à-patates-godillots au très respectable tailleur-pantalon-col-roulé-escarpin, cela n'y changera rien. Il y aura toujours ce petit détail qui dérange.

Et de conclure : "est que ce programme ambitieux fédère nos énergies. Tout le reste semble bien futile." Ne grandira pas la qualité du débat du côté de la GLDF.

Au lieu d’apprendre à nos filles dans nos écoles publiques, à entrer dans un moule de conformité et de respectabilité - hypocrisie manifeste - ne devrait-on pas leur apprendre à s’en débarrasser, puisque de toute manière à l’âge adulte, on ira jusqu’à leur reprocher jusqu'à la finesse de leurs chaussures?

L'humanité y gagnerait.

Lilithement vôtre,

Quelques liens sur l'école avant que l'on me dise que j'invente tout : http://www.leparisien.fr/societe/tenue-legere-interdite-au-lycee-06-09-2013-3112451.php

http://www.lexpress.fr/styles/une-collegienne-obligee-de-cacher-sa-jupe-avec-une-blouse_998733.html

http://rmc.bfmtv.com/info/109401/un-college-interdit-shorts-jupes-courtes-debardeurs/

L'image illustrant l'article est un des musiciens du groupe dont voici un chant. Catégorie Punk/rock

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O'nortonkilt 24/05/2016 17:14

Je pense que tout est dit, et avec justesse. L'intelligence a toujours bien du mal à s'imposer face à la bêtise.

Supermoun 07/01/2014 11:56

Dans les années 60, j'avais 10 ans. La longueur des jupes faisait déjà débat ; c'était le temps des kilts qui raccourcissaient sous l'influence conjuguée de l'air du temps et des Beatles. Le débat dans certains établissements d'enseignement c'était aussi... le pantalon, interdit pour les filles (cela faisait mauvais genre) et les bas filés (point encore de collants...), au motif que cela allait attirer l’œil des garçons. Pauvres garçons que l'on croyait incapables incapables de maîtriser leurs instincts et pauvres filles que nous étions, déjà réputées tentatrices du haut de nos dix à 15 ans...
Rien n'a vraiment changé, alors ? Si certains francs-maçons en sont encore là, je crains pour l'avenir de la franc-maçonnerie en laquelle je continue à croire cependant. Mixte est la société, mixte la franc-maçonnerie doit-elle être.

Tootsie 04/01/2014 22:36

Pas de problème. En tenue nous avons toutes nos robes noires pratiques et même en visite, cela évite toute la frime profane, et en tant qu'ex enseignante, je savais que beaucoup d'élèves désiraient revenir à une tenue uniforme comme j'ai connu autrefois en tant que lycéenne..

yaka 04/01/2014 20:24

Pourquoi certains frères n'arrivent-ils pas à se concentrer dès qu'il y a une femme sur les colonnes ?
Et pourquoi est-ce souvent ceux qui travaillent dans les loges monogenre qui sont les plus gênés par cette vision ?
A ce jour, dans notre atelier au DH, je n'ai pas encore vu de frères (ou de soeur) les yeux rivés sur une créature de rêve sur la colonne d'en face.
Et que penser de nos frères gay ? Ne risquent-ils pas de perdre leurs moyens dans une loge remplie de beaux mâles ? (idem pour nos soeurs lesbiennes lors des tenues de la GLFF).
Je pense que la vision étriquée de certains relèves du fantasme et qu'une pratique courante de visites d'ateliers mixtes pourrait les aider à se rendre compte que tout ce passe naturellement sans passer immanquablement par la case "sexe" ... comme dans la vie profane, finalement.

Douet 04/01/2014 20:00

pour l'anecdote: Je porte assez souvent le kilt en tenues SC-REAA/GO ainsi qu'en loges bleues GO et GL et surtout lorsque je planche. Tribises.