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La Maçonne

Qu'est-ce la franc-maçonnerie mixte ?

Je suis persuadée que les femmes non seulement choisissent, mais aussi réfléchissent à leur choix d'obédience et de type de maçonnerie.

Elles ne sont ni dupes, ni suiveuses. Cette parenthèse qu'elles s'offrent leur coûte. Même les moins féministes (du moins celles qui n'avouent pas l'être) ont parfaitement conscience de leur société, de ses inégalités mais aussi des contraintes et des justifications à celles-ci. Bref, elles ne prennent pas des vessies pour des lanternes. La franc-maçonnerie est, pour les femmes (et aussi les hommes), un lieu d'émancipation.

 

Depuis l'entrée des femmes en maçonnerie – du-moins depuis que les femmes ont forcé la porte de la franc-maçonnerie – comme le fait remarquer Jean-Pierre Bacot dans son essai « A l'Ombre de la République », les femmes se sont demandés s'il fallait fonder une maçonnerie mixte ou féminine.

La franc-maçonnerie dite "d'adoption" du 18ème siècle permet de nuancer le propos comme je le montre dans cet article.

La mixité en franc-maçonnerie est antérieure à la mixité sociale et en particulier celle de l'école et de l'enseignement supérieur (fermé aux femmes). Elle ne se réfère, donc, à rien de connu dans le monde profane lorsqu'elle fut fondée. 

De même, en se basant toujours sur l'histoire de la maçonnerie, la franc-maçonnerie mixte est née au cœur de mouvements féministes, même si nous pouvons modérer ce propos avec la personnalité de Maria Deraismes et, surtout, de Georges Martin. Ce dernier fut plus préoccupé de donner à la maçonnerie mixte une allure de respectabilité que de défendre un féminisme radical – féminisme qui s'exprimait dans une autre obédience mixte : la Grande Loge Symbolique Ecossaise maintenue.

Nous sommes au 21ème siècle. Aujourd'hui, hommes et femmes, nous avons tous une expérience de la mixité.

La mixité en franc-maçonnerie apparaît, ainsi, plus commune, plus habituelle. Cependant, ce serait s'éloigner de ce que représente la franc-maçonnerie et son objet : la démarche initiatique et spirituelle.

Il ne s'agit pas en maçonnerie d'acquérir un savoir – encyclopédique – mais une Connaissance. Il ne s'agit pas d'acquérir un métier, d'exercer une profession ou de militer dans une association, mais de se construire, d'ouvrir une parenthèse dans sa vie, d'entrer dans un lieu « à part ».

Que ce soit du fait de son origine féministe ou par l'adoption d'une réflexion féministe, les obédiences mixtes, auxquelles je me réfère, ont naturellement une démarche sociale et ont réussi à la maintenir, bien qu'il fut évident que les femmes (et donc la mixité) furent vite renvoyées dans ce qui dérangeait le moins : le spiritualisme (théosophie). Effet de mode, certes, les femmes sont néanmoins considérées comme mineurs au sein des religions. Le spiritualisme devient leur premier lieu d'exercice à une spiritualité construite en mixité. D'ailleurs, les femmes sont très loin de jouer les seconds couteaux, elles dominent le sujet.

La limite du spiritualisme et la modernité - le besoin aussi d'être dans "autre chose" - conduisent finalement les obédiences mixtes à proposer, aujourd'hui, une démarche entière autant pour les hommes que pour les femmes ne transigeant au sein de leurs obédiences sur aucune inégalité de rôles liés au sexe. Il s'agit d'être homme et femme, dans le respect des différences et dans leurs écoutes. Ce que ne permet pas notre société, trop empressée de coller une étiquette aux uns et aux autres, de passer d'un stéréotype à un autre – 

La franc-maçonnerie mixte n'oblige pas les hommes à adopter une pensée considérée comme « féminine » et les femmes ne sont pas, non plus, obligées d'adopter un comportement masculin.

Les unes et les autres se reconnaissent hommes et femmes. Le corps sexué n'est pas mis de côté et nié au profit de l'idée radicale que l'esprit ou la pensée est obligatoirement asexuée ou « pure ». Nous avons tout et un chacun une perception de notre corps, de notre sexe et de notre sexualité. Des perceptions différentes construites dans nos vies, dans le cadre de notre éducation et au travers de la société. Il n'y a pas lieu de les rejeter et de les minimiser dans notre construction intime et notre démarche initiatique.

La difficulté est dans le rapport à l'autre sexe et, en particulier, le rapport à la séduction (si on est hétérosexuel). Cependant, cette même difficulté apparaît aussi lorsque l'on est homosexuel. Rejeter la mixité pour cette peur de la séduction (séduire ou être séduit) est, très certainement, le plus mauvais prétexte. Entrer en franc-maçonnerie n'est pas entrer dans un ordre monacal, de même que de se rendre sur son lieu de travail. Parler à l'autre "sans le séduire", c'est aussi se demander comment nous nous percevons en tant qu'être sexué. Est-ce que la sexualité domine dans le rapport à l'autre? Vaste question. La sociabilité est de plaire (pas de déplaire). Ainsi, même en non-mixité, nous nous plaisons et séduisons. Nous voulons être aimé et apparaître aimable.

La franc-maçonnerie mixte s'est construite, au fil de plusieurs décennies, se remettant en cause, reprenant le flambeau des luttes féministes, tout en travaillant à la qualité initiatique de sa démarche. La maçonnerie est un lieu d'échange sur un travail qui est un des plus solitaire que je connaisse. Le faire entre homme et femme enrichit et remet en bataille sa propre quête, qui ne se termine jamais.

 

 

 

 

 

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