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La Maçonne

Le temps

Le temps

Le temps a failli être le sujet de ma planche d'apprentie. Lorsque je l'ai proposé, il me fut répondu que « j'avais le temps ». C'est donc une planche aujourd'hui que je n'ai jamais pris le temps d'écrire.

J'ai toujours eu un problème avec le temps : le temps que j'ai, le temps que je n'ai pas, celui qui passe, le temps long, le temps après lequel on court, celui que l'on a perdu, celui que l'on cherche… Il me manquera du temps pour exprimer tout mon désarroi, toutes mes révoltes contre ce temps qui n'est jamais à la hauteur de mes espérances. J'ai fait trop de choses trop vite, comme si le temps menaçait de m'engloutir. Je suis malade du temps que je n'ai pas. Je suis furieuse du temps que l'on m'a volé. J'ai souvent perdu du temps à en chercher.

Avoir du temps devant soit est un vrai luxe que l'on vous refuse souvent. Le temps est précieux. Les raisons sont nombreuses. Cependant, aucune n'a jamais réussi à me convaincre.

La franc-maçonnerie est « hors du temps ». C'est ce qui m'a apaisé longtemps. Là, pour une fois, dans ma vie, on me promettait d'avoir le temps, de me le laisser, de ne pas me le prendre et d'en faire des boules de papier jetées au fond d'une corbeille. Seulement, cela ne se passe pas vraiment ainsi. Le temps me rattrape toujours.

Ne pas avoir de temps, c'est aussi n'avoir pas de choix. J'ai toujours mis dans le même panier : temps et liberté. La liberté d'avoir du temps et d'en faire ce que l'on veut. Le temps de la liberté.

Nous sommes dans une société où le temps se compte à la minute, où le rendement et les délais ont la primeur. En Franc-maçonnerie, on ne peut pas parler strictement de rendement. Il n'y a rien de plus improductif qu'un franc-maçon. Seuls quelques esprits brillants, innovateurs ou simplement créatifs font quelque chose de leur état de franc-maçon-ne-s. Par contre, le temps se mesure - Le rituel indique d'ailleurs un temps, une durée symbolique - un temps de début et de fin de la journée de travail.

Une loge a un temps administratif : le temps où les officier-es se lèvent et se remplacent. Le nombre d'années de maîtrise est, de même, indiqué pour certains plateaux, comme pour passer les degrés. On espère ainsi que la sœur ou le frère s'améliore, évolue, soit assez mature pour faire face à son nouvel état.

Seulement, ce temps devient une course au cordon, aux années passées "à servir la loge" comme s'il s'agissait d'une église, celui qu'il faut pour ... Un temps pour faire, donc. Rarement à être.

Nous faisons le franc-maçon (ou franc-maçonne), mais nous ne le sommes pas. Beaucoup n'y arrive jamais, trop préoccupés aux temps passé dans des élections de collège, de planches insipides à rédiger et de plateaux à prendre ou de grades à obtenir.

Personnellement, je préfère être – que faire – cela prends moins de temps – et ne nécessite pas de connaissances particulières. A part cette petite crise de fainéantise manifeste, être franc-maçon ou franc-maçonne demande un travail – mais un autre travail. Respirer, de savoir ce que l'on veut être, se découvrir … et re-découvrir ses capacités si injustement inutilisées par faute de temps. Pour cela, nous avons le temps. Il ne peut pas même nous narguer. Il suffit de le prendre.

Lilithement vôtre,

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Michel 27/04/2014 10:20

Et au fond, qu'importe le temps puisqu'il contient l'éternité...

Tri-bises

Cerise 24/04/2014 21:20

Merci ma TCS pour cette jolie planche. J'ai écrit à plusieurs reprises sur le sujet, faisant toujours rire mes SS et FF qui savent combien je courre après le temps, ... surtout pour produire une planche... Je n'ai jamais envisagé le sujet sur le plan de la liberté, mais de son contraire, celui de la contrainte (même, et certainement, celle que nous nous fixons, seuls, pour les raisons qui sont les nôtres), et surtout sur celui de la relativité.
Choisir de nous mettre pour quelques heures, de temps en temps, hors du temps, nous permet justement d'être. Bien évidemment quelques uns feront "la course aux cordons", mais es-tu certaine qu'il en soit ainsi pour la majorité? Ce n'est pas ce que j'ai pour ma part remarqué, et pourtant, j'ai quelques années "au compteur" (compteur du temps, en loge et à l'extérieur).
Oui, il "suffit de le prendre", en toute matière... parce qu'il nus est compté et que nous nous devons de le déguster, de l'utiliser.
Merci pour Zazie et Thiefaine, j'aime beaucoup !
Bien Fraternellement.

La Maçonne 22/04/2014 19:56

Merci à tous les deux...
Surtout que j'étais si désolée de n'avoir pas écrit.d'articles pour notre samedi.

frangine59460 22/04/2014 13:56

ah ma soeur, quel plaisir de lire un tel sujet, et il faudrait ecrire en grand dans toute loge ce que tu ecris

"Nous faisons le franc-maçon (ou franc-maçonne), mais nous ne le sommes pas. Beaucoup n'y arrive jamais, trop préoccupés aux temps passé dans des élections de collège, de planches insipides à rédiger et de plateaux à prendre ou de grades à obtenir."

oui, il y a une difference flagrante entre "être" franc maçon et jouer au franc maçon
ces mots se suffisent à eux seuls

fraternellement

J-Yves 22/04/2014 10:38

Ha!, ma chère Lilith, quel plaisir de lire cette Pl.°.! Il y a bien longtemps, j'ai écrit le premier texte d'une chanson intitulée "le temps"... Bingo je disais la même chose que toi en alexandrin... Et puis le temps a passé... Je me suis fané, vanné à courir après "je ne sais quoi au juste"... Et puis la F.°.M.°.... hors du temps, un peu trop hors du temps à mon goût... Mais par ailleurs tellement enrichissant si on fait abstraction de quelques réalités profanes entrantes métalliques sur le pavé mosaïque....
Merci pour Zazie et Hubert-Félix Thiéfaine...