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La Maçonne

Les loges d’adoption : les premières franc-maçonnes (1)

Les loges d’adoption : les premières franc-maçonnes (1)

Naissance

Jusqu’à présent, les historiens s’entendaient pour estimer que les premières loges d’adoption remontaient entre 1755-1760, comme le mentionne Françoise Jupeau-Réquillard. Alors, il n’existait pas de preuve, rappelle Margaret C. Jacob.

La première trace écrite concerne la « loge du Juste » de la Haye, fondée en 1751 au Pays Bas et effectivement attachée à l’obédience. Les recherches des historiennes démontrent qu’elle ne fut pas unique au Pays Bas.

En 2002, Margaret C. Jacob s’est penchée sur les quelques 750 cartons remis au Grand Orient de France par les Russes.* Elle a découvert l’existence d’une loge d’adoption en 1742 à Bordeaux. L’histoire est pour le moins cocasse. La « loge anglaise » de Bordeaux fut fondé en 1742 par des français et des anglais. Un frère, prêtre catholique, fut suspendu trois mois pour avoir fait visiter la « Loge Anglaise » à des femmes. Un autre frère s’insurge dans les mémoires de la loge de l’existence d’une loge de femmes (qui rappellons-le était mixte) et les frères décidèrent « dans toute leur sagesse » d’y mettre fin. Malheureusement, en dehors de ce témoignage, nous ne possédons pas de trace et, encore moins, le nom de cette loge.

On peut, sans mentir, aujourd’hui considérer que les loges d’adoption, loges mixtes ont apparues très tôt en France.

Une spécificité française ?

La question, qui se pose, encore aujourd’hui, est pourquoi, finalement dès le début de l’histoire de la maçonnerie en France, des femmes sont entrées en maçonnerie.

L’interdit d’initiation des femmes apparaissant dans les Constitutions d’Anderson est toujours d’actualité dans les pays anglo-saxons, où ne se trouvent que ce que nous appelons « maçonnerie régulière ».

L’Ordre de l’Etoile Orientale (Order of the Eastern Star) est un exemple de ce qui est convenu de considérer comme ce qui est admis pour les femmes. Cet ordre philantropique destiné aux parentes des franc-maçons, théiste, a pour centre de réflexion les valeurs morales judéo-chrétiennes (fille, veuve, femme, sœur et mère), et la représentation des qualités morales destinées aux femmes. Son mode de fonctionnement est mixte, avec des plateaux – où ce qui en tient lieu – réservé aux hommes et d’autres aux femmes.

Les obédiences féminines anglaises, dont l’origine remonte malgré-tout au mouvement féministe français du Droit Humain, ont finalement été obligées de se plier aux commandements masculins, revenant sur le droit chemin bien tracé par les hommes. Tout ceci pour espérer quelques reconnaissances parcimonieusement données. Elles ont eu la possibilité d’être reçues en tenue de « brother », telles qu’elles s’appellent, dans un atelier masculin dont les travaux ont été suspendus. Une française ne peut qu’ironiser longtemps sur la condescendance des frères anglais, sinon regretter qu'une obédience féminine s'en trouve satisfaite.

La situation des françaises et leur approche de la franc-maçonnerie est bien différente et l’a été depuis le début. Elles veulent tout et veulent être partout. Elles sont entrées en franc-maçonnerie parce que tout simplement cela leur était interdit. Elles ne pouvaient ni l’admettre, étant de rang et de situation égale sinon supérieur à bien des membres de loges masculines, mais surtout le comprendre.

Ses premières maçonnes étaient issus, comme d’ailleurs tous les franc-maçons de cette période, des milieux dirigeants : aristocrates, bourgeois, et artistes. La société du 18ème siècle était mixte, difficile d’échapper alors à la présence de femmes, instruites et cultivées, tenant salon, actives et menant leur existence en toute indépendance. « Les femmes vivent et pensent comme les hommes. Seul le fait d’être de temps en temps enceintes, les distingue de leurs compagnons, écrit en substances la Princesse Palatine.** »

Elles avaient leur réseau amical comme ce que nous pouvons considérer un réseau professionnel. Guère chapotée par les hommes, elles pouvaient avoir des emplois à la cour, des activités artistiques reconnues et diffuser les idées du siècle des Lumières. Ainsi, explique Françoise Jupeau-Réquillard, elles ont tout simplement forcé les portes. Elles ne sont pas non plus les épouses ou parentes de frères. A Dijon, en 1782, sur 12 sœurs, trois seulement pouvaient revendiquer un tel statut.

Seulement, cette seule raison ne suffit pas à expliquer leur entrée en loge. L’égalité est la valeur la plus vantée et déclamée depuis l’origine de la franc-maçonnerie. Egalité entre hommes, aidé par le secret des loges, qui pouvaient voir des personnalités différentes se rencontrer. Mais aussi égalité entre homme et femme.

Ce sont bien des frères qui, si la porte n’est pas forcée par les femmes, le leur ouvre pour qu’elles puissent connaître, tester et "jouir de cette précieuse égalité, le seul bonheur qui leur manque dans le rang où le sort les a jetés". Dans le manuel des franc-maçonnes de 1787, les sœurs sont décrites « aussi libres et aussi raisonnables que les hommes ». Ils ignoraient alors, que dans leur toute naïve approche de cette égalité entre les hommes et les femmes, il ouvrait la porte à ce qui s’appellera le féminisme.

L’entrée des femmes en maçonnerie n’est pas la seule subversion que les français conduisaient dans leurs loges. Il y avait une subversion, qui appartient à notre approche contemporaine de la maçonnerie : les hauts grades. So french.

Lilithement vôtre,

*« Les premières franc-maçonnes au siècle des Lumières » Janet Burke & Margaret Jacob http://lamaconne.over-blog.com/2014/04/les-premieres-franc-maconnes-au-siecle-des-lumieres-de-janet-burke-margaret-jacob-livre.html

** « L’initiation des femmes » Françoise Jupeau-Réquillard.

Les obédiences féminines anglaises :

OWF : http://lamaconne.over-blog.com/owf-the-order-of-women-freemasons

HFAF : http://lamaconne.over-blog.com/hfaf-la-2nde-ob%C3%A9dience-anglaise

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Bacot 14/04/2014 17:24

Françoise Jupeau-Requillard est décédée le 15 décembre 2013.
Elle aura été l'une des toutes premières à s'intéresser aux femmes en maçonnerie et, en particulier, à une obédience mixte oubliée, la GLSE

La Maçonne 14/04/2014 20:52

J'ai ces deux livres ...Encore à conseiller!