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La Maçonne

Les loges d’adoption : fonctionnement & rituels (2)

Les loges d’adoption : fonctionnement & rituels (2)

Fonctionnements des loges d’adoption

Avant d’entrer dans le détail des rituels, il est intéressant de savoir comment fonctionnaient ces loges mixtes et, en particulier, de comprendre la place des femmes dans ces loges.

Margaret Jacob et Janet Burke dans leur « critique féministe »* présentent une évolution des places allouées aux sœurs au fil des années. Inutile de préciser à tout amateur d’histoire de la maçonnerie, que celle-ci que ce soit dans sa forme, son fonctionnement et ses rituels n’a jamais été figée et réduite à une seule expression. La franc-maçonnerie, en France, a toujours été traversée de plusieurs courants de pensée, plusieurs modèles d’organisation et surtout plusieurs rituels dont elle est d’ailleurs pour une bonne partie la seule responsable, dont ce que nous appelons les « hauts grades ».

La place des femmes dans les loges d’adoption a donc suivi la même logique. Ainsi, si au départ, les femmes étaient, vers 1760-70, encore réduites à se contenter d’un acte de présence lors des tenues, peu à peu elles prennent les maillets et s’installent dans leurs rôles. C’est vers 1775, qu’elles peuvent voter – reçues aux grades de maîtres, le rituel mentionnait l’erreur des maçons de n’avoir pas accepté les femmes plus tôt, assurant qu’il s’agissait surtout d’une ignorance de leur temps. Le maître de loge assure « la possibilité de réunir les deux sexes » dans les loges, et continue : « la lumière s’est enfin introduite dans les espaces qu’occupaient les ténèbres ; nos profondes études dans l’art de la Maçonnerie nous ont aidés à trouver le vrai moyen de perfectionner nos édifices ; c’est par le secours de nos Sœurs qui ont apporté avec elle un Cœur qui renferme les cinq colonnes de notre Ordre ».*

Dans la « Vraie maçonnerie d’adoption » de Louis Guillemain de Saint-Victor (1779), les sœurs prennent place et dirigent les tenues.

Les loges du 18ème siècle étaient particulièrement onéreuses et en fonder une- – généralement de ses propres deniers – nécessitaient une aisance certaine. Ainsi, en dehors des locaux et des décors – qui n’étaient pas en carton – il était recommandé d’avoir vaisselles, argenteries et tout ce qu’une bonne table aristocrate pouvait nécessiter et l’emploi de domestiques pour le service et la tranquillité des lieux. Chaque nouveau degré nécessitait en outre, une nouvelle tenue. Les cotisations étaient élevées, même si pour la "loge du Juste", les membres avaient des capitations vraisemblablement calculées en fonction de leur revenu.

Les rituels.

Nos rituels ont été adoptés par les français des anglais à l’arrivée de la franc-maçonnerie en France. Durant une période difficile à estimer, le système utilisé était un système en deux degrés : apprentis et maîtres, le maître étant appelé « compagnons ». A partir des années 1760, apparaît en provenance d’Angleterre, les « Ancients » dont une des caractéristiques étaient un système à trois degrés : Apprentis, Maîtres (appelés compagnons, ce qui ne facilite pas la lecture), et Maître Secret. On ne peut pas assurer que ce rituel soit spécifiquement anglais et une note sur Jakin&Boaz de 1766 montrent que les français et les anglais partageaient leurs copies sans aucune pudeur.

A la même époque, se développe un autre système de trois degrés intégrant un grade intermédiaire entre Apprenti et Maître, le grade de Compagnon. Ce tout coexistait sur une période allant jusque la Révolution de 1789, pour aboutir à des systèmes complexes de hauts grades – dont des systèmes à 4 degrés : Apprentis, Compagnons, Maître et Maître Secret. Le premier système à 7 degrés apparaît, considéré comme source de l’actuel Rite Français, en 1758.

De ce goût, peut-on dire cette manie française, d’ajouter des degrés, là où il n’en avait pas, de modifier des rituels, là où cela n’était pas demandé, il apparaît presque rassurant que les rituels d’adoption soient construits dans une même diversité. Les auteures Margaret Jacob et Janet Burke appellent d’ailleurs cette façon de faire : « l’écossisme » ajoutant sans même en rire que le point culminant est un système en 33 degrés. J’adore ces clins d’œil de l’histoire. Une note de la traductrice mentionne qu’il s’agit (seulement) des hauts grades et non pas de "l'écossisme" que nous connaissons aujourd'hui.

Le plus ancien rituel qui nous reste – en langue française – est celui de « la loge du Juste » de la Haye (Pays Bas) datant de 1751. Le rituel suivant, français, date de 1763 et est du Comte de Clermont, Grand Maître de la Grande Loge (de France).

Pour le coup, je vais même finir par admettre à l’actuelle Grande Loge de France une filiation avec la première Grande Loge de France, tant ils aiment la Tradition ! Ce rituel de 1763, œuvre du genre et même des deux genres, a servi de base à la rédaction des rituels suivants. Les multiples éditions des différents rituels – parfois même plusieurs fois dans une même année – montrent l’importance des loges d’adoption.

Contrairement à ce que l’on évoque, ces rituels d’adoption reprenait la même symbolique que les loges masculines : allégorie sur les vertus du frères et de la sœur, égalité des hommes (et des femmes), allusion biblique et bien entendu les symboles dits des « bâtisseurs ». Peu à peu, sont supprimés les allusions sur les « défauts féminins », cette Eve qui ne doit « pas manger les pépins de la pomme, car ils sont les pépins du vice ».

Nous sommes assez loin d’estimer qu’il existait une sous-maçonnerie dédiée aux femmes. Il suffit d’entendre pour cela les témoignages des contradicteurs et de leurs défenseurs.

La Franc-maçonnerie des Dames et ses détracteurs.

Si quelque chose n’a pas d’intérêt, elle connaît peu de détracteurs. Si elle n’est pas subversive, encore moins. Tout comme, les hauts grades, la Maçonnerie des Dames, ces loges mixtes pullulant un peu partout, regroupaient les femmes de la bonne société, mais aussi se trouvant à proximité des loges militaires, des loges de bourgeois et notables provinciaux. Elles n’ont pas existés sans causer quelques émois chez nos frères français.

Ces détracteurs vont devenir les héros des nôtres, qui voient en la maçonnerie mixte et féminine, une sous-maçonnerie « nécessaire » mais peu fréquentable. Comme aujourd’hui, les historiennes notent, que cela ne les empêchaient pas de visiter ces loges d’adoption. De mœurs légères (nous étions quand même au 18ème siècle et notre siècle paraît être un siècle de bigots), ces femmes tentatrices, éloignées de leur rôles de reproductrices, ces femmes indiscrètes et faibles – le beau sexe – qui n’a que le droit d’être beau, qui dénature les « mystères de notre ordre ».

Le Grand Orient qui a réorganisé les loges avaient, d’ailleurs, un discours double. Ainsi peut-on trouver ceci : « ... Nous avons dû permettre les travaux d'adoption, mais en même temps les tenir à distance. Un titre, un tableau, un timbre même ne sont que des accessoires dont se sert la maçonnerie, mais qui n'en font point partie, qui ne sont pas « Elle ». Ce sont travaux intérieurs qu'il n'est point permis de confondre, ce sont nos mystères dont on ne doit jamais s'occuper en loge d'adoption ».

Oui, les pauvres frères, ils n'avaient guère le choix!

Jusqu’aux découvertes des travaux de ces deux américaines, il était facile de considérer, à la faveur des seuls commentaires des détracteurs de leur époque, que ces premières maçonnes étaient dupes, soumises et trompées par une ressemblance à la maçonnerie. Ces dernières d’ailleurs développent largement ce point dans leur « Critique féministe »*.

Ce serait sans tenir compte des spécificités des rituels de ces femmes. On se demandera plus exactement si les dupes n’étaient pas, finalement, ces mêmes frères qui fustigeaient l’existence de ces loges, comme le sont, tout autant dupes, nos contemporains qui se réclament d'une Tradition.

Lilithement vôtre,

Les loges d'adoption (1) : http://lamaconne.over-blog.com/2014/04/les-loges-d-adoption-1.html

*« Les premières franc-maçonnes au siècle des Lumières » Janet Burke & Margaret Jacobhttp://lamaconne.over-blog.com/2014/04/les-premieres-franc-maconnes-au-siecle-des-lumieres-de-janet-burke-margaret-jacob-livre.html

** « L’initiation des femmes » Françoise Jupeau-Réquillard.

L’âme féminine sort de la même source que celle qui est revêtue d’un corps masculin, et ayant la même œuvre à faire, le même ennemi à combattre et les mêmes fruits à espérer doit donc par conséquent avoir les même armes.
Lettre de Louis-Claude de Saint-Martin à Willermoz. **

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yaka 17/04/2014 10:32

L'éternelle peur de la perte de pouvoir masculin. Même si dans l'ensemble, à cette époque, tout était du même tonneau vis-à-vis des femmes, et pas seulement en maçonnerie :-(

LC 17/04/2014 01:38

Ma TCS,
Merci pour elles de consacrer ton blog à ces premières franc-maçonnes, trop souvent brocardées par des ignorant-e-s et qui, pourtant furent les vraies pionnières de la Maçonnerie féminine et mixte, de sa démarche émancipatrice et même, à certains égards, féministe avant l'heure.
Notons qu'à l'époque, personne ne tombait en syncope ni ne se lançait dans l'invective lorsque tous les grades et offices étaient féminisés.
sororellement