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La Maçonne

BringBackOurGirls : plaidoyer pour l'éducation des filles.

BringBackOurGirls : plaidoyer pour l'éducation des filles.

Il y a un mois 200 jeunes lycéennes de 12 à 18 ans ont été enlevées dans leur lycée de Chibok, état de Borno au Nigéria par une secte islamiste Boko Haram. Il s'agit d'une expédition punitive contre la scolarisation des filles. Le chef de la secte, avouant cet enlèvement, déclarait froidement que ces jeunes filles allaient être vendues, pour devenir des ventres, des esclaves sexuelles ou des domestiques.

Les nigériennes – en particulier le collectif « Femmes pour la paix et la justice » - organisaient plusieurs manifestations pour inciter le gouvernement nigérien à rechercher les jeunes filles. Amnesty International affirme que l'armée nigérienne était prévenue environ quatre heures avant les enlèvements. Le gouvernement nigérien parle d'un peu moins de 100 jeunes filles enlevées, la directrice de l'école et les parents en dénombrent environ 200.

#BringBackOurGirls a démarré au Nigéria, utilisant les réseaux sociaux. Plus précisément, elle semble avoir été lancée par Obiageli Ezekwesili, ancien ministre de l’Education nigérian.

En outre, elle a un but précis—le retour des jeunes filles—et n’est pas juste une vague proposition d’inciter les gouvernements à faire quelque chose.

Au delà de la campagne actuelle pour inciter les gouvernements à agir pour retrouver les lycéennes, une réflexion concernant l'éducation des filles dans le monde est nécessaire.

Quelques données : Si aujourd'hui 53 à 55% des filles ne sont pas scolarisées, dans certaines régions du monde, la scolarisation ne dépasse pas les 20%. Sur les 900 millions d'adultes analphabètes, les deux tiers sont des femmes. L'instruction des filles est le pilier de leur émancipation.

L'histoire de Malala (Pakistanaise), aujourd'hui symbole de ce combat pour l'éducation des filles. Malala, à 11 ans, tenait un blog dénonçant les attaques des talibans. En 2012, en rentrant de l'école, dans son bus, un taliban lui tire dessus. Touchée à la tête, elle survécut et se trouve aujourd'hui en exil en Angleterre.

Symbole moderne : Malala écrit sur un blog. Symbole d'un autre temps : c'est pour le droit à l'instruction des filles qu'elle écrit.

Il montre une nouvelle fois que l'atteinte à ce droit fondamental (rappelons que le droit à l'instruction appartient à la grande famille des droits fondamentaux) n'est pas lié à la pauvreté d'un pays, mais à la définition de la place des filles et ensuite des femmes dans une société. L'éducation est affaire de volonté d'un état tout autant qu'une évolution des mentalités.

Les droits fondamentaux ne sont pas très nombreux : doué de raison et de conscience, égalité entre tous sans discrimination, égalité d'accès à la justice, droit à la vie et à la liberté, abolition de l'esclavage et d'actes de tortures et de barbarie, droit à l'instruction, au travail, à la nationalité, au mariage librement consenti, … ce texte fondateur s'adresse autant aux femmes qu'aux hommes. Aucune tradition, aucune coutume et aucune religion ne peut l'inféoder.

Au delà de l'aspect médiatique et de l'horreur de l'événement, ce sont 200 adolescentes qui sont enlevées, parce qu'elles s'instruisaient, menacées d'être mises en esclavage, ceci devant l'impuissance de leur propre gouvernement et du monde.

Lilithement vôtre,

Parce que la France n'a rien à envier (en fait a aussi un lourd passé de discrimination), voici deux citations.

La première est ni plus, ni moins qu'un discours du Jules Ferry pour l'éducation des filles " pour éduquer leur mari" (oups!) et la conclusion laisse peu de place aux femmes qui se doivent d'appartenir à quelques choses. Si ce discours n'est pas connu, le principe de la femme-prétexte, par contre, l'est.

La seconde citation est directement contre l'éducation des filles - oui, toujours en France -

POUR L'EDUCATION DES FILLES, extrait d'un discours de Jules Ferry, prononcé en 1870
"Réclamer l'égalité d'éducation pour toutes les classes, ce n'est que faire la moitié de l'oeuvre. Cette égalité, je la revendique pour les deux sexes. Je sais que plus d'une femme me répond : mais à quoi bon toutes ces connaissances, tout ce savoir, toutes ces études ? A quoi bon ? Je pourrais répondre : à élever vos enfants, et ce serait une bonne réponse, mais comme elle est banale, j'aime mieux dire : à élever vos maris.
L'égalité d'éducation, c'est l'unité reconstituée dans la famille. Il y a aujourd'hui une barrière entre la femme et l'homme, entre l'épouse et le mari, ce qui fait que beaucoup de mariages, harmonieux en apparence, recouvrent les plus profondes différences d'opinions, de goûts, de sentiments ; mais alors ce n'est plus un vrai mariage, car le vrai mariage, messieurs, c'est le mariage des âmes (...).
Aujourd'hui, il y a une lutte sourde, mais persistante, entre la société d'autrefois, l'Ancien Régime, avec son édifice de regrets, de croyances et d'institutions qui n'accepte pas la démocratie moderne, et la société qui procède de la Révolution Française (...) Or, dans ce combat, la femme ne peut pas être neutre ; les optimistes, qui ne veulent pas voir le fond des choses, peuvent se figurer que le rôle de la femme est nul, qu'elle ne prend pas part à la bataille, mais ils ne s'aperçoivent pas du secret et persistant appui qu'elle apporte à cette société qui s'en va et que nous voulons chasser sans retour (...). C'est pour cela que l'Eglise veut retenir la femme, et c'est aussi pour cela qu'il faut que la démocratie la lui enlève ; il faut choisir, citoyens : il faut que la femme appartienne à la science ou qu'elle appartienne à l'Eglise (...)."

Contre l'enseignement des filles (1880, in Gaulois)
"Des lycées de jeunes filles ? Pourquoi pas des casernes de jeunes filles ! (...) La jeune fille française, élevée dans la protection vigilante de la famille, avait été préservée avec soin de l'éducation garçonnière et des brutalités de la science. Elle grandissait parmi les sourires et les joies, comme une fleur dans le soleil, dans une poétique ignorance des mystères des choses. (...) Tout cela va disparaître. On va supprimer la jeune fille. (...) Assez de ces petites niaises qui croient à l'ange gardien, au bonhomme Noël, aux bébés qui viennent dans les choux. La science de l'Etat se chargera de souffler sur ces illusions enfantines."

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