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La Maçonne

Critica Masonica n°4 est sorti!

Le dernier numéro pour cette année de votre revue préférée Critica Masonica (n°4, juin 2014) est sorti. Comme d'habitude, il est cousu d'agréables surprises. Ce volume est bien plus épais que les précédents avec ses 262 pages. En effet, précise le comité de rédaction (la présentation n'est pas signée), le succès étant au rendez-vous, ils demandent et reçoivent des articles de qualité qu'ils ne peuvent laisser de côté.

Ce numéro est à la fois continuité des précédents tout en étant, encore une fois, original.

La réflexion historique s'est considérablement étoffée et couvre plusieurs champs de recherche comme d'époque. Difficile donc de laisser indifférent à ces travaux.

Ainsi, Jean Large, dans l'article qui ouvre ce numéro, présente la vie d'une loge "« la fraternité progressive » de Villefrance/Saöne (1873-2013) et l'adieu au Grand Architecte."

Jean Large, l'auteur, est un historien appartenant à l'association « les Amis de la Société Populaire », fondée en 1989 en l'occasion du bicentenaire de la Révolution de 1789

Il présente, surtout, dans cet article l'influence d'une loge maçonnique dans la politique locale. La loge « la fraternité progressive », fondée en 1873, a pour intérêt qu'elle fut la première à avoir demander la suppression de la référence au Grande Architecte de l'Univers, cela dès 1875. L'histoire de celle loge méritait une intention toute particulière. L'éclairage de son auteur n'en retire rien à sa valeur.

Le second article touche un thème rarement évoqué : « les négriers et la franc-maçonnerie, les pratiques culturelles dans un port de traite. Le Havre à la fin du 18ème siècle ».

L'auteur, Eric Saunier, constate la présence de négriers dans les loges et une intégration de ces derniers « dans un système visant à prémunir le milieu de la traite face aux remises en cause suscitées par les évolutions de la fin du 18ème siècle ». Il souligne, en effet, que « prêts de 20% des havrais directement impliqués dans le traite furent initiés en franc-maçonnerie ».

Il ne s'agit nullement pour eux d'un engouement de surface. En effet, ils ont positionné leur loge « la Fidélité » comme étant la plus ancienne auprès du GODF prenant le pas sur sa rivale « l'Aménité ». Ce qui leur est accordé d'ailleurs par ce dernier.

« L'engagement maçonnique important de ces hommes s'insère donc dans le cadre d'une véritable stratégie de domination culturelle », explique l'auteur. Cet article remet en cause, essentiellement, notre mythe abolitionniste ou tout au moins le nuance par la présence de ces hommes dans des loges du GODF.

Jean-Luc Buard propose quant à lui un article ayant pour titre « Petite Prosopographie marseillaise. Réseaux de sociabilité poétique et maçonnique sous la Restauration (1815-1821). Le Cercle académique et la loge « la Française de Saint-Louis ».

Si le titre vous a fait peur, je vous rassure une note l'explique. La prosopographie est « l'étude des biographies de membres d'une catégorie spécifique de la société, le plus souvent des élites sociales ou politiques, et en particulier leurs origines, leurs alliances et leurs environnements familiaux ».

Cet article est une recherche qui complète celle, faite par le même auteur, dans le Critica Masonica n°1 intitulé « Littérature Maçonnique : littérature orientée, littérature oubliée. Pistes de recherche », dans lequel on rencontre Marie Aycard, maçon et poète qui apparaissait dans la rubrique littéraire, de la revue contestataire l'Orient. (aussi présentée dans ce même numéro de Critica Masonica, mais cette fois par Jean-Pierre Bacot).

Ce Marie Aycard était entouré d'un petit groupe de maçons, eux-mêmes, poètes. La recherche de Jean-Luc Buard concerne ces frères et ce que nous appelons aujourd'hui leur réseau. Ils appartenaient à la même loge « la Fraternité de Saint-Louis » et surtout étaient membres du « Cercle Académique » de Marseille. « Ce cercle discret semble aujourd'hui plus mystérieux et insaisissable que les loges qui les réunit d'autre part », nous explique l'auteur.

En effet, on trouve quelques ingrédients piquants : la revue Alcyon du « Cercle Académique », une librairie Camoin frères, qui bénéficie d'un rapport de police pour ses réunions littéraires qualifiés de « rendez-vous de libéraux les plus exaltés » et bien sûr les membres de ce cercle de poètes, tous ayant eu des destins particuliers.

Encore une fois, il s'agit ici d'un champ de recherche rarement évoqué en ce qui concerne la franc-maçonnerie. L'auteur présente quelques poèmes maçonniques en fin d'article.

« Les structures des hauts grades en France (1740-1789 » de Colette Léger va certainement passionner plus d'une et d'un. En effet, le but de l'auteure est de présenter une cartographie (par ville) des degrés supérieurs à la maîtrise. L'auteure nous présente aussi les raisons de ce développement. Les hauts grades, nous explique-t-elle, sont issus d'une lutte de classe. Ils étaient censés regroupés une élite sociale (aristocratie, haute bourgeoisie) en les séparant de la « plèbe maçonnique » des loges bleues.

« Grasse Tilly contre Roëttiers de Montaleau ou Ecosse bat France 33 à 7 en 1815 » de Barbara de la Motte Saint-Pierre, qui sous ce titre plein d'humour, nous présente un épisode de l'histoire de la maçonnerie en France, en particulier des hauts grades, qui a décidé et qui décide encore de l'avenir de la franc-maçonnerie.

Nous savons tous (ou normalement nous devrions le savoir) que Grasse Tilly a débarqué en France, en 1804, possesseur de patentes d'un système de hauts grades, le REAA. Grasse Tilly, présenté sans le sou, avait décidé de monnayer ce système. Le GODF, seule structure maçonnique organisée, pratiquait quant à lui – et l'avait réformé – un système de 7 degrés, le Rite Français. Le GODF abandonna son système français en 1815. C'est seulement en 1990, soit plus d'un siècle plus tard, que le GODF réveilla ce système de hauts grades que nous appelons « Ordre de Sagesse ».

Ceci dit, nul ne sait vraiment dans quelle circonstance et pourquoi le GODF a abandonné un rite bien plus ancien au bénéfice du jeune REAA. Cet article, se basant sur une documentation et reprenant l'ensemble des procès verbaux du Grand Chapitre, nous explique les événements qui ont conduit à la suppression pure et simple d'un rite durant plus d'un siècle. On comprendra que les raisons n'ont rien d'ésotériques.

"Arche Royale (Suite). La maçonnerie « latérale » post maîtrise. La nébuleuse des grades anglo-saxons" de Joël Jacques est la suite de l'article que vous pouvez trouver dans le n°3 de Critica Masonica.

Dans cet article, nous revenons au 21ème siècle. Si pour la GLUA, la « pure maçonnerie » des ancients consiste (et se résume) en trois degrés uniquement, la pratique est quelque peu nuancée. Pour la GLUA, les rites qui n'entrent pas dans leur constitution n'ont aucune valeur initiatique, ce qui ne les empêche nullement de les pratiquer, voir même d'en rédiger eux-mêmes de nouveaux. « … car là où les française créent et multiplient des obédiences, les anglais créent des ordres qui viennent se greffer sur l'obédience principale sans jamais la remettre en question, d'où la complexité du système ». L'auteur nous raconte l'apparition de l'Ordre d'Athelstam en 2005. Précision que Joël Jacques ne manque pas de faire, ces sides degrees n'ont aucune dimension ésotérique. Ils ne sont pas des hauts grades et n'ont qu'une valeur d'appartenance, se situant dans un espace historico-mythologique. Dans cet article, vous comprendrez néanmoins l'importance sociale de ces degrés, pourquoi ils sont finalement importants pour la GLUA et les raisons de leurs multiplication et – donc- la difficulté de les présenter.

« Le rites anglo-saxons ne prévoient aucune étude ritualisée (planches), ils n'y ont rien d'autre que d'apprendre et répéter ab libitum une liturgie présentée comme un complément nécessaire à l'eucharistie, l'apprentissage par cœur d'une rituélie cérémonielle souvent très pompeuse et colorée, tout aussi redondante de cérémonie religieuse fantasmée. Tout cela est très normal au sein d'une pratique qui ne demande en quelque sorte rien d'autre que d'adhérer à un club de gentlemen respectueux de la morale chrétienne, conservatrice et misogyne, à l'image de l'Angleterre victorienne. »

Jean-Pierre Bacot, dans son article, s'attaque - si je puis dire – aussi à une question contemporaine dans un article intitulé « la crise de la GLNF et ses conséquences sur les chapitres de rite français ».

Jean-Pierre Bacot propose dans cet article une photographie de la situation des Ordres de Sagesse en France (et en Europe) suite à la crise de la GLNF. La GLNF, dont les loges bleues ont éclatées, s'est retrouvée avec un chapitre français qui recevait tout autant des frères restés à la GLNF que des frères appartenant à d'autres obédiences. Rapidement, la GLNF a interdit la présence de frères hors la GLNF dans ces chapitres, permettant ainsi la fondation d'Ordre de Sagesse à la GLAMF ou indépendant.

Après nous présenter les divers événements ayant conduit la GLNF à son éclatement en plusieurs obédiences, Jean-Pierre Bacot relate ce que nous appellerons les conséquences de « la Déclaration de Bâle ». Il poursuit avec une analyse poussée des chapitres au rite français, les Ordres de Sagesse, pour toutes les obédiences et leur filiation.

« Ces quatre familles de pensées et d'organisation, groupe éclaté de Barcelone, groupe de Lisbonne, « réguliers » et éclatés, s'ignorent souvent superbement, tout au moins officiellement. »

Après tous ces articles érudits, le dernier article va vous paraître bien plus léger. Il s'agit, en effet, de « la vie du jeune blog « la Maçonne » », rédigé par moi – même.

Il est présenté ainsi : « Après plusieurs articles que nous avons consacrés à la maçonnerie, Anne Doutrepierre* nous raconte, dans un « point de vue », l'histoire jeune du blog de « la Maçonne ». Cet espace virtuel en plein développement est en voie de s'imposer comme incontournable et relève à la fois d'une initiative ouvertement féministe et d'un style original qui n'est pas passé inaperçu ».

Je crois qu'on l'on parle de mon ton "acidulé"!

Pour conclure, Critica Masonica continue à être cette revue à visages multiples, indépendante et d'une belle érudition. Comme elle émane d'un groupe de lecture, sa seconde partie comporte des notes de lectures intéressantes, dont je relève en particulier la première – parfaitement égoïstement – fan de ce genre littéraire - « Science fiction, métaphysique et philosophie » qui présente ce genre injustement délaissé à nos réflexions.

Lilithement vôtre,

Critica Masonica n°4 est disponible pour 20 Euros, par chèque.

Les numéros 1 (17 euros), 2, 3 et 4 (20 euros) restent en vente dans la limite des stocks diponibles. L'ensemble des 4 numéros est proposé pour 65 Euros, franco de port, au lieu de 77.

Abonnement pour un an de deux numéros pour 2015: 35 Euros (ou davantage si soutien) – ne pas oublier de noter sur une feuille, en toute lettre, votre nom, prénom, adresse postale et votre adresse courriel.

Chèque à l'ordre de « les Amis de Critica » adressé à Jean-Pierre Bacot, 12 rue Budin – 75018 Paris.

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