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La Maçonne

GLDF (CMF) : Pendant ce temps.

GLDF (CMF) : Pendant ce temps.

Depuis ce 28 mai, une lettre adressée à Marc Henry, Grand Maître de la GLDF, circule au sein de la GLDF. Elle est actuellement signée par deux loges. Une vingtaine de loges, m'a-t-on informé par email ce matin, seraient en accord avec, autant la démarche que les idées qu'elle mentionne.

Les loges de la GLDF, habituellement discrètes, sortent de leur réserve pour témoigner de leur inquiétude vis-à-vis de la CMF. La circulaire n°35 – qui fut discutée ici – semble être l'élément fondateur de la critique générale. En effet, si elle avait pour but d'éclairer les frères de la GLDF, il apparaît qu'elle n'éclaire rien et a priori nullement nos frères.

Cette lettre est, en effet, très loin du style tortueux auquel nous a habitué Marc Henry et les « défendeurs de la CMF ». Claire et poignante, il s'agit au delà de divers constat, d'un cri du cœur. Il s'agit de frères qui aiment avec sincérité leur obédience et ce qu'elle représente.

Elle montre du doigt les lacunes du dossier : les obligations de la « Déclaration de Bâle », la circulaire n°35 occulte ainsi que le manque de communication interne tout au long du projet de la CMF.

Nos frères confirment, ici, ce que je soupçonnais et que d'autres avec moi : ils n'avaient pas de leur obédience l'information nécessaire et se devait de la chercher « ailleurs ».

Si ce constat est triste, ces frères ne sont pas moins déterminés à réfléchir eux-mêmes à l'avenir de leur obédience.

"« Allez-vous plus loin ? » dit le rituel. En tout cas, nous, nous ne sommes pas entrés en Maçonnerie pour aller « moins loin ». Or, nous avons l’impression désagréable que ce projet de « Confédération maçonnique de France » ne nous pousse pas en avant mais nous tire bel et bien en arrière.

Quant à nous, nous ne voulons pas revenir au XIXe siècle, nous ne voulons pas qu’on nous dise en quoi nous devons croire. Nous ne voulons pas qu’on nous indique où seraient la vérité et l’erreur ; nous ne voulons pas qu’on prétende nous garder du pêché malgré nous ; nous ne voulons pas qu’au gré des circonstances, on nous désigne qui est infréquentable.

TRGM, c’est nous, les FF de la GLDF qui, tous ensemble, sommes vos véritables mandants. Et nous pensons que notre avenir n’a pas à être dicté par des agendas fixés par quelques personnes dans les salons de Bâle, Vienne, Bruxelles ou Baltimore.

Alors aujourd’hui, en toute franchise et en toute fraternité, nous vous disons que ce qui est urgent, c’est de tout remettre à plat, dans le calme et la transparence totale. Et pour commencer nous vous demandons instamment de stopper ce qui se prépare à ce sujet pour le Convent de juin 2014. Ensuite, nous pourrons éventuellement remettre le travail sur le métier mais en procédant avec ordre et méthode, sans précipitation, dans la clarté, l’égalité et la fraternité.

Le destin de la
GLDF le mérite bien."

Je vous invite à lire cette merveilleuse lettre ci-dessous. Ils le méritent bien, car - ici - nous retrouvons les frères que nous avons toujours connus.

Lilithement vôtre,

Valenciennes, le 28 mai 2014

TRGM,
TCF Marc Henry,

Nous désirons vous exprimer directement le malaise grandissant que nous ressentons à l’égard du projet connu sous le nom de « Recomposition du Paysage maçonnique français » et en particulier son volet intitulé « Confédération maçonnique de France ». 

En fait, nous ne comprenons pas quels en sont les objectifs véritables. Nous avions espéré que votre Circulaire générale n°35 du 7 mai 2014 apporterait les éclaircissements tant attendus mais nous sommes au regret de devoir vous dire que ne fut pas le cas. 

En particulier, vos réponses à la 10e question nous laissent songeurs. « Vivre pleinement le REAA » ? Nous le faisons déjà très bien depuis belle lurette, merci. « Elargir la Chaîne d’union », d’accord ; mais pourquoi commencer par briser les liens qui nous unissent profondément à nos FF et nos SS les plus proches ? « Permettre à la GLDF de devenir un acteur majeur dans le monde » ? Cette phrase nous incline à penser qu’il s’agit en réalité d’un épisode d’une de ces parties de Stratego maçonnique qui agitent sempiternellement les états-majors des obédiences. Une impression renforcée par un passage de l’interview que vous avez donnée à ce sujet dans le Journal de la Grande Loge de France d’avril 2014.

Cependant, apparemment, nous voilà donc rendus aujourd’hui à la veille d’un point de non-retour. Si l’on vous en croit, le Convent de juin 2014 sera « déterminant pour l’avenir de la GLDF ». Il y a peu, vous aviez même affirmé que le temps était venu de prendre des « décisions courageuses, voire pénibles ».


C’est à la suite de l'implosion de la GLNF en 2009 que sont apparues les fameuses « Déclaration de Bâle » de juin 2012 et « Déclaration de Vienne » de janvier 2014 ; suite auxquelles l’ensemble de nos dirigeants a répondu à cette invitation de rejoindre les rangs de la soi-disant régularité maçonnique.

Or, cette « régularité » n’est pas qu’une curiosité anachronique et inoffensive. Elle est en effet assortie de plusieurs conditions non-négociables explicitement mentionnées dans la fameuse « Déclaration de Bâle » du 10 juin 2012 : 1) « Continuer à œuvrer dans le respect des principes fondamentaux de la FM régulière » ; 2) « Rompre sans ambiguïté avec les obédiences non régulières » ; 3) « Observer les us et coutumes internationaux en vigueur entre une Grande Loge et un Suprême Conseil ». 

Ne soyons pas dupes : derrière la formulation apparemment anodine de la première condition, se cache l’un des plus importants principes de base de la « régularité ». Et ce principe est très clair : il s’agit d’adhérer sans réserve aux « anciens landmarks », en particulier la croyance en Dieu, la présence du Volume de la loi sacrée et l’interdiction de discussion politiques et religieuses en L.

Les deux derniers « landmarks » sont en application depuis longtemps à la GLDF mais nous pensons que le premier – l’obligation de la croyance en Dieu – heurte de plein fouet les profondes traditions de libre arbitre cultivées de longue date par la Maçonnerie française, y compris par la GLDF elle-même. Et en tout cas, à nos yeux, cette condition contredit frontalement l’esprit et la lettre du Convent de Lausanne de 1875 ainsi que ceux de nos Constitutions de 1953, 1966 et 1967.

Mais une autre question nous taraude : comment continuer nos relations fraternelles avec les FF et les SS des obédiences libérales que nous côtoyons quotidiennement et, en même temps, nous conformer aux conditions drastiques émises dans la seconde condition de la « Déclaration de Bâle » qui nous enjoint de « Rompre sans ambiguïté avec les obédiences non régulières » ? En toute rigueur intellectuelle, ce grand écart nous paraît insurmontable.

On nous rétorque que les FF pourront encore nous visiter comme dans le passé… mais à condition de signer un papier qui spécifiera que, ce faisant, ils adhèrent aux grands principes de la régularité ou, tout au moins, aux points repris dans le document connu sous le nom de « Protocole de Paris ». Ces points contiennent entre autres l’adhésion à l’Invocation du Grand Architecte de l’Univers. Si les mots ont bien un sens, celui-ci est très lourd et nous pensons que bon nombre de nos FF visiteurs n’accepteront pas d’entrer ainsi dans ce petit jeu.

Enfin, à propos de notre propre droit de visite aux ateliers appartenant à certaines obédiences libérales, nous déplorons que vous restiez toujours extrêmement ambigu. Ainsi, dans votre Circulaire générale du 7 mai dernier, vous vous êtes montré particulièrement sibyllin en pointant qu’il s’agira-là d’un « choix individuel, à faire en conscience, en se rappelant que nous sommes engagés volontairement dans une démarche spécifique qui a ses propres règles ». Et vous terminez d’ailleurs en laissant planer une vague menace : « il importe que chaque Frère (…) s’engage, en conscience, à respecter les termes et le cadre de ses engagements, pris lors de son initiation et par la suite réitérés ». D’autre part, dans un courrier récent, l’inspecteur d’une L du Nord expliquait que « visiter d’autres obédiences n’est pas interdit mais (que ce n’est) pas indispensable tant le REAA est déjà suffisamment riche et complexe ». Enfin, s’il fallait encore un autre exemple du grand flou que l’on retrouve constamment à ce sujet, dans le Journal de la Grande Loge de France d’avril 2014, à la question de savoir si le prochain Convent devra se prononcer sur une éventuelle interdiction de visite aux autres obédiences, vous répondez, TRGM, que « l’ordre du jour n’est pas encore fixé et devra nécessairement tenir compte des événements susceptibles d’intervenir en France et en Europe d’ici là ».

L’ambivalence constante de ces propos nous alarme particulièrement. Et, dans l’hypothèse où les choses continueraient dans cette direction, nous craignons que nous ne soyons très vite réduits à devoir imiter ces FF de la GLNF qui venaient chez nous mais en cachette et en ayant toujours peur d’être sermonnés comme un enfant pris les doigts dans le pot de confiture. Devrons-nous très bientôt nous abstenir d’aller visiter notre épouse, notre fille ou nos amis les plus proches sous prétexte que leur obédience sera désormais considérée comme une simple « association philosophique » ? Nous ne sommes absolument pas rassurés sur ce point.

Malheureusement, ce n’est pas de notre propre obédience que nous avons reçu des éclaircissements convaincants. De même, alors que les choses sont engagées depuis 2012, ce n’est que maintenant, à quelques jours du Convent, que vous commencez à publier enfin des explications et que vous nous envoyez des émissaires chargés de nous « rassurer ». L’effort de communication interne nous semble beaucoup trop faible et beaucoup trop tardif.
Enfin, sur le fond de ce que nous percevons : nous estimons que, bien loin d’être un retour à une situation historique idéale, persévérer dans cette véritable « course à la régularité » revient en réalité à mettre en péril l’originalité, la tradition, la cohésion, la légitimité et, en fin de compte, l’avenir même de la GLDF.

« Allez-vous plus loin ? » dit le rituel. En tout cas, nous, nous ne sommes pas entrés en Maçonnerie pour aller « moins loin ». Or, nous avons l’impression désagréable que ce projet de « Confédération maçonnique de France » ne nous pousse pas en avant mais nous tire bel et bien en arrière. 


Quant à nous, nous ne voulons pas revenir au XIXe siècle, nous ne voulons pas qu’on nous dise en quoi nous devons croire. Nous ne voulons pas qu’on nous indique où seraient la vérité et l’erreur ; nous ne voulons pas qu’on prétende nous garder du pêché malgré nous ; nous ne voulons pas qu’au gré des circonstances, on nous désigne qui est infréquentable.

TRGM, c’est nous, les FF de la GLDF qui, tous ensemble, sommes vos véritables mandants. Et nous pensons que notre avenir n’a pas à être dicté par des agendas fixés par quelques personnes dans les salons de Bâle, Vienne, Bruxelles ou Baltimore.

Alors aujourd’hui, en toute franchise et en toute fraternité, nous vous disons que ce qui est urgent, c’est de tout remettre à plat, dans le calme et la transparence totale. Et pour commencer nous vous demandons instamment de stopper ce qui se prépare à ce sujet pour le Convent de juin 2014. Ensuite, nous pourrons éventuellement remettre le travail sur le métier mais en procédant avec ordre et méthode, sans précipitation, dans la clarté, l’égalité et la fraternité.

Le destin de la GLDF le mérite bien.


Avec nos fraternelles salutations,


Signé : les FF inquiets des RRLL 957 Saint Jean du Désert, Or.°. de Valenciennes ; 1146 L’Ambroisie, Or.°. de Valenciennes

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Luciole 06/06/2014 09:43

Je partage les sentiments de Jean-Yves et j'ajouterais que s'il est fort bien d'indiquer chemin faisant aux 5 de Bâle les limites que met la GLdF à leur demande,en tout état de cause ils n'ont pas les moyens d'accorder une reconnaissance mondiale,la leur tout au plus!
A la rigueur la GLUA aurait pu le promettre,avec éventuellement deux reconnaissances pour la France mais elle se garde bien d'intervenir.C'est un marché de dupes.Une troisième voie aurait été préférable mais n'a pas été expliquée.

Jean-Yves 04/06/2014 10:43

Cela fait un bout de temps maintenant que mon Ob.°. GLDF, cherche à se prendre les pieds dans le tapis d'une "régularité".
A titre personnel, je n'accepterai jamais de considérer le GADLU comme Dieu. Point final.
Conséquence: je quitterai immédiatement la GLDF si cela devait advenir ces prochains jours de Convent.
Je confirme qu'il y a un silence assourdissant sur ce sujet, pourtant essentiel, dans la plupart de nos ateliers de fabrication de "bon franc-maçons"...