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La Maçonne

GLFF : "la fin de vie" (audition du 8 octobre 2014)

La GLFF a été entendue par la Mission parlementaire Jean Léonetti et Alain Claeys sur la fin de vie ce 8 octobre.

La GLFF expose, ainsi, sur 4 pages la réflexion conduite depuis plusieurs années par les sœurs de l'obédience au sein de la Commission Bioéthique.

Elle développe le développement de la médecine palliative : soit une meilleur information de toutes et de tous, comme une meilleure formation des soignants,

De même, elle souhaite que les soins palliatifs et curatifs soient liés dans une continuité. La GLFF déplore une inégalité de centres de soins palliatifs sur le territoire national.

La GLFF porte à notre connaissance, de même, une réflexion sur les conditions et les circonstances des décisions d'abréger sa vie. Ainsi, rappelle-t-elle, toute personne majeure peut indiquer ses choix par écrit. Ces choix doivent être renouvelé tous les trois ans. Cependant, elles n'ont aucune valeur auprès des médecins. Elles demeurent, en soi, que consultatives par le milieu médical.

Comme il s'agit de documents rédigées et que la contrainte est dans leur rédaction, la GLFF souligne que des pays proposent des modèles dans un cadre légal.

Après le traitement anti-douleur (ou sédation terminale), la GLFF définit aussi une autre situation : le suicide assisté. Elle définit les circonstances de la manière suivante :

« Le suicide médicalement assisté, qu’il s’agisse d’un suicide par un tiers ou non, peut concerner aussi bien de grands malades que des personnes très âgées, encore lucides, dont l’état de santé n’implique aucune menace vitale à court terme, qui anticipant la dégradation de leurs facultés refusent une déchéance programmée et souhaitent terminer leur vie dignement.

On ne peut pas être lié seulement par l’incurabilité. Il convient également de prendre en compte la notion d’intolérable. Il faut permettre à chacune et chacun d’assumer les exigences de sa dignité et ne pas lui imposer cette intolérable assistance au maintien de la vie.

Il nous apparait indispensable, aujourd’hui, d’inscrire cet acte dans la loi, tout en encadrant strictement ces pratiques. »

L'euthanasie est plus longuement développé. La GLFF condamne la frilosité de la loi actuelle qui conduit à des suicides violents et des actes clandestins. « Les partisans de l’euthanasie estiment que c’est une liberté de mourir dans la dignité et cela met fin à l’hypocrisie de la différence entre euthanasie active et euthanasie passive. »

Pour conclure, la GLFF se présente comme favorable à une amélioration de la loi, prévoyant des révisions réguliéres en fonction de l'état de la société.

« Ce débat révèle le niveau de conscience individuelle et de maturité collective. La société a le devoir de créer, par la loi, les conditions les plus humaines possibles pour la fin de vie. Ces conditions sont un marqueur fort de civilisation. Il appartient à notre société de donner à chaque être humain qui le souhaite les moyens de choisir sa mort. »

Vous pouvez trouver le texte complet de cette audition sur le site de la GLFF.


Lilithement vôtre,





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Fredus 31/10/2014 22:19

Ainsi donc, les soeurs de la GLFF seraient parvenues à exprimer une position unanime sur des questions aussi délicates en 4 pages. Il faut saluer leur tour de force, mais surtout ne pas leur accorder trop de crédit.

Le CCNE, lui, n'a pas réussi une telle synthèse, même au bout de 70 pages :

http://www.ccne-ethique.fr/sites/default/files/publications/rapport_ccne_sur_le_debat_fin_de_vie.pdf

L'explication est à mon avis assez simple. L'unanimité est forcément beaucoup plus facile à atteindre lorsqu'on n'est plus qu'une ou deux soeurs à rédiger le document final de synthèse... Car à la GLFF comme dans les autres obédiences, la prise de parole publique est certainement réservée aux plus gradées ou à celles qui sont jugées les plus compétentes en raison le plus souvent de leur profession. Pour le meilleur, mais aussi pour le pire...

Bioéthiques ou pas, les questions mises chaque année à l'étude des loges connaissent un sort comparable. Au début, tout le monde dans l'obédience y travaille. Puis viennent les temps du rapport de chaque loge au congrès régional, puis au convent national. Et là, il y a forcément un ou une FM qui synthétise les rapports. Une synthèse toute personnelle est alors faite, dont la ressemblance avec les apports des échelons inférieurs est on ne peut plus incertaine, surtout quand l'auteur de la synthèse se pique d'être lui-même par profession concerné par la question mise à l'étude des loges. C'est bien connu, il n'y a que les médecins qui peuvent s'exprimer de manière pertinente sur la fin de vie, surtout lorsqu'ils n'exercent plus à l'hôpital depuis longtemps mais en cabinet de ville et lorsque leur spécialité ne leur laisse aucune chance de devoir soigner un patient en phase terminale d'une maladie incurable (je pense ici notamment à un médecin généraliste de la GLDF et à un ophtalmologiste du DH)... Si vous insistez pour obtenir des exemples vécus ou accessibles sur internet, je suis à votre disposition ! Ce genre de méthode me rappelle le "centralisme démocratique" pratiqué jusqu'à une date très récente dans les partis communistes de tous les pays...

Bref, il faudrait que les soeurs et les frères de toutes obédiences arrêtent un peu la masturbation intellectuelle et se mettent vraiment à lire et à réfléchir avant d'écrire et de publier quoi que ce soit s'ils peuvent pouvoir un jour exprimer un avis pertinent et argumenté sur des questions aussi polémiques, clivantes et délicates que celles soulevées par la bioéthique. Car le moins qu'on puisse dire, c'est que la production intellectuelle des obédiences mono-genre (GLFF, GODF, GLDF, notamment) laisse franchement à désirer. Au DH, c'est un peu mieux, sans doute en raison du facteur de mixité supplémentaire...

La Maçonne 01/11/2014 00:35

En réalité, toutes les soeurs de la GLFF qui le désirent peuvent travailler au sein de la commision laïcité et donc bioethique- Il s'agit ici d'une synthèse dont les idées ont été votées par le convent. Bref, compliqué, long et qui date de bien avant que la question ne soit posée à la GLFF.

yaka 30/10/2014 22:23

Nous avons réglé le problème depuis longtemps en Belgique, même si certains aimeraient revenir sur cette loi et l'abroger. A croire qu'ils ont peur qu'un de leurs proches ne décident d'en finir et qu'ils ne sauront pas s'y opposer.
Les règles sont strictes, les démarches compliquées ( pour éviter le coup de tête ) mais le sujet reste compliqué, surtout dans les hôpitaux à tendance catholique. Les patients sont priés (sans jeu de mots) d'aller se faire pendre ailleurs (décidément, je n'en rate pas une ce soir). Ce qui pour certains est un véritable dilemme vu que leur médecin de famille ( ou le directeur du service hospitalier ) leur demande "en plus" de ne pas être le responsable de leur mort.
LA SEULE responsable est la souffrance !!! Il est temps d'arrêter ces hypocrisies.
J'ai eu un cas terrible dans ma famille dans une branche très croyante, un cancer généralisé, une souffrance atroce ... et des veillées de prières pour aider la malade ( la mourante ) à supporter ce que même les médicaments n'arrivaient plus à calmer.
C'est sous la pression des enfants encore mineurs que le docteur à mis fin au calvaire, contre l'avis de la famille ( quoique ... c'était insoutenable, et je reste persuadé qu'ils attendaient tous cette issue )
Il ne manquait plus que le "on l'a fait pour les enfants" :-(
C'était quelques années avant que notre gouvernement vote cette loi.

http://www.belgium.be/fr/sante/soins_de_sante/fin_de_vie/euthanasie/

CF 29/10/2014 10:55

Autre extrait assez révélateur de l’ambigüité dans laquelle nous sommes à propos de la notion de « dignité » dans une telle circonstance :

Poser la question en termes de dignité déplace la question sur le terrain de l’éthique, où tout se complique. En effet, dire d’une personne qu’elle a "perdu sa dignité", revient à dire qu’il est possible d’évaluer la dignité d’un homme, que celle-ci est donc variable. On peut en effet avoir une conception subjective de la dignité : celle-ci peut être un rapport de soi à soi, et c’est à chacun de définir alors, pour soi-même, ce qu’il considère comme digne ou indigne de vivre. On peut concevoir encore (mais là, c’est beaucoup plus difficile à soutenir) que nous recevons notre dignité d’abord du regard que les autres portent sur nous. On risque alors vite de porter un jugement de valeur sur ceux qui souffrent et considérer, crûment, que pour certains la vie ne vaut plus la peine d’être vécue. Mais on peut opposer à ces deux conceptions un sens ontologique du concept, et qui fait de la dignité ni une convenance subjective envers soi, ni une décision non moins subjective confiée au regard incertain d’autrui, voire de la société tout entière. Cette dernière dignité est celle qui fait l’humanité d’un homme : la dignité, selon le préambule et l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 est une valeur absolue accordée à chaque homme en sa singularité, quelle que soit l’idée qu’autrui ou lui-même se fait de cette dignité. Elle est inaliénable !

CF 29/10/2014 10:54

Extrait :
Droit de mourir et droit à la vérité
Le cas du patient conscient, incurable, parvenu au stade terminal (Hans Jonas)

En 1985, le philosophe allemand Hans Jonas publie un petit texte, traduit sous le titre Le droit de mourir [4] (Rivages poche). Même si, sur le plan juridique la situation a évolué depuis l’époque où ce texte a été écrit (les soins palliatifs se sont développés, l’acharnement thérapeutique est rejeté, le droit de savoir du patient est reconnu), son propos offre toujours matière à réflexion.

Un chapitre est consacré au "patient conscient, incurable, parvenu au stade terminal". Hans Jonas noue dans ce chapitre le concept de droit de mourir à celui de droit à la vérité, en vue d’une réappropriation par le malade de sa mort.

Jonas commence par évoquer le cas du malade qu’il faut à nouveau opérer, alors qu’il a déjà subi plusieurs opérations, et qui refuse cette nouvelle opération. Le médecin l’informe alors qu’il va mourir à coup sûr. Le patient accepte qu’il en soit ainsi.

Dans la mesure où toute opération requiert le consentement du malade, il semble qu’il n’y ait là aucun problème d’ordre éthique ou juridique. Pourtant, la réalité est plus complexe.

Pour que le consentement ou le refus d’un malade soit valable, il faut que ce dernier soit bien informé, qu’il connaisse le pour et le contre de son choix. Ainsi, le droit de mourir, écrit Jonas, ne se dissocie pas d’un droit à la vérité, et il est annulé dans ses effets par la tromperie. Or, ce genre de tromperie fait partie de la pratique médicale, non seulement par humanité, mais souvent aussi pour des raisons elles-mêmes thérapeutiques.

Jonas propose alors d’imaginer les questions du patient après que le médecin lui a annoncé la nécessité d’une nouvelle opération. "Que va-t-elle me rapporter en cas de succès ? Une survie de combien de temps, et de quelle nature ? Comme malade chronique ou avec retour à une existence normale ? Dans les souffrances ou non ?" (sans perdre de vue que le malade est dans un état incurable, où seule la durée du sursis accordé peut encore varier).

Le patient a droit évidemment à une réponse sincère, mais la sincérité et la vérité sont souvent synonymes de cruauté. De là un certain nombre de nouveaux problèmes : le patient veut-il réellement entendre la vérité ? Est-il capable de la supporter ? Quelles en seront les conséquences au niveau psychologique, pour les quelques jours qui lui restent ? Le patient ne souhaite-t-il pas au fond être trompé, "y croire" encore ? Lorsque le patient "abandonne", est-ce que cela n’aggrave pas en effet le pronostic ? L’espoir n’est-il pas une force en soi ?...

En somme, la vérité ne pourrait-elle de fait être surtout nuisible alors que la tromperie pourrait être utile au patient, en quelque sens, subjectivement et objectivement ? On ne fait que retrouver là une très vielle question : est-ce le médecin doit "le dire" ?

Pour Jonas, l’autonomie du patient devrait être, toujours et en fin de compte, respectée. Il ne faut pas priver le malade de la possibilité d’effectuer son choix dans les meilleures conditions d’information. A moins précise l’auteur que le patient souhaite manifestement qu’on le trompe. C’est tout l’art du médecin qui est alors requis pour détecter cela, l’art du médecin et non sa science. Le médecin doit évaluer avec justesse la personnalité du patient. La tromperie consolante est acceptable, loyale même, lorsque le malade la souhaite visiblement. De même, quand on n’en est pas encore au moment du choix le plus extrême, la tromperie encourageante peut offrir une utilité directe sur le plan thérapeutique. Sinon le droit de la personne mûre au dévoilement de toute la vérité devrait être respecté.

Jonas propose alors de concevoir un "droit contemplatif à sa propre mort, tel qu’il s’accorde à la dignité humaine". Le droit du patient à la vérité quand il est voué à mourir constitue précisément un droit en soi, sacré. "Il faudrait, écrit Jonas, que le médecin soit prêt à honorer le sens capital de la mort pour la vie en sa finitude et qu’il ne refuse pas à un autre mortel le privilège de bâtir une relation avec la fin qui approche - de se l’approprier à sa manière à lui, que ce soit dans la résignation ou dans la révolte, en tout cas dans la dignité de la connaissance". Certes tout un chacun n’est pas prêt à recevoir telle quelle, toute crue et toute nue, la vérité. "La miséricorde peut permettre l’indignité de l’ignorance", mais cette ignorance ne doit pas être imposée au malade. Il existe un droit inaliénable de "posséder" sa propre mort, "dans la conscience bien concrète de son imminence. (...)

Mentir au mourant et ne pas tenir compte de sa volonté manifestée de façon crédible, c’est lui enlever la possibilité de se distinguer en demeurant lui-même, en regardant sa mortalité de face, quand elle s’apprête à devenir pour lui bien réelle. Cette mortalité représente intégralement une qualité de la vie, et non pas un affront à celle-ci, œuvre d’un hasard étranger".

CF 29/10/2014 10:53

Beaucoup de questions se posent:

Qu’elle définition pour euthanasie ? (il me semble que l'on se risque à des formules dont on évalue guerre les conséquences ... surtout comme celle que je viens de lire de "sédation terminale" ou dans une moindre mesure comme celle de "suicide médicalement assisté")

Comment garantir au patient le droit à la vérité sur son cas comme respecter son choix de ne pas vouloir savoir ?

De quoi parlons-nous -et selon quel point de vue- à travers la formulation et la revendication du droit de mourir dans la dignité ?

Des questions et enjeux déjà bien formulées et circonscrits dans ce texte documenté de 2005 «Euthanasie : Peut-on demander le droit de mourir ? » par Laurence Sabatié-Garat et François Thomas, qui cite aussi le philosophe Hans Jonas, l’homme des comités d’éthique.

http://www.eleves.ens.fr/pollens/seminaire/seances/euthanasie/euthanasie.pdf

Je ne suis pas un partisan de l'acharnement thérapeutique et suis plutôt favorable au "droit de mourir" ... mais aussi au "droit à la vérité"... et ne pas éviter de se poser la question du sens que l'on donne au mot "dignité" dans ce cas...

Qui enfin est capable de prendre la responsabilité de la décision terminale. La pratique ne devrait pas n'être que codifié -légalisé- de manière banale et générale mais relationnelle, au cas par cas, avec prise en compte de la personnalité du patient par le médecin, selon moi. Ce genre de responsabilités et de relations d'accompagnement de discernement de justesse .... ne s'append pas en cours dans les universités...

Marie 28/10/2014 09:36

Parfait. Il faut du courage tout de même pour recourir à une fin digne. Cela suppose un travail sur soi préalable et sur sa famille afin d'être bien compris.