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La Maçonne

Pourquoi la franc-maçonnerie féminine ?

Les femmes et premières maçonnes se sont regroupées au sein d'une maçonnerie mixte, dont l'obédience historique est le Droit Humain. La maçonnerie dite d'adoption - « maçonnerie des dames » - étaient aussi tout autant mixte. L'existence d'une maçonnerie féminine est récente dans l'histoire de la franc-maçonnerie.

Nous avons vu, dans un précédent article, qu'il existe (1) cantonnée en Angleterre, une franc-maçonnerie féminine, copie de la maçonnerie masculine. Cette maçonnerie féminine issus d'une scission du Droit Humain demeure peu influente. Malgré quelques tentatives d'extériorisation, elle ne se développe pas hors de ses frontières et ne souhaite aucun lien, comme ses homologues masculins, avec la maçonnerie libérale, qu'elle soit féminine, mixte ou masculine.

Il a fallu attendre 1946 pour que naisse une première obédience féminine, qui permettent aux femmes une démarche qui leur soit personnelle, celle-là sur le territoire français.

Aujourd'hui, la Grande Loge Féminine de France compte 14 000 membres, des sœurs – dont un des signes distinctifs est la robe noire. Dès les années 70, elle a féminisé les noms de plateaux, ce que les obédiences mixtes peinent à faire (2). Multi rites, elle propose le REAA, plusieurs Rite Français, et aussi, pour 9 loges en France, le RER. Elle a, de même, aidé au développement de la maçonnerie féminine en Europe (3). Plusieurs obédiences féminines sont issus de loges pionnières qu'elle a fondé.

Il existe au monde deux autres obédiences féminines, qu'il est bon de noter, qui ne sont pas issues de la Grande Loge Féminine de France : la Grande Loge Maçonnique Féminine de Turquie (fondée en 1991, compte aujourd'hui 850 membres) et la Grande Loge Féminine du Chili (existe depuis 1983, compte aujourd'hui une 20aine de loges, et qui fonde à l'instar de sa sœur française des loges pionnières en Amérique du Sud).

Ces obédiences féminines ont créé leur propre organe international : pour les européennes et une partie du monde : le CLIMAF et les sud-américaines, la FAMAF (fondée en 2000).

La maçonnerie féminine remplit le vide laissée par la maçonnerie mixte et masculine. Elle permet à des femmes de travailler « entre elles » et, par là, indique qu'il existe des lieux qui leur sont réservés exclusivement.

Pourquoi une maçonnerie féminine ? La réponse qui me vient tout de suite : il existe une maçonnerie masculine – et comme on me le répète depuis quelque temps – dont une représente 90% de la maçonnerie mondiale, ayant interdit aux femmes leur existence les dotant d'organisation para-maçonnique – alors, donc, pourquoi pas ?

Allant à contre courant, la maçonnerie féminine s'est fondée, en France, sans tenir compte des préceptes masculins et encore moins de leur avis. Elle est « faite par les femmes pour les femmes ».

A contre courant toujours, la maçonnerie féminine s'oppose à un « tout mixité obligatoire » qui ne semble d'ailleurs être imposé qu'aux femmes sous le couvert d'un faux débat féministe, les rendant coupable de vouloir être entre elles, alors qu'elles évoluent dans une société mixte.

Or, au regard des chiffres et des modalités de fonctionnement, ce ne sont pas les femmes qui sont en cause. Les femmes, en effet, choisissent à part égale la mixité ou la non-mixité. Celles en maçonnerie féminine reçoivent sans distinction des visiteurs masculins, même ceux qui ne les reçoivent pas.

Pour le féminisme radicale, l'action militante ne peut exister qu'au masculin. Le féminisme au masculin demeure une extension des « droits de l'homme », une réflexion sur le genre, et sur l'inégalité des femmes et des hommes. Certes, cela semble, d'ors et déjà, un essentiel. Cependant, le féminisme dépasse ce pragmatisme, généralement associé à une panoplie de loi, pour tenter d'associer l'expérience des femmes à leur identité.

C'est, de là, poser une question qui n'a de sens que dans une démarche pluridisciplinaire : qu'est-ce une femme ? Nul besoin d'être une féministe radicale pour se la poser. Freud s'y s'est cassé les dents : « les femmes, c'est le continent noir ». N'y-a-t-il pas la peur que les obédiences féminines se radicalisent à l'instar des féministes ? Que peut-on dire sur les obédiences masculines et nos 90% de maçons dans le monde ? Un « entre hommes » n'est-il pas justement la radicalisation d'une idée de la maçonnerie qui ne peut exister qu'au masculin et qui est encore aujourd'hui complètement étanche à l'élément féminin?

Il faut retenir dans « faite par les femmes pour les femmes » : « faite par les femmes », qui leur permet de réfléchir sur leur organisation et leurs objectifs en toute indépendance. Une indépendance farouchement gardée, certes les commentateurs pourront dire forcée. En effet, en examinant le parcours de l'actuelle Grande Loge Féminine de France, celle-ci fut jetée par la GLDF, alors en quête de la « régularité » et ne fut reconnue qu'à partir de 1970 seulement par le progressiste GODF, qui, fidèle à lui-même, est passé durant 25 ans, une nouvelle fois, à côté de l'histoire de l'initiation des femmes.

Autrement dit, la GLFF n'avait d'autre choix que de se débrouiller seule.

Seules. (6) C'est certainement une des caractéristiques des obédiences féminines, même si certaines françaises, dans leur petit confort, n'en prennent pas conscience. Elles estiment que le débat est « d'arrière garde », prenant à leur compte, cette idée, qui dédouane les obédiences masculines, « que tout est gagné pour les femmes en maçonnerie et dans leur société».

Seules, donc, parce que féminine et usant voir abusant du féminin, alors qu'en France, le mot « président » s'il est féminisé fâche l'Académie Française.

Seules, parce qu'on les appelle « ma soeur », là encore où elles rebutent à être « des frères comme les autres ».

Seules, donc, parce que dans l'égalité de leurs loges « entre femmes », elles savent qu'elles sont forcément exclues de la maçonnerie. La GLDF et son convent de 2013 n'a eut aucun mal à voter le caractère de « non mixité » de ses travaux, s'insurgeant même d'ingérence si on le lui fait remarquer, alors que la féminine GLFF est montrée du doigt de ne pas initier des hommes « comme au GODF » !

Dans son article, « Un débat « qui nous vient du passé tend vers l'avenir » » de Laure Caille, publié dans un numéro de « la Chaîne d'union », celle-ci concluait :

La mixité n’est pas l’égalité. Il suffit de regarder autour de soi. Le monde du travail, qui est devenu presque totalement mixte, reste profondément inégalitaire. Tout comme le monde politique, syndical, associatif. Il serait illusoire de penser que tout vient à point à qui sait attendre et qu’il suffit d’un peu de patience pour que l’égal accès aux responsabilités advienne, en douceur, tout naturellement.. Qu’en pensent les jeunes – et en tout premier lieu les jeunes femmes – qui frappent à nos temples ? Comment s’inscriront-ils dans ce débat ? Peut-être avec les mêmes divergences de points de vue, qui sait ?
Mais, surtout, en survalorisant la problématique de la mixité, n’oblitère-t-on pas d’autres critères d’identité obédientielle et de choix individuel essentiels tels qu’options philosophiques, rapport au social, pluralité de rites etc.? Autant de questions qui restent à explorer, autant de temples qui restent à construire, dans la liberté de chacun-e mais avec la nécessaire promesse d’avoir pour horizon une voûte étoilée, et non un nouveau plafond de verre. 

Mixité, un miroir aux alouettes ? C'est, en effet, aussi dans des sociétés mixtes que les femmes n'avaient pas le droit de vote en occident. C'est toujours dans une société mixte, celle d'aujourd'hui, où les femmes demeurent les inégales des hommes et sont toujours en lutte dans une prolifération d'association féministes à tenter de bouger les lignes. Si cette mixité n'est pas synonyme d'égalité dans nos sociétés, comment peut-elle l'être dans des obédiences mixtes « qui veulent être comme dans la société » ? Cette illusion d'égalité, au sein de nos obédiences, est-elle construite à l'intention des femmes ou à celles des hommes ?

Aux femmes, qui on l'espère, ne remettront pas (trop) en cause l'ordre établi depuis des lustres. Aux hommes, qui se trouvent conforté dans cette illusion, qu'eux – et ils s'en félicitent même – ne sont pas « misogynes » puisque appartenant à des obédiences mixtes !

C'est confondre l'idéal de nos principes et leur acquis. Ce n'est pas parce que nous nous (auto)proclamons, libres, égaux et frères …. (et on notera ici le masculin) que nous le sommes. Nous y travaillons tout au moins.

La franc-maçonnerie féminine, un combat « d'arrière-garde » ? Peut-être, si on aime les contes pour petites filles sages.

Pourquoi une maçonnerie féminine ? Parce que ce qui est pour les hommes un apartheid est pour les femmes une prise de recul que certaines trouvent nécessaire.

La franc-maçonnerie que l'on soit homme ou femme n'en reste pas plus qu'une parenthèse dans sa vie. Elle construit (si on le veut bien). Elle détermine une pensée (si encore on le cherche). Un « entre femme » ne rejette pas le fonctionnement d'une société même si mixte, elle travaille à sa réflexion et « à son amélioration ». Ce que semble ne pas savoir faire les hommes qui expriment dans leur « non mixité », un rejet de l'identité « femme », soit des « tentatrices », soit incapables de comprendre la maçonnerie, arguant une absence de « figure féminine » (4), se cachant derrière quelques traditions poussiéreuses et finalement inconsistantes.

Ce n'est, en effet, pas un pasteur anglais ayant vécu trois siècles plus tôt qui va dicter la conduite des femmes au sein de leurs obédiences. Seuls les hommes semblent vouloir s'y vouer corps et âme, en quête d'une rédemption écossaise. N'est-ce pas là un ridicule de genre … masculin ?

Elle ne peut être comme une mixité obligée, rassurant là encore autant les hommes que les femmes, d'être « comme dans leur société », dans un désir d'intégration de la franc-maçonnerie à cette même société, sans d'ailleurs en exploiter les failles et les faiblesses et encore moins se demander si la société en veut bien.

La franc-maçonnerie féminine propose, pour celles qui le veulent, autre chose qui n'est pas figé dans un constat de fait social ou dans des résurgences traditionalistes. Elle cherche toujours.

Seules, « entre elles », tout est encore à faire & à inventer.

Contrairement à une maçonnerie mixte, qui idéale, beaucoup est déjà dit (5)

Lilithement vôtre,

Notes :

  1. Articles « Dans mes murs » : http://lamaconne.over-blog.com/2014/08/dans-mes-murs-franc-maconnerie-mixte-feminine-1.html
  2. Je souhaite rappeler que les sœurs anglaises s'appellent entre elles « brother ». Ce ne serait pas faire honneur au Droit Humain québécois, si je ne précisais pas que les noms de plateaux sont féminisés. Ce qui n'est pas le cas en France.
  3. Article « GLFF à l'international : philosophie & moyens» : http://lamaconne.over-blog.com/2013/10/glff-%C3%A0-l-international-philosophie-et-moyens.html
  4. Interview de Marc Henry : « La Grande loge n’a jamais été mixte de son histoire. Le rite que nous pratiquons ne comprend que des figures masculines. Nous pensons, à tort ou à raison, que le domaine de l’initiation doit se faire sans mixité. Nous pensons que cela doit rester séparé. Entendons-nous bien, nous nous voyons avec les soeurs, et nous avons d’excellents rapports avec les autres obédiences. » http://www.gadlu.info/marc-henry-le-rite-que-nous-pratiquons-ne-comprend-que-des-figures-masculines.html

    Lire à ce propos : « le sexisme en franc-maçonnerie » : http://lamaconne.over-blog.com/2014/10/le-sexisme-en-franc-maconnerie.html
  5. Article « Qu'est-ce une franc-maçonnerie mixte ? » : http://lamaconne.over-blog.com/2014/03/qu-est-ce-la-franc-maconnerie-mixte.html

    et ces précédents articles : « Guerre de tranchée : la nécessaire non-mixité» : http://lamaconne.over-blog.com/guerre-de-tranchee-la-n%C3%A9cessaire-non-mixite

    « Guerre de tranchée : les impensables de la mixité »

    http://lamaconne.over-blog.com/guerre-de-tranch%C3%A9e-2-le-conjoint-%26-l-initiation-les-impensables-de-la-non-mixit%C3%A9

    « Guerre de tranchée : l'avantage des femmes » : http://lamaconne.over-blog.com/2013/10/guerre-de-tranch%C3%A9e-3-l%E2%80%99avantage-des-femmes.html
  6. Seules : en lisant le dernier article du blog "la lumière", je ne pensais pas si bien dire. Evénement qui, même si anecdotique, montre que les obédiences féminines demeurent seules face à leurs actions. http://blogs.lexpress.fr/lumiere-franc-macon/2014/11/15/catherine-jeannin-naltet-il-en-va-de-la-survie-de-la-franc-maconnerie/

Lire aussi : "les premières francs-maçonnes au siècle des lumières" :

http://lamaconne.over-blog.com/2014/04/les-premieres-franc-maconnes-au-siecle-des-lumieres-de-janet-burke-margaret-jacob-livre.html

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Xavier 27/05/2016 11:03

Bonjour,
Etant initié dans une loge masculine, et ayant choisi la FM masculine et non mixte, je comprends absolument cette envie aussi pour les femmes de cet entre-soi.
J'accepte et comprends également la FM mixte.
Pour autant, j'ai eu besoin de ce côté non mixte de mon obédience.

N'y voyez ici aucun sexisme ou misogynie. Je considère mes soeurs du DH ou de la GLFF égales à mes frères.

Aube 23/11/2014 00:17

Bonsoir la Maçonne. Merci mille fois pour cet article. Après avoir été approchée j'ai longuement réfléchi et j'ai opté pour la glff pour toutes les raisons que vous relatez dans cet article. Merci.

Jean-Pierre Bacot 18/11/2014 11:08

Et ben dis donc! Ca chauffe, Lilith, sur ton blog!
La maçonnerie féminine est une sorte de discrimination positive, commme Prince Hall pour les Noirs.
Est-elle toujours nécessaire dans la France de 2014?
Je propose ma réponse:
En mixité, on trouve des femmes émancipées.
En féminitude, il y aurait des femmes non émancipées dirigées par des émancipées.Donc, quelque part, ces non emancipées en robe noire sont doublement dominées
par des hommes dans la société, par des femmes en loge.
Si c'est en quoi que ce soit du féminisme, je veux bien une robe noire de soutane avec une corde si possible pour prendre ma retraite dans un couvent mixte
cela dit, encore une louche de rite rectifiant: pas d'initiation, mais de la réception, s'entend pour els Modernes, pas les romantiques d'après 1830. Critica Masonica n° 5 pour davantage de détails sur cette hérésie
Amen

bacot 20/11/2014 14:04

Il faut s'entendre sur l'idée d'émancipation.
L'un des critères de son accomplissement pourrait en être l'absence de peur d'être confronté(e) à une altérité jadis surplombante (celle des hommes sur les femmes, des noirs pour les blancs, des goym sur les juifs, etc.)
et surtout la vérification que cela se passe effectivement, émancipation faite, dans une égalité de fait, avec un quasi effacement du critère sexué ou culturel-ethnique dans la ciorculation de la parole, la prise de responsabilité etc..
De plus, si l'on introduit la notion de genre ( il serait temps), il y a des femmes masculinisantes dominantes qui sont de fait, dans une structure purement féminines, qui sont de facto mixtes, l'écho d'une domination " classique", ancienne, machiste, mais cachée ( à peine, pour qui sait voir).
Chez les hommes, c'est autre chose, la peur de l'autre tient surtout du phantasme et d'une part de fémlinité inassumée, le débat il y a quelques année sur la mixité du GO l'a largement illustré.
Bref, forces et limites de la discrimination positive au début du XXI siècle, question à l'étude?

La Maçonne 19/11/2014 21:44

Mon frère Jean-Pierre :En mixité, on trouve des femmes qui ne sont pas émancipées ... (aussi).
Celles là seraient donc dominées par des soeurs autant que par des frères... et triplement dans leur vie quotidienne. La maçonnerie n'est pas "la vie", mais un espace temps dans sa vie. Comme il existe des hommes qui se font dominés par des hommes ou des femmes ...
De même, n'importe qui peut se laisser "dominer" par des "idées", des "croyances" ou des jugements. Que nous soyons en mixité ou pas, cela ne change rien.

A mon avis, il faut concevoir la maçonnerie comme une école de liberté et donc pour certains et certaines d'émancipation ou de libération.

Brumaire 17/11/2014 19:27

Chère Lilith,
La présence d' obédiences mono-genre, comme d'obédiences mixtes est tout à fait non seulement respectable,mais souhaitable, et le choix d'une obédience par un/une profane doit se faire en connaissance de cause.
Je ne songe même pas à discuter le choix d'une obédience mono-genre: les raisons sont multiples, et on peut en penser ce qu'on en veut. Certains frères ne souhaitent pas être ''troublés'', certaines Soeurs pensent avoir une parole plus libre: c'est leur droit à tous, et heureusement, le choix est assez important en France pour que chacun puisse trouver généralement ce qui lui convient.
Seulement, l'inégalité de traitement demeure: la GLFF reçoit des FF.: -avec des restrictions certes-mais ses loges peuvent recevoir des FF.: du GODF, de la GLDF, du DROIT HUMAIN....alors que l'inverse,en ce qui concerne la GLDF ou certaines loges du GODF n'est pas envisageable! Ne parlons même pas des ''réguliers'' ou ''aspirants-réguliers''.C'est bien là que le bât blesse, car nous autres femmes maçons sommes encore considérées par une grande partie de la population maçonnique, malgré les dénégations, comme des initiées au rabais, voire pas initiées du tout. Et les considérations selon lesquelles le REAA par exemple, pour n'en citer qu'un, serait fait pour des hommes, relèvent du même esprit que celui du concile de Trente.

Ce n'est pas parce qu'une loge féminine reçoit des frères de temps en temps qu'à ce moment-là, elle est mixte.
Ce n'est pas parce qu'une loge masculine reçoit des soeurs de temps en temps -si, ça existe-, qu'à ce moment-là, elle est mixte. Ces loges ont un apport ponctuel, soit de frères,soit de soeurs, mais ces présences de l'autre genre ne changent pas leur manière, ni de fonctionner, ni de réfléchir.
Car la mixité, ça ne se décrète pas en claquant dans ses doigts! ça se travaille jour après jour,comme le reste, comme le symbolisme, comme la fraternité. Si, il y a 40 ans, j'ai choisi le DROIT HUMAIN, c'est bien pour travailler avec des hommes qui deviendraient mes frères, des femmes qui deviendraient mes soeurs, et je ne crois pas que ma parole en loge, comme ailleurs, soit bridée par quoi que ce soit. Ensemble en loge, nous ne sommes plus des hommes ou des femmes, nous sommes des francs-maçons qui travaillons, c'est tout.
Gloria évoque avec regret la décision de la fédération française du DROIT HUMAIN de ne plus féminiser les offices: effectivement, cette disposition a été votée au convent national de 1959, pour, justement,ne plus faire de différence entre un office tenu par un homme ou par une femme: ma Soeur Premier Surveillant, plutôt que ma Soeur Première Surveillante, pour montrer que le sexe de l'officier n'avait aucune importance en loge,c'était un franc-maçon. La langue française est ainsi faite qu'il n'y a pas de genre neutre, ce qui, selon moi, aurait bien arrangé tout le monde en maçonnerie mixte.
Toujours à titre informatif, au DROIT HUMAIN, il n'y a qu'un GM, c'est celui de l'Ordre, élu pour 5 ans par le Suprême Conseil à l'issue du convent international.
Bien fraternellement à vous tous

joaben 18/11/2014 09:30

Pardonnes moi, ma chère de justement m'opposer, pas sur le fond ni l'objectif, mais sur la démarche, pour moi et selon mon experience d'ancien de loges sexistes :
- La mixité ne se "travaille" pas ! Elle va de soi !
- Il en est de même du droit des femmes à faire de la FM bien entendu.
- Féminiser, brandir ce droit es femmes était un outil efficace lorsqu'il fallait s'affirmer. Ce temps est érévolu.
- Les femmes n'ont plus à faire leurs preuves : C'est fait depuis longtemps.
Il est donc temps de ne plus utiliser ces outils du passé pour des causes d'aujourd'hui.
- Il revient aux loges et obediences sexistes de justifier leur particularité.
- Les membres de loge se reunissent autour d'objectifs maconniques (la mixité n'est pas un objectif maconnique)
- Les travaux maconniques ne font aucunement intervenir le sexe e leurs participants.
- Les offices n'ont pas à être differentiés selon le sexe de celui qui les occupe. L'orsqu'on s'adresse à un officier de loge, on s'interesse à l'office qu'il occupe, pas ni à son sexe, ni même à la personne. En cela une appellation NEUTRE de "frère" désexue le poste. Ceci dit, le neutre en français s'exprime par du masculin ... c'est regrettable mais qu'y faire ?

joaben 16/11/2014 17:33

Je reste perplexe. Autant je milite pour que cesse cette absurdité d'une soit-disant masculinité de la FM, autant une exclusivité féminine me parait tout aussi étrange. Et ne peut qu'appuyer le sexisme traditionnellement mâle.
Pourtant la pratique d'une FM débarassée de sexisme est éloquente de la futilité de ces idées. Que vient faire le sexe en FM ?

lenormand claudine 16/11/2014 16:04

J appprecie regulierement vos' articles mais ce dernier m interpelle . Je n y lis aucune mention de l existence de la Grande Loge Feminine de Memphis Miraim. Dans ses loges , certes moins nombreuses que la GLFF, le travail s y conjugue au feminin par des femmes solidaires et soucieuses de l humanité. Fraternellement.

lenormand claudine 16/11/2014 22:23

Merci de votre réponse et j entends bien, vous parlez de naissance d obediences feminines , la GLFF fut fondée en 1945 et la GLFMM 20 ans plus tard en 1965. Cette obedience rassemble des soeurs qui travaillent selon les principes universels de la F.M. avec une forte recherche spirituelle. La GLFS (suisse) et la GLFB (belge) furent respectivement créées en 1976 et 1981. A votre disposition si vous souhaitez connaitre plus la GLFMM.

La Maçonne 16/11/2014 16:57

Ma soeur, ce n'est pas un oubli volontaire. J'évoque dans cet article : une "naissance" d'obédiences féminines et non pas uniquement en France, mais sur toute l'Europe et ses caractéristiques générales.

Gloria Escomel 16/11/2014 15:56

En tant que féministe je sais que ce sont les discussions entre femmes seulement qui ont fait avancer la réflexion sur la condition féminine et permis d'analyser et tenter de se débarrasser des stéréotypes que la société patriarcale entretien depuis des millénaires. Je sais aussi que nous avons besoin de nous retrouver entre nous, parce que dès qu'il y a présence masculine notre discours se trouve faussé -ne serait-ce que parce qu'il prévoit la riposte qui va venir ou parce que l'on craint de blesser les susceptibilités des hommes présents, etc. C'est pourquoi j'ai toujours été partisane de la possibilité de choisir des loges féminines dans une vie maçonnique (que je ne confonds surtout pas avec des réunions entre militantes féministes, car dans une loge il n'y a pas que des féministes !!). Comme je reconnais le droit aux hommes de vouloir rester entre eux, ou aux femmes et aux hommes de vouloir travailler en mixité. Laissons de côté l'attitude de certaines obédiences qui nous refusent l'entrée, mais considérons la différence pour une femme de travailler en mixité ou en féminité. Je n'ai été qu'à quelques tenues de la Fédération française du Droit Humain, de la GLFF et surtout de la GLFB (où j'ai entendu avec horreur cette phrase: ''N'oublions pas que nous ne sommes que la moitié du genre humain, que les hommes... etc'' qui m'a semblé d'un à plat-ventrisme ahurissant). Je travaille depuis 35 ans dans une loge pionnière mixte du D.H. à Montréal (Fédération canadienne) et je me rends compte que nos frères sont bien différents des frères de loges masculines. Ils sont féministes si l'on peut dire d'un homme qu'il l'est, mais disons que leur ouverture aux questions de la condition des femmes et parfois leurs idées sont bien plus grandes. La possibilité de prendre la parole pour attaquer le patriarcat n'offusque aucun frère qui sait très bien que ce n'est pas eux comme individus que l 'on attaque, mais un système dont ils sont aussi victimes. Leur attitude envers les sœurs sont généralement fraternelles et non flirteuses -ou pleines de galanterie, comme s'en défendent certains, pour être vieux jeu !-, comme celle des frères visiteurs venant du G.O.DF ou de la GLdeF (qui ont ici chacun une petite loge de ''français nostalgiques'').
Il faut dire qu'au Québec les hommes sont plus évolués qu'en Europe, moins machos, et que nous avons bien sûr des québécois dans notre loge. J'ai visité ici une loge de la GLFF, que des frères fréquentaient assidûment, ce qui lui donnait un caractère de mixité semblable à celle du DH, sauf qu'évidemment ils n'avaient pas le droit de voter, mais ne se privaient pas pour donner leur avis à la lecture d'enquêtes, ou au passage sous le bandeau et bien sûr lors des planches. Donc ''être entre nous'' n'a aucun sens dès lors qu'un seul visiteur est là. L'attitude des sœurs change dès qu'il y a des hommes, j'ai pu le constater en comparant la fois où il y en avait et la fois où il n'y en avait pas !
Par contre j'ai visité une Loge féminine de Memphis Misraim qui, elle, n'accepte pas de visites de frères. Et là oui, il y a un ''entre nous'' qui permet à la parole des femmes de se montrer en liberté.
Ma question est donc : pourquoi se vanter de travailler entre femmes, d'être des loges féminines, dès lors qu'elles sont ouvertes à tous vents, surtout à des frères de la GLdeF, parce que leurs femmes, mères, filles, nièces, maîtresses, cousines etc. sont dans la GLFF et ils s'invitent sans vergogne, alors que de leur côté ils n'en admettraient aucune chez eux. Car, bien sûr, ils orientent les femmes de leur entourage vers des loges féminines et non dans des mixtes, pour être sûrs qu'il n'y aura pas de rivalités masculines en la demeure. En oubliant que si eux les visitent, d'autres le feront aussi, qui ne se gêneront pas, pour peu qu'une sœur soit jolie ou avenante, de leur faire la cour plus ou moins discrètement (Au point qu'il y a une quinzaine d'années, époque où j'avais visité des loges à Paris, des Sœurs s'indignaient en disant Ils viennent comme au Parc au Cerfs ! -petites maisons galantes-) En permettant aux hommes de visiter leurs loges, celles-ci deviennent mixtes, automatiquement, et la parole libre des femmes est compromise.
Certes la GLFF a féminisé les titres et la fédération française du DH -qui les féminisait à l'origine aussi, les textes le témoignent- s'est ravisée et les a masculinisés, ce qui est une aberration. Mais le DH n'est pas seulement français, il est international. Et en Espagne les titres sont féminisés, de même que dans toutes les loges hispaniques d'Amérique du centre, du Sud et du Nord... sans doute parce que c'est si facile de mettre un a à la place d'un o...) Et à la Fédération canadienne aussi: nous avons failli provoquer une crise cardiaque à notre Grande Maîtresse (qui se désignait comme grand maître) lorsque nous l’avons appelée ainsi.
Bref, oui, des loges féminines sont nécessaires, mais il faudrait qu'elle se gardent féminines... Bisous sororaux !

Pollux 16/11/2014 19:50

Je suis fort heureux de lire les lignes de notre S:. "Je sais aussi que nous avons besoin de nous retrouver entre nous, parce que dès qu'il y a présence masculine notre discours se trouve faussé -ne serait-ce que parce qu'il prévoit la riposte qui va venir ou parce que l'on craint de blesser les susceptibilités des hommes présents, etc."... Simplement parce que ces idées prévalent tout autant pour les FF:. Le souhait de se retrouver entre hommes ( tout en sachant que nombre d'entre eux reconnaissent les SS:. comme "telles") est de même nature... Ce n'est là pas un grand "péché" et sans nul doute pas la preuve d'un machisme exacerbé. Il existe une maçonnerie qui appelle à l'intime, à un imaginaire originel qui se partage difficilement avec "l'autre", même F.... Alors, quelle difficulté à le partage avec une femme (même S.).

La Maçonne 16/11/2014 16:55

Ma très chère Gloria, la loge de la GLFF que tu as visité doit être bien rare, car je n'en connais pas qui acceptent la présence de frères ou de soeurs d'autres obédiences lors de passage sous le bandeau, d'enquêtes et même de courriers internes de la GLFF .... Ces messieurs s'en plaignent, même. Y compris ceux qui ne ne reçoivent pas de soeurs!
Donc à part ce qui parait être une exception au sein de la GLFF, les loges sont loin d'être ouvertes à tous les vents et à tous les frères.

Néanmoins, tu évoques bien une contradiction de la GLFF qui est de "recevoir" des frères qui ne les reçoivent pas.
Il y a au sein de la GLFF un courant qui est de dire "ne pas être aussi c... que les hommes", c'est-à-dire les "recevoir" ... vieille idée de l'exemplarité des femmes (que tu connais) ou voir même "qu'ils comprendront bien un jour".
Ce en quoi je ne suis pas d'accord à titre personnel : 1) les femmes n'ont pas à être "exemplaires" 2) ils ne semblent pas plus comprendre aujourd'hui qu'hier.

Par contre, faire comme les anglaises, qui en sont à refuser toutes relations avec des obédiences féminines parce que celles-ci reçoivent des hommes dans leurs loges me semble tout autant paradoxal (pour ne pas dire autre chose).

Dans le fond, il y a une réflexion à mener - pour aller plus au fond des choses - sur la présence de frères à la GLFF, non pas uniquement sur leur "comportement" mais sur l'identité des loges et de l'obédience.

Pour la féminisation des noms, en France, le GODF refuse cette idée comme s'il s'agissait d'un crime maçonnique. La position du Droit Humain (France) toujours est, pour le moins, surprenante à cet égard. Rien ne laisse suggérer qu'une réflexion est conduite actuellement pour un retour aux origines des textes.
Bises sororelles de France!

Aristote38 16/11/2014 13:52

Ahurissant, "pour le hommes de l'apartheid, et pour les femmes un prise de recul"...........
Et bien Madame, les hommes aussi veulent une prise de recul, travailler entre eux, dans des lieux qui leurs soient dédiés.

La Maçonne 16/11/2014 14:17

Ah oui? En quoi cela ne serait-il pas de l'apartheid? Ces messieurs veulent bien visiter les loges mixtes et féminines, tout en interdisant la réciprocité pour les soeurs.
90% des maçons au monde considèrent que les femmes ne sont pas initiables, leur construisant une para-maçonnerie avec à leur tête un homme!
Alors, le débat sur les "hommes qui veulent aussi un lieu pour eux" : des millions d'hommes l'ont depuis 3 siècles contre 100 000 femmes initiées dans le monde.
Apartheid n'est même pas un mot assez fort.

Lebeau Etienne 16/11/2014 13:38

Peu me chaut que l'on polémique, ou pas. Il existe effectivement des frères qui ont si peur de la femme qu'il ne peuvent les accepter en loge. Pour autant le tout mixte n'est pas une solution viable à long terme, parce que tout partager et tout le temps entre les deux pôles de l'humanité revient à les fondre dans un même moule (ou à essayer de le faire). Il faut, il faudra des moments de séparation où chaque groupe se réunira pour son propre compte, dans un entre soi porteur de sérénité, de liberté de parole, car, qu'on le veuille ou non, le discours en mixité est moins libre que ce soit de la part des soeurs ou des frères. C'est pourquoi la présence d'obédiences non mixtes est nécessaire AUSSI. Faute de quoi il sera vite nécessaire de réserver des moments "non mixtes" à l'intérieur de la mixité".