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La Maçonne

Critica Masonica n°5 – revue

Critica Masonica n°5 – revue

Ce 5ème numéro de la revue, maintenant célèbre, Critica Masonica est certainement un des plus aboutis, jouant sur le paradoxe d’une approche moderne et sans concession de la franc-maçonnerie en l’explorant sur différents axes de recherches et sur ses aspects oubliés ou méconnus.

C’est ainsi que ce numéro s’ouvre sur un article signé par Joël Jacques, « la sociabilité londonienne du 18ème siècle. Aux sources de la franc-maçonnerie des Moderns ». Il s’agit ici de décrire une société antérieure à la franc-maçonnerie spéculative, masculine et privée, dans laquelle se développe les clubs ayant permis à l’Angleterre de devenir une capitale culturelle et intellectuelle au sein de l’Europe. Si les français méconnaissent cet aspect de l’histoire de l’Angleterre, ils ne se doutent pas que la taverne connue sous le nom « L’oie et la grille » a été le lieu de réunion d’une société de musicien, dès 1604, travaillant comme une loge. C’est, effectivement, ces clubs et ces tavernes, fermés sur eux-mêmes, dont les modes de fonctionnement étaient ritualisés par des admissions d’hommes choisis en fonction de leurs rangs, qui ont très certainement permis à la naissance de la franc-maçonnerie spéculative, bien plus – sinon autant – que la maçonnerie opérative, dite « de métier ». Cet article nous permet de revoir certains aspects de nos pratiques contemporaines, hormis le mythe de descendre de bâtisseurs de cathédrale, au regard de la complexité sociale de l’Angleterre. Le rapport de la franc-maçonnerie à des sociétés de musiciens indépendantes – tous francs-maçons – ne peut nous laisser indifférents. D’autant plus que l’auteur de cet article est aussi l’auteur de « les pas des francs-maçons » nous révélant que le Comte de Clermont a fait appel aux services d’un maître de ballet pour organiser les rituels.

Caroline Pogam nous propose l’article « Franc-maçonnerie et Eglise catholique : historique et pistes d’analyse des condamnations papales ». S’il y a bien un sujet qui fait encore parler de lui, en franc-maçonnerie comme à l’extérieur, sont les multiples condamnations papales que l’auteure nous présente, allant jusqu’à notre époque. La plupart des auteurs qui traitent ce sujet souhaitent, en général, démontrer qu’il n’existe aucune contradiction entre la foi catholique et la franc-maçonnerie, autorisant tout catholique à être franc-maçon.

L’auteure s’éloigne de ce débat afin de mettre en avant le contexte social et politique de ces condamnations. La franc-maçonnerie s’est développée en plein siècle des Lumières, qui promouvait la raison tout en combattant l’obscurantisme. Il s’agit d’une période de l’histoire où l’individu retrouve (ou trouve) son indépendance intellectuelle, par la recherche des sciences, les arts libéraux et la philosophie.

La franc-maçonnerie regroupait, note l’auteure, 4% de membres du clergé, 15% de membres appartenant à la noblesse et 81% appartenant aux tiers-état (bourgeois). Les pouvoirs politiques, tout d’abord, suivi par les pouvoirs religieux se sont inquiétés autant des réunions d’hommes et par la suite de femmes, prônant « l’égalité », bien que les faits démontrent que les loges admettaient des nouveaux membres en fonction d’un profil social déterminé, sans remettre en cause la société et son organisation.

L’auteure évoque, entre autre, des loges d’ecclésiastiques fondés au sein de monastères et l’importance de donner à la franc-maçonnerie une dimension chrétienne. L’auteure étudie dans cet article les différents aspects sociaux des loges et ce qui a provoqué les condamnations - et durant tout le 19ème siècle sa surveillance – par les différents pouvoirs de la franc-maçonnerie.

L’article suivant « les difficultés des éditions maçonniques » est, en fait, une entrevue entre la rédaction de Critica Masonica et l’auteur et éditeur Jean Solis. Maçon depuis 1993, auteur chez Dervy, Jean Solis, 15 ans plus tôt, devient un sous-traitant de Dervy pour devenir directement éditeur, en commençant par la publication de textes alchimiques. Avec simplicité, parce que pour lui ils sont une évidence, il présente ses choix éditoriaux et ses réflexions sur le livre, à la fois moyen d’acquérir des savoirs tout en étant un des outils permettant la poursuite d’un parcours maçonnique.

Cependant, le tableau est quelque peu assombri par la réalité des chiffres. Un bon livre en franc-maçonnerie, avec un auteur connu, cela ne représente pas plus de 800 exemplaires vendus en deux ans. De quoi effectivement ne pas espérer en vivre. Jean Solis fait un dur constat : la grande majorité des frères et des sœurs ne lisent pas, ignorent tout de l’histoire de leur propre rite comme de leur obédience, n’ont aucune curiosité – je parlerai de soif d’apprendre et du plaisir de la découverte – des grands textes fondateurs de la maçonnerie et des autres ésotérismes, …

Critica Masonica est une revue qui a affiché son ambition dès le départ : explorer tous les aspects et surtout ceux qui ne sont pas à ce jour réellement explorer de la franc-maçonnerie.

C’est ainsi que la revue a décidé d’ouvrir une nouvelle rubrique intitullé « l’âge des symboles ». « Il s’agit pour nous de dater le plus précisement possible tout élément du corpus maçonnique qu’il s’agisse d’objets, de gestes, de dénominations, de lieux, de vêtures, etc. » nous explique la rédaction de la Critica Masonica.

Le premier article de cette rubrique est écrit avec 3 plumes, Jean-Pierre Bacot, Clara Saphronia et Julien Vercel, qui se posent cette question : « quant a-t-on commencé à parler d’initiation en franc-maçonnerie ? » dans un article ayant pour titre « reçu(e) ou initié(e). Le mot « profane » y est aussi étudié. Cet article remplit un vide dans nos recherches actuelles – et surtout dans l’emploi de nos expressions –

En effet, la plupart des auteurs étudiant les rituels mentionnant une « réception » ne savent pas la différencier du concept de l’initiation. Cet article présente non seulement les deux concepts mais aussi réussit à dater le passage de l’un à l’autre.

Le document présenté est commenté dans ce numéro de Critica Masonica relate un épisode de l’histoire de la Société Théosophique qui, n’oublions pas, fut un des supports de développement de la franc-maçonnerie mixte au début du 20ème siècle.

Dominique Duboit introduit, note et commente la lettre de Louis Revel adressé aux membres de la Société Théosophique en 1923. Alors, la société était divisée entre la section américaine dirigée par Katherine Tingley et la section européenne et indienne par Annie Besant. Cette dernière se trouve être en cause dans ce qui semble être une scission. De nombreux théosophes s’en plaignirent et l’un d’entre eux, Louis Revel, publia à compte d’auteur, cette « lettre adressée aux membres de la S.T »

Dans la rubrique « Point de vue », on sera amusé que celui qui succède à mon article de « la courte vie de la Maçonne » du numéro 4 de Critica Masonica est Hervé Vigier, développant « les grades de sagesse une œuvre inachevée à plusieurs temps ».

Si vous avez lu les précédents numéros de Critica Masonica, vous aurez appris les circonstances lors desquelles le GODF abandonna les grades de sagesse, son système au Rite Française de hauts grades, pour celui du REAA importé par Grasse Tilly en 1801. L’article de Hervé Vigier fait une analyse historique de ces degrés autant de leur écriture, du parcours maçonnique qu’ils sous-entendent et de ce qui apparait être une survivance en Brésil.

Comme dans tous les numéros de Critica Masonica, vous trouverez en fin d’ouvrage d’importantes notes de lecture.

Cette revue réserve ces agréables surprises et offrent à ses lecteurs des articles de qualité et des champs de recherche qui, certes, s’ils sont inexplorés n’en sont pas moins essentiels pour comprendre nos pratiques actuelles.

Elle fait aujourd'hui partie des incontournables ...

Lilithement vôtre,

Pour l'avoir annoncé sur ce blog, Critica Masonica s'est muni d'un blog. Il contient déjà plusieurs articles dans l'esprit de la revue ainsi que des informations la concernant.

Abonnement :

Critica Masonica n°5 est disponible pour 20 Euros, par chèque.

Les numéros 1 (17 euros), 2, 3 et 4 (20 euros le numéro) restent en vente dans la limite des stocks diponibles.

Abonnement pour un an de deux numéros pour 2015: 35 Euros (ou davantage si soutien) – ne pas oublier de noter sur une feuille, en toute lettre, votre nom, prénom, adresse postale et votre adresse courriel.

Chèque à l'ordre de « les Amis de Critica » adressé à Jean-Pierre Bacot, 12 rue Budin – 75018 Paris.

Vous pouvez aussi trouver les informations concernant les autres numéros de Critica Masonica ici :

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rigo 29/12/2014 19:50

Ces francs-maçons sociétaux qui ont l'arrogance de penser qu'ils détiennent la Vérité et que le bon peuple est juste un ramassis d'abrutis à civiliser.

rigo 29/12/2014 15:59

Nul étonnement dans le fait que Critica Masonica, revue la franc-maçonnerie sociétale pratiquant l'idéologie relativiste, traite de la franc-maçonnerie des Moderns. Chez les Anglais, la façon de faire des Moderns appartiennent aux reliques abandonnées sans regret. Les Ancients ont imposés leur rites et leurs landmarks à l'occasion de l'union de 1813 et finalement seuls les initiés du continent parlent politique et religion en loge. D'ailleurs on se demande bien en quoi ces discussions de café du commerce et ces commérages contribuent à la Tradition maçonnique.

La Maçonne 29/12/2014 17:12

Cela contribue certainement à éviter des positions dogmatiques et les jugements de valeurs sur tout et sur rien, comme on peut en lire un très bon exemple ici.