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La Maçonne

Culture(s) pour tous ?

Culture(s) pour tous ?

C’est en écho à un article de Gérard Contremoulin du blog "Sous la voûte étoilée" pour sauver une MJC que je me suis penchée sur la question – question cruciale aujourd’hui – la culture & la jeunesse. Je me suis ainsi penchée sur l’histoire des MJC, ces Maisons des Jeunes et de la Culture. http://www.souslavouteetoilee.org/2015/02/defendre-la-mjc-de-chilly-mazarin.html

Elles existent depuis le début du 20ème siècle et apparaissent comme une invention française, encore une. Après la Seconde Guerre Mondiale, on n’en comptait à peine 200.

André Philip, résistant dès 1941 qui rejoignit le Général de Gaulle en 1942, fut désireux de récupérer les « clubs de loisirs » de 1936, sans pour autant les enfermer dans l’organisation de loisirs. C’est donc en 1944 que la première réunion de la « République des Jeunes » fut organisée par différentes associations syndicales, de résistants, la ligue de l’enseignement, … Ces premières maisons , fautes de moyens essentiellement, n’eurent pas le développement espéré.

Pourtant déjà dans ce début, nous trouvons un écho à ce qui nous est important : la laïcité.

La déclaration du ministre de l’éducation nationale de l’époque (en 1948) est toujours d’actualité : « "Laïcité, cela signifie pour nous respect de toutes les opinions, de toutes les croyances (...). Vous avez le droit et je dirais que vous avezle devoir de les confronter. Il n’est pas de véritable liberté s’il n’est pas de confrontation des idées et des croyances (...). Lorsque vous créez une de vos maisons des jeunes dans quelqu’un de nos faubourgs, dans quelqu’un de nos villages, vous allumez un feu. Faites-en jaillir le plus possible et si vous ne voyez pas l’aurore, un jour ils se seront rejoints et l’aurore resplendira sur l’humanité".

Il fallut attendre le retour du Général de Gaulle pour qu’elles connaissent un véritable essor. Je dis De Gaulle, mais c’est Maurice Herzog, Secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports, qui grâce à un interview donné en 1959 au journal « le Monde » donna le coup d’envoi des Maisons des Jeunes.

Il y voyait un moyen de réduire la délinquance et le désordre urbain : on est Gaulliste ou pas. Maurice Herzog, né en 1919, fut celui qui vainquit l’Annapurna en juin 1950. Résistant, il devint dans ses hauts faits de guerre capitaine de la 27ème bataillon de Chasseurs Alpins, dont la devise est « Vivre libre ou mourir », y faisant la campagne des Alpes.

De 262 en 1960, il y en avait 1200 Maisons des Jeunes et de la Culture en 1968.

Ce qui semble être une lune de miel, une belle histoire, se gâte avec François Misoffe, successeur de Maurice Herzog. Ce dernier est critique à l’égard des MJC. Gérés par des adultes pour des jeunes, il estime que les jeunes ne s’y sentent pas chez eux. Il ouvre ainsi les « milles club ». La division au sein des MJC s’annonce. Largement syndicalisé, son fondateur André Philip démissionne. En réalité, ce qui le dérange, en cette fin des années 60, est l'indépendance des Maisons des Jeunes.

« Mai 1968 » arrive. Les Maisons des Jeunes et de la Culture ne détrompent pas l’état. Après une réforme plus ou moins réussie de la gestion de ce qui s’avérait être un navire, dans les années 70, les MJC continuent à vivre, voir à survivre dans un conflit qui s’avère permanent. Fin des années 70, les MJC délaissées alertent. Certaines d’entre elles ont été menacées de disparition. En 1981, le gouvernement Mauroy ouvre une nouvelle ère, vite déçue, pour la jeunesse et la culture. Le budget de 1985 diminue de 7% malgré une convention signée entre le gouvernement et les MJC. La politique de décentralisation laisse les MJC sous la seule responsabilité des municipalités. La période de « cohabitation » conduit à un nouvel éclatement des structures gestionnaires des MJC.

Il faudra attendre 1994 pour que les MJC et ses fédérations remettent en place une réflexion critique quant à leurs missions. Les MJC doivent ainsi travailler au développement du lien social. Les MJC, peu à peu, renouent avec l’espace public, espace de création, d’expérimentation culturelle et artistique, création du lien social … et redeviennent plus encore ce qu’elles furent après la seconde guerre mondiale : « une pédagogie de l’homme nouveau ».

En 1999, le ministère de la Culture signait une charte d’objectif avec plusieurs fédérations d’éducation populaire, dont les Maisons des Jeunes et de la Culture qui fut renouvelée en 2012 pour 3 ans. Je vous ai trouvé le lien : http://www.culturecommunication.gouv.fr/Politiques-ministerielles/Developpement-culturel/Education-populaire

Pourtant dans ce tableau idyllique, ces Maisons des Jeunes, fédération subventionnée par les communes, fondées par un état qui se voulait alors providentiel, sont menacées de fermeture en 2015.

N’est-ce pas après les deux attentats de janvier 2015, la priorité du gouvernement de créer ce lien social – celui qui manque par « l’éducation artistique et culturelle » ?

N’est-ce pas crucial aujourd’hui de réduire les phénomènes de ghettoisation par le développement d’activités culturelles et artistiques qui contrairement à ce que nous croyons n’est pas (que) de visiter des musées, d’écouter en boucle Mozart ou encore fabriquer des cendriers en plâtre ?

La culture est de permettre d’acquérir un ensemble de repères dans le temps et l’espace, une vision construite du monde et des autres. Porteuse, hier du beau et de l’éclat de l’esprit, elle est aujourd’hui multiple. La laïcité, au-delà des effets d’annonce des politiques, si elle est de vivre ensemble, ne se gagnera que lorsque la culture deviendra plurielle.

La pâte à sel n’aura qu’à bien se tenir.

Lilithement vôtre,

Source : http://mcgulli.perso.neuf.fr/cariboost_files/histoire_20des_20mjc.pdf

Et l'illustration, vous pouvez la trouver ici : http://modelages.canalblog.com/archives/pate_a_sel/index.html

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