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La Maçonne

Madeleine Pelletier & l'émancipation sexuelle des femmes.

Madeleine Pelletier & l'émancipation sexuelle des femmes.

En ce jour particulier du 8 mars, je souhaite vous faire partager ici la pensée d'une féministe, franc-maçonne Madeleine Pelletier.

Anne, Madeleine Pelletier est née à Paris le 18 mai 1874. Elle est issue d'une famille modeste, d'une mère tenant une boutique de fruits et légumes et d'un père, cocher de fiacre, paralysé suite à une attaque. Elle passa son certificat d'études à l'âge de 11 ans. Dès ses 13 ans, elle rencontra son premier groupe féministe et anarchiste. A 23 ans, elle passe le baccalauréat qu'elle avait préparé seule.

Nous sommes en 1897. En 1899, elle entra à l'école de médecine. Elle fut la première femme à passer le concours de l'assistance médicale. Elle s'orienta tout d'abord vers l'anthropologie, mais finalement choisit lors de sa 4ème année de médecine, la psychiatrie. En 1902, elle tenta de passer une première fois le concours de l'internat pour asile d'aliénés. Or, le règlement intérieur stipulait qu'il fallait jouir de ses droits politiques. Elle mena campagne, aidée par le journal « la Fronde » de Marguerite Durand, seul journal au monde tenu uniquement par des femmes. En 1904, elle devint la première femme interne des asiles d'aliénés.

Dire qu'elle mena une existence professionnelle facile et protégée, par la suite, est faux. Elle cumula, en réalité, plusieurs postes : son cabinet de médecin, d'urgentiste de nuit et de médecin des PTT. Elle fut initiée en 1904 dans la loge « la Philosophie sociale » de la GLSE. Elle devint rapidement vénérable de la RL Diderot, fondatrice de la « Nouvelle Jérusalem » et sa vénérable, conduisit des campagnes pour l'initiation des femmes, en cela aidée par l'initiation de Louise Michel, son amie.

C'est entre 1906 et 1914 qu'elle devint véritablement une militante féministe engagée. Elle entra, de même, durant cette période au Parti Socialiste. Durant la première guerre mondiale, elle s'engagea dans la Croix Rouge, soignant les blessés.

C'est cette période de sa vie qui nous intéresse et en particulier un de ses livres « l'émancipation sexuelle des femmes », publié en 1911 par les libraires-éditeurs M Giard et E. Brières qui quelques années plus tôt avaient publié Hubertine Auclert « le Vote des femmes ».

Avant ce livre, chez le même éditeur, Madeleine Pelletier avait publié deux livres « la femme en lutte pour ses droits » et « Dieu. La morale. La patrie ».

Si cet ouvrage « l'émancipation sexuelle des femmes » explique la situation des femmes de son époque, et est en cela dans certains aspects quelques peu désuets, on peut constater que dans les propositions présentées un esprit d'avant-garde et une analyse souvent clairvoyante.

Elle y présente la situation des femmes, que ce soient des milieux bourgeois ou modestes, de son époque. Elle fait le tableau d'une société civile qui niait aux femmes tous les droits, leur imposant une conduite morale. Madeleine Pelletier, qui a menée une vie de femme libre, décrit l'isolement des femmes dans les villes et les villages, voir même qui ne peuvent sortir seules sans risquer de se faire agresser. Elle conseille aux femmes de porter une arme à feu. Ce que, nonobstant, Madeleine Pelletier faisait.

Tout un paragraphe est consacré sur les femmes au café, lieu de sociabilisation par excellence, écrivant : « C'est dans cette voie que les féministes devraient aller, elles serviraient mieux la cause qu'en installant, comme elles le font, des « homes » féminins qui ne servent qu'à les maintenir dans leur timidité originelle. »

« Les adversaires de l'émancipation des femmes font du féminisme entre autre reproche celle de détruire la famille et à leurs yeux ce reproche est le plus grave qui puisse être fait, car sans la famille, ont-ils coutume de dire, pas de société possible ; l'humanité retournerait à la sauvagerie des premiers temps . »

On soulignera que si ces propos datent de 1911, ils peuvent encore faire encore l'actualité. Habituellement, les féministes expliquent, dit-elle, que l'émancipation des femmes ne pourra que renforcer la famille, en permettant aux femmes de mieux élever leurs enfants en ayant reçu elles-mêmes une instruction, les moyen de gagner leur vie. Madeleine Pelletier se distingue. Pour elle, la famille est « monarchie absolue dans laquelle l'homme, père et mari exerce le pouvoir ».

Elle va plus loin « C'est principalement dans la classe riche et dans la classe moyenne que l'autorité parentale et surtout parternelle se fait sentir. Dans les classes pauvres, elle se manifeste pas maints taloches données à tort ou à raison, mais elle dure peu. » Et de conclure : « On comprend, dans ces conditions, tout ce que la famille a de préjudiciable, à l'initiative individuelle ; essentiellement conservatrice, elle fait de l'individu un encrouté, un pétrifié ; il tourne en rond dans un même cercle d'idées tel un cheval de manège . »

« Si la cellule sociale au lieu d'être la famille était l'individu, si chacun, sûr de trouver en l'état un minimum d'aide, hésitait moins à déplacer sa tente, la variété de sa vie le ferait plus actif, plus intelligent et la société toute entière n'aurait qu'à y gagner. »

Individualiste, indépendante, elle pose déjà un projet de société où l'individu serait au centre de l'état et non plus la cellule familiale. À ce nouveau modèle de société, d'offrir les moyens à tous de se construire, en dehors de la cellule familiale toute puissante.

Madeleine Pelletier & l'émancipation sexuelle des femmes.

Du mariage, et de la vie familiale pour les femmes, elle constate « aussi la loi statistique qui veut que les célibataires meurent plus que les gens mariés ne se véritfie-t-elle que dans le sexe masculin ; pour la femme, c'est le contraire qui est vrai, elle a plus de chance de mort que dans le mariage. »

Elle voit dans le travail de la femme issus de milieu modeste un premier moyen de sociabilisation. C'est à dire de rompre avec son isolement. Cependant, elle n'idéalise pas le travail de la femme, qui selon elle, travaille bien plus que les hommes, « elle a la charge du ménage, dont le marie, tout imbu de préjugés sur la prérogative masculine, se refuse à prendre sa part. »

Elle explique aussi que ce qui freine les droits politiques des femmes est qu'ils sont décrit comme source de destruction au sein des familles. Les femmes risquent d'avoir des opinions contraires à leur marie, s'éloigner de leurs obligations en pensant à la politique, voir même devenant, à leur tour, femmes politiques. Madeleine Pelletier réplique : « En réalité, le sentiment qui anime les antiféministe contre l'égalité des femmes, c'est l'orgueil masculin. Ils ne peuvent supporter l'idée de voir un jour des maris placés plus bas que leur femme dans la hiérarchie sociale. »

La femme, instruite, indépendante financièrement, libre, est aussi une femme amoureuse. Elle pourra se marier ou pas. Elle pourra aussi divorcer. Elle imagine ce que nous appelons les divorces amiables lors desquels « On exigera des seulement, lorsqu'il y aura des enfants, que chaque époux contribue pour sa part à leur entretien. »

On admirera cette femme qui en 1911 écrivait ainsi :

« Egale politiquement et économiquement à l'homme, traitée partout avec considération, la femme prendra peu à peu conscience de sa personnalité ; elle recherchera volontiers un compagnon, mais répugnera à se donner un maître. Elle ne pensera pas avoir envers son mari plus de devoirs qu'il n'en a envers elle, mari et femme se rendrait mutuellement des services, mais il n'y aura plus de ménagères, c'est-à-dire de servantes ».

« Il en sera des relations sexuelles légitimes comme des amours et des relations d'amitié ; certaines dureront autant que la vie, d'autres seront fugaces, mais en aucun cas elle ne donneront des droits, ni à l'homme sur la femme, ni à la femme sur l'homme. »

Le chapitre le plus important et le plus important de ce livre s'intitule « le droit à l'avortement ». Un droit acquis quelque 60 ans plus tard.

« Cependant, si l'acte initial de la reproduction est un plaisir, la reproduction elle-même est une peine et le rejeton une charge. » Pour Madeleie Pelletier, elle note que le frein à la libération sexuelle des femmes est le risque de maternité, que ce soit dans le cadre d'une relation conjugale ou extra-conjugale. Plus tard, lorsque la femme sera complétement émancipée, elle pourra élever un enfant seule.

« Mais alors même que le salaire de la femme, leui permettrait d'élever seule un ou deux enfants, la maternité pour ne pas être une servitude de ne doit pas lui être imposée. C'est à la femme seulement de décider si et quant elle veut être mère. »

Les moyens de contraception sont commercialisés dans les milieux syndicalistes et anarchistes conduisant à un nombre d'enfants moins important. Madeleine Pelletier remarque que ces moyens de contraception étant peu sûre, la dernière solution est l'avortement. Madeleine Pelletier, n'oublions pas qu'elle était médecin, fait le catalogue des moyens laissés aux femmes pour se faire avorter.

« L'avortement est quelquefois dangereux, mais uniquement parce qu'il est défendu, car l'opération est des plus bénigmes. Si l'article 317 état aboli et que l'on permette aux médecins de délivrer jusqu'à trois mois de la grossesse, les personnes qui le leur demandent, il n'y aurait, on peut dire, jamais d'accident. »

Elle détaille ainsi les cas dangereux, risque d'affection. En réalité, c'était une hécatombe pour les femmes, faisant plus de tuées que sur les routes. Telle fromagère-avorteuse qui considère que les mesures d'hygiène sont inventées par des médecins pour se rendre important. De continuer, le descriptif : « La canule à lavement est malpropre mais elle a l'avantage d'être en mousse, ce n'est pas le cas des tringles à rideaux, des aiguilles à tricoter, des tire-bouchons, des tisonniers, que les femmes emploient pour se délivrer. »

Madeleine Pelletier fait une critique de la société. Bien souvent, dans ce livre, on constate une réflexion claire, sinon clairvoyante, dénonçant une cellule familiale niant aux femmes leurs droits fondamentaux. Si elle était avant-gardiste, bien des droits qu'elle demande dans ce petit livre de 1911, n'ont été obtenu plus d'un demi-siècle plus tard : suppression de la notion de « chef de famille », droit au divorce sur consentement commun, droit à la contraception et à l'avortement, mais aussi évolution des mœurs.

Elle décrit des femmes libres, indépendantes, instruites, qui travaillent, qui se choisissent un compagnon pour une durée plus ou moins longue, élévent leurs enfants seules… Bref, une femme du 21ème siècle.

Lilithement vôtre,

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Brumaire 09/03/2015 17:45

Grand merci pour cet article qui devrait être mis sous les yeux de tous, maçons compris. Madeleine Pelletier va bien plus loin encore que Maria Deraismes: elle est d'une trempe exceptionnelle, et la langue de bois n' était manifestement pas sa tasse de thé.On voit en 2015, que ''le progrès de l'humanité'' a bien peu progressé, surtout à l'orient -sans majuscule-.

La Maçonne 09/03/2015 22:38

Paradoxalement, Maria Deraismes était plus complexe que Madeleine Pelletier (qui ne devait pas être une mince affaire à suivre!).
En lisant, les quelques écrits qui ont été publié par Maria, on peut se demander si elle n'a pas été plus calculatrice en se trouvant des alliés et en leur donnant le sentiment qu'elle était d'accord avec eux .... Ceci pour faire avancer les choses.
Madeleine Pelletier, plus directe, a certainement été plus loin dans la pensée que la première.
De son temps, elle a certainement ouvert des chemins à d'autres, mais n'a rien obtenu en soi.

Par la suite, dans l'histoire du féminisme, ce sont les méthodes "Madeleine", non conformisme, indépendance, action sur le terrain, qui ont prévalu que le principe du "petit pas" de Maria.
Deux femmes, finalement, très différentes, mais dont on a hérité.

Lebeau 09/03/2015 11:34

Il faudra , hélas, encore bien des années pour que ce discours de bon sens devienne la norme de référence, même maintenant au xxième siècle: les mentalités n'ont encore que bien peu évolué.

PILLOT 09/03/2015 05:29

Bonjour,

Quel bel article.! Merci pour ce message d'un autre temps qui pourrait avoir écrit hier par exemple.

Bonne journée, à bientôt.

La Maçonne 09/03/2015 10:28

Merci Pillot. Je suis heureuse de te retrouver ...