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La Maçonne

Droit Humain : au Camp des Milles (discours)

Suite à une conférence-débat, le Droit Humain publie le discours de Michel Meley, commémoration et devoir de mémoire des internements au Camp des Milles.

Ce camp, situé à proximité d’Aix-en-Provence, dans la zone dite « libre », fut un camp d’internement destiné aux antifacistes et aux étrangers. Ancienne usine, ouvert en 1939, en été 1942, il devint une antichambre vers la déportation de juifs, femmes et enfants, vers des camps de concentration et d’extermination. C’est le gouvernement d’Edouard Daladier, qui l’ouvrit afin d’y interner les ressortissants allemands, qui fuyant l’Allemagne, venaient se réfugier en France. Durant cette première période, peu avant la seconde guerre mondiale, y furent enfermé des artistes, intellectuels et sans papier de 38 nationalités différentes. Rappelons aussi que le gouvernement Daladier a rendu illégal le Parti Communiste de France, en septembre 1939.

De juillet 1940 à juillet 1942, soit durant deux ans, le régime de Vichy y fit interner des étrangers juifs, gardés par des fonctionnaires français, conduisant une politique antisémite et xénophobe. Ainsi, 40000 Juifs ont été internés dans des camps situés pour la plupart dans le Sud-Ouest (Ours, Noé, Recebedou, Rivesaltes, Saint-Cyprien, le Vernet) ou dans le Sud-Est (Agde, les Milles) et dans le Limousin (Nexon). Ceci sans demande expresse des autorités allemandes.

En juin 1940, le camp des Milles compte 3500 prisonniers.

René Bousquet, Secrétaire général de la Police Française en mai 1942, avec le retour de Pierre Laval, au pouvoir, passe un accord, en juillet 1942, avec le général SS Karl Oberg, Polizeiführer. Une dernière période, la plus noire, s’ouvre pour le Camp des Milles. Vichy s’est engagé à livrer 10 000 juifs de la zone dite « libre » à l’Allemagne, y compris des enfants de moins de 16 ans. Cinq convois sont au total organisés par Vichy en partance du camp des Milles, dont une centaine d’enfants.

75 721 Juifs, dont près de 11 000 enfants, ont été déportés de France entre mars 1942 et août 1944

3 000 personnes sont mortes dans les camps d'internement français et il a été procédé à environ 1 000 exécutions de Juifs sur le sol français

Seulement 2 566 survivants ont été comptabilisés à la libération des camps en 1945, soit environ 3 % des déportés.

Nier ou réduire ces crimes, nier ou réduire la Shoah ou tout autre génocide, est aussi nier sa propre humanité. C’est se retirer de toute société humaine.

Lilithement vôtre,

 Discours de Michel Meley au Mémorial du Camp des Milles

Samedi 25 avril 2015

Une délégation du Conseil National conduite par son Président Michel Meley s’est rendue au Camp des Milles ( proche d’Aix en Provence ) avec de nombreux Frères et Sœurs du Droit Humain de France .

Au cours de la conférence débat qui suivit la visite de ce lieu mémoriel, camp d’internement puis de déportation en zone non occupée, Michel Meley s’est exprimé au nom de tous les membres du Droit Humain réunis pour attester de leur vigilance.

«Vel d’Hiv du Sud, Vel d’Hiv sans occupation allemande»,le Camp des Milles tend un miroir à toute la France, à toute l’humanité. L’engrenage des intolérances, xénophobie, racisme, fanatismes religieux et politique, les crispations identitaires, les peurs irrationnelles creusent des fossés qui menacent notre vivre, notre être ensemble.

Les injustices sociales, l’exclusion créent des proies faciles pour idéologies mortifères. Nous sommes ici pour combattre l’oubli, car la mémoire s’effiloche et se manipule aboutissant au négationnisme. Nous sommes ici pour combattre l’oubli car la liste est déjà bien trop longue des massacres, des génocides au nom de la sécurité, au nom de la pureté d’un corps social.

Les temps des «suspects», des «supposés ennemis», des «indésirables», des «autres en trop» ne sont pas à jamais révolus. Si nous n’y prenons pas garde, TOUS….je dis bien TOUS, nous sommes exposés à devenir des soi-disant «indésirables», car seuls changent ceux que l’on qualifie ainsi et qui sont désignés comme boucs émissaires par des hommes ordinaires. « Quelques-uns l’ont voulu, d’autres l’ont fait, tous ont laissé faire » disait déjà Tacite. Il faut donc savoir, apprendre du passé, comprendre et agir, car ne rien faire c’est précisément laisser faire.

En ce lieu où l’on est mis en face du pire comme du plus admirable, en face de la souffrance, mais aussi du courage, nous voulons rendre l’hommage qui leur est dû, aux victimes de la barbarie, comme à ceux qui ont voulu et qui ont su résister, délivrant un grand message en l’Humanité qui agit.

Au-delà de cet appel au devoir de mémoire, cette réflexion sur l’humanité interroge notre avenir. Notre projet de société doit s’appuyer sur la fraternité, une fraternité au-delà du cercle douillet de nos proches, au-delà des ethnies, des croyances, des religions, des groupes sociaux, en un mot, au-delà de toutes les différences, des idées reçues et des préjugés.

Cette fraternité n’a rien d’innée, il faut l’apprendre, la transmettre à nos enfants dès le plus jeune âge, dans la famille, comme à l’école, bien convaincus que la diversité est une richesse. Il n’est pas nécessaire d’être semblables pour œuvrer ensemble au progrès de l’humanité , sachant que la violence ne s’exerce qu’en l’absence de lien identificatoire, de lien interpersonnel. Voir en l’autre, en tout autre, un autre soi-même et le traiter comme tel.

Dès lors, comme le disait Alain Chouraqui, nous ne devons pas quitter ce lieu de mémoire « écrasés par la tragédie, mais avant tout conscients que, éclairé par l’expérience du pire, chacun peut réagir a temps, chacun peut résister , chacun a sa manière, en tant que personne, en tant que citoyen » ..

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joaben 30/04/2015 10:52

J'avais lu un peu rapidement.
En effet Michel Meley appelle " nous ne devons pas quitter ce lieu de mémoire « écrasés par la tragédie, mais avant tout conscients que, éclairé par l’expérience du pire, chacun peut réagir a temps, chacun peut résister , chacun a sa manière, en tant que personne, en tant que citoyen » ..

D'accord ! On y va ? pas seulement un 11 janvier une fois par siecle ! Comment cultiver une réaction citoyenne face à des volontés totalitaires ?

Jean-Yves 30/04/2015 10:51

C'est un très beau texte, que nous devons faire "vivre" au quotidien. Etre F.°.M.°. nous oblige. C'est le travail de l'Initiation qui nous le propose. Chaque nouvelle Tenue à laquelle nous participons est un rappel de cette Initiation. Nous entrons dans le Temple sous le ternaire "Liberté Egalité Fraternité". Sur le parvis du Temple où se déroule les travaux de ma Loge, le portrait de trois FF.°. morts au combat, en déportation ou assassinés par la milice figurent comme un rappel de ce qui est dit durant l'Initiation au 1°.
Et pourtant, on voit de FF.°. (!?) participer à la "vague bleue marine"..... Sont ils encore des "humaniste"? des FF.°.? Ont ils étés exclus de leur Ordre?
Ne jamais oublier la loi de juillet 40 contre les Juifs et ... les FF.°.M.°. ...
Que les pleins pouvoirs furent donnés à Pétain par une chambre de députés issue des élections de 1936, et dont nombre d'entre eux était F.°.M.°.

joaben 30/04/2015 10:43

Face à l'horreur jusqu'où a conduit cette derive vers l'ignoble, y compris dans un pays républicain comme la France, bien sûr qu'il faut s'emouvoir sur l'ignominie des meneurs, mais ce qu'on oublie souvent est qui pourtant nous concerne tous est le "laissez-faire" cultivé par des pouvoirs.
Car celà, nous avons un moyen d'action permanent, même pour de petites derives à savoir REAGIR, quand il en est encore temps, avant que les amateurs du "faire taire", "dissimuler" ... au nom d'une bienséance d'une "paix", de convenances dérivant en complaisance puis en compromission.
Il est évidemment bien plus commode de s'émouvoir sur des horreurs énormes du passé que changer de mentalité face à des horreurs encore minimes d'aujourd'hui.
Pourquoi encore aujourd'hui se montre-t-on complaisant aux crimes de l'institution catholique à avoir contribué à la perpétuation de crimes sexuels ? aux crimes de prostitution de certains pasteurs evangeliques dirigeants de télé US.
Poeme de Niemoller:
"Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n'ai rien dit,
Je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n'ai rien dit,
Je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n'ai pas protesté,
Je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n'ai pas protesté,
Je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher,
Et il ne restait personne pour protester "

Que les défenseurs de l'omerta face à protéger les dirigeants de certaines institutions s'interrogent.
S'ils se soumettent aujourd'hui alors que la menace est faible que feront-ils lorsque la menace ira jusqu'à mettre en danger leur vie ?