Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
La Maçonne

Planche à tracer n°6 : la mort (revue, mars 2015)

Ce dernier numéro de la revue mensuelle « la Planche à tracer » de mars 2015 a pour thème central : la mort. Mort symbolique, mort réelle … mort tabou de notre époque, tous les aspects de la mort sont inspectés avec minutie, car – comme le rappelle Marianne Blancherie dans son éditorial – si elle est tabou pour la plupart de nos concitoyens, elle est comme une sœur pour les francs-maçons.

La mort, si nous ne la nions pas, nous voulons la faire disparaître : le transhumanisme, où plus exactement le progrès technique au service de la médecine, est ainsi développé dans deux articles. Illusion ou rêve d'éternité ?

Que serait la mort sans Olivier Estiez, notre thanatologue préféré ? Dans une interview, il présente sa sombre activité aux cœurs des cimetières et des catacombes. La lame IX du Tarot du Marseille, le sage et le maître, c'est-à-dire l'Ermite est présentée, ainsi qu'un texte poétique « la légendre d'Orphée revisitée ». La mort, bien sûr, mais qui est-elle ? Ce ne serait pas une revue maçonnique si, au delà de sa funeste réalité, elle ne nous était pas décrite dans toute sa symbolique.

A noter aussi, dans ce numéro, un article de Mathusalem-Ile de France, association dans l'objectif est de retrouver des frères et des sœurs âgés qui, pour une raison ou une autre, ont démissionné et sont aujourd'hui oubliés de nos loges.

Car, finalement avant d'être morts, nous sommes vivants.

Lilithement vôtre,

Pour vous abonner, cliquez sur le lien ci-dessus. Le site de "la Planche à tracer" a été rénové et vous y trouverez toutes ses rubriques avec facilité.

Partager cet article

Commenter cet article

ma contribution 24/04/2015 13:42

Amour, Mort et Victoire

« Mais aime t-il ?
Le concept d’amour n’implique t-il pas un manque ?
Et Dieu pourrait-il manquer de quelque chose ?

La Création ne doit pas être arbitraire, impulsion subite, nécessité de l’instant, mais attribut et essence durable. Et quoiqu’il arrive, le besoin ne doit être ni un Dieu, ni son essence permanente. Et de fait l ‘amour n’est pas cela. Il n’est pas un attribut de l’amant ; celui-ci n’est pas un homme qui aime…

Mais l’amour de l’homme est métamorphose momentanée de soi, renoncement à soi, car il n’est plus rien d’autre qu’amant quand il aime ; le « je » disparaît entièrement à l’instant de l ‘amour. L’homme meurt en devenant l’amant pour renaître en celui-ci. Le manque serait un attribut…

Serait-il vrai que l’amour signifie être en manque ? Peut-être le manque précède t’il l’amour ?

L’instant qui l’éveille est son premier instant ; vu de l’extérieur, il se peut bien qu’à son origine on trouve un besoin…Mais en lui-même, sur la planche étroite de son instantanéité, il n’y a pas de place pour un besoin ; dans l’instant où il est, il est parfaitement rempli ; l’amour de l’amant est toujours « heureux » ; qui irait lui dire qu’il a encore besoin d’autre chose…que d’aimer ?

L’amour n’est donc pas attribut, mais événement, et il n’y a pas place pour un attribut chez lui. « Dieu aime » ne signifie pas que l’amour lui soit propre comme un attribut, comme la puissance de créer par exemple ; l’amour n’est pas la forme fondamentale, la forme solide et inébranlable de son visage, ce n’est pas le masque, figé par le moule, recueilli sur le visage du mort, mais le jeu de mimiques évanescent, jamais épuisé, la lumière toujours vivace qui brille sur les traits éternels.

L’amour n’aime pas un portrait de l’amant ; le portrait fixerait le visage vivant pour le figer en un visage mort. « Dieu aime » : c’est le présent le plus pur- s’il va aimer ou même si il a aimé, qu’en sait l’amour lui-même ? Il lui suffit de savoir une chose : qu’il aime. Il ne s’étend pas davantage dans l’immensité de l’infini, comme le fait un attribut ; science et puissance sont omniscience et toute-puissance ; l’amour n’est pas « tout-amour » ; la révélation ne connaît pas de père qui soit universel amour ; l’amour de Dieu est toujours totalement dans l’instant et au point où il aime ; et c’est seulement dans l’infinitude du temps, pas à pas, qu’il atteint, chaque point après l’autre et remplit d’âme la totalité. L’amour de Dieu aime celui qu’il aime et là où il aime…

Mais ce qui sépare son amour d’un « tout-amour », c’est uniquement un pas-encore ; c’est uniquement pas-encore que Dieu aime tout, en dehors de ce qu’il aime déjà. Son amour parcourt le monde d’une impulsion toujours nouvelle. Il est toujours dans l’aujourd’hui et totalement dans l’aujourd’hui, mais tout hier et tout demain morts sont un jour engloutis dans cet aujourd’hui triomphant ; cet amour est éternel victoire sur la mort : la Création que la mort couronne et achève ne peut lui résister ; elle doit à tout instant lui faire reddition, et donc aussi lui faire reddition dans la plénitude de tous les instants, dans l’éternité. »

Franz Rosenzweig (1886-1929), Philosophe allemand, compte parmi les figures les plus influentes du 20ème siècle. Façonné par son judaïsme, il est un des penseurs juifs qui a ouvert une approche nouvelle du christianisme. Il est l’auteur de L’Étoile de la Rédemption