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La Maçonne

Digressions sur la laïcité

Digressions sur la laïcité

Le débat, voir même les débats, sur la laïcité ne sont pas clos et ne le seront pas ces prochaines décennies. A la fois, loi intégrant le corpus des législateurs, concept philosophique, loi morale sinon moralisatrice, et aussi étrangeté française, la laïcité, comme l'indique Catherine Kintzler, auteure de "Qu'est-ce que la laïcité?" n'est pas une doctrine politique et encore moins philosophique. Il n'est donc pas possible de définir la laïcité ou de lui associer une seule définition. La franc-maçonnerie et les francs-maçons aiment se dire qu'ils sont les véritables auteurs de la laïcité et même ses « gardiens », participent aux débats, alors qu'ils demeurent coincés sur des enjeux politiques et électoraux, sans aucune prise sur la réalité et le vécu laïque des femmes et des hommes sur le sol français. Cette invention française perd de son attrait. Politisée et vieillissante, la laïcité ne suffit pas ou ne suffit plus. Le dire, aujourd'hui, est une atteinte à sa sacralisation. Mais a-t-elle un jour suffit ?

La séparation de l'Eglise (Aujourd'hui, on aime dire des églises. On appréciera le choix sémantique français actuel) et de l'Etat, l'essentiel pratique de la loi, garantissant une liberté de conscience et de culte à tous citoyens, date de décembre 1905.

Il s'agissait bien de séparer la religion catholique et ses influences dans l'exercice du pouvoir politique. Cette séparation signifie que l'individu, plus exactement le citoyen, est responsable de la vie de la cité et de l'organisation politique et législatif de son pays. Par contre, là où on se heurte aujourd'hui, cette loi ne signifie pas strictement que les religions et le religieux ne peuvent plus influencer la vie des citoyens dans la cité et donc d'imposer à l'Etat son influence. Autrement dit, c'est le politique qui est censé préserver sa neutralité vis-à-vis du religieux, pas le religieux vis-à-vis du politique.

Cette idée de séparation n'est pas apparue brutalement en 1905. Le premier qui l'énonce est Machiavel au début du 16ème siècle. Son livre « Le Prince » comme ses autres livres sont mis à l'index par l'Eglise de Rome dès 1559. Philippe le Bel, en arrêtant le pape Boniface VIII en 1303, a fait évoluée dès le 14ème siècle une monarchie et les monarques vers une indépendance de leur pouvoir vis-à-vis de ceux de l’Église de Rome. Les rois européens se sont poser comme garant de la foi chrétienne, à défaut de s'autoproclamer chef religieux.

C'est le pas qu'a sauté allégrement, en 1534, Henri VIII sous le prétexte de son divorce.

Ceci pose déjà la question de la séparation du pouvoir temporel et politique du pouvoir spirituel. Si cette séparation entre le roi anglais et le pape est faite pour des raisons politiques, les rois français, pour des raisons tout aussi politiques, se sont affrontés au pouvoir papale, le rejetant tantôt, l'acceptant encore, … s'unissant à lui ou l'oubliant à nouveau. Ceci résume l'histoire de l'Europe : la séparation du pouvoir royal du pouvoir papal a toujours été au cœur des préoccupations des uns et des autres.

La 1ère République, plus exactement la Révolution de 1789, avait déjà mis en place une procédure de séparation de l'église et de l'état.

En 1795, un décret de la liberté du culte est voté. Il stipule entre autre :

Art. I - Conformément à l'article VII de la Déclaration des Droits de l'homme et à l'article 122 de la Constitution, l'exercice d'aucun culte ne peut être troublé.
Art. II - La République n'en salarie aucun.
Art. III.- Elle ne fournit aucun local, ni pour l'exercice des cultes, ni pour le logement des ministres.
Art. IV.- Les cérémonies de tout culte sont interdites hors de l'enceinte choisie pour leur exercice.
Art. V - La loi ne reconnaît aucun ministre du culte, nul ne peut paraître en public avec les habits, ornements ou costumes affectés à des cérémonies religieuses.
Art. VI - Tout rassemblement de citoyens pour l'exercice d'un culte quelconque est soumis à la surveillance des autorités constituées. Cette surveillance se renferme dans des mesures de police et de sûreté publique.
Art. VII - Aucun signe particulier à un culte ne peut être placé dans un lieu public, ni extérieurement, de quelque manière que ce soit. Aucune inscription ne peut désigner le lieu qui lui est affecté. Aucune proclamation ni convocation publique ne peut être faite pour y inviter les citoyens.

Digressions sur la laïcité

La laïcité est tout autant héritière de ce passé. L'imaginer inamovible et nette est une erreur : elle est et a toujours été un moyen d'organiser la vie politique en séparant les pouvoirs, dans le cadre d'une lutte ou d'un conflit entre deux visions de la place de l'individu dans la société. Si les rois européens qui se sont succédés n'ont pas été les garants de la liberté de conscience, imaginant un état sans religion, ils ont tentés avec plus ou moins de bonheur de séparer leur propre pouvoir à celui de la religion dominante (catholique).

La laïcité part du principe que la communauté humaine peut s'organiser sans se référer à une croyance et donc à une religion. La laïcité ne garantit pas, pourtant, l'égalité. Elle n'a pas permis non plus de réviser lors de son application l'ordre moral et religieux dominant de la première moitié du 20ème siècle.

Le principe républicain repose, quant à lui, sur une égalité des citoyens. Les femmes ont été exclues de la citoyenneté et de la République jusque, pour la France, 1946. Cette même République n'a pas permis, non plus, à amoindrir la différenciation des programmes suivant le sexe des enfants dans les écoles publiques et laïques. La mixité des écoles et de l'enseignement n'est obligatoire que depuis 1975 et effective en 1966 (le législateur ayant pris un gros retard).

Les femmes, luttant pour l'obtention de leurs droits civils et politiques, étaient considérées par les politiques, qu'ils soient de droites ou de gauches, sous l'influence religieuse et donc inadaptées à intégrer la république laïque, séparée de toutes les églises, se reposant pourtant sur plusieurs distinctions issus d'une morale religieuse.

Cette liberté de conscience, promise par la laïcité, n'est reconnue qu'aux seuls citoyens. Pourtant, a contrario, les hommes "sous influence" d'une religion avaient des droits politiques complets. Prêtres, rabbins et pasteurs bénéficiaient des mêmes droits que les hommes-citoyens "naturels", même si on peut trouver ici et là des exemples de discrimination manifestes. Ainsi, en 1911, M. l’abbé Bouteyre, prêtre de l’Eglise catholique, s’inscrivit sur la liste des candidats au concours d’agrégation de philosophie de l’enseignement secondaire. Le 8 juin 1911, le ministre de l’instruction publique refusa de l'admettre. « l’état ecclésiastique auquel il s’est consacré s’oppose à ce qu’il soit admis dans le personnel de l’enseignement public, dont le caractère est la laïcité, et que, par suite, il n’y avait pas lieu de l’autoriser à prendre part aux épreuves destinées à pourvoir au recrutement des lycées. » (1)

L'universalisme républicain s'avère alors formel, reposant sur une discrimination, une sorte de droit « au mérite », une notion morale, plus ou moins bien élaborée, de ce qui peut être ou ne peut pas être citoyen. Bien sûr, tous les pays ont un code de citoyenneté. Tous les citoyens ont une "idée" de ce qui peut être citoyen ou non.

Cette "notion morale" imprimée dans les gènes de notre constitution, fait dire à Manuel Valls, Ministre de l'Intérieur, du gouvernement socialiste, soit d'un parti politique censé défendre les Droits de l'Homme et les valeurs républicaines, au sujet des Roms qu'ils ne sont pas intégrables. (2) Cette "notion morale" - car elle l'est avant d'être une notion raisonnable - définit cette citoyenneté en fonction de sa neutralité laïque.

Ceci a de l'importance dans notre conception française de la laïcité et surtout sur le fond du débat même sur la laïcité. Elle est portée comme un étendard, une roue de secours un peu usée, pour faire face aux problèmes contemporains, alors qu'à elle seule, elle n'a pas permis de fonder (mais ce n'était pas son but) une république et une société basée sur l'égalité de tous, d'émanciper le politique en fonction de la morale de la rue et des églises. Cette morale a été laïcisée, mais pas transformée par la neutralité laïque. L'évolution des moeurs, de la société et de cette "morale" provient de la rue elle-même, des citoyens, des futures-citoyennes devenues citoyennes.

Une laïcité « à la française »est marquée par une méfiance naturelle et historique aux religieux, qui d'ailleurs le lui rends bien. L'état se donne pour objectif de rationaliser le citoyen, que sa part de raison prenne le dessus sur sa foi et ses croyances. On peut dire, par métaphore, que la séparation de l'église et de l'état est demandée pour l'individu lui-même. L'individu a une double vie : une publique et laïque et une privée et religieuse. Ses deux existences, pour une laïcité française, ne doivent pas interférer l'une sur l'autre, plus exactement le privé sur le politique. Nous savons que cela ne tient pas pour le législateur qui définit aussi un cadre civil et donc privé de la vie des citoyens (mariage, divorce, enfants, ...) et a retardé les lois bien que les vies privées des citoyens évoluaient et qu'ils demandaient une adaptation légale à leur mode de vie (le mariage homosexuel, par exemple). On peut aussi se demander ainsi quelle a été la "morale" qui a retardé la possibilité du mariage entre deux personnes du mêmes sexe.

La laïcité « libérale » et dite aussi « plurielle » permet à tous citoyens d'exprimer leur foi, considérant que les religions ne sont pas mauvaises en soi. Pour une laïcité « à la française », une demande basée sur des bases religieuses est contraire à l'esprit laïque. Une pratique libérale considère que le religieux appartient à l'individu en son entier et qu'il y aurait risque de discrimination si ses demandes, si elles ne nuisent pas aux libertés d’autrui, sont refusées (cette pratique de la laïcité considère d'ailleurs qu'il y a atteinte à la liberté d'expression). Pour la France, une expression religieuse – on peut même dire un affichage religieux – nuirait à la cohésion sociale.

C'est sous cette formulation que la RATP a interdit la mention « en faveur des chrétiens d'Orient » pour un concert donné par le groupe musical « les Prêtres » au nom de la laïcité. Frisant autant l'hystérie que le ridicule, la RATP s'est émue de l'expression, faisant l'apologie d'une communauté religieuse (les Chrétiens). Mais bon, « les Prêtres » aussi, surtout que leur tenue vestimentaire leur interdirait toute entrée dans une école laïque. De même, la RATP, peut-on dire au nom de la laïcité ?, a permis l'affichage de « Bon Ramadan » ou « Joyeux Noël » … (3)

Digressions sur la laïcité

Se pose d'ailleurs dans ces deux pratiques de la laïcité et de ces deux conceptions, le débat de fond que nous connaissons. Pour exemple, la maman voilée interdite d'accompagner les enfants est dans une pratique libérale de la laïcité une discrimination à la personne. Le voile est une expression religieuse pour la vision « libérale » et non pas un élément à charge indiquant une tentative de prosélytisme affaiblissant la cohésion sociale dans un cadre laïque « à la française ». (4)

Ceux qui souhaitent une pratique « plurielle » ou « ouverte » de la laïcité en France ne comprennent pas (à raison) en quoi ces mamans mettent en cause la cohésion sociale. Il faut avouer que les arguments peinent à venir et manquent pour le moins de sérieux, quand ils ne sont pas doctrinaux et sentencieux. L'ordre public et l'école laïque ne risquant rien, la raison est qu'elles sont « sous influence » comme nos aïeules ont été accusées d'être, incapables par leur voile de différencier la citoyenne républicaine et laïque qu'elles doivent être de la femme de foi qu'elles montrent qu'elles sont. Personne ne doute, d'ailleurs, de la qualité de leur foi et de la force de leur croyance. L'habit, pourtant, ne fait pas le moine.

Comme hier, « au nom de la laïcité », on montre du doigt des femmes, les classant dans une sous-catégorie de citoyens, laissant aux hommes « sous influence », bien moins visibles, la totalité de leurs droits. Un imam de quartier peut, à loisir, aussi intégriste qu'il pourra être, accompagner les enfants d'une école publique lors de leurs sorties. Lui ne mettra pas en cause la cohésion sociale.

C'est, en effet, parce qu'il n'y a pas « preuve » d'un affaiblissement de cette cohésion sociale du fait du port de signes ostentatoires religieux que la France fut condamnée. La conception française de la laïcité - mais n'est-elle pas son auteure? - se heurte à une autre conception, celle des "droits de l'Homme", doué de raison, égaux et libres par nature. Ainsi, une femme adulte qui se voile fait ce choix - librement - Personne ne peut le lui interdire et le faire dans une conception "plurielle" de laïcité toucherait à sa liberté d'expression voir d'exister comme telle dans tous les actes de sa vie. En retirant son voile, elle n'en sera pas moins musulmane, font assez justement remarqué les défenseurs d'une laïcité ouverte au même titre qu'un prêtre n'en sera pas moins prêtre.

C'est pour cette incapacité à proposer une autre forme de discours que la laïcité « à la française » n'est pas exportable et encore moins comprise hors hexagone. Les pays laïques (Belgique, Quebec, par exemple) lui préfèrent une approche libérale, sans avoir réduit, pour autant, la montée des intégrismes religieux.

La laïcité « à la française » a cette idée un peu folle de vouloir libérer les individus du religieux par l'information ou la formation, leur opposant une doctrine plutôt nébuleuse de la laïcité, pour les rendre à la raison. Celle des Lumières.

Le débat s'est ouvert en France sur la question de la formation des imams en France par l'Etat, souhaitant financer officiellement autant des mosquées, des écoles privées et des formations des imams (et pourquoi pas les imams eux-mêmes ?), allant joyeusement contre tous les principes des législateurs de 1905. Les motivations de l'actuel gouvernement sont tout aussi floues : électoral (après le choc des attentats de janvier 2015), de contrôle sur une population du fait de leurs croyances (c'est-à-dire des citoyens sous influence religieuses), de sûreté (pour éviter d'autres français deviennent des terroristes islamiques).

Il y a, néanmoins, un progrès dans ce débat : il s'agit, en effet, de revenir à la formation, mais aussi à l'intégration des populations immigrées en France (bien que nos politiques ne sont pas arrivés à cette conclusion) comme à ce qui fera d'eux les citoyens de demain.

L'école publique et laïque était, pour la République, l'arme fatale qui aurait fait de nous tous ces bons citoyens.

Cette digression sur la laïcité, dont vous êtes les innocentes victimes, me permet d'ouvrir la question sur l'islamophobie sous le couvert de la laïcité. « Riposte Laïque » est une caricature du genre. Fondé par des anciens trotskystes, ultra-laïcs, ils se sont rapprochés de groupuscules identitaires dès 2010. Entre 2007 et 2010, soit parce qu'il s'agissait d'une stratégie, soit parce qu'ils ne savaient pas à quoi s'en tenir, ce petit groupe a ouvert sa tribune à autant de gens de gauche que de droite. Pierre Cassen s'affichait auprès des associations laïques, organisant des conférences avec quelques uns de leurs membres. Pourtant, dès 2007, Riposte Laïque annonçait dans sa présentaton « Qui sommes-nous ? » signé par un certain Cyrano les objectifs de leurs publications, faisant pressentir que la cible n'était pas l'islam intégriste mais les musulmans dans leur ensemble.

Les deux fondateurs Christine Tasin et Pierre Cassen ont été condamnés pour incitation à la haine en 2014. Cela aide à comprendre de quoi on parle.

Ont rejoint deux féministes « historiques », Annie Sugier et Anne Zelensky-Tristan, dès 2007.

Ce sont, bien sûr, les « féministes historiques », entendre par là des féministes des années 1970, qui m'intéressent. Annie Sugier a été décorée de la légion d'honneur par Nicolas Sarkozy (en 2009) et a quitté Ripose Laïque en 2010. Elle est l'actuelle présidente de la Ligue du Droit international des Femmes, succédant à Anne Zelensky-Tristan.

Anne Zelensky-Tristan, encore considérée dans certains milieux comme une féministe d'importance, a été une éditorialiste passionnée de 2007 à 2014 (elle a finalement trouvé que Riposte Laïque était trop à droite).

Les quelques articles que vous pouvez toujours parcourir parlent autant de droits de la femme que de problèmes de fond comme de forme avec le Parti Socialiste. Pour ce qui de son approche, voici ce qu'elle dit :

« Je suis sûre que Pena Ruiz est contre les violences faites aux femmes, qu’il signe des pétitions contre. Mais il ne veut pas voir que le voile est bien autre chose qu’un signe simplement religieux, qu’il témoigne de la violence faite à tout un sexe, qu’il est pour les femmes un stigmate aussi infamant que pour les juifs, l’étoile jaune. Si notre philosophe était une femme, il sentirait la honte et la rage l’envahir à la vue de ces momies qui ont envahi nos rues. Elles sont la négation ambulante de siècles de combats pour la dignité de tout un sexe. Elles nous jettent au visage leur servitude et l’obscurantisme de toute une civilisation. Oui, j’ai bien dit obscurantisme. Si le progrès d’une civilisation se mesure au statut des femmes, comme l’a si bien noté Charles Fourrier, alors oui, une culture qui prône l’asservissement de tout est un sexe, ne mérite pas sous cet aspect des choses, le nom de civilisation. Et il ne s’agit nullement de prôner le choc des civilisations, comme nous le reproche avec une certaine malhonnêteté Pena Ruiz, qui a du mal à sortir de l’esprit guerrier. Il n’y a pas de choc, simplement des degrés divers d’avancée. Sur les plans des libertés individuelles, de l’égalité des sexes, de la séparation de la religion et de l’état, il y a des cultures plus avancées que d’autres et il n’y a aucune honte à le reconnaître. Mais on sait que certains de nos beaux esprits en arrivent à se battre la coulpe d’appartenir à cet Occident, uniquement appréhendé comme colonisateur. » http://ripostelaique.com/L-art-de-se-voiler-la-face-au-nom.html

 

Femmes afghanes
Femmes afghanes

Nous trouvons, dans cet extrait, ce qu'il y a de confusions dans la laïcité. Si oui, le voile islamique, la perruque juive, et le chapeau catholique et/ou les voiles des nonnes – ont pour but de cacher les cheveux des femmes, attributs de la féminité - symbolisent la soumission de la femme vis-à-vis de l'homme et son impureté. Il n'y a pas de supériorité ou d'infériorité d'une religion sur l'autre (surtout dans le domaine des droits des femmes !), il y a visibilité de ces symboles (ou non) dans l'espace publique.

Bien sûr, Anne Zelensky comme Annie Sugier ont protesté – longtemps – l'une et l'autre ne sont-elles pas des féministes historiques ? - contre l'accusation de racistes qui leur ont été faites, mais considéré que Zemmour fait une bonne analyse sur le voile casse un peu l'effet! : http://ripostelaique.com/Pourquoi-nous-sommes-a-notre-place.html

Cette approche – si on peut dire – de la laïcité, fait bien sûr comme toute pensée raciste le classement d'une infériorité supposée d'une population ou d'une culture mais s'acharne bien plus à vouloir démonter le visible, un visible que l'on ne supporte pas de voir.

Nilüfer Göle, sociologue franco-turque, professeure à l'Université du Bosphore d'Istanbul, fondatrice du Collectif des féministes pour l'Egalité http://www.cfpe2004.fr/ (mal perçu par les féministes françaises), protestant contre les exclusions des filles voilées des écoles en 2003-2004, développe une analyse sur la visibilité

Dans cette perspective antagoniste, l’émergence du religieux islamique constitue un défi pour l’espace public républicain et laïc français. Le cadre public circonscrit par le républicanisme, et neutralisé par la laïcité, se trouve aujourd’hui transgressé par le débordement du religieux d’en bas, mais aussi d’en haut. La sortie des acteurs religieux de l’espace privé et leur appartenance multiple à des espaces transnationaux de nature linguistique, politique, humanitaire déstabilisent les repères laïcs et nationaux, fragilisant ainsi le sentiment d’entre-soi républicain. Ainsi, les politiques sécuritaires qui consistent à promouvoir « l’Islam de France » contre « l’Islam en France »[5] cherchent à couper les liens des citoyens musulmans avec ceux des autres pays et à les circonscrire à l’espace national. Cette tentative témoigne notamment du malaise produit par l’affaiblissement des repères nationaux.

http://www.sens-public.org/spip.php?article1085

Le passage cité est juste dans le fond, car c'est bien cette visibilité – plus exactement l'intrusion de ce qui serait un signe religieux dans l'espace public, alors qu'ils furent supprimés de longues luttes en France- qui est en cause. Il apparaît pour les français comme un anachronisme. Il n'en est pas moins que si un pays peut s'adapter à toutes formes extérieures de culture et cultes,changer son regard, accepter la différence, il n'en modifiera pas, pour autant, ses lois et ses repères aussi laïcs soient-ils.

Le voile, comme la jupe trop longue dans un extrême proche de l'islamophobie, comme la mention de "Chrétiens d'orient" dérangent ce visuel. Certes. Or, le religieux, même si pas mauvais en soi, n'est pas une fin en soi pour l'Europe. C'est la communauté que représente l'Etat (et plus largement l'Europe) qui est autant l'outil que sa finalité. La laïcité "à la française" demande à ses citoyens de laisser la religion dans le privé, cela signifie surtout que le religieux n'est qu'un aspect de la vie et de l'identité d'un individu.

Dans les années 90, ce voile était portée par des femmes, de milieu défavorisées, immigrées récentes, sortant peu de leurs quartiers. Elles étaient invisibles.

Leurs filles et leurs petites-filles, scolarisées et donc instruites, désireuses de sortir de leurs quartiers, abandonnés d'ailleurs par l’État, sont apparues dans l'espace public avec leurs problèmes autant d'intégration que de désirs de liberté, que de préserver ce qui est leurs coutumes familiales ou en les dénonçant, ont renvoyé aux français l'image de l'échec d'une politique d'intégration. Cela a donné naissance à « Ni pute, Ni soumise » du fait des abus sur les filles et jeunes filles. Cela a donné naissance aussi à une réflexion nationale, qui a abouti à la loi interdisant le port du voile des filles à l'école.

Ne pas interdire le port du voile à l'école était interdire à des petites filles d'entrer elles-aussi dans l'espace public (et laïque) pour s'y construire et y construire leur propre liberté. Parmi ses petites filles, l'une d'entre elle découvrira peut-être le vaccin contre le cancer ou un carburant universel. L'école publique et laïque n'est pas uniquement une vue de l'esprit basée sur des valeurs, mais bien de permettre de développer les potentiels intellectuels à venir pour construire une société meilleure. Qu'est-ce qui empêchera une fille voilée de développer le vaccin contre le cancer ? Sa déscolarisation à 16 ans, l'influence supposée ou réelle du religieux dans sa conception de la vie, une soumission au père, aux frères et aux maris, les interdits liés à son futur statut de femme, ... Le voile n'est que la partie visible. L'interdire ne suffit pas, comme la laïcité n'a pas suffit à la mixité scolaire et aux droits de vote des femmes, c'est un début. Malheureusement, ce début a suffit pour la plupart des français et - pire encore - pour l'Etat.

L'Observatoire des Inégalités protestait alors contre cette loi, frémissant d'avance sur celle qui toucherait les entreprises privées. Il écrivait alors :

« Une loi interdisant le port du foulard dans les établissements scolaires, vore dans le monde du travail, n'est pas pour la république, une manière d'affirmer sa vigueur : c'est une manière de consacrer son impuissance. »

http://www.inegalites.fr/spip.php?page=comprendre_analyses&id_article=173&id_rubrique=110&id_mot=43&id_groupe=12

Immeuble du controversé le Corbusier - Nancy
Immeuble du controversé le Corbusier - Nancy

Protestation assez typique, révélateur d'un autre motif historique de la laïcité en France : il s'agissait de faire un état fort et indépendant (des religions), une République dans lesquelles les valeurs énoncées seraient universelles et, à ce titre, « naturellement » admises (sans effort, donc). Une république forte.

C'était faire une promesse de libération. C'était forcer à la liberté ou à une idée de celle-ci. Or, tout cela n'est pas. Cette loi, comme la suivante interdisant le port du voile intégral dans l'espace public, n'affaiblit pas l’État : il était déjà faible et incompétent. Il n'a usé que de la symbolique, paradoxalement, d'une symbolique religieuse. Le voile - répètent sans cesse les spécialistes de l'islam - n'est pas un signe religieux mais d'ordre culturel. Ce qui laisse entendre : pourquoi l'interdire en tant que signe religieux? et encore, souligne l'ignorance des musulmans vis-à-vis de leur propre religion. Peu importe qu'il soit traditionnel remontant à la plus haute antiquité de la religion musulmane ou un élément culturel signifiant la soumission des femmes aux hommes, il est considéré comme signe religieux par les musulmans ... C'est encore eux qui décident de ce qui est religieux ou non pour leur religion. Pas la France laïque. C'est en tant que tel qu'il est traité.

On peut, effectivement, dire que la France et l'Europe fait une lecture occidentale du signe religieux, et même le leur reprocher - mais la France et l'Europe ont inventé aussi l'Occident.

L'électrochoc des attentats de janvier 2015 ont mis en lumière la faiblesse de l'Etat, du moins il n'est plus possible pour les politiques de la nier. Il n'est plus question de faire une laïcité d'interdits, mais de construire une laïcité « ensemble ». Il n'est plus possible de taire l'incompréhension, le décalage de nos enfants et jeunes adultes à un concept que les adultes et spécialistes, y compris nos politiques, ne comprennent pas (ou du moins, débattent encore 110 ans plus tard). Il n'y a pas que les petites filles voilées en France, il y a des petits garçons aussi sous influence, qui rêvent d'entrer dans une guerre de religion, combattre l'oppression occidentale dans des quartiers invisibles.

Ainsi, le programme des collèges promu par l'actuel gouvernement en France, désireux d'entrer dans une phase "plurielle" de la laïcité ne produira que deux catégories de citoyens : ceux qui auront la chance culturellement d'acquérir les repères occidentaux par leur famille et ceux qui se contenteront de raccourcis peu élégants.

Le « Collectif Féministes pour l'égalité », qui souhaite voir abroger la loi de 2004 (interdiction du voile à l'école), présente un long exposé de Hanane Karimi sur la situation des femmes musulmanes, dénonçant la séparation des femmes et des hommes à la Grande Mosquée de Paris nous éclairent sur leur situation religieuse sur le sol français et leur liberté de culte, pourtant un des principes incontournable de la laïcité.

La Grande Mosquée de Paris n'a pas été « bricolée », mais financée en partie par la Ville de Paris et par le Maroc, en sus des fidèles après la première guerre mondiale.

Il s'agit, pour la France, d'un édifice religieux à part entière dans la grande lignée de la loi sur la laïcité, offerte en remerciement aux musulmans de France (et d'ailleurs) ayant combattu durant la « Grande Guerre ». Elle est donc un triple symbole : du fait des circonstances de sa construction, son financement est « contraire , mais encore faut-il encore lire la loi, à l'acceptation comme quoi les communes ne peuvent financer un lieu de culte, mais en sus elle symbolise la relation unique des musulmans avec la France. En tant que telle, ce cadeau offert de la France laïque est fait aussi aux femmes musulmanes.

Cette symbolique n'est pas comprise, vraisemblablement, par le recteur Dalil Boubakeur ayant décidé de parquer les femmes aux sous-sols. Les arguties développées par le recteur sont édifiants : le bruit, le manque de place, … et que les femmes peuvent prier chez elles.

Pour illustrer le sentiment des femmes musulmanes devant le culte et leur inégalité en Occident, inégalité organisée par les imams (le recteur de la Grande Mosquée de Paris est censé n'avoir pas besoin de formation « spéciale » à la laïcité), je cite ce passage de cet article :

« J’ai envie de faire part d’initiatives locales qui se multiplient dans des sociétés dites occidentales, aussi bien en Australie, en Angleterre, aux Etats-Unis ou en France. Une canadienne, répondant au nom de Shelina Merani, fraîchement convertie à l’islam, est l’une de ces femmes qui a vécu la désillusion de la Oumma comme unité de foi. Et elle fait un onewoman sho w[4] dans lequel elle parle de cet endroit et elle dit ceci : « Normalement lorsqu’on se rend dans un lieu de culte, on est censée se sentir comme Jésus « walking on water », transcendée, dans un état spirituel, moi quand je vais à la mosquée in the basement, (au sous-sol), ce que j’aimerais trouver, c’est un avocat, un défenseur des droits de l’homme et une rangée derrière les hommes. »

Comme la France a un sens de l'exagération très laïque, elle ne pourra que réclamer une rangée devant les hommes …

La laïcité - oui - La considérer comme suffisante : non. Après 1905, la société était imprégnée toujours de religiosité et de ses préjugés. Les hommes ne sont pas devenus égaux. Les femmes ne sont pas devenues libres grâce à elle. Elle n'est que le résultat d'une lutte de pouvoir entre le temporel et le spirituel. Elle est son principal outil. Aujourd'hui, elle a mal à sa loi.

Lilithement vôtre,

Notes :

  1. Détails de l'affaire : http://www.revuegeneraledudroit.eu/blog/2013/11/27/refus-du-ministre-dadmettre-un-pretre-catholique-sur-la-liste-des-candidats-a-un-concours-dagregation-de-lenseignement-secondaire/#.VUdUGY4590s

  2. Article le Monde « Roms, la faute lourde de Manuel Valls » - 2013 http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2013/09/25/roms-la-faute-de-manuel-valls_3484159_3208.html

    En France, en 2014, le gouvernement français a reconduit 13500 Roms. Amnesty International condamne les nombreuses expulsions dans son rapport de 2013 – 2014 : http://www.amnesty.fr/Nos-campagnes/Lutte-contre-les-discriminations/Presentation/Les-Roms-en-France

  3. Article « le Parisien » : les chrétiens censérés par la RATP (1er avril 2015) http://www.leparisien.fr/societe/les-chretiens-censures-par-la-ratp-au-nom-de-la-laicite-01-04-2015-4656867.php

  4. Pour exemple sur le débat de la laïcité à la française et la laïcité « plurielle », cet article de l'Humanité : http://www.humanite.fr/la-laicite-na-pas-encore-dit-son-dernier-mot

  1. http://www.huffingtonpost.fr/2015/04/28/laicite-ecole-interdiction-cours-jupe-longue-jugee-signe-religieux-ostentatoire_n_7164546.html

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Mimi 07/02/2016 11:35

L'auteur Sandrine Desse, dans son roman Charlie profané, livre une réflexion assez iintéressante à ce sujet:
" Les religions m’indifférent profondément. Il n’existe pour moi que des humains dont le droit essentiel est de vivre en pensant ce qu’ils veulent sans avoir à risquer leur vie pour ça. Et c’est ce que la laïcité avait presque réussi à accomplir. Aidé de la science, l’homme avait tué le merveilleux et la sagesse qui seule peut permettre le véritable vivre ensemble était enfin à portée de main. Et aujourd’hui, ce sursaut de délire mystique remet en cause des siècles de combat silencieux et sans violence. Tous les discours que nous pourrions faire pour inciter l’homme à la raison seraient inutiles. L’être humain a besoin de merveilleux autant que de nourriture. C’est la seule chose que la laïcité n’a pas pu lui fournir. C’est notre seule faiblesse."

Joaben 11/05/2015 10:31

erratum : Il est utile(c'est le comble !) de rappeller que la laïcité est inscrite depuis ses débuts (ca figure clairement dans les constitutions d'Anderson) dans LA FM"
"Ce n'est donc pas vraiment un principe EXCLUSIVEMENT républicain. "

Aristote57 07/05/2015 09:54

La LAICITE EN FRANC-MACONNERIE ...
Avant de vouloir donner des leçons au monde, peut-être faut-il s'interroger sur comment se pratique la laicité en FM.
Il est utile(c'est le comble !) de rappeller que la laïcité est inscrite depuis ses débuts (ca figure clairement dans les constitutions d'Anderson) dans la laïcité. Ce n'est donc pas vraiment un principe républicain.
ALors comment s'expliquer les intrusions religieuses (ou athée militant) dans nos travaux ? Ce qui se materialise par une bible chretienne obligatoire ou un port ostentatoire de kippa, ou des discours proches de prêches, de même d'un sexisme sous pretexte religieux.
Comment pouvons-nous être crédibles dans ces conditions à porter la "bonne parole" laïque à l'extérieur ?
Par exemple nous avons 2 blogs de sujet maçonniques actifs qui professent un judaïsme militant, l'un dirigé par un ex-dirigeant de la loge de recherche Villard de Honnecourt, l'autre GRand Officier actif(malgré des condamnations en correctionnelle) de la GLNF.
S'il ne s'agissait que de quelques individus isolés, ce ne serait pas trop grave, mais ils sont influents et ces pratiques contre-maçonniques finissent par diffuser au point de paraître banales. C'est en cela que la ridicule appelation d' "ultime lien entre dieu et les hommes" dont s'est affublé le GM de GLNF actuel est plus grave qu'un simple puerilité ... Car curieusement chez des FM, d'autant plus qu'il n'a jamais manifesté quelque regret, certains FM(et c'est bien triste) sont finalement sensibles et y donnent quelque crédit !(comme on l'a constaté, même sur ce blog!)

Comment s'expliquer donc que des FM intelligents puissent aller vers de telles derives abrutissantes ? Il y a là une incompréhension ENTRENUE (consciemment tout en haut et inconsiemment pour d'autres) avec le fait que nos rituels s'appuient sur des RECITS bibliques.
De là par un glissement plus ou moins contrôlé certains y ont vu dans la FM une sorte de religion au rabais, une occasion de briller par des connaissances religieuses ou à l'autre extrême une action militante pour expurger toute foi.
Don les FM qui veulent que la FM retrouve sa pureté (laïque de 1717) doivent MAINTENAT réagir, car ces dérives ne vont que s'amplifier et créer des fossés de plus en plus profonds(voir l'action de gLAMF qui veut créer d'autres fossés !).
Qu'il ne soit plus question de complaisance, même par amitié, avec ces comportements déviants, D'AUTANT PLUS EN FM, d'affichage religieux ou athée militant.
Il en va de note crédibilité bien sûr, mais de notre fraternité.
Déjà, ce blog en témoigne, les comportements sectaires obedentiels priment chez les agents de propagande vis à vis de la fraternité. Bien sûr, ce n'est heureusement (pas encore) le cas chez les freres de base ... mais gageons que les militants, courtisans de pouvoir oeuvrent en ce sens pour détourner la fraternité maçonnique ver un communautarisme.
Haut les coeurs, mes freres !

Brumaire 06/05/2015 22:42

Cher Aristote57, il n'est pas question pour moi de sanctuariser la laïcité, mais d'en appliquer le principe, qui est la tolérance même, mais une tolérance exigeante, car respectueuse de l'autre, à la seule condition que la proposition soit complètement reversible: cela nécessite écoute, patience, pédagogie: rigueur n'étant pas synonyme de rigorisme ou dogmatisme...

Aristote57 07/05/2015 12:46

On est d'accord, en fait. Il faut faire confiance à l'idée de laïcité qui a sa propre force intrinsèque, sans besoin de la protéger, conserver. Il faut être capable de répondre à ceux qui brandissent "la liberté" ... d'imposer la charia ! (ou la torah, ou l'inquisition ... ou l'athéisme).
Construisons autour du concept ! N'y a -t-il plus rien à conquérir en terme de droits, d'avancées spirtuelles, emancipatrices sur cette question ? Je crois que si ! C'est à mon sens là qu'il faut amener le débat, pas sur "conserver"(c'est le meilleur moyen d'affaiblir !).

Peter Bu 06/05/2015 21:36

Je viens d'attirer l'attention des lecteurs de ce site sur le prochain numéro de la revue "La Planche à tracer" sera consacré à l'initiation des femmes. Il doit paraitre le 15 mai en 20000 exemplaires et être vendu dans 4000 kiosques à journaux. On peut aussi s'abonner sur le site de la revue: http://la-planche-a-tracer.com/abonnement/ (le prix d'abonnement indiqué sera réduit).

Je peux y ajouter que le numéro de juin doit être consacré à la laïcité.

Je n'ai pas d'actions dans la Planche à tracer... et je ne fais pas partie de la rédaction et je mais il me semble utile de saluer cette initiative.

Brumaire 06/05/2015 18:39

Chère Maçonne, ton article super documenté, a heureusement un titre ''digressions sur la laïcité''! Heureusement aussi à ta conclusion,car, à la lecture, j' ai été souvent mal à l'aise et je me permets de donner mon avis:
La laïcité est un principe, pas une valeur, les mots ont leur importance: une valeur est fluctuante, un principe est un fondement intangible. Alors, ajouter des adjectifs au mot de laïcité, c'est déjà en dévoyer le sens. Cela ne m'étonne pas de la part des divers gouvernements qui, depuis 1959, ont trituré leurs mouchoirs dans tous les sens, bricolé des lois, alors qu'il eût été si simple d'être clair, précis, et d'appliquer le principe qui, tout de même, est dans la constitution! Il ne faut pas oublier que les membres de ces gouvernements à atermoiements, ont pour beaucoup, été élevés dans la Sainte Eglise catholique qui ne fait jamais dans la clarté, et pas dans la rigueur laïque. Au lieu d'une rigueur qui aurait été comprise par tous, à condition d'avoir été pédagogique, on a compliqué les choses, après les premières affaires de voile, avec les arrêts des tribunaux de Nancy, Grenoble, etc...qui ont donné une sorte de jurisprudence, avec un résultat qui ne s'est pas fait attendre: tous voiles dehors.
Si la loi de 1905 garantit la liberté de culte, elle ne l'organise pas et ce n'est pas à l'Etat de s'en préoccuper: les mosquées placent les femmes et les hommes où bon leur semble, et même si c'est révoltant, si les femmes sont à gauche et les hommes à droite dans les églises (la droite étant la place noble), c'est le problème des religions,ce n'est surtout pas l'affaire de l'Etat.
L'Etat, lui, devrait s'occuper de faire appliquer les principes sur lesquels il est fondé, il s'en trouverait respecté. Ce n'est pas avec les idées des ministres actuels qu'on en sortira, pas davantage avec celles de certains organismes qui se disent laïques et prétendent promouvoir la laïcité (voir le blog de G.Contremoulin d'il y a quelque temps).
Il y a du travail de pédagogie, de l'exemple à donner,et surtout pas de brutalité pour faire comprendre un principe qui est la condition si ne qua non de la paix.

Aristote57 06/05/2015 20:01

Chere Brumaire, me si je suis sur le même terrain que toi, et surtout sur le terrain de la fermeté, par contre, je ne suis pas d'accord à "sanctuariser" la laïcité.
Pour plusieurs raisons. Ce serait extrement conservateur, ce qui est contraire à l'esprit qui a amené à la laïcité, mais c'est aussi prêter le flanc aux critiques de dogmatisme.
mon sens la laïcité ne doit pas être defendue comme un dogme intangible, un tabou, mais parce que c'est une BONNE approche de ces questions : efficace, généreuse, respectueuse, progressiste.
Ne craignons donc pas de la voir remise en cause !
Ca permet justement d'en discuter et de ses discussions jaillit justement la force de la laïcité.
Dans le cadre d'une vraie discussion, les tenants de favoriser une religion ne tiennent pas la route autrement que par arrogance.
Donc ne soyons pas nous non plus arrogants.
Plus ! : la loi de 1905 etait une marche ! Il faut aller plus loin. Et avec TOUS(nos frères et citoyens européens).

Voltaire 06/05/2015 10:05

"Dieu a créé l'homme à son image et ces derniers le lui ont bien rendu!"
Quelle différence entre l'homme de foi et l'intégriste (celle qui porte le voile par exemple) ?
l'homme de foi s'occupe de sa relation avec Dieu.
L'intégriste s'occupe exclusivement de votre relation avec Dieu !!!

Aristote57 05/05/2015 15:49

Inutile de te féliciter encore chère Anne.
La laïcité a été une conquête. Rappellons toutefois que la séparation de l'Eglise et l'Etat a été votée au Mexique ... en 1859 !
Quelques soient les eloges et l'attachement que l'on peut y avoir, ce serait catastrophique d'avoir une approche conservatrice sur le sujet. D'ailleurs les actions tendancieuses des pro-religion ne se font pas faute de tenter d'apparaître, eux, comme "reformateurs" ! Le comble !
Il importe de reprendre maintenant une démarche de CONQUETE, progressiste. Il revient de définir de nouvelles valeurs et tenir compte d'un contexte différent : l'Europe, les decouvertes scientifiques, les avancées morales.
Je crains, helas que l'on soit dans la mentalité conservatrice des "droits acquis".
Qui veut bouger ?

jmrr 05/05/2015 15:44

Super article bien informé ... mais article à faire plaisir à tout le monde tout en paraissant au dessus des gens et des choses ...
Postulat : il y a une "laïcité à la française" ... et du coup chacun la sienne ! ce qui n'arrange que les religieux !
Non ! il y a laïcité, ou il n'y a pas laïcité ! et sans adjectif !

La Maçonne 05/05/2015 20:44

Malheureusement, les "définitions" ne viennent pas de moi. Il y a bien plusieurs "pratiques" de la laïcité, la France en a une, les autres pays ont la leur. Comme je l'ai précisé dès l'introduction : la laïcité n'est pas une doctrine et ne peut se satisfaire d'une seule définition.

Gilles Poulet 05/05/2015 15:33

Papier fort documenté et beau travail c'est sûr. Mais, le principe de base, chère Litlith, est assez simple: la loi protège la foi, la foi ne fait pas la loi. La loi, c'est la société civile qui peu à peu la construit et la met en place, souvent dans la douleur surtout en termes de mœurs, et c'est là que s'affiche la limite que ne doivent pas franchir les revendications purement religieuses que ne sauraient accepter les autres, croyants comme les mécréants. La laïcité à une vocation universaliste par sa neutralité même, quand toute religion ne concerne qu'un champs clos, oui clos!, puisqu'il ne concerne que ses adeptes et qu'elle prétend, de manière générale, détenir seule la vérité. Il ne s'agit pas de nier l'influence des religions sur la morale, les arts etc., mais il convient d'en limiter l'impérium qu'elles développent dès qu'elles se sentent en position de force, allant jusqu'à inventer des tribunaux spécifiques, ce qui est tout de même un privilège exorbitant. Au reste, la religion est d'abord un moyen politique et l'histoire le montre assez bien quand on examine, par exemple, les contre-mesures que sont l'anglicanisme et le gallicanisme érigés l'un et l'autre contre les prétentions insupportables du Vatican. Il y a mille autres exemples de débordements au nom des dieux qui tournent à l’oppression quand ce n'est au massacre.