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La Maçonne

Critica Masonica, le numéro 6 est sorti.

L'été est la période rêvée pour s'installer au frais et entreprendre des lectures sérieuses. La revue Critica Masonica a sorti en juin son 6ème numéro qui pourra vous tenir compagnie sur toute chaise longue qui croiserait votre chemin.

Rappelons que Critica Masonica est une jeune revue indépendante issue d'un groupe de lecture. Dès son premier numéro, elle a surpris par la qualité et le niveau exceptionnel des articles qu'elle propose. Ses auteurs n'hésitent pas à traiter des sujets aussi variés et transversaux à la franc-maçonnerie. Ce numéro n'est, bien sûr, pas une exception à la règle.

C'est Roger Dachez, historien connu et reconnu, qui ouvre ce numéro avec un article portant le titre révélateur : « De la tradition à l'histoire : une méthode initiatique ».

Il propose, dans cet article, une analyse et une critique du rapport des francs-maçons à la franc-maçonnerie et à son corpus de textes. De la « Tradition », il y voit, bien sûr, le danger d'une pensée intégriste, mais surtout l'analyse au travers de deux auteurs connus de toutes et de tous. Guénon, tout d'abord. Roger Dachez l'exprime ainsi : « Au nom de Guénon, mal lu, mal compris, et qui mérite mieux que cela, mais aussi de quelques autres, rabâchés à l'envi, comme on psalmodie les tables de la Loi, quelques Saint-Just de la Tradition décrètent du haut de leur chair l'excommunication majeure de tous ceux qui ne pensent pas comme eux, et notamment de ceux qu'ils qualifient de « tenants de l'histoire universitaire », ce qui n'est guère aimable sous leur plume, et qu'ils rangent immédiatement parmi les agents de la contre-initiation. »

Oswald Wirth - pour le second - qui, s'il a remis au goût de l'époque l'étude symbolique, l'a fait en appauvrissant plusieurs pensées ésotériques et les mélangeant pour en faire une sorte de bouillie sans rigueur.

La tradition a une histoire, souligne Roger Dachez. La franc-maçonnerie, aussi, dont la connaissance (savoir) est nécessaire dans une démarche initiatique intelligente et, surtout, ne s'enlise pas dans des fables et révisions historiques. Cet article, à mes yeux, a vocation d'ouvrir un débat : la véracité historique, la mise en contexte du fait maçonnique doit entrer en loge en tant que support à toutes démarches et études symboliques non pas pour la réduire à une école et à une pensée universitaire mais pour l'enrichir.

Critica Masonica, le numéro 6 est sorti.

« Hiram au théâtre. Circulations maçonniques et théâtrales en Europe » de Pierre-Yves Beaurepaire.

Cet article, difficile à résumer, du fait des moults précisions et préalables nécessaires à sa bonne compréhension (autant le lire en entier) met en exergue un des aspects de la franc-maçonnerie : son théâtre pour ne pas dire ses théâtres.

La relation de la franc-maçonnerie avec le théâtre, son importance et ce qu'elle a permis de développer, est méconnue. Et pour cause : les comédiens professionnels et toutes personnes attachées aux théâtres étaient pour le Grand Orient de France de 1774 non-initiables. Il prononcera, d'ailleurs, l'exclusion de tous ceux qui dans les arts et métiers ne sont pas maîtres. Jeune obédience alors, elle voulait effacer l'inconvenance de la Grande Loge de France (la première), précédant le Grand Orient de France, qui comptait, entre autre, un maître de ballet comme substitut de Grand Maître. Ainsi, officiellement, des relations : il n'y en avait pas. Pierre-Yves Beaurepaire établi, ainsi, dans cet article un démenti présentant de nombreux personnages, comme leur apport en franc-maçonnerie.

« Les nuances du noir. Essai de réflexion philosophique sur la légende d'Hiram » de Yolande Bacot.

Cet article est une analyse transversale du fait maçonnique. Tout d'abord, parce qu'il est à dominante philosophique. Ensuite, parce que son ambition est de mener et de comprendre l'éthique du Rite Français du 3ème degré et le premier degré des ordres de Sagesse, en définissant la notion du mal. La question centrale peut se résumer ainsi : est-ce que la définition du mal définit à contrario le bien ?

L'auteure ne fait aucune économie, tant dans l'analyse du crime dont la victime mythique est Hiram, comme d'y trouver en quoi ce qui est crime et donc incarnation du mal, devient un message de liberté …

"Les chefs d'oeuvre de l'antimaçonnisme. Le maçon, figure de l'antéchrist (USA cica 1860)" présenté par Joël Jacques.

C'est un texte succinct que nous présente Joël Jacques pour présenter une image anti-maçonnique du 19ème siècle.

« Le Grand Orient, le RER et la Stricte Observance avant la Révolution » de Barbara de la Mothe Saint-Pierre.

C'est une des auteures qui ont fait de la revue Critica Masonica sa renommée. En effet, on l'a trouve dès le premier numéro, intéressée, alors, par le réveil des Ordres de Sagesse.

Dans cet article, elle évoque les relations entre la Stricte Observance, le RER et le Grand Orient de France.

Jean-Baptiste Willermoz, disciple de Martines de Pasqually, initié à Lyon, découvre le rite de la Stricte Observance suite à sa rencontre à Strasbourg avec les Turckeim.

Dès 1774, sa loge travaillera à ce rite templier. Il n'avait, alors, pas encore rédigé son rite, le Rite Ecossais Rectifié. Le GODF, de son côté, en 1776, ne possédait aucun rite homogène lui appartenant. Grâce à Savalette de Langes, important dignitaire de la jeune obédience, le GODF se rapprocha de Jean-Baptiste Willermoz et, donc, de la Stricte Observance pour proposer un protocole, permettant au GODF d'intégrer le rite templier.

Qu'est-il arrivé ?

Barbara de la Motte de Saint-Pierre fait l'analyse et l'étude de ce protocole, que l'on trouve à la Bibliothèque nationale de France, pour nous raconter toute l'affaire … à moins que ce ne soit Willermoz lui-même qui le fasse.

« La franc-maçonnerie américaine. Déclin, effondrement ou transition démographique ? » de Ludovic Jeanne.

L'auteur, dans cet article, s'attaque à une question contemporaine et d'actualité. En effet, en 1960, les effectifs américains étaient à plus de 4 millions de francs-maçons alors qu'aujourd'hui ils sont à 1,25 millions. Contrairement à ce que nous pouvons lire sur le sujet, Ludovic Jeanne présente une analyse démographique et quantitative de la situation américaine afin de comprendre les raisons de cette importante baisse d'effectif. Il y développe des arguments convaincants qui tordent le coup à notre vision manichéenne de la situation américaine.

« Shibboleth. De l'origine biblique à une lecture philosophique et politique du symbole » de Christine Hemmelig.

C'est un article que j'ai lu avec beaucoup d'intérêt que nous propose Christine Hemmelig. Il ne pourra que plaire aux amateurs d'études du symbole. Shibboleth est étudié dans tous les aspects possibles, voir même les dépassant largement toutes les prévisions : biblique, historique, symbolique, philosophique et sociaux … et ses revers.

« Julius Evola, l'antisémitisme et l'antimaçonnisme » de Stéphane François.

Stéphane François nous présente ici une étude des plus intéressantes sur la pensée raciste et plus particulièrement l'antisémitisme, dont le concepteur est Julius Evola, ésotérique italien, né en 1898 et mort en 1974. Il fut, après Guénon, souligne l'auteur, l'un des plus grands représentants de la « Tradition », dans le sens d'une « révélation ». Il s'intéressera aux « races » dès 1930. Il développa (héritage de Guénon) l'idée d'une Tradition dont l'origine est polaire. D'un point de vue racial, l'éloignement géographique du pôle – je réduis ici une pensée plus complexe – conduit à une « régression des castes », la caste étant pour Evola désignée et reconnue par l'esprit, c'est-à-dire le « spirituel ». Ses thèses racistes lui permirent d'être remarqué dès 1934 par le régime nazi, bien qu'il ne se présente pas lui-même comme un fasciste ou même un antifasciste.

Cet article permet de comprendre les dérives d'une pensée ésotérique qui a conduit à développer les théories racistes des plus dures. Théories qui furent reprises par la suite par la « Nouvelle Droite » en France dès 1979, et qui, malheureusement, comme le note l'auteur, influence toujours de nombreux francs-maçons.

Critica Masonica, le numéro 6 est sorti.

« Utopies et dystopies, le couple paradoxal. Du littéraire au politique, en passant par le maçonnique. » de Georges Bormand.

Voici, enfin, une analyse qui manquait aux amateurs de littérature contemporaine, de Science Fiction et de Fantasy. Depuis Thoma Morus, auteur d'Utopie, de nombreux auteurs ont décrit des mondes parallèles, imaginaires ou futures, décrivant des sociétés idéales, idéalisées ou au contraire des sociétés tyranniques.

La complexité de ces œuvres littéraires ne peut les enfermer sous un seul terme : Utopie à la dystopie, ou encore des utopies réalisées. Georges Bormand remarque que la Franc-maçonnerie peut être l'une d'entre elles. Cette littérature expose un système idéal dans un pays imaginaire. Il peut aussi servir de support à des revendications politiques, souvent libertaires, mais encore partir d'un « Si » - décrivant une société si un événement historique n'avait pas eut lieu. Georges Bormand cite de nombreux exemples et je retiendrais les œuvres de femmes décrivant des utopies féministes, mais aussi l'uchronie qui présente, dit-il, des mondes souvent pires que les nôtres à quelques exceptions.

Georges Bormand présente ici une analyse riche. Il faut reconnaître que les français ont longtemps méprisé autant la SF et les romans de fantasy, malgré des éditions de romans de nombreux auteur(e)s américain(e)s dans les années 70-80, devenant des classiques du genre, et l'émergence d'auteurs français sur la même période.

Pour compléter cette analyse et les romans cités par Georges Bormand, je vous conseille la lecture des nouvelles de Pool Anderson, qui met en scène un héros « gardien du temps » chargé de remédier, dans une société où le voyage dans le passé s'est plus ou moins démocratisé, aux anomalies temporelles, incluant ainsi le « si » et le paradoxe de la société idéale. Les romans de la célèbre Marion Zimmer-Bradley, qui ont inspirés des américaines à fonder des communautés de femmes. Les « Dune » de Franck Herbert que l'on peut classer dans les romans à dimension « écologiques », bien que leurs complexités et leurs densités ne peuvent être simplement résumé en quelques lignes, ainsi que les nombreux romans du très prolixe Robert A. Heinlein. Un genre littéraire à découvrir sinon redécouvrir dans lequel le borgne est rarement roi dans un monde d'aveugles.

Critica Masonica, le numéro 6 est sorti.

Les Monuments aux Morts de la « Grande Guerre » par Alain Artigaud.

Cette article peut être considéré comme un hommage au centenaire de la 1ère Guerre Mondiale, partageant sur un sujet aussi sérieux que rarement débattu : les monuments aux morts .

Tout en les ressituant dans le contexte historique de ce que l'on appelait « la Grande Guerre », ayant un pied autant dans le 19ème siècle que le 20ème siècle, Alain Artigaud explique les origines plus anciennes de ces monuments et la campagne de construction de ces derniers à partir de 1919.

La symbolique de ces monuments édifiés par 36 000 communes entre 1920 à 1925 sont autant des messages républicains, de laïcité et d'égalité, que des œuvres artistiques reprenant des thèmes et des symboles devant servir de messages à l'avenir.

Patriotiques, symboles de paix et de liberté, de deuil national, ils ornent toujours nos communes, et ont été repris pour la guerre suivante.

Cet article largement illustré, bien documenté et faisant découvrir plusieurs typologie de ceux-ci; est une page d'histoire, une commémoration nécessaire - et qui, je l'espère, permettra pour beaucoup d'entre nous à les "redécouvrir".

J'apporte humblement ma petite pierre en présentant ce monument un peu étonnant de Phalsbourg (Moselle) – signalant la défaite de 1870 et les différents sièges de 1814, 1815, (la Moselle a été rattachée à l'Allemagne) pour mieux souligner la libération et le retour en France de Phalsbourg en 1918, mettant en avant, non pas les soldats tombés mais les généraux et les maires des batailles de 1814, 1815 et 1870.

Dans la rubrique « Point de Vue », voici un article qui nécessiterait à lui-seul une analyse sur ce blog, car il évoque un événement qui y a été relaté.

Cet article a pour titre : « Le rite français ne varietur » de Paul Leblanc.

Cet article a plusieurs objectifs.

  • Tout d'abord, remettre au centre du débat l'histoire du Rite Français, du-moins son homogénéisation par le GODF à partir de 1785, comme à son origine, tout en soulignant la volonté dès lors de déchristianiser le rite afin de ne pas entrer en concurrence avec la religion et, bien sûr, de ne pas être accusé de parodie – et j'ajouterai aussi certainement de blasphème. Les textes, nous rappelle l'auteur, ont été publié à plusieurs reprises et ne peuvent donc être méconnus.
  • Le second objectif est de mettre à jour et d'expliquer une imposture, celle de Hervé Vigier.

En 2013, Hervé Vigier publie un ouvrage sur le rite français. Or, il ajoute aux textes initiaux, des références religieuses inexistantes, dont des prières, tout en faisant croire qu'il s'agit des textes de 1785. Il s'agit de faux. Comme cela ne suffisait pas, Hervé Vigier à la sortie du livre de Philippe Michel et Maurice Bouchard, « Rite Français d'origine 1785 dit Rit Primordial de France », tente de vouloir faire retirer l'expression « Rit Primordial de France » en écrivant à l'éditeur, parce qu'il l'avait déposé à l'INPI. Là-dessus, Hervé Vigier estime que le rite primordial, sur lequel repose le livre de Philippe Michel et Maurice Bouchard, n'existe pas !

Cette analyse permet de rendre justice à l'ouvrage de Philippe Michel et Maurice Bouchard et d'éclairer les lecteurs de Hervé Vigier sur ses recherches.

J'apporterais juste une nuance, quant à cette analyse, concernant une patente des Grades de Sagesse du Rite Français provenant du Brésil. L'auteur estime que le Brésil (entendre par là le Sublime Chapitre brésilien) distribuerait une patente dont elle serait seulement détentrice et non pas propriétaire.

Cette patente a été remise par le GODF au Grand Orient du Portugal en 1802. En 2004, le « Grand Chapitre général du GODF » confirme la patente des Ordes de Sagesse du Rite Français, qu'il avait remis un siècle plus tôt au Portugal. Il précise que cette patente ne peut être remise à des tiers – ce qui est, à mon sens, quelque peu abusif.

En 2011, ce même GODF signe la « Charte de Lisbonne » avec 11 Grands Chapitres, reconnaissant les différents Chapitres. Cette Charte considère qu'une Chapitre ne peut être reconnu qu'à la condition que la patente qui lui soit remis provienne du seul GODF.

Cette même année, le « Suprême Conseil du Rite Moderne du Brésil », le « Suprême Conseil du Rite Moderne de l'Espagne », et le « Grand Chapitre Général du Grand Orient de Colombie » signent la Déclaration de Barcelone, fondatrice de l'UMURM « Union Maçonnique Universelle du Rite Moderne », qui avait remis les patentes au « Sublime Conseil du Rite Moderne pour la France » - on retrouve ici la trace de Hervé Vigier – mais le lui retire le 1er octobre 2012. http://unionmasonicauniversalritomoderno.blogspot.fr/

Le GODF a participé aux réunions de l'UMURM lors de sa fondation, en tant qu'invité. On trouvera ci-dessous une contre-analyse de la note de Roger Dachez, qui souligne les contradictions de ce dossier et souligne le mépris des français – c'est-à-dire du GODF – pour toute pratique de rite et toutes recherches sur celui-ci qui ne soit pas validés par lui-seul. Il souligne le caractère abusif de la Charte de Lisbonne et du rôle de "propriétaire" du GODF.

http://www.victorguerra.net/2014/01/contestando-r-dachez-sobre-los-grados.html

Pour faire simple, on a affaire à une obédience qui pratique un rite (et peu importe lequel) depuis 1822, dont on trouve la trace et la patente dès 1802 et aucune interruption de pratique depuis lors. On peut considérer sans trop de difficulté qu'elle en est propriétaire et à ce titre peut la diffuser comme elle le souhaite, sans avoir besoin de l'accord du GODF !

L'interdit de transmettre les patentes des Ordres de Sagesse et les patentes associées concerne uniquement les signataires de la Charte de Lisbonne, soit 11 chapitres seulement. Si ces Chapitres acceptent une clause plutôt insolite et reposant plus sur un désir hégémonique du GODF sur les Ordres de Sagesse que sur une réalité (vérité?) historique, les autres Chapitres n'ont pas à s'y plier. D'ailleurs les Chapitres signataires de la Charte de Lisbonne peuvent la remettre en cause s'ils jugent le Chapitre du GODF un peu trop encombrant.

Le GODF, rappelons-le a, dès le début du 19ème siècle, supprimé les Grades de Sagesse de son corpus pour pratiquer uniquement le REAA. Il ne les a réveillés – mais à partir de quelle transmission ? - qu'à partir des années 1990 - Il ne peut avoir, en la matière, que la seule autorité qu'on accepte de lui reconnaître.

Hormis ce point d'histoire contemporaine, qui nécessiterait une analyse autant juridique – le droit de propriété international risque d'en perdre son anglais – qu'une réflexion plus large sur la transmission de nos rites, ferme un débat sur la prétendue religiosité d'origine du Rite Français de 1785 et permet une approche plus juste de l'ouvrage de Philippe Michel et Maurice Bouchard. Ce qui était nécessaire.

Ce numéro de Critica Masonica est plein de promesses pour l'avenir de cette revue exemplaire. Comme pour chaque numéro, il se termine par de nombreuses notes de lectures.

Lilithement vôtre,

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