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La Maçonne

L’initiation de Voltaire.

L’initiation de Voltaire.

C’est en 1874 – tous les chiffres sont bons ! – que sortait un petit livre d’à peine 50 pages, qui porte pour très ambitieux titre « Initiation de Voltaire dans la loge des Neuf Sœurs, précédé d’une notice sur Voltaire, les Neuf Sœurs, les Trinosophes accompagnés de notes explicatives sur les faits et les personnages. »

Ce livre est signé par Alexandre Germain, ancien fonctionnaire public et président de la loge « la Sincérité de l’Evre » d’Evreux. Il est surtout introduit par deux lettres, l’unede Hubert, rédacteur de « la Chaîne d’Union » et l’autre de Décembre-Alonnier, Conseiller de l’ordre et comme le cumul des mandats est une pratique courante à cette époque, vénérable d’une loge « les Zélés Philanthropes » de Vaugirard.

Ce livre n’apporte pas grand-chose en lui-même. Son but est essentiellement de décrire une franc-maçonnerie idéalisée, d’en vanter ses vertus et de présenter un texte en vers, rédigé lors d’un concours de poésie, organisée par la loge « les Trinosophes » qui, alors, n’existait plus et dont Alexandre Germain fut membre. Le texte en vers n’est pas mauvais, bien qu’il faut aimer le style pompeux du 19ème siècle. Il met en scène Lalande, le Vénérable de la loge « les Neufs Sœurs » et Voltaire lui-même, qui dissertent dans ce qui est une réécriture d’une cérémonie d’initiation.

Voltaire (1694 – 1778) a été initié un peu moins de deux mois avant sa mort. Sa loge « les Neufs Sœurs » a organisé cette initiation (on parlait plutôt de réception) mais aussi sa tenue funèbre.

Cet article s’arrêterait là si je n’avais pas aussi trouver – avec plaisir - une recherche effectuée ce siècle-ci sur ces deux cérémonies et la loge « les Neufs Sœurs » par André Magnan.

On y trouve de nombreux témoignages dont un extrait de la planche tracée relatant cette initiation, la tenue funèbre. Il y présente aussi un mémoire adressé au GODF suite à une plainte au sujet de la loge « les Neuf Sœurs ». C’est ce mémoire qui a attiré mon intention. Il est signé par Nicolas Bricaire de la Dixmerie (1731-1791). Il fut l’orateur de la loge les Neuf Sœurs. La plainte portait sur l’irrégularité des cérémonies d’initiation et de la tenue funèbre, du fait de présence de femmes, mais aussi suite à la lecture de textes « contraires aux opinions reçues », tous d’ailleurs très Voltairiens, ce qui n’était pas aux goûts des autorités maçonniques. Si la franc-maçonnerie est l'héritière du Siècle des Lumières, il faut croire que le GODF, en plein siècle des Lumières, l'ignorait encore!

Nous apprenons aussi qu’une autre plainte fut déposée en 1779 pour une tenue ouverte avec « adoption » de femmes. Cette dernière plainte conduisit le GODF à tenter de fermer la loge. Les frères se défendirent et eurent finalement gain de cause. La loge « les Neuf Sœurs » ferma définitivement aux alentours de 1846.

On associe la Révolution de 1789 comme étant la fin de la « maçonnerie des Dames » dites d’adoption. Cette plainte et ce témoignage présentent un autre aspect de cette maçonnerie d'adoption. Elle fut remise en cause régulièrement par le Grand Orient, qui s'était empressé de la réglementer dès 1774, refusant à ses loges une identité qui leur soit propre.

La loge d'adoption « les Neuf Sœurs » est une exception. Elle était devenue grâce au frère Lalande et à Madame Helvétius un cercle d’intellectuels puissant. Elle semblait préférer une forme de mélange des genres.

La tenue funèbre que la loge les "Neuf Soeurs" avait organisée en l’honneur de Voltaire avait compté par la présence de deux femmes profanes dont Madame de Villette - celle que Voltaire surnommait « Belle & Bonne » qui devint le nom d’une loge d’adoption ouverte en 1819.

L’initiation de Voltaire que vante Alexandre Germain en 1874, presqu’un siècle plus tard, en faisant un mythe à la gloire de la franc-maçonnerie et du GODF, fut plutôt une démarche d’une loge frondeuse durement réprimandée par son obédience. Une manière de réécrire l'histoire ...

Revenons à cette loge « les Neufs Sœurs » et à un épisode de sa fondation que nous relate La Dixmerie dans son mémoire qu’il présente ainsi :

« Sans doute qu’on affecta d’abord de ne pas nous en croire. Nous n’obtînmes qu’avec peine ce qu’on accorde sans nulle difficulté à tant d’autres. Notre état fut longtemps précaire ; nos constitutions ne vinrent que tard. Nous élevions le Temple ; mais il nous fallait imiter l’exemple de Zorobadel : il nous fallait tenir la truelle d’une main et l’épée de l’autre. Qui le croirait ? Le nom des Neuf-Soeurs formait le principal obstacle à notre admission. »

Trop féminin, peut-être ?

Lilithement vôtre,

Autre source : L'initiation des femmes de Françoise Jupeau-Réquillard.

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cournet 19/08/2015 18:50

je pense qu'il faut également lire le livre d'Albert Jonchery Pangloss entarté

sunirve 18/08/2015 19:50

Chère Maçonne,
Je pense que nous avons tous les deux raisons. Pour ma part, je parle des Loges d'Adoption sous l'Ancien Régime, Loges qui sont sous le "contrôle" ou la surveillance des Frères et qui, à Paris, du moins réuni tout le gotha de l'aristocratie. Les choses évoluèrent ultérieurement, les rituels d'adoption et les cérémonies aussi. (je me reporte au Bacot, qui date un peu, mais me paraît bien documenté).

sunirve 18/08/2015 11:08

Ma très chère Sœur,
Heureux de voir que tu es rentrée de vacances en pleine forme.
Je voudrais compléter ton post sur différents points.
La « réception » de Voltaire, tout d’abord. Pour une fois, le terme est particulièrement approprié. Le récipiendaire fut exempté de toutes les épreuves, compte tenu de son âge, mais surtout du fait que la Loge avait conscience du « coup de communication », comme nous dirions aujourd’hui, qu’elle faisait en bénéficiant ainsi de l’aura et du renom du premier écrivain du siècle. En oubliant d’ailleurs, d’un côté comme de l’autre, les jugements pleins d’ironie… voltairienne de l’auteur de Zadig sur les Francs-Maçons. Il s’est plus agi d’une réception mondaine que d’une initiation maçonnique. Si toute sa vie, il s'était battu pour la tolérance et une certaine liberté, ce fut de son propre chef, et non sous une quelconque influence de la Maçonnerie.
Sur la Maçonnerie d’adoption ensuite, qu’il ne faut pas juger avec nos yeux du XXIe siècle. Il est vrai que tous les offices étaient doublés, les Sœurs étant « surveillées » par un Frère, et que les rituels pratiqués se fondaient sur les « vertus » reconnues à l’époque aux femmes. Mais il s’agissait, en la matière, d’une étape et était quelque peu révolutionnaire en ces temps. Si comme la Maçonnerie en général, elle a eu à souffrir de la période révolutionnaire, elle a repris (un peu) force et vigueur sous l’Empire, Joséphine en devenant la Grande Maîtresse. Pour l’anecdote, le rituel d’adoption me semble toujours pratiqué par la Loge Cosmos de la G.L.F.F.
Sur la Maçonnerie et les Lumières, dont l’assimilation est un véritable pont-aux-ânes repris par certains comme une litanie. Si les Francs-Maçons (notamment parisiens) ont, comme toute la haute société de la fin de l’Ancien Régime, largement adhéré à l’esprit des Lumières, il serait faux de prétendre, et que la Maçonnerie en fut à l’origine, et que les « philosophes » appartinrent à l’Ordre : s’il y eut Montesquieu, pour Voltaire, il le fut donc deux mois avant sa mort, ni Rousseau, ni Diderot, ni d’Alembert, ni d’Holbach, ni Jeaucourt, ni 141 des 158 rédacteurs de l’Encyclopédie ne furent Maçons ! Il faut également rappeler qu’à quelques exceptions près (dont les Neufs Sœurs), les Loges d’Ancien Régime ne connaissaient pas les « travaux », planches, morceaux d’architecture que nous pratiquons aujourd’hui.
Au rebours de l’opinion courante quant aux rapports entre Maçonnerie et Lumières, si l’on suit les travaux remarquables de Le Forestier, il serait possible d’avancer que la Maçonnerie s’est développée en France, contre le rationalisme des Lumières, par la prégnance de l’occultisme, de la magie, de l’alchimie, de la thaumaturgie dans l’invention de degrés maçonniques qui devaient, par la suite, être codifiés en Rits de « Hauts Grades ».
C’est au XIXe siècle, notamment après le Concordat qui avait pour conséquence d’interdire aux catholiques la fréquentation des Loges, que le rationalisme devait progressivement s’imposer au sein des Loges comme d’ailleurs dans toute la Société.
Bien fraternellement

La Maçonne 18/08/2015 19:22

Mon cher sunirve.
Merci de ton commentaire. Je suis en effet revenue en pleine forme!
Pour nuancer une de tes remarques, la maçonnerie d'adoption est plus "complexe" que cela. Les soeurs pouvaient être plus indépendante. Elle a existé sous plusieurs formes, dont celle que tu décris. Il est vrai que le GODF a souhaité "limiter" aux soeurs une certaine indépendance en légiférant. Mais cela souligne a contrario, que s'il a jugé nécessaire de poser des limites, c'est qu'elles n'existaient pas "naturellement".
J'ai écrit plusieurs articles sur la maçonnerie d'adoption, dont un sur le rituel des Amazonnes (oui, cela pls'écrit comme cela).
Je suis d'accord avec toi. Les maçons n'ont pas "inventés" la philosophie des Lumières. C'est une reprise et, plus grave (car "reprendre" n'est pas un crime, si les idées sont bonnes) c'est une réécriture de l'histoire de la FM ...

Konig 18/08/2015 00:07

En France, les premières loges jacobites furent créées par des partisans du monarque catholique et absolutiste Jacques II Stuart, cousin de Louis XIV, qui l’avaient suivi en exil à Saint Germain en Laye où il mourut en 1701. Ainsi en 1726, la Loge de Saint-Thomas I était fondée à Paris par Charles Radcliffe, comte de Darwentwater et affichait clairement son engagement jacobite en se plaçant sous le patronage de saint Thomas Becket qui avait déjà, à cette époque, dû fuir l’Angleterre de Henri II et les persécutions pour trouver asile en France. Ces Loges se constituèrent en 1728, en Grande Loge sur le modèle obédientiel anglais, sous l’impulsion du duc de Wharton, ancien Grand Maître de la Grande Loge d’Angleterre, mais passé depuis du côté des jacobites.
La Grande Loge d’Angleterre chercha à contrer ce mouvement sur le continent. La concurrente de St-Thomas I, Saint-Thomas II, était officiellement constituée le 3 avril 1732 par la Grande Loge d’Angleterre, qui saisissait ainsi l’occasion de contrer l’influence jacobite dans la franc-maçonnerie parisienne. Elle est dite encore « Saint Thomas Le Breton-Le Louis d’Argent, » par référence à son fondateur, le compagnon orfèvre Thomas Pierre Le Breton et à la taverne Au Louis d’argent, rue des Boucheries, faubourg Saint-Germain.
On trouve évidemment à la base de cette création, JT Desaguliers, infatigable prédicateur de la maçonnerie nouvelle . L’installation eut lieu le 20 novembre 1732, rue de Bussy, à proximité immédiate de la rue des Boucheries et du Louis d’argent, chez le traiteur Landelle – qui hébergea également les tenues de la loge, dite de Bussy-Aumont. En 1735, JT Desaguliers fonde aussi, à Paris la loge du « Louis d’Argent ».
« L’émergence de deux mouvances maçonniques rivales, voire antagonistes, paraît manifeste. » écrit l’historien Pierre-Yves Beaurepaire.
En 1773, le GODF nait de la victoire des LL.°.démocratiques sur les LL "Ancien régime". La Loge des Neuf Sœurs est créée à Paris en 1776 et elle issue de cette victoire. Sur le modèle de la GL des modernes, elle est composée de tout ce que Paris compte d'esprits hardis et novateurs. Elle comprend notamment, outre Lalande, des personnalités aussi importantes qu'Antoine Court de Gébelin (1725–1784), Camille Desmoulins (1760–1784), Jean-Baptiste Greuze (1725–1805), Jean-Antoine Houdon (1741–1828), Bernard de Lacépède (1756–1825), Adrien-Nicolas Piédefer, marquis de La Salle (1735–1818), Carle Vernet (1758–1835), Jean-François Marmontel (1723–1799), Pierre-Louis Ginguené (1748–1815), Jacques Montgolfier (1745–1799), Niccolò Piccinni (1728–1800), Emmanuel Joseph Sieyès (1748–1836), Nicolas Chamfort (1741–1794), Joseph-Ignace Guillotin (1738–1794), Pierre Jean George Cabanis (1757–1808) ou Jean Sylvain Bailly (1736–1793)...
Condorcet était membre de la société associée à la loge mais n'a jamais été initié.
Benjamin Franklin sera même le Vénérable Maître de la Loge des Neufs Sœurs, entre 1779 et 1781. Il fait de la Loge des Neufs Sœurs un foyer ardent de propagande en faveur de la Révolution américaine. Ce sont les idées de Liberté, d'Egalité, de Fraternité qui sont largement développées. Ceci avec une facilité d'autant plus grande que George Washington, mais aussi La Fayette, Rochambeau, Noailles, Ségur, Beaumarchais, Philippe d'Orléans, Choderlos de Laclos et bien d'autres, sont tous francs-maçons.
Voltaire fut initié franc-maçon au grade d'apprenti le 7 avril 1778, un peu moins de deux mois avant la mort du vieux philosophe (30 mai). Voltaire entra dans le Temple, ceint du tablier d'Helvétius, au bras de Benjamin Franklin. Unique concession faite au grand homme: on ne lui met pas de bandeau. Cette initiation n’est pas le signe d’une adhésion tardive de Voltaire à la Franc-Maçonnerie, mais bien la manifestation que la Franc-Maçonnerie était devenue voltairienne.

Christophe 18/08/2015 11:40

Cette manière de raconter les débuts de la FM française est pour moi une fable "romantique" (en d'autres termes anachronique!). Rien, aucun document d'époque, ni en Angleterre, ni en France, ni ailleurs, ne permet de démontrer une origine jacobite spécifique de la FM française. Qu'il y ait, à cette époque, des jacobites dans les loges françaises ou même à l'origine de la création de l'une ou l'autre (pourquoi pas) est une chose, il en est de même d'ailleurs dans les Pays-Bas autrichiens. En faire une origine maçonnique distincte de la maçonnerie anglaise n'est que de l'auto-affirmation. Évidemment cela flatte.
Affirmer une lutte d'influence interne entre Loges de cette époque: aucun document ne vient étayer cette affirmation, ni en Angleterre, ni en France, ni ailleurs.
D'autant que les jacobites voyageaient facilement entre l'Angleterre, la Hollande, les Pays-Bas autrichiens et la France entre les années 1720 et 1740. C'est une courte période de paix où les idées, les personnes et les modes se disséminaient avec facilité... à partir de l'Angleterre (l'Anglophilie bat des recours à cette période). Par exemple Ramsay, Radcliffe et bien d'autres!

Ceci dit, ...

Christophe 16/08/2015 10:55

Il faut lire les Zélés Philanthropes et non les Trinosophes!!!

Konig 19/08/2015 00:41

Je n'ai pas dit qu'elle était distincte, j'ai dit qu'elle était concurrentes. Et que le courant "moderne" l'a emporté sur le courant "ancien" avec la fondation du GODF où les vénérables étaient élus et non inamovibles

Les premières loges jacobites furent créées par des partisans du monarque catholique et absolutiste Jacques II Stuart, cousin de Louis XIV, qui l’avaient suivi en exil à Saint Germain en Laye où il mourut en 1701.
Ainsi en 1726, la Loge de Saint-Thomas I était fondée à Paris par Charles Radcliffe, comte de Darwentwater et affichait clairement son engagement jacobite en se plaçant sous le patronage de saint Thomas Becket qui avait déjà, à cette époque, dû fuir l’Angleterre de Henri II et les persécutions pour trouver asile en France. Ces Loges se constituèrent en 1728, en Grande Loge sur le modèle obédientiel anglais, sous l’impulsion du duc de Wharton, ancien Grand Maître de la Grande Loge d’Angleterre, mais passé depuis du côté des jacobites.
La Grande Loge d’Angleterre chercha à contrer ce mouvement sur le continent. La concurrente de St-Thomas I, Saint-Thomas II, était officiellement constituée le 3 avril 1732 par la Grande Loge d’Angleterre, qui saisissait ainsi l’occasion de contrer l’influence jacobite dans la franc-maçonnerie parisienne. Elle est dite encore « Saint Thomas Le Breton-Le Louis d’Argent, » par référence à son fondateur, le compagnon orfèvre Thomas Pierre Le Breton et à la taverne Au Louis d’argent, rue des Boucheries, faubourg Saint-Germain.
On trouve évidemment à la base de cette création, JT Desaguliers, infatigable prédicateur de la maçonnerie nouvelle . L’installation eut lieu le 20 novembre 1732, rue de Bussy, à proximité immédiate de la rue des Boucheries et du Louis d’argent, chez le traiteur Landelle – qui hébergea également les tenues de la loge, dite de Bussy-Aumont.
En 1734, JT Desaguliers est à Paris aux côtés de lord Chesterfield, grand ami de Charles Louis de Segondat, Seigneur de Montesquieu, lui-même franc-maçon initié en Angleterre à la loge « The Horn » en 1730 et membre de la Royal Society. Desaguliers y initie, à la loge De Bussy, Louis Phélipeaux, comte de Saint-Florentin et duc de Lavrillière.
En 1735, JT Desaguliers fonde aussi, à Paris la loge du « Louis d’Argent ».
Quant à Ramsay:
Ramsay, dit le chevalier Ramsay après qu’il eût reçu du Roi de France l’ordre de St-Lazare, est bien né en Ecosse à Ayr le 9 janvier 1686. Il fut le précepteur des fils de Jacques- François Stuart et, même après sa séparation d’avec la famille des Stuart, resta un agent des jacobites.

En 1729, au cours d’un voyage à Londres il fut admis à la Royal Society et initié à la Horn Lodge en mars 1730. Séduit par la métaphore maçonnique, il voulut la récupérer pour en infléchir le positionnement scientifique. D’où le discours de 1736 et la formation des hauts grades templiers qui avait pour objectif de donner à la Franc-Maçonnerie une assise plus chrétienne, compatible avec le catholicisme officiel, soutenu par les Stuart et de diluer la gnose newtonienne dans l’ésotérisme templier.
Cette démarche connut dans une France encore proche de la structure sociale de l’Ancien régime un indéniable succès. Ces rituels de hauts grades se répandirent rapidement et foisonnèrent anarchiquement, du fait, dit toujours Duchemin, que « l’orgueil, l’avidité et la sottise joignirent une foule de grade à ceux que Ramsay avait créé ».
Gérard Gayot dans la « Franc-Maçonnerie Française » écrit : « Ainsi, dès 1737, le conflit s’engage entre la maçonnerie de type démocratique et celle de type aristocratique (expression de Pierre Chevallier), entre l’uniformité d’où vient le bonheur des frères et la hiérarchie des métaux. L’ordre de chevalerie… annonce l’introduction prochaine, dans l’Ordre, de l’indispensable hiérarchie, celle des hauts grades, la seule garantie sous l’Ancien Régime pour que l’Ordre dure longtemps. Nul doute que Fleury , toujours bien renseigné, n’ait appris cette innovation avec une grande satisfaction. »

Christophe 16/08/2015 10:54

Je rappelle que Decembre-Allonier est un maçon important du tournant XIX-XXème siècle. Effectivement membre du Conseil de l'ordre et VM de l'importante loge des Trinosophes, il était aussi 33ème actif du Grand Collège des Rites.
C'est lui qui va élever petit-à-petit, jusqu'au 33ème, de façon discrète, les futurs membres du 1er Suprême Conseil du Droit Humain.
On peut ainsi dire que tous les Suprêmes Conseils mixtes ou féminins de France et d'Angleterre trouvent leur source dans le Grand Collège des rites du GOdF à travers Decembre-Allonier.
Cumulard, oui, mais avec des idées larges et un certain courage pour l'époque.

La Maçonne 17/08/2015 22:20

Finalement, j'ai fait un autre article ... Merci à Christophe et à Lionel !
J'espère que Christophe pourra nous raconter toute l'affaire sur son blog! (oui, c'est une commande).

Christophe 17/08/2015 19:05

Il s'agit de Joseph Decembre, dit Décembre-Allonier. Edmond Allonier est son beau-père. C'est pourquoi il se fait appeler Decembre-Allonier. (VM 1871-87; CdO 71-74; reçu 33ème 86)

Et par exemple, dans l'annuaire maçonnique de 1889-90, il est répertorié sous le nom de "Décembre-Allonier, 33ème".

La Maçonne 17/08/2015 17:36

Je regarde sur le livre de Germain afin d'en dire plus sur Decembre Alonier, puisque signataire de la lettre. Les deux noms sont indiqués .... comme Germain est un contemporain, j'imagine qu'il n'a pas fait de confusion.
J'ai remarqué que ces histoires de noms c'est pas une cinecure .... en plus, y'en a qui ont des pseudos. Pfff !

Lionel MAINE 17/08/2015 13:18

Edmond ALLONIER (1828-1871)
Joseph DECEMBRE (1836-1906)
Souvent confondus en une même personne ; lequel des deux fut Conseiller de l'Ordre ?