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La Maçonne

« Mythes, femmes et sociétés » de Noëlle Martin, Dominique Paul & Collectif GLFF (Collection Voix d’Initiées, GLFF

« Mythes, femmes et sociétés » de Noëlle Martin, Dominique Paul & Collectif GLFF (Collection Voix d’Initiées, GLFF

Le 7ème volume « Mythes, femmes et sociétés. Gisements et surgissements. » (1) valide autant la maturité que l’originalité de la collection « Voix d’Initiées ». Cette collection présente les réflexions et travaux de la plus importante obédience maçonnique féminine mondiale, de franc-maçonnes et de ses loges. Après avoir abordé une partie de l’histoire de la Grande Loge Féminine de France avec le portrait de ses pionnières et les thèmes sociaux bioéthique, violence faites aux femmes et l’Europe, ce volume aborde une thématique assumée ouverte dès le 6ème volume « Femmes et Initiation » (2)

« Si les figures féminines rencontrées dans les récits nous interpellent, nous francs-maçonnes, c’est qu’elles présentent le reflet de ce qui a déterminé la place des femmes dans la société. [ …] L’important est de restituer, maintenant, aux figures féminines leurs juste place par une lecture éclairée. » écrit Catherine Jeannin-Naltet, alors Grande Maîtresse de la GLFF, dans sa préface.

Cette idée première qui est de lier, relier les mythes à la réalité des femmes se développe dans « l’entrée en matière » mais s’accompagne d’un autre constat. L’imaginaire est délaissée. Notre société – pour une bonne partie – préfère le rationnel, le logique voir le tangible.

« Mais l’humain est ainsi fait qu’il rêve, et que ses rêves, fantasmes, contes à dormir debout ou à rêver dans la douceur de bras aimants, lui sont consubstantiels. »

Ces mythes reviennent, à la fois dans une prédominance religieuse, mais exprime aussi le besoin d’un renouveau, d’une quête, d’une redécouverte, tout en ouvrant, s’ouvrant, à une poésie et à un autre à soi : la féminité. Les voilà, les unes et les autres, réunies pour une fois sous la plume d’autres (comme?) elles, Amazones, Déesse-Mère, Isis, Ruth, Eve, le Chaperon Rouge et la Belle aux bois dormants, … Thémis et Déborah …Ces archétypes féminins raisonnent encore intuitivement, dans notre imaginaire et le désir d’être soi.

Comment s’imbriquent-ils, expliquent-ils la place faite aux femmes dans notre société ? Au fil de ce livre, on découvre au-delà de ces figures féminines leurs attributs : féminité et fertilité, les initiatrices, les ingénieuses, une Mélusine aux conjonctions de toutes.

« Contrairement aux poncifs concernant la « nature féminine », Mélusine conjugue solitude d’intellectuelle, énergie de bâtisseuse, vie érotique, grossesse et accouchement, allaitement et éducation des enfants. Il est vrai que sa vraie nature est féérique ! A nos sociétés patriarcales, cette légende propose un contrat de mariage inhabituel : c’est la femme qui garantit la sécurité et la prospérité dans le monde, en échange d’une promesse de l’homme. »

Ces portraits ne sauraient être complets s’il n’y avait pas celles de l’ombre, celles qui se sont révoltées, ont fui potée par le désir de construire sur un autre rivage – entre vie et mort – un nouveau monde, une humanité sans cesse rajeunie et plus libre. Qui les prive de lumière pour l’éternité ?

« La mal est dans l’autre, la femme. Trois peurs masculines s’incarnent en elle : l’impuissance, la solitude, la mort par l’absence de progéniture. » (In Du mythe au féminisme, de la pomme à la pilule). Une société ancienne, patriarcale, qui sait qu’en assimilant les femmes et la féminité au mal, aux démons et à l’enfer, les asservissant, les privant de tout droit, ne pourront que conduire à une révolte, à leur fuite, à leur voir pousser des ailes. Toutes les Lilith, Méduse, Pandore et Hécate ne sont que les faces cachées de la féminité, celles du désir de la liberté, une force maudite mais qu’on leur reconnait.

« Mythes, femmes et sociétés. » mérite une mention spéciale pour la beauté des textes, dont la lecture peut se faire à plusieurs niveaux, quittant l’analytique pour revenir à l’intuitif et au poétique. Il traverse tous les âges de l’humanité, tous les continents, s’alimente des mythes antiques, des contes de fées, s’affronte à la lecture biblique, et revient – ici – dans les robes noires des maçonnes. Si c’était à dire, elles s’appellent toutes Lilith. Elles sont légions.

Lilithement vôtre,

(1) Parmi les participantes à ce volume, on trouve les loges « Cosmos » (pratiquant le rite d’adoption), Cybèle (une loge qui fut fondée lorsque l’obédience s’appelait encore Union Maçonnique Féminine de France), et Phare des Amazones (du Bénin), … comme bien d’autres loges. Ainsi que les travaux collectifs « le Mythe de Pandore » (loge les Portes de Thélème), « Mythes et rites révélateurs de la situation des femmes » (loge Iliane). On saluera aussi le travail de Marie-Dominique Massoni (et une de ses illustrations), de Dominique Paul (autant pour ses textes que ses illustrations dont celle de couverture) et Noëlle Martin.

(2) Même si cela n’a qu’une importance relative, je n’ai pas encore lu « Femmes et Initiation », qui fera aussi l’office d’un article comme tous les volumes de cette collection.

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