Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
La Maçonne

Essai sur l'universalisme & le féminisme.

Essai sur l'universalisme & le féminisme.

L'universalisme est de prétendre à l'égalité. Je dis bien prétendre, car reposant sur les Droits de L'H(h)omme, elle est plus un principe d'égalité qu'un fait. Cet universalisme, tout républicain qu'il soit, n'a nullement empêché les inégalités de toutes sortes depuis la première république à la cinquième : droit à l'instruction pour tous, accès à l'emploi, accès au logement, … égalité entre les hommes et les femmes … et j'en passe. L'égalité et sa jumelle la liberté n'ont pas été données, offertes aux hommes et aux femmes. L'universalisme considère l'humain comme une abstraction.

Le féminisme, quant à lui, n'est pas républicain. Comme tous les mouvements sociaux, son origine est la rue, de femmes d'ailleurs n'ayant pas même le droit de vote, et de réflexions indépendantes des pouvoirs politiques et publics. Les femmes sont réelles. Il repose, certes, sur l'égalité, mais contrairement aux politiques, toutes républiques confondues, ne la proclament pas comme acquise, ni comme résultante d'un universalisme indifférencié, ni tout droit sortie d'une Nation Une & Indivisible.

Cet universalisme républicain n'a pas échappé – et s'est bien gardé de le faire – à l'essentialisme, c'est-à-dire d'assigner des rôles sociaux aux hommes et aux femmes. Cette égalité de principe n'était réelle que dans une inégalité sociale – genrée – qui attribuaient aux hommes et aux femmes une sorte de mission pour l'équilibre de la nation, l'ordre étatique et donc une indivision qui mette d'un côté le rôle masculin (l'homme qui travaille) et le rôle féminin (la maternité et le foyer).

De ces rôles sociaux sont définis des besoins : l'homme qui devra subvenir à sa famille devra avoir une instruction, apprendre un métier et pour les élites un bagage intellectuel suffisant pour diriger la patrie. Quant aux femmes, enfermées dans leur foyer, à part apprendre à tenir une maison et élever ses enfants, leurs instructions n'étaient pas nécessaires. Après tout, ne les-a-t-on pas considérées comme incapables d'apprendre quoique ce soit ? C'est, d'ailleurs, en analysant l'argumentation des féministes de la fin du 19ème siècle qui – voulant apporté une avancée dans les droits – ont redistribué le rôle féminin. Les femmes au foyer devenaient des éducatrices, éveillant leurs enfants dès leur prime jeunesse à de nobles causes. Elles pouvaient aussi devenir veuves, sans argent et avoir besoin d'un travail pour nourrir leur famille. Bien sûr, la célibataire sortait du cadre. Aucune femme n'était destinée à l'être. Ce féminisme fut – comme nous l'avons vu dans un précédent article – affaire d'hommes, qui ont souhaité diriger leurs mouvements, et par conséquent limité par eux.

Les questions contemporaines nous offrent d'autres exemples. La parité dans les instances politiques fut le constat d'une représentation inégale des femmes en politique.

Cette parité, cependant, souligne un élément important : il y a égalité si et seulement si la proportion homme/femme est égale. Nous parlons ici de mixité, bien entendu. Une société – que l'on nous rabâche – mixte permet, néanmoins, une inégalité des représentations des femmes au bénéfice des hommes en politique mais aussi dans les fonctions de dirigeants des entreprises.

La mixité n'est donc pas un gage d'égalité, comme nous le savons déjà. Néanmoins, cette inégalité de représentation était déformée par le principe d'universalisme si cher aux politiques, postulant pour l'indifférenciation. « Une femme est un homme comme les autres », sauf que les hommes ne sont pas des femmes.

La mixité ne peut être considérée, seule, comme une libération ou une émancipation des femmes et/ou des hommes de leur construction culturelle et sociale. En franc-maçonnerie, cette déconstruction nécessite un travail d'ouverture à l'autre – qui passe par la connaissance (reconnaissance?) du sexe/genre et de la différence de l'autre. L'universalisme, postulat d'égalité, est bien plus un déni.

Le Rebis de Basile Valentin, in Traité de l’Azoth (1659)
Le Rebis de Basile Valentin, in Traité de l’Azoth (1659)

L'universalisme républicain a trouvé sa limite dans nos cités.

« Seize ans plus tard,(octobre-novembre 2005) les banlieues se révoltent contre la discrimination à l’embauche, au logement, aux loisirs. Debray croyait dire qu’en France, tous les citoyens sont égaux, qu’ils soient blancs ou noirs. Mais, à son insu, il avait décrit et surtout légitimé la situation réelle (et discriminatoire) de la République française de la fin du 20e siècle : celle-ci n’a pas, dans sa métropole (sauf rares exceptions), sur ses 36 000 maires, de maire noir ou « basané », non plus que de sénateurs jaunes d’ailleurs. En revanche, comme personne n’est incolore, la République française surabonde de sénateurs, de députés et de maires « blancs » au moment même où la couleur de la peau de ses habitants apparaît de plus en plus diversifiée (…). La République de Debray s’est avérée le contraire de ce qu’il croyait : voulant faire l’ange, elle a fait la bête, et elle continue bien souvent de le faire » écrivait Jean Baudérot (cité par Marc Jacquemain in « Les couleurs de l'universalisme ».).

Les minorités, étouffées par une indifférenciation frisant l'indifférence, revendiquent pourtant leur singularité qui les rends unique, tout autant que leurs difficultés à exister dans notre société, qui se réjouit d'être égalitaire. Ils forcent les traits de leurs différences. Ces mauvais élèves de la République se jettent sur des bonnets d'âne, sachant qu'ainsi ils auront sinon une visibilité, au moins une reconnaissance de leur mal-être. On ne peut pas traiter l'humain comme une abstraction. C'est, pourtant, sur quoi l'universalisme repose : un être humain abstrait.

Pour revenir aux rôles sociaux, sans entrer dans le débat de « l'ABC pour l'égalité » abandonné (rapidement), nous avons vu revenir un discours que l'on pensait oublié.

Il ne faut pas toucher aux rôles sociaux – ces fameuses missions données aux femmes et aux hommes – et surtout ne pas donner aux nouvelles générations les moyens et la capacité de les choisir. L'ordre naturel de la Nation Républicaine s'en serait trouvé bouleversé (forcément). La loi pour le « mariage pour tous » a indifférencié la sexualité. Curieusement, pour notre République Universelle, si les femmes sont des hommes comme des autres, l'hétérosexualité fut longtemps la norme pour les hommes. Néanmoins, ses détracteurs nous ont promis la fin de la famille.

L'universalisme qui prétend à une indifférenciation des hommes et des femmes (que ce soit de leur sexe ou genre) fut aussi repris par des féministes, des années 60, désireuses d'être considérées comme « humain ». Simone de Beauvoir en fut un très bel porte-parole.

C'était une façon aussi – et l'intérêt fut peut-être là – de remettre le féminin et les attributs de la féminité dans un placard. La féminité était vécue comme une servitude, tout autant comme une condamnation à ne pas être « égale ».

C'était LA cause de l'enfermement des femmes durant plusieurs siècles. Pour être juste humaine, il ne fallait pas être femme. Il ne fallait pas le revendiquer, ne pas même oser imaginer que la féminité appartienne à l'humanité. Elles étaient des Michael Jackson avant l'heure. Elles devaient répondre à la norme – et la norme est d'être des hommes blancs.

La franc-maçonnerie qui se dit universelle est celle qui est le moins. Elle rejette les femmes, comme les athées et les déistes. Le fait est qu'elle ne modifie pas son appellation, comme s'il s'agissait pour elle d'affirmer au travers des hommes (blancs ?) attachés aux religions du livre, un vieux rêve non abouti.

Dans des milieux qui évoquent bien plus souvent les « valeurs » de la République, sans en chercher les sources – pourtant connues – construisant un mythe de perfection politique – il paraît difficile de remettre en cause l'un de ses principes, ou tout au moins de construire une réflexion qui risquerait de le faire. Ce serait trop dangereux.

Je ne suis pas un homme blanc. Bien des femmes, tout comme moi, ne le sont pas. Bien plus encore ne sont pas blanches. Pour rien au monde, elles ne voudraient l'être. Cela ne se discute pas.

Lilithement vôtre,

Sources :

Anne-Françoise Praz, « Anne Cova (dir.) : Histoire comparée des femmes. Nouvelles approches», Nouvelles Questions Féministes 2012/2 (Vol. 31), p. 116-120.


Catherine Malabou, « Quel genre de femme êtes-vous ? Du côté de l'identité sexuelle », Lignes 
2001/3 (n° 6), p. 150-175.
DOI 10.3917/lignes1.006.0149


Éléonore Lépinard, « Joan W. Scott, Parité ! L'universel et la différence des sexes, Paris, Albin Michel, 2005, 254 pages. », Critique internationale 2007/3 (n° 36), p. 188-192.
DOI 10.3917/crii.036.0188


Marc Jacquemain – Les couleurs de l'universel. 
Sociologue à l’Université de Liège

Partager cet article

Commenter cet article

joaben 06/09/2015 12:55

Encore un de tes travaux magnifiques,Anne.
En effet tu nous interpelle dans nos certitudes bien confortables ou dans des postures.
Il est important en effet d'anlyser les leviers de ceratines situations, plutôt que se lamenter ou se réjouir.
Il est vrai que nous sommes en desaccord sur ton analyse finale.
Car si oui, nous nous enrichissons des differences homme-femme, ce n'est pas en les cloisonnant avec des ponts de temps à autre que nous pouvons en bénéficier.
En ce sens les FM sexistes renient leur sexisme évident en se dédouanat par leur accord(sic) à ce que les femmes créent des loges à part dites d'adoption ou à part.
Et il est vrai que des obediences qui se reclament d'exclusivité féminine abondent en ce sens là.
Les lignes de divergence sont-elles vraiment homme-femme lorsqu'aucun sexisme n'est excité ? Non! On retrouvera des fractures entre intellos et ceremoniels, entre conservateurs et ouverts et bien sûr toute fracture importée du monde profane.(dont le sexisme).
Alors devons-nous, FM mettre en avant ces questions sexistes ? Je ne le crois pas ! La société évolue et la FM suit (c'est regrettable). Les esprits les plus endurcis du sexisme conviennent à demi-mot puis réellement l'absurdité de ce sexisme.
C'estdonc bien à l'usage que le sexisme recule en FM.
Il est evident que la decision du GODF a été un pas gigantesque.
L'arriérisme GLNF-GLAMF en la matière ne se resoudra pas par les instances, mais par la pratique, les visites regulieres en loge non sexiste de FF GLNF et leur joie de constater l'identité de travaux avec GLNF fait evoluer, là où c'est important : les FF et les loges.
Le niveau "fond de commerce" représenté par les directions d'obedience lui s'accrochera evidemment à l'arriérisme buté .... sinon ils seraient contraient de constater la réalité de l'UNIVERSALITE maçonnique ... tants qu'ils ne s'en mêlent pas ...

Selene 06/09/2015 05:37

La séparation... le mythe le plus ancien de l'Humanité?

Aristophane a fait une description que l'on peut considérer comme "pittoresque" de l'Homme initial, homme et femme, avec 2 têtes, 8 membres, et qui roulait pour avancer...
Un peu hermaphrodite , donc, comme l'escargot...
http://metreya.blog.lemonde.fr/2012/01/19/le-mythe-devient-realite/

Tout le travail de la civilisation est-il donc de parfaire la séparation imposée par les dieux, à la suite de la sanction infligée à l'humanité, qui avait tenté de les attaquer?

Aristophane décrit ainsi le mythe originel:

"""""""Ils avaient, je l'ai dit, une forme sphérique, et se déplaçaient circulairement, de par leur origine; de là aussi venaient leur force terrible et leur vigueur. Ayant alors conçu de superbes pensées, ils attaquèrent les dieux, et ce que dit Homère d'Éphialte et d'Otos, que ceux-ci entreprirent de monter jusqu'au ciel pour attaquer les divins, on le dit aussi d'eux. Alors Zeus et les autres dieux délibérèrent sur le châtiment à leur infliger, et ils ne savaient que faire : pas moyen de les tuer, comme pour les géants, de les foudroyer et d'anéantir leur race - ce serait supprimer les honneurs et le culte que leur rendent les hommes - ni de tolérer leur insolence.

Après une pénible méditation, Zeus donc enfin son avis: " Je crois qu'il y a un moyen pour qu'il reste des hommes et que pourtant, devenus moins forts, ceux-ci soient délivrés de leur démesure; je m'en vais couper chacun en deux, ils deviendront plus faibles, et, du même coup, leur nombre étant grossi, ils nous seront plus utiles""""""


La religion Chrétienne a ajouté à ce mythe antérieur la notion de culpabilité de la femme ...C'est elle qui a voulu manger le fruit de la connaissance et a entraîné l'homme dans cette coupable tentative.

Nous avons perdu l'androgyne du mythe initial dans cette opération, et il reste uniquement deux blocs, opposés et non plus complémentaires.