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La Maçonne

La loge : du silence à la planche.

Beaucoup de choses peuvent être dites et expliquées concernant le travail en loge et, en particulier, ce qui est demandé à l’apprenti qui est, en lui-même, considéré comme un degré (ou grade) essentiel. Tout le monde a été apprenti(e). Personne ne peut espérer – même – prendre un raccourci et passer directement à l’étape suivante. Est-ce que l’apprenti(e) que nous avons été fait la maîtresse ou le maître que nous sommes ? Pour moi, oui. C'est pourquoi, je considère qu'il s'agit d'une étape décisive dans son parcours.

Si vous avez déjà rencontré une sœur ou un frère, il vous aura été dit deux choses (enfin, je l’espère) – considéré comme deux incontournables :

  • Il est demandé à l’apprenti le silence.
  • Les francs-maçons et maçonnes font des « planches. »

Le silence de l’apprenti(e).

La prise de parole en loge est elle-même ritualisée que ce soit pour la demander que le premier mot prononcé. Les francs-maçons (je sais, cela ne se voit pas de suite) ne sont pas censés se perdre dans des bavardages lorsqu’ils sont en loge (en tenue, dit-on aussi). Pour l’apprenti, c’est même pire. Il n’a même pas le droit de demander la parole.

Différentes raisons à cela. C’est par l’écoute que ce fait la transmission. Plus exactement, l’apprenti est là « pour apprendre ». Le silence a une qualité méditative. Quand on ne parle pas, on pense. Le silence permet aussi d’apprendre l’humilité, de découvrir d’autres opinions que les siennes, d’autres confrontations possibles de celles-ci.

Il est dit qu’il y a des personnes qui connaissent des difficultés face à ce silence obligatoire – qui ,je vous rassure, ne dure que le temps de la tenue – Personnellement, je n’en ai jamais rencontré. Par contre, j’ai découvert qu’une fois que ce silence est vécu, offrant finalement une plage un peu particulière dans sa vie – certains s’y installent et deviennent des compagnonnes ou des compagnons muets. Le silence permettant une meilleure compréhension des événements et des codes particuliers de la loge est une chose, se taire est autre chose. Se taire, c'est ne pas dire, pas exprimer ... Le silence a, donc, un revers dont il faut se méfier.

La planche.

En France, nous pratiquons une maçonnerie « à planche ». Les obédiences mixtes et féminines ayant une origine en France exportent cette pratique qu’est la planche, là où elles essaiment des loges. La planche est le travail (généralement écrit) que l’on présente en loge. Il y a en moyenne une à deux planches (rarement plus) par tenue. L'origine de cette expression n'est pas maçonnique mais scolaire! Comme nous l'explique Roger Dachez, "la planche" est une référence au tableau noir de nos écoles. (voir lien ci-dessous)

Chaque sœur et frère font dans leur vie un certain nombre de planches. Il n’y a pas de quantité requise. Sauf pour les apprenti(e)s et les compagnon(ne)s qui ont des planches obligatoires à produire, dites des planches de passage qui closent la période d’apprentissage. L’apprenti(e) a, ainsi, un travail à produire, généralement (et de préférence) pour les obédiences mixtes et féminines, symbolique.

Il existe des livres qui expliquent très bien ce qu’est une planche et même comment faire une super-planche. En ce qui me concerne, je me contenterais ici de présenter mon sentiment. Une planche, qui est certes un travail de recherche et d’écriture avant d’être exposé, n’est jamais aboutie. Il s’agit d’une étape dans une démarche. Il existe effectivement des « bonnes » planches et d’autres moins bonnes. Contrairement au monde profane, la bonne planche (entendre ici symbolique) est tout sauf un article encyclopédique ou une dissertation de philosophie.

Comme je l'ai noté plusieurs fois dans ce blog, les sœurs et les frères manquent cruellement de culture maçonnique (sinon de culture tout court), n'ouvrent jamais un livre et méconnaissent jusqu'à l'histoire de leur propre obédience. Comme l'apprenti est, quand même en franc-maçonnerie, parce qu'il souhaite "apprendre", réfléchir, découvrir de nouvelles idées, cela passe aussi par ses propres lectures autant que son écoute en loge, ses questionnements et ses instructions.

Le travail de l'apprenti est donc quelque part entre la loge et une bibliothèque, quoique l'on en dise (ou pense), même minimaliste.

 

A lire, l'article de Roger Dachez : en cliquant ici

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Lucis 08/10/2015 20:04

Dans une réflexion sur le silence, Roland Bermann cite ce verset de Job 33,33 dont on peut s'inspirer dans cette approche de l'enseignement nécessaire et particulier que l'on reçoit en Loge, que l'on soit croyant ou non : "Si tu n’as rien à dire, écoute-moi plutôt, fais silence, et je t’enseignerai la sagesse".
Silence intérieur, silence de ses passions, de ses certitudes, pour s'ouvrir à la parole de l'autre.
Ps. J'aime mieux ce fond de papier peint, parce que les fleurs vieux rose...