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La Maçonne

Le 21 octobre 1945 : naissance de la future GLFF

Le 21 octobre 1945 : naissance de la future GLFF

C'était il y a 70 ans, un 21 octobre 1945, que s'organisait la première Assemblée Générale de ce qui deviendra la Grande Loge Féminine de France. C'est donc aujourd'hui un anniversaire et l'occasion – bien sûr – de relater ses premiers mois d'existence.

L'Union Maçonnique Féminine de France fut constituée par cinq loges : Le Libre Examen, la Nouvelle Jérusalem, le Général Peigné, Minerve et Thèbah pour un total de 94 sœurs, dont trois ne sont pas encore intégrées dans une loge. Le discours de celle qui deviendra pour toutes les soeurs de la GLFF leur première Grande Maîtresse, Anne-Marie Gentily, fait le récit de cette épopée que fut la construction au lendemain de la 2nde Guerre Mondiale de l'Union Maçonnique de France. Après la libération, trois sœurs se rendirent Rue Puteaux pour annoncer à la GLDF le désir des sœurs de reconstituer leurs loges. Il leur fut répondu qu'il fallait qu'elles attendent que la GLDF se réorganise. Ces sœurs étaient Anne-Marie Gentilly, Suzanne Galland et Germain Rhéal*.

Les sœurs ne souhaitèrent pas attendre. Depuis 1936, elles avaient fondées un Secrétariat Général, dont Germain Rhéal était présidente. Il existait, en fait, depuis 1926 derrière le dos de la GLDF. A ce retour vers la paix, deux sœurs manquaient à l'appel, l'une en Angleterre, la seconde décédée. Elles fondèrent – sous le modèle de la GLDF – un Comité de Reconstruction. Son but était de battre le rappel des sœurs, de re-fonder les loges, et de vérifier les curriculum des sœurs durant la guerre. Ce Comité de Reconstruction, plus exactement les trois sœurs citées plus avant, eut comme mission de négocier avec la GLDFet son Grand Maître Dumesnil de Gramont l'avenir des loges d'adoption. Elles réussirent à obtenir le paiement du loyer durant 5 années d'un local situé au 63 rue Froidevaux et 20000 Francs. Le nom « Union Maçonnique Féminine de France » leur fut imposé. Contre partie ? Il était impensable pour ces frères que des femmes constituent une « Grande Loge ». Les prises de paroles des sœurs lors de cette assemblée générale en disent long ; certaines protestèrent contre l'attitude de la GLDF, d'autres encore souhaitaient un rapprochement avec les anglaises.

Le 30 janvier 1946, soit quelques mois après la fondation de « l'Union Maçonnique Féminine de France », les sœurs organisèrent une « tenue de congrès ».

Il y est exposé le rapport moral de la jeune obédience. Les travaux des sœurs y sont résumés. Les sujets sont (essentiellement) symboliques. On peut d'ailleurs être surpris du peu de questionnement et d'exposés sur l'avenir d'une obédience qui, somme toute, avait de quoi faire réfléchir même leurs maîtresses d'oeuvre. Trois soeurs se distinguent pourtant. Suzanne Galland (loge le Libre Examen, dont elle était la vénérable), expose un travail sur l'avenir de la jeune obédience, « sans se leurrer sur les difficultés à surmonter pour l'érection d'un monument digne de ses constructrices ». Eliane Brault (loge le Général Peigné) aborde dans un travail intitulé « Définition de l'Idéal maçonnique féminin », une réflexion sur le rôle de la maçonne dans la société avec sa spécificité initiatique.

Germain Rhéal, dans un tout autre genre, plus prolixe que les autres, présentent trois planches en quelques mois. L'une à la loge La Nouvelle Jérusalem « Conception de l'Esprit Maçonnique », dans la loge « le Libre Examen » « le Symbolisme à travers les âges », et enfin dans la loge le Général Peigné, « l'important n'est pas de marcher vite ». Ce troisième travail donne, finalement, le rythme sinon l'esprit de l'Union Maçonnique Féminine de France, parce que cela ne leur était très certainement pas matériellement possible, les sœurs prirent leurs temps. Jusqu'en 1954, les initiations étaient collectives. La première d'ailleurs eut lieu le 10 avril 1946 pour quatre femmes.

Revenons au rapport moral de l'Union Maçonnique Féminine de France, ce soir de janvier 1946, qui établit déjà – et on peut le dire avant la lettre – les conditions de l'extériorisations des sœurs et de la franc-maçonnerie féminine. L'obédience avait quelques mois.

Et quand je dis « allez de l'avant », est-ce à dire une extériorisation sans réserve ? Non certes ? J'estime au contraire que la véritable vie maçonnique est dans le Temple et ne peut être que là […]
Puis, je songe aux travaux d'ordre social et moral que nous traitons dans nos ateliers. Devons nous en tenir là et enfouir dans nos cartons le fruit de nos pensées, de nos réflexions, de nos résolutions, sous prétexte d'observer notre serment du silence ? Il m'apparait qu'en agissant ainsi, nous irions à l'encontre de notre but et que notre travail serait complètement stérile.
A mon sens, nous devons toucher tous nos efforts pour toucher telle ou telle personnalité, féminine si possible, susceptible de s'intéresser aux questions dont l'aboutissement nous préoccupe.
Il serait heureux que les Maçonnes soient présentes dans toutes les organisations sociales, et même politiques afin d'y travailler avec l'esprit de justice et d'honnêteté qui est à la base de notre Institution. […]

Plus loin au sujet de la guerre, elle donne aux sœurs ce message critique, qui me semble encore d'actualité.

« Soyons franches, et faisons un loyal examen de conscience : dans ce brusque et douloureux effondrement de la France, tous les français, toutes les françaises ont leur part de responsabilité, grande ou petite, et il faut bien avouer que notre Institution n'a que trop faiblement lutté contre cette démoralisation dont nous avons supporté et supporterons encore longtemps les conséquences.
[..]
Que peut le franc-maçon en présence d'un tel état de choses dont le danger nous apparaît avec une certitude troublante ?
Notre Institution peut-elle apporter à ce danger un remède efficace ?
Je le crois, fermement et sans présomption, car elle est la seule organisation qui repose sur des méthodes et des notions que n'a point touchées l'effroyable épreuve : développement de l'esprit critique, respect de la dignité humaine, solidarité des peuples et des hommes, formules qui nous sont familières et que nous transposons dans nos symboles ; ce serait gravement faillir à notre idéal que de ne pas tenter de leur donner aujourd'hui une vie nouvelle et de nous en servir pour jouer un rôle utile dans la rénovation morale de notre pays.

Une joyeuse illustration de Ka et ses ptites maçonnes...
Une joyeuse illustration de Ka et ses ptites maçonnes...

C'est, très certainement, ce qui a fait la force – et quelque fois la faiblesse – de cette jeune obédience, qui était de vouloir « tout » et de poser, dès les premiers mois, de son existence les bases de son projet, bien loin des préoccupations des frères qui, de leur côté, reconstruisaient leurs propres obédiences. Il n'y a pas de débat s'il faut faire que du « sociétal » suivant l'expression contemporaine, ou du symbolisme uniquement, s'il faut se montrer ou se cacher … C'est tout à la fois qui était proposé.

La loge « le Général Peigné » ferma quelques temps plus tard, faute de membres. C'est lors du convent du 22 septembre 1952, que l'Union Maçonnique Féminine de France prendra le nom, de Grande Loge Féminine de France. En 1958, elle adopta un nouveau rituel le REAA. Quelques années plus tôt, elles choisirent leur robe noire et la médaille de la loge…

Seront fondées les premières loges, en 1947 à Toulouse, « Athéna », « Cybèle » à Aulnay-sous-Bois en 1954, « Isis » à Paris la même année. Nos soeurs avaient une certaine suite dans les idées. En effet, la 10ème loge porte le nom de « Thémis » (Justice) et n'ouvrira qu'en 1961.

Pour conclure, cet hommage pour le 70ème anniversaire de la GLFF, voici ce qui fut dit par la « sœur d'éloquence » (titre donné dans le rite d'adoption à l'oratrice), en 1946, aux nouvelles initiées et les toutes premières de l'obédience :

Mais sachez qu'en dehors de notre affection qui vous est acquise, en dehors de nos connaissances théoriques que nous vous ferons partager, la seule aide que nous puissions vous apporter c'est l'exemple de l'effort et l'exemple du travail, car voilà mes sœurs, la première, la plus grande et la seule vérité de notre ordre.
On n'est pas initié, on s'initie soi-même 

Illustration de Ka de "mes ptites maçonnes"
Illustration de Ka de "mes ptites maçonnes"

70 ans plus tard, la Grande Loge Féminine de France est forte de 14000 membres et de plus de 400 loges. Fonder une obédience indépendante, multi-rite, uniquement composée de femmes, c'était un pari audacieux, même si les sœurs fondatrices – les quelques 90 sœurs qui se sont retrouvées à 15h00 le 21 octobre 1945 pour leur première assemblée générale étaient loin d'imaginer tout cela. L'histoire de la GLFF montre surtout qu'elle fut construite au fil des décennies. Elle a toujours été en évolution de génération de sœurs après l'autre.

C'est, néanmoins, une réussite quand on sait que pèse encore sur les femmes et les sœurs cet interdit d'initiation posé dans les constitutions d'Anderson. Les soeurs de la GLFF peuvent en être fière.

La franc-maçonnerie féminine existe et avec elle ses spécificités :

  • une politique de développement à l'international dont l'objectif est d'implanter et de fonder des obédiences féminines indépendantes,

  • une présence en Europe grâce à l'IME (Institut Maçonnique Européen),

  • des commissions actives permettant aux sœurs qui le désirent de traiter et d'approfondir des questions contemporains sur la laïcité, les droits des femmes, la bioéthique, … et bien entendu l'histoire de la GLFF,

  • une collection « Voix d'Initiées » unique et originale, signée par un collectif de loges et de sœurs de l'obédience.

La GLFF fêtera ses 70 ans tout au long de l'année 2016 par de nombreuses manifestations régionales, afin que chaque sœur et chaque loge puissent y participer. De quoi vous permettre de découvrir la GLFF en pleine fête !

Le 21 octobre 1945 : naissance de la future GLFF


Notes :

*Germain Rhéal (de son vrai nom Suzanne Barillet) a publié un memento au 1er degré à destination des sœurs au rite d'adoption. On retrouve encore d'elle sur un site Rosecroix un texte qui lui est attribué sur l'initiation rédigé en 1938. http://www.rosicrucien.org/pages/conferences/LeSensDeLInitiation.html


* Eliane Brault née en 1895, est initiée à l'âge de 32 ans dans la loge « Union & Bienfaisance », elle entrera en 1948 au Droit Humain. Elle sera en 1973 la fondatrice de la GLMU (Grande Loge Mixte Universelle de France).

Sources :

« Pionnières, filles d'Eve et de Marianne » de la Collection Voix d'Initiées, GLFF

"Pionnières II. Bâtisseuses d'avenir" de la Collection Voix d'initiées, GLF

« La Grande Loge Féminine de France » de MF Picart (Que sais-je?)

« Acte de naissance de l'obédience 1945-1946 » - 60ème anniversaire de la GLFF.

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Brumaire 21/10/2015 21:47

Merci pour ce rappel de l'histoire de la GLFF et rendez-vous dans 30 ans pour le centenaire!
Bonne route mes SS.: