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La Maçonne

Jean Bossu (1911 – 1985)

C’est avec plaisir que je vous présente ci-dessous un article publié dans la célèbre revue « Renaissance Traditionnelle », signé par Francis Delon, sous le titre : Sur les traces de Jean BOSSU (1911- 1985) : un cherchant en quête d’authenticité.

En prime de cet article, l'auteur nous présente aussi une lettre personnelle de Oswald Wirth adressée à Jean Bossu. Jean Bossu a légué ses documents personnels, dont toute sa correspondance, aux archives départementales des Vosges avec une interdiction de consultation durant 50 ans après sa mort. Un rendez-vous pour les historiens pas avant 2035 ! Cette lettre est la seule qui y a échappé appartenant aux archives de la GLNF. Francis Delon souhaite que la bibliothèque de la GLNF porte le nom de Jean Bossu.

Je vous souhaite une excellente lecture !

Jean Bossu (1911 – 1985)

Référence de l’article :

Sur les traces de Jean Bossu (1911-1985) : un cherchant en quête d’authenticité, Renaissance Traditionnelle, n°167, juillet 2012, pp. 179-193.

Le format du blog étant différent de celui d’une revue, j’ai tenté d’illustrer cet article. Ces illustrations n’appartiennent pas à la publication originale. J’ai réorganisé les notes de bas de page en fin de chapitre afin de ne pas couper le texte.

Jean Bossu (1911 – 1985)

Sur les traces de Jean BOSSU (1911- 1985) :

un cherchant en quête d’authenticité

            « Ne croyez pas que je ne sache pas où est la vraie lumière ? Je passe mon temps à me battre avec des maçons ou des profanes qui en ont une conception fausse, celle que j’avais il y a 15 ans, avant que ne me fussent ouvertes, à la Bibliothèque  nationale, les archives anciennes du Grand Orient [1]».

            Pour les lecteurs les plus anciens de Renaissance Traditionnelle, le nom de Jean BOSSU évoque le remarquable historien et homme de lettres auquel René DÉSAGULIERS ouvrit, dès le numéro 3 en juillet- septembre 1970, les colonnes de sa revue avec une étude pionnière sur Une Loge de prisonniers de guerre « La Paix désirée » à l’Orient de Sanguhar en Ecosse.

            Au cours des quinze mois qui suivirent, la revue accueillit cinq autres de ses « miscellanées » : Les titres distinctifs des Loges au temps jadis (n° 4, octobre- décembre 1970), Les Dames écossaises de la colline du mont Thabor (n° 5, janvier- mars 1971), Les sociétés secrètes de prisonniers français en Angleterre sous le Premier Empire (n° 6, avril- juin 1971), Un vieux Franc- Maçon d’autrefois : Etienne Lerouge (1766- 1833), (n° 7, juillet- septembre 1971) et Guillaume de Malard et son biographe (n° 8, octobre- décembre 1971).

            Du numéro 10 (octobre 1972) au numéro 64 (octobre 1985), il tint régulièrement une rubrique, « Francs- Maçons d’autrefois », où il s’efforça, au travers de vingt quatre notices biographiques, d’esquisser le portrait de Maçons connus (Grasse- Tilly, Muraire, Thory ….) ou demeurés dans l’anonymat (Abraham, Bonnart ….) en dépit de leur dévouement et de leur engagement[2]

         

            Le 2 septembre 1978, alors qu’il se trouvait hospitalisé dans sa ville d’Épinal, il reçut la visite d’un des plus éminents historiens de la Franc- Maçonnerie britannique, Ellic HOWE (1910- 1991).

            « J’ai eu hier la visite d’un frère éminent de la Grande Loge Unie qui, arrivant de Londres, n’a pas voulu poursuivre son chemin sans venir bavarder avec moi. C’est le prochain Vén. de la Quatuor Coronati[3] ».

            Celui- ci, dans la conférence, The Rite of Memphis in France and England 1838- 1870, qu’il prononça lors de son Installation dans la Chaire de la « Quatuor Coronati Lodge » N° 2076 le 9 novembre 1978, fit référence, en ces termes à sa « série d’articles ’Une loge des proscrits sous le Second Empire et après la Commune’ qu’il publia dans L’Idée libre (janvier- octobre 1958), un obscur petit périodique qui n’était ni maçonnique ni réservé aux Francs- Maçons[4] ».

            Sa notice posthume, Admiral Sir Sidney Smith, fut également incluse dans la rubrique « Letters to the Editor » des AQC 99 (1986) pp. 220- 221.

            Pour les généalogistes et les historiens de la Maçonnerie, Jean BOSSU reste l’auteur de cet exceptionnel fichier regroupant plus de 130 000 notices de Francs- Maçons français des origines à 1850, qu’il légua à sa mort à la Bibliothèque nationale[5] et auquel il consacra toute sa vie.

            « Me voici actuellement à ma maison de campagne (à ma campagne comme on disait au 18e s, au temps où il suffisait d’être 3 maçons ensemble pour former une loge de campagne, ainsi que faisait Roettiers de Montaleau père quand il allait en excursion avec ses deux vieux amis.

            Pensez vous que j’en profite pour m’enivrer d’air pur ?

            Las, non. Je suis dans mon fichier. J’ai ramené environ 2000 fiches nouvelles classées par loges. 1° je copie ces fiches pour les dossiers des loges respectives en tenant compte des indications déjà contenues dans mon fichier et 2° je  mets les fiches à jour dans le fichier.

            C’est un travail interminable, mais combien agréable[6] ».

            Daniel LIGOU, dans la quatrième édition de son Dictionnaire de la Franc- Maçonnerie (PUF, 1998), mentionne, p. 159, qu’il fut initié en 1961 à la loge « Europe Unie » n° 64 (Grande Loge Nationale Française) et qu’il participa également à la fondation de la loge « Jean Baylot » n° 190.

            Les récents dépôts dans les Fonds privés (série J) des Archives de la Grande Loge Nationale Française, en janvier 2008 puis en mars 2011, par le Grand Maître d’Honneur Claude CHARBONNIAUD, de documents inédits de son beau- père Jean BAYLOT, notamment les procès- verbaux des travaux de la Loge « Marianne » n° 75 (1961- 1966) [14J11] et les lettres de candidature de Jean BOSSU (1961- 1962) [24J18] permettent désormais de retracer un itinéraire maçonnique aussi complexe que méconnu.

 

 

 

[1] Bossu à Baylot, 27 avril 1962  (24J18).

[2] Renaissance Traditionnelle  (source internet).

[3] Bossu à Eugène Krauss, 3 septembre 1978  (14J28).

[4] AQC 92 (1979) p. 6.

[5] BOURREL (Sylvie), Le Fonds maçonnique du Département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, Actes du Collège d’Histoire Maçonnique de l’Aunis et de la Saintonge, n° 7- 8, décembre 2009, p. 14.

[6] Bossu à Baylot, 6 juin 1961  (24J18).

http://cpavosges.free.fr/

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Un enfant de la ligne bleue des Vosges.

 

            Jean Louis Urbain BOSSU est né le 16 mars 1911 à Reims, dans la Marne, au sein d’une famille ancrée depuis plusieurs générations dans la terre des Vosges, ainsi qu’il le mentionne dans sa lettre de candidature adressée à Jean BAYLOT.

            « J’appartiens à une vieille famille bourgeoise des Vosges issue de meuniers du 17e siècle dont les descendants s’orientèrent au 18e siècle vers la magistrature, comme avocats à la cour souveraine de Lorraine. La maison familiale (à Jainvillotte, par Neufchateau) est occupée par les miens depuis 1730[1] ».

            C’est auprès de son père, Louis BOSSU, qu’il acquit cette indépendance d’esprit, cette rigueur intellectuelle et cette passion pour les archives et l’histoire dont il ne devait jamais se départir.

            Petit- fils de Maçon et de Bon Compagnon Charbonnier[2], fils de Léon- Nicolas BOSSU, juge de Paix à Mirecourt, Louis BOSSU effectua de brillantes études dans la capitale, au collège Rollin (où il fut lauréat du Concours général). Il obtint ensuite, en 1878, le diplôme de licencié en droit de la faculté de Paris et s’inscrivit aussitôt au barreau de Caen[3].  La  même année, il devint membre de la Loge « Saint- Jean de Thémis » (Grand Orient de France), à l’Orient de Caen, à laquelle il demeura fidèle un demi- siècle, même s’il fut un « frère lointain[4] ».

            Entré ensuite dans l’administration préfectorale comme chef de cabinet des préfets du Calvados (1879) puis de l’Eure (1880), il devint, quelques mois après, substitut du procureur de la République à Tonnerre. Substitut à Tunis au lendemain de la création du tribunal français (1884), il organisa, en 1888, le tribunal civil de Souse et fonda, l’année suivante, le Journal des tribunaux de Tunisie, une revue de jurisprudence réputée.

            Il exerça ensuite les fonctions de président du tribunal civil de Saint- Quentin (1892) et de procureur de la République à Boulogne- sur- Mer.

            Attiré par la politique et répondant aux sollicitations de ses amis, il implanta alors le parti radical dans les Vosges et essaya vainement, en 1894 et 1902, d’arracher le siège de député de l’arrondissement de Neufchâteau, au Prince Thierry d’HÉNIN- LIÉTARD (1853- 1934)[5].

            Revenu dans la magistrature en 1902, en qualité d’avocat général à Rennes et à Douai, il devait être envoyé, en 1909, comme procureur de la République à Reims où il parvint à maintenir l’activité du tribunal en dépit de la destruction d’une partie du Palais de Justice par les bombardements allemands.

            Procureur général à Bastia en 1917, il termina sa carrière comme procureur général à Chambéry (1920) et fut élevé à la distinction de Premier Président Honoraire lors de son admission à la retraite en 1927[6].

            Louis BOSSU, par ailleurs, consacra les loisirs que lui laissaient ses lourdes responsabilités à la recherche historique. Il fut ainsi Membre Correspondant de l’Académie Nationale de Reims, de l’Académie Stanislas de Nancy et de l’Institut Grand Ducal de Luxembourg[7].

            « Historien et généalogiste, il laissa de nombreuses études sur d’anciennes familles champenoises ou ardennaises et sur de vieux ermitages vosgiens dont il avait la réputation d’être l’historiographe patenté[8] ».

            Avec une patience de bénédictin, il dépouilla, rien que pour la Champagne, les registres paroissiaux antérieurs à la Révolution de plus de 250 localités et releva ainsi plus de 9000 actes d’état civil de la noblesse qui furent ensuite légués aux Archives départementales des Ardennes[9].

       

            Retiré, à partir de 1927, dans sa propriété vosgienne, Louis BOSSU préféra alors démissionner  « de toutes les associations dont il faisait partie, sentant venir la grande faucheuse[10] ». Il s’éteignit le 11 mars 1929 et fut inhumé, selon son désir, avec la plus grande simplicité « dans cette antique chapelle de Notre Dame de la Compassion de Jainvillotte, datant de 1436, dont il fut l’historien et qu’il fit si habilement restaurer après s’en être rendu acquéreur[11] ».

            Jean BOSSU fut également très proche de sa mère Marie WAY, disparue en 1956, compositeur de musique pour piano et violon et « chrétienne pleine de tolérance »[12].

            Après des études secondaires à Chambéry, où il eut comme professeur l’historien catholique et futur académicien DANIEL- ROPS (1901- 1965) originaire d’Épinal, il effectua ensuite une première année de droit à la faculté de Dijon[13]. Toutefois, sa timidité maladive le convainquit de renoncer à embrasser la carrière juridique.

            « Par ailleurs, je n’ai jamais rien eu d’un orateur. Mon timbre de voix qui amène volontiers un sourire chez les gens qui me parlent m’a toujours créé une sorte de complexe de timidité qui m’a fait fuir les associations. Mais mon métier consistant à enregistrer les paroles des autres et non à parler moi- même, je ne pouvais pâtir en l’exerçant de cette petite infirmité [14] ».

            Il retourna alors à Jainvillotte où il séjourna de 1931 à 1939 en collaborant étroitement à L’Est Illustré. Mobilisé dans l’aviation au début de la Seconde Guerre Mondiale, il fonda Le Rase- motte, la revue de l’armée de l’air, et en devint rapidement l’incontournable rédacteur en chef[15].

 

 

 

[1] Bossu à Baylot, 10 mars 1961 (24J18).

[2] Bossu à Baylot, 10 mars 1961 (24J18).

[3] Un Historien Champenois et Lorrain M. Louis Bossu, Ancien Procureur Général et Premier Président Honoraire (1857- 1929). Brochure éditée par l’Imprimerie Matot- Braine, Reims, v. 1930, p. 1 (24J18).

[4] Bossu à Baylot, 10 mars 1961 (24J18).

[5] La Liberté de l’Est, 24 février 1961  (24J18).

[6] Un Historien Champenois ..... op. cit. p. 3  (24J18).

[7] Un Historien Champenois .... op. cit. p. 1  (24J18).

[8] La Liberté de l’Est, 24 février 1961  (24J18).

[9] Un Historien Champenois ..... op. cit. p. 4  (24J18).

[10] Bossu à Baylot, 6 juin 1961  (24J18).

[11] Un Historien Champenois ..... op. cit.  (24J18).

[12] Bossu à Vinatrel, 23 février 1961  (24J18).

[13] La Liberté de l’Est, 25 septembre 1985 (source internet : écrivosges).

[14] Bossu à Baylot, 10 mars 1961  (24J18).

[15] La Liberté de l’Est ......... écrivosges) op. cit.

http://cpavosges.free.fr/

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Un compagnon de route du mouvement libertaire.

 

            Devenu libre- penseur dès sa dix- huitième année, Jean BOSSU entra alors en contact avec le militant anarchiste André LORULOT (1885- 1963), infatigable orateur depuis 1921 de la Fédération des Libres- Penseurs (dont il deviendra président en 1958) et animateur, depuis 1911, de L’Idée Libre, une Revue mensuelle de culture individuelle et de rénovation sociale[1].

            Rapidement chargé de la rubrique littéraire de L’Idée Libre, il commença également à publier, dans la maison d’édition associée à la revue, des brochures fortement imprégnées d’un anticléricalisme militant : L’Eglise et la Sorcellerie (1932), Emile Combes et son œuvre (1935), Souvenirs d’un révolutionnaire allemand Johann Hoekerig – Libre- pensée et démocratie en Allemagne de 1820 à 1880 (1937), Le Syllabus (1938), Le Saint curé d’Ars était- il fou ? (1939) et une Petite histoire de la libre- pensée en France, la libre pensée en 1848 (1950).

            Associé, par ailleurs, à la collection « Les Grandes figures d’hier et d’aujourd’hui », il rédigea alors de courtes biographies des principaux militants anarchistes et révolutionnaires : Elisée Reclus (1943), Laurent Tailhade et son temps (1945), Jean Allemane – Combattant de la Commune de Paris, apôtre du socialisme et de la libre- pensée (1951), Garibaldi et Michel Bakounine – Dix années de sa vie (sd)[2].

            Il devait également signer plusieurs articles dans une autre publication mensuelle de L’Idée Libre, La Documentation antireligieuse (1927- 1930, 1939- 1942)[3].

            Sa réputation de journaliste libertaire lui valut en outre, en 1934, d’être appelé par Sébastien FAURE (1858- 1942), un ancien disciple de BAKOUNINE et d’Elisée RECLUS, à collaborer à son Encyclopédie anarchiste, une vaste compilation inachevée des multiples tendances et des principaux acteurs de ce mouvement révolutionnaire[4].

            A la Libération, Jean BOSSU choisit cependant de s’éloigner de L’Idée Libre, désormais uniquement mobilisée par le combat anticlérical[5] pour se rapprocher de Manuel DEVALDÈS (1875- 1956), un individualiste libertaire, pacifiste et néo- malthusien[6]. Il donna alors quelques papiers à son éphémère revue L’Homme et la Vie (février- mai 1946) qui ambitionnait d’être « une tribune libre mise à la disposition de tous les camarades d’avant- garde, anarchistes, individualistes, féministes, syndicalistes, marxistes, malthusiens, naturistes, pacifistes, rationalistes[7] ».

            Sa  remarquable connaissance des mouvements révolutionnaires français de la première moitié du XIXe siècle le conduisit aussi à relancer la Société d’Histoire de la Révolution de 1848, fondée en 1904 et reconnue d’utilité publique en 1933. Dès l’automne 1946, paraissait dans le Volume XXXVII (N° 171- 172) de ses Annales, sa première étude, 1848 et les révolutions du XIXe siècle – Un républicain d’autrefois , Mathieu d’Épinal et son temps[8]».

            Dans leur Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français (Éditions ouvrières, 44 volumes, 1964- 1993), Jean MAITRON et Claude PENNETIER ne pouvaient manquer de consacrer à un collaborateur aussi pointilleux la notice suivante (Tome XX, page 24).

« BOSSU Jean.

Journaliste de tendance libertaire, J. Bossu collabora très régulièrement à L’Idée Libre avant et après la Seconde Guerre mondiale. Il collabora aussi à L’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure.

Jean Bossu était franc- maçon ».

 

[1] L’Idée Libre  (source internet).

[2] Écrivosges  (source internet).

[3] Notice Jean Bossu (2 décembre 2006), Dictionnaire international des militants anarchistes (source internet).

[4] Notice Sébastien Faure, Encyclopédie en ligne Wikipédia.

[5] L’Idée Libre  (source internet).

[6] Notice Manuel Devaldès, Encyclopédie en ligne Wikipédia.

[7] Notice Jean Bossu (2 décembre 2006), Dictionnaire international des militants anarchistes (source internet).

[8] Écrivosges  (source internet).

Place des Vosges, Epinal

Place des Vosges, Epinal

Un chroniqueur inlassable de la terre vosgienne.

 

            En 1945, Jean BOSSU rejoignit La Liberté de l’Est, le nouveau quotidien du département des Vosges et des communes limitrophes de la Haute- Saône et de la Meurthe- et- Moselle que venait de lancer, le 12 mai, Gaston CHATELAIN, un ancien instituteur résistant, pour remplacer L’Express de l’Est, compromis dans la collaboration[1].

            Dès lors, monté sur sa bicyclette puis sur son célèbre solex, appareil de photo en bandoulière, il sillonna inlassablement les rues d’Épinal, de Saint- Dié, de Remiremont et de nombreuses autres communes vosgiennes, multipliant les reportages sur les hommes célèbres et les traditions populaires de la région[2].

            En 1955, sa nomination dans l’Ordre du Mérite Social fut saluée, en des termes lyriques, par Félix CHEVRIER, le Président de l’Association Fraternelle des Journalistes et des Écrivains Vosgiens.

«Je voudrais dire ici que Jean Bossu n’est pas un journaliste comme les autres. Il est un de ces érudits qui emmagasinent dans leur cerveau des milliers de petits faits et qui, grâce à une gymnastique de leur mémoire, les font ressurgir à bon escient pour reconstituer sa vérité à l’Histoire.

Je connais dans les bois qui dominent Jainvillotte et la vallée de l’Auger, une petite chapelle solitaire enfouie dans la verdure. C’est là que reposent côte à côte, le Procureur Général Louis Bossu, père de notre Jean, et la femme au grand cœur que fut Mme Bossu- Wag, sa maman, dont la récente disparition fut pour nous tous, les amis de Jean, un déchirement.

Quelquefois, dans cette calme et paisible vallée de l’Auger, descend des coteaux boisés le tintement d’une cloche solitaire. Le cultivateur courbé sur la glèbe, ou la femme rassemblant son andain, se redressent et écoutent :’Tiens, c’est le Jean Bossu qui va parler à ses parents » disent- ils, parce que, suivant un rite personnel bien établi, Jean Bossu sonne la cloche de la chapelle à chacune de ses visites, comme s’il voulait faire participer la vallée à ces rencontres sentimentales du vivant et des morts.

Jean Bossu, mon ami, quand vous retournerez à la chapelle, dites à vos chers morts que les Vosgiens ont voulu que leur journal rende hommage à leur cher Jean, et que tous se réjouissent de la distinction qu’il a reçue[3]».

Sa notoriété lui valut également d’être choisi comme modèle de sa profession par les journalistes d’Antenne 2 puis d’être décoré de l’Ordre National du Mérite en 1983.

Membre également de la Société d’émulation du département des Vosges, une des plus anciennes sociétés savantes de France fondée en 1825 puis reconnue d’utilité publique en 1829, il devait publier, sous son égide, une exhaustive Chronique des rues d’Épinal en trois volumes (1976, 1982 et 1984)[4].

 

 

[1] La Liberté de l’Est, Encyclopédie en ligne Wikipédia.

[2] Écrivosges  (source internet).

[3] Le Vosgien de Nancy, N° 20 – Avril 1956  (24J18).

[4] Écrivosges (source internet).

Jean Baylot (1897-1976)

Jean Baylot (1897-1976)

Un parcours maçonnique atypique au sein de la GLNF.

 

            Au début de l’année 1961, Jean BOSSU se décida à solliciter son admission au sein de la Franc- Maçonnerie.

            Il se rapprocha alors du journaliste et éditeur Guy VINATREL (1915- 1980), fondateur, Vénérable Maître et ancien membre de la Loge « L’Europe Unie » du Grand Orient de France[1]. Celui- ci avait publié dans sa revue Les Lettres Mensuelles, qui touchait essentiellement les milieux catholiques et maçonniques[2], deux de ses articles historiques, Le Centre des Amis (mars 1958) et Jean Macé (n° 2, 15 janvier- 15 février 1960)[3].

« ..... A vrai dire j’éprouve parfois encore des hésitations. J’aime beaucoup la maçonnerie telle qu’elle m’apparaît dans son passé, et si je ne l’ai pas encore pratiquée je dirais volontiers comme Goethe.

            Quelle religion as- tu ?

            Aucune.

            Pourquoi ?

            Par religion.

            Ce qui m’éloigne du GO, c’est d’abord que ses membres sont tous plus ou moins engagés. Je suis moi- même engagé. Je suis de la libre pensée depuis l’âge de 18 ans. Mais j’aimerai trouver dans une loge un éventail plus large, sinon, à quoi bon ?

            J’ai également subi profondément l’influence de deux hommes : Albert Lantoine avec lequel j’ai correspondu jusqu’à sa mort, et qui m’avait fait l’honneur de me faire collaborer à son bull. mens. des ateliers supérieurs et à son Encyclopédie maçonnique où j’ai rédigé les articles Amiable (historien), Chevalier de l’Aigle, etc.., sous le pseudonyme de « Frateretto ». Et le deuxième est Oswald Wirth, dont mon ami Marius Lepage reprend la succession. A leur contact j’ai acquis une certaine méfiance que mes recherches historiques n’ont fait que confirmer contre le particularisme des obédiences. Qu’importe que la marche du compagnon ou de l’apprenti parte du pied droit ou du pied gauche ? Le maçon libre dans la loge libre, ce serait ma devise.

            Et puis enfin, quitte à entrer dans cette grande famille, je voudrais que mes premiers pas soient une étape vers une maçonnerie plus humaine. Je pense qu’il n’y aurait pas d’inconvénient à ce que je sois affilié ensuite à la loge de Leicester où j’ai de bons et excellents amis. Cette affiliation après la régularisation, on me l’a fait espérer.

            Bref je ne voudrais pas être embrigadé, ni être engagé ; j’aimerais trouver de bons frères, de véritables amis, en dehors des préjugés politiques, sorte de métaux que peu d’apprentis laissent au parvis.

            Je recevais le mois dernier une lettre d’un dignitaire d’une loge allemande (Ruprecht zu den drei Rosen) auquel j’écrivais pour une réponse historique ; il me disait que l’aumônier de sa loge va chaque année surveiller les tombes de tous les anciens frères, les fleurir, les entretenir ; voilà un beau geste de fraternité posthume. Je ne trouve pareil écho dans les publications du GO, même le bull du centre de documentation, qui est une mine inépuisable pour un militant socialiste SFIO, mais une revue pas très maçonnique à mon sens ..........

            Je vous dis tout cela en vrac. Ne pensez pas que je sois pour autant réactionnaire .....[4] ».

            Répondant aussitôt à sa lettre, Guy VINATREL l’invita à entrer en contact avec Jean BAYLOT qui, suivi par la majorité des Frères de « L’Europe Unie » du GODF, avait transféré, en 1959, son Atelier au sein de la GLNF.

« ..... Les gens du GO sont des imbéciles. Non seulement pour les raisons que vous indiquez mais aussi pour leur formalisme obtus. Pour être candidat à l’Initiation dans une Loge de Paris, il faut habiter Paris. C’est le règlement et ils ne veulent faire aucune exception.

            On pourrait faire une entourloupe en vous domiciliant chez moi mais je crois avoir trouvé une solution meilleure pour vous. Vous êtes à la fois spiritualiste et rationaliste, libéral et incroyant. Mais vous acceptez la religion universelle des hommes à base de fraternité et d’amour.

            Dans ces conditions et compte tenu de ce que vous me dîtes du GO qui a mon entière approbation je crois qu’il serait mieux que vous adhériez à une fraction de l’Europe Unie qui a quitté le Grand Orient depuis deux ans pour des raisons particulières et qui est rattachée à la Grande Loge Nationale de France Boulevard Bineau à Neuilly. Malgré la scission les relations sont restées bonnes entre les deux Europe Unie qui se retrouvent périodiquement lorsque la mort frappe l’un ou l’autre des membres. Si bien qu’étant de mon côté membre du Grand Prieuré des Gaules je puis aller assister à votre initiation si elle se fait là- bas. L’Europe Unie GLNF vous donne la possibilité de vous affilier à la Loge de Leicester ce qui vous serait impossible avec l’Europe Unie GO. La GLNF est considérée comme régulière par la Grande Loge d’Angleterre et par la Grande Loge d’Allemagne qui n’ont pas de relations avec le GO. Politiquement vous seriez mieux à l’aise qu’au GO où effectivement l’esprit sectaire prédomine.

            Je communique le double de cette lettre à Jean Baylot .... Il a été Grand Maître adjoint du GO et joue maintenant un rôle important à la GLNF qu’il a ralliée avec la fraction de l’Europe Unie dont je vous ai parlé.

            Si vous donnez suite à votre projet ce à quoi je vous encourage grandement il suffira d’adresser une demande d’adhésion à M. Baylot ....... Je suis persuadé que vous trouveriez dans la maçonnerie beaucoup de choses qui vous conviendraient et une fraternité véritable ....[5] ».

            Le 10 mars 1961, sur la recommandation de Guy VINATREL, Jean BOSSU écrivit donc à Jean BAYLOT pour « faire acte de candidature à l’atelier d’Europe Unie de l’obédience de la Grande Loge Nationale de France...................................................................

.......Mes articles parus dans les LETTRES MENSUELLES vous font connaître mon sincère attachement à l’idéal maçonnique. A la vérité j’ai tant étudié la maçonnerie d’autrefois (si tant qu’on puisse se vanter de connaître un sujet à fond), que je me sentirais mal à l’aise dans un atelier d’une autre obédience que la votre.

            Non que je sois fervent d’une obédience plutôt que d’une autre, mais tout simplement parce que, quitte à entrer dans l’ordre, je veux trouver des frères partout et pour ainsi dire régulariser, par mon initiation, les liens d’amitié qui m’unissent à de nombreux maçons étrangers. Comme le disait un Frère de jadis : ‘quoi de plus beau, et de plus glorieux, que de se voir membre d’une société universelle, à la faveur de laquelle on peut, sans sortir du sein de sa patrie, se faire et des amis sincères et de véritables frères sans nombre dans tout l’univers’ (La Muse maçonne, La Haye, 1773).

            J’ai toujours été ferme partisan de l’invocation obligatoire au Grand Architecte de l’Univers parce qu’une formule, que même des athées pourraient interpréter symboliquement, est plus large, plus tolérante, qu’une déclaration d’agnosticisme.

            Mes idées sur la Maçonnerie ont évolué au fur et à mesure que je l’étudiais mieux. J’ai commencé par en lier l’idéal, même historiquement, aux idées d’avant- garde ; et c’est le point de vue qui inspire certaines de mes brochures d’autrefois (mes ouvrages sur Raspail, Garibaldi ou ma traduction annotée des Mauerische erinnerungen de Jo. Hockeritz). Aujourd’hui j’ai subi une évolution profonde, et je crois que ce qui a fait la force de la maçonnerie d’autrefois, c’est qu’elle écartait plus ou moins rigoureusement les discussions politiques ou religieuses.

            Je viens chez vous non pour répandre des idées mais pour m’instruire par la pratique de l’idéal maçonnique. ...........................................................................................................

            S’il m’était permis d’invoquer le parrainage de disparus, je me recommanderais de ceux qui furent mes maîtres : Albert Lantoine, avec lequel j’ai collaboré au bull des ateliers supérieurs dès 1938, et Oswald Wirth. Mon ami Marius Lepage pourrait également me recommander bien qu’il soit d’une autre obédience. Il est vous le savez CBCS. Tous les Frères d’Épinal pourraient certes me parrainer ; ils désirent depuis longtemps me voir à leur Loge, mais je ne me sentirais pas à l’aise chez eux, car je retrouverais dans leur atelier l’écho des préoccupations profanes auxquelles un vrai maçon, à mon sens, doit renoncer dans le travail maçonnique[6] ».

            Toutefois, ses lourdes obligations de journaliste laissaient à Jean BOSSU de rares disponibilités.

«Paris n’est pas proche et mon métier de journaliste laisse peu de loisirs. Nous prenons tous notre jour de repos en semaine. Le mien tombe le jeudi. Il me sera toujours impossible d’être libéré un dimanche[7] ».

Aussi, Jean BAYLOT préféra l’orienter vers une nouvelle Loge rectifiée, « Marianne » n° 75, qu’il s’apprêtait à créer à l’orient de Maubeuge pour accueillir des Frères belges francophones de la province de Liège désireux de rejoindre la Franc- Maçonnerie régulière[8].

Jean BOSSU fut donc initié le samedi 28 octobre 1961 au temple aménagé au restaurant Sully, avenue des Arts à Maubeuge, par le Vénérable Maître Fondateur, le Grand Orateur Jean BAYLOT, aussitôt après la consécration de l’Atelier par le Grand Maître Ernest VAN HECKE, assisté du Député Grand Maître Auguste- Louis DEROSIERE, ainsi que le mentionne le registre des procès- verbaux.

 « A 17H40, les Travaux sont fermés au 2e Degré et on procède à l’Initiation du Profane Jean BOSSU né à Reims (Marne) le 15 Mars 1911, domicilié à Épinal (Vosges), 40, quai des Bons Enfants, exerçant la profession de Journaliste[9] ».

Le mardi 14 novembre 1961, le jeune Apprenti Jean BOSSU est présent la Tenue mensuelle de la RL « Europe Unie » n° 64 où il remet officiellement au Vénérable Maître Daniel LEVY sa demande d’Affiliation.

De retour à Épinal, il tint à témoigner à son parrain et ami Jean BAYLOT de sa profonde émotion tout en s’excusant de ne pouvoir être présent à la Tenue d’Installation du Vénérable Maître élu Robert POULAINE.

« De retour en ma bonne ville d’Épinal je vous écris, pas seulement pour vous remercier de votre gentillesse dont je suis bien peu digne, mais pour converser avec un ami.

Je viens d’écrire au vén. M. David Lévy pour m’excuser auprès de lui. Quand il m’a donné la parole à la loge de table, je ne me suis pas rappelé que je n’étais que visiteur et que je devais des remerciements. Ajoutez à cela que, n’ayant jamais su parler en public, j’ai toujours bafouillé et bafouillerai encore plus d’une fois.

Il est douteux que je puisse venir le 16 décembre, mais j’enverrai mon obole et je rédigerai une petite chronique d’histoire, que j’enverrai à la loge, pour me faire pardonner.

Savez- vous une chose, c’est que j’ai des affinités avec Europe unie plus qu’il ne paraît. L’une de mes grandes marottes était toujours de faire une vaste étude intitulée ‘Hiram en exil’. J’ai pu ainsi constituer de gros dossiers sur les réfugiés politiques de tous pays en Europe et dans le monde entre 1815 et 1871 ; le vén. M. David Lévy serait bien surpris de savoir que l’action des patriotes roumains du XIXe siècle ne m’est pas inconnue.

Cette tenue d’Europe unie m’a séduit, mais sur un autre plan qu’à Maubeuge.

A Maubeuge je pensais aux anciens Maçons qui, très souvent ne disposant pas de temple, avaient assez d’imagination, assez de foi pour en recréer un où qu’ils se trouvassent. Et certainement ce fut le cas. Jamais je n’ai senti une telle communion dans cette chaîne d’union des maçons à laquelle je suis très fier, malgré mes défauts d’appartenir.

A Neuilly, eh bien, c’est la loge de table qui m’a séduit, et par ce si intéressant échange de vue. Après tout c’est là un progrès sur la maçonnerie ancienne où les cantiques jouaient le principal rôle. Encore que cela ne me déplairait pas si un frère vraiment poète agrémentait un banquet futur de quelques strophes chargées de sens[10] ».

Après avoir fait l’objet d’une première lecture le 16 décembre 1961[11], la candidature de Jean BOSSU, présentée par les Ex- Maîtres David LÉVY et Jean BAYLOT, fut définitivement acceptée le 9 janvier 1962 ainsi que l’atteste son Avis d’Affiliation ainsi libellé.

« Avis d’Affiliation à la RL « Europe Unie » n° 64. 9 janvier 1962 – BOSSU, Jean. Écrivain, journaliste. 40, quai des bons- Enfants à Épinal (Vosges). Né le 16 mars 1911 à Reims (Marne). Apprenti à la RL « Marianne » n° 75[12] ».

            Son admission au deuxième Degré fut arrêtée, lors de la Tenue du mardi 20 mars 1962, par le Conseil des Maîtres de « Marianne » n° 75 auxquels il avait auparavant soumis son travail par écrit.

 

Extrait du procès- verbal.

            « La Chambre du Milieu procède à l’examen des Augmentations de Salaire des FF. Apprenti Jean BOSSU, AD et RD de Liège qui ont chacun présenté de nouveaux Travaux par écrit.

            La Chambre du Milieu entend la Lecture de ces Planches et décide le passage au Compagnonnage des Trois FF. Apprentis précités[13]».

            Suite à ce vote, il fut effectivement passé Compagnon le mardi 3 avril 1962.

Extrait du procès- verbal.

            « La Chambre des Compagnons procède au passage au 2nd degré des FF. App. Jean BOSSU, AD et RD.

........... Les nouveaux Compagnons signent en Loge le présent Procès- Verbal qui rapporte leur passage au Second Degré.

........... Le F. Orateur adresse ses félicitations aux nouveaux Compagnons[14]».

            L’année suivante, le mardi 19 mars 1963, le Vénérable Maître Jean COLLINET procéda enfin à son élévation au troisième grade.

Extrait du procès- verbal. « Ouverture Grade de Maître pour initiation à ce grade des F. RC et J. BOSSU[15]».

            Si l’éloignement géographique et les contraintes professionnelles l’empêchèrent d’assister régulièrement aux travaux, il conserva toujours un profond attachement pour sa Loge Mère comme en témoignent les vœux qu’il adressa à ses Frères pour la première Tenue de l’année 1965 (« Le F. BOSSU nous a fait parvenir ses vœux[16]» et sa correspondance avec le Frère Roger DECHAMPS.

            « J’ai reçu une très gentille lettre du frère RA Dechamps, de Liège. Il s’intéresse aux Elus Cohens. Moi aussi quoique je ne sois pas martiniste[17]».

            Pour des raisons similaires, il ne put participer à la création de la Loge de Recherche « Villard de Honnecourt » n° 81[18]mais vint y présenter, le  29 mai 1967, un travail inédit sur La Loge La Chambre du Roi (1745) et la Bibliothèque du Grand Orient des Pays- Bas[19].

            Dès 1966, il tint également à publier, dans le Tome II de la 1ère série des Travaux de Villard de Honnecourt, un premier article sur  Une Loge maçonnique de prisonniers de guerre en Angleterre sous le Premier Empire, bientôt suivie par deux contributions sur  La Bibliothèque du Grand Orient des Pays- Bas (Tome IV, 1968) et  La loge d’Union Française n° 17, Orient de New- York (Tome VIII, 1972).

            Frédérick TRISTAN, lorsqu’il assura à son tour la responsabilité de la 2ème série des Travaux de la Loge nationale de recherches Villard de Honnecourt, ne manqua pas de l’inviter à tracer le portrait de Maçons oubliés : Le général de Champollion (n° 1, 2e semestre 1980), La baronne de Flachslande (n° 2, 1er semestre 1981), Blutel et Floquet (n° 5, 2e semestre 1982), et Le F. Joliet et le F. L’Etendard (n° 6, 1er semestre 1983).

            Une profonde amitié le lia rapidement à Jean BAYLOT qui lui avait fait découvrir les richesses de sa bibliothèque maçonnique.

            « Il me reste à vous remercier de m’avoir si gentiment entr’ouvert des trésors vraiment inestimables.

            Si cela peut vous intéresser, je vous enverrai quelques notes, lorsque l’occasion se présentera d’aller à ma maison de campagne où sont mes archives, sur les ateliers dont vous avez des diplômes.

            Certains de vos diplômes sont des révélations, tel ce bref de RC du Chapitre la Concorde de Beaucaire, délivré en 1830 et qui prouve que la loge a continué à travailler après sa mise en sommeil.

            Seul le diplôme de 1758 des Enfants de Mars me parait suspect. C’est une copie ou un faux, mais un faux de l’époque, ce qui n’enlève rien à son attrait mais en le plaçant sur un autre plan[20]».

            Aussi, il n’est guère surprenant qu’il figure parmi les fondateurs de la Loge « Jean Baylot » n° 190 consacrée le 31 mars 1976, au sein de la Province de Lutèce, par le Grand Maître Auguste- Louis DEROSIERE en hommage à l’engagement et à l’œuvre de cet éminent

Maçon[21].

            Jean BOSSU s’éteignit à Épinal le 23 septembre 1985.

            Par testament olographe, il avait pris soin de déposer l’ensemble de sa correspondance maçonnique aux Archives départementales des Vosges en l’assortissant néanmoins d’un délai d’incommunicabilité de 50 ans à compter de la date de son décès. Ces cartons, enregistrés sous la cote 42J, n’ont fait, jusqu’à présent, l’objet d’aucun inventaire[22].

            Toutefois, lorsqu’il adressa sa candidature à Jean BAYLOT, il y joignit « à titre de communication une des nombreuses lettres que m’écrivit O. Wirth de 1932 à sa mort[23]» et qui est reproduite ici en annexe.

            Datée du 27 septembre 1939, elle fut écrite par Oswald WIRTH au Château de la Rochère, situé à Mouterre- sur- Blourde, cette commune de la Vienne où il résida jusqu’à sa mort le 9 mars 1943 et où il est enterré[24].

                                                                                                                              Francis DELON

 

[1] « L’Europe Unie » (GODF). Correspondance, 1951- 1959  (24J7).

[2] Notice Guy Vinatrel, pseudo de Gilbert Pradet), Encyclopédie en ligne Wikipédia.

[3] Écrivosge(source internet).

[4] Bossu à Vinatrel, 23 février 1961  (24J18).

[5] Vinatrel à Bossu, 24 février 1961  (24J18).

[6] Bossu à Baylot, 10 mars 1961  (24J18).

[7] Bossu à Baylot, 10 mars 1961  (24J18).

[8] The Jubilee of French Regular Freemasonry – History of the French National Grand Lodge, 1913- 1963, SPI, 1964, p. 136.

[9] « Marianne » n° 75. Comptes rendus des travaux, 1961- 1966  (14J11).

[10] Bossu à Baylot, 16 novembre 1961  (24J18).

[11] « Europe Unie » n° 64. Convocations, 1959- 1965  (12WB37).

[12] « Europe Unie » n° 64. Avis d’Affiliation, 1960- 1962  (12WB38).

[13] « Marianne » n° 75. Comptes rendus des Travaux, 1961- 1966  (14J11).

[14] «  Marianne » n° 75. op. cit.

[15] « Marianne » n° 75. op. cit.

[16] « Marianne » n° 75. op. cit.

[17] Bossu à Baylot, 1er novembre 1961  (24J18).

[18] « Villard de Honnecourt » n° 81. Pétition des Fondateurs, 1964  (20WB16).

[19] « Villard de Honnecourt » n° 81. Convocations, 1965- 1975  (21WB9).

[20] Bossu à Baylot, 16 novembre 1961  (24J18).

[21] « Jean Baylot » n° 190. Convocations, 1976- 1977  (9WB5).

[22] Précisions apportées à l’auteur par M. Sébastien REMBERT, Assistant de conservation du Patrimoine, Responsable des pôles Images patrimoniales et Archives privées aux Archives départementales des Vosges.

[23] Bossu à Baylot, 10 mars 1961  (24J18).

[24] Notice  Mouterre- sur- Blourde, Encyclopédie en ligne Wikipédia.

Jean Bossu (1911 – 1985)

Sources : ARCHIVES DE LA GRANDE LOGE NATIONALE FRANCAISE

1 – Dépôts (série J).

14 J     Papiers Jean BAYLOT- Eugène KRAUSS.

14 J 11    « Marianne » n° 75. – Comptes rendus des Travaux.                        1961- 1966

14 J 28   « Europe Unie » n° 64. – Correspondance.                                         1955- 1985

24 J     Archives de la RL « Europe Unie » n° 64.

24 J 7    « L’Europe Unie » (GODF). – Correspondance.                                   1951- 1959

24 J 18  « Europe Unie » n° 64. – Dossier de candidature de l’historien maçonnique Jean BOSSU, brochures                                                                                              1961- 1962

 

2 - Archives centrales du boulevard Bineau (série WB).

12 WB 37       « Europe Unie » n° 64. – Convocations.                                        1959- 1965

12 WB 38       « Europe Unie » n° 64. – Avis d’Affiliation.                                     1961- 1962

20 WB 16       « Villard de Honnecourt » n° 81. – Pétition des Fondateurs.          1964

21 WB 9         « Villard de Honnecourt » n° 81. – Convocations.                          1965- 1975         9 WB 5           « Jean Baylot » n° 190. – Convocations.                                        1976-1977                                                                          

 

 

 

 

 

Oswald Wirth

Oswald Wirth

Château de la Rochère

            Mouterre- sur- Blourde (Vienne)

                                   27 Septembre 1939

 

Cher Ami

 

            Bonne note est prise de votre adresse militaire ; mais je ne sais quand il me sera possible de vous expédier le Symbolisme, dont l’imprimeur ne me donne aucune nouvelle. Son personnel est sans doute mobilisé, d’où interruption de la publication de la revue.

            J’espère que cela ne sera pas pour trop longtemps. Il serait raisonnable de la part de la nation allemande de comprendre qu’elle a tout à gagner à se délivrer elle- même du tyran qui la conduit à sa perte. Mais je n’ose rien prévoir qui soit humainement sensé. Nous sommes bien dans l’année du Fou et quel Fou ! L’invraisemblable est qu’il puisse régner.

            Du temps de Guillaume II, un Prussien, vantant la Prusse en dénigrant la Bavière, disait à un Munichois .... « Et votre roi est fou, c’est le bouquet ! ». A quoi le Bavarois répond : « C’est entendu, il est fou ; aussi l’avons- nous enfermé, non le vôtre ». On n’avait pas enfermé Guillaume et encore moins le dément ultra dangereux que suit le peuple boche.

            Le voilà abominablement roulé par son complice russe, très capable de lui donner  le coup de grâce, à la satisfaction de Mussolini, grotesquement victime du fameux axe, qui n’a servi qu’à l’embrocher.

            Ce serait risible, si le sang ne coulait pas. Rien n’est, en réalité, plus navrant que la stupidité humaine, surtout quand il s’agit de gens instruits, vaniteux de ce qu’ils ont appris à l’école ! Cela prouve qu’il est plus essentiel d’apprendre à vivre, que de se laisser seriner des leçons. Les peuples qui, faute d’éducation démocratique, se laissent traités en troupeaux, sont finalement conduits à l’abattoir. Morale : que chacun apprenne à se gouverner lui- même en son privé et à prendre ses responsabilités comme participant à la souveraineté nationale. Il faut même en arriver à une éducation démocratique internationalement obligatoire pour garantir la paix.

            J’espère que l’absurdité présente sera réduite au minimum de durée et que nous n’aurons pas à combattre des années pour convaincre des adversaires qui ne sont pas absolument fermés au bon sens. On a beau ne pas faire honneur à l’humanité, on y appartient quand même et celle- ci constitue un tout qui veut vivre en aussi bonne santé que possible. La maladie boche provoque donc une action des forces humaines de santé normale : forces qui fatalement ont toujours le dernier mot, sans quoi notre espèce n’existerait plus depuis longtemps. C’est le chirurgien qui est à l’œuvre mais cette ultima ratio, qui intervient quand tout le reste a échoué, ne doit pas empêcher de recourir aux ressources subtiles d’ordre psychique. Ceux qui, comme moi, sont relégués loin du danger, où ils ne peuvent même pas aider par leur travail, en sont réduits à penser, non pas froidement, mais en dynamisant leur pensée sentimentalement. La magie Vraie se base sur la sympathie qui unit tous les humains, sympathie communément théorique et virtuelle, plutôt que chaleureuse et fervente. Nous influençons qui nous aimons et cela infailliblement, car nul ne repousse ce qu’il sent favorable. La haine influence également, mais malgré, celui qui en est l’objet, à moins que celui- ci ne soit accessible aux mauvais sentiments ; alors le maléfice prend, tandis qu’il revient à sa source s’il se heurte à de bons sentiments. Cela n’a rien de sorcier, mais est dans la nature de notre psychisme.

            Pour revenir aux Boches, quel peut être l’effet de bons sentiments à leur égard ? Si je les prends en pitié. Vu leur sottise et mon affection en tant que malades dont je désire intensément la guérison, j’établis entre eux et moi un lien de sympathie, un milieu vibratoire transmetteur d’ondes propres à faire résonner leur TSF mentale. Je peux les inonder de tracts plus subtils que ceux du Royal Air Force. Ils n’auront pas besoins d’être ramassés en cachette, puisqu’il s’agira d’un retentissement occulte dans toutes les mentalités réceptives.

            N’ayant pas le choix des moyens, je profite de mon recueillement forcé pour faire de mon mieux à ma façon. J’ignore l’effet produit et, certainement, s’il ne fallait compter que sur moi, le miracle ne se produirait pas ; mais chacun faisant ce qui dépend de lui rien ne se perd et à l’heure décisive, le résultat est obtenu, comme dans le Serpent Vert, qui est un bon traité de magie.

            Il me sera très agréable de recevoir de vos nouvelles et d’être assuré, comme je le souhaite de tout cœur, que tout se passe pour le mieux autour de vous.

 

                                                                       Très cordialement vôtre

                                                                                              Oswald Wirth

 

 

 

 

Archives de la Grande Loge Nationale Française. Archives de la Loge « Europe Unie » n° 64. Dossier de candidature de Jean BOSSU (1961- 1962)  [24J 18].

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lionel maine 09/05/2016 10:33

Ma Très Chère Sœur, bonjour et merci pour ce très intéressant article.
Quelle émotion d'apprendre, en maubeugeois que je suis, que la Respectable Loge "Marianne 75" s'y réunissait déjà en 1961 !
J'ai un peu travaillé sur notre Histoire à Maubeuge et, je n'en avais jamais entendu parler !