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La Maçonne

Guerre des sexes en franc-maçonnerie au 18ème siècle.

Guerre des sexes en franc-maçonnerie au 18ème siècle.

Il y a quelques temps, je partageais des recherches récentes sur les femmes et la franc-maçonnerie, démontrant que les premières loges d'adoption était proto-féministes bien souvent.

C'est une recherche plus ancienne que je souhaite partager, dans cet article, avec vous.

La poésie (le chant) avait une place prédominante en franc-maçonnerie. A croire que les francs-maçons ne savaient communiquer qu'en versifiant, souvent d'ailleurs de manière pas bien fameuse. Le but n'est pas de faire une critique littéraire, mais de souligner que parmi les préoccupations des francs-maçons, leurs vertus, dieu et ses acolytes (tous ceux de l'Olympe y passent), les femmes sont certainement en tête de liste – voir même l'amour, accessoirement, dirais-je. Jacques Brengues fait le récit des difficultés des frères du 18ème siècle avec leurs Belles.

L'interdit des femmes en loge n'est pas passé inaperçu aux françaises, qui – aristocrates, salonnières, souvent érudites – ne l'ont certainement pas entendu de la même oreille que les anglaises. Il fallait aux hommes expliquer cette non-mixité quelque peu entachée par la présence de courtisanes lors des agapes. Déjà en 1730, les ennuis commençaient pour nos frères mono-genres, prenant une tournure particulière.

La femme est d'un naturel indiscret, disent-ils. Ceci d'ailleurs depuis que certains d'entre eux, dont Lord Kingston, certainement ayant abusé de l'alcool, se soit confié à une demi-mondaine, la Carton, qui s'en alla raconter le tout à un lieutenant de police. Cette affaire secoua les frères de 1737 à 1744, à en croire les nombreux vers qui lui sont dédiées. La féministe qui ne dort jamais en moi fera remarquer que c'est étonnant d'accuser les femmes d'être indiscrètes alors que les frères semblent déverser les mystères-du-secret bien facilement .... Tant et si bien qu'ils faillirent militer dès le 18ème siècle contre les dangers de l'abus d'alcool. Un peu plus, ils allaient devenir des hygiénistes.

Nos jolis cœurs, constatant à leurs grandes surprises que le genre féminin n'allait pas tomber dans toutes les fables, redoublèrent d'arguties, dont certaines nous sont restées, mais bien moins joliment dites. Les femmes sont porteuses du désordre.

« Tu fais assez de maux/ Sans troubler nos mystères/ Tu nous rendrais rivaux/ Nous voulons être frères. » Ça, c'est dit. La fraternité, éviter la rivalité entre frères et donc préserver cette entente virile et unique, sont de ces arguments aujourd'hui oubliés. Les femmes devaient lourdement insistés – hé oui ! Déjà en 1734 ! - pour qu'ils multiplient les vers sur la fraternité et l'amitié entre hommes.

Des femmes, l'autre problème est l'amour, qui rend les hommes distraits, inconstants et les détournent du pieux sanctuaire viril qu'est la loge. Ce fol amour … que l'Abbé de Paix (1777) disait être un « fripon qui médite en permanence quelque larcin ». Si les ecclésiastiques s'en mêlent …. Pour nos frères, il fallait donc se défendre et se protéger de cet amour profane, plus fort que l'amitié maçonnique, en excluant les femmes des loges. Loin des tumultes amoureux mais aussi de ses chagrins, les frères trouvaient entre eux à se consoler : « Quand l'amour nous accable/ De ses rigueurs,/ Ta douceur ineffable/ Sèche nos pleurs » (1779).

Les loges d'adoption mirent fin à cette série de mièvreries pour en trouver d'autres. De récentes recherches font remonter la première loge d'adoption à 1744 (Bordeaux). L'amour maçonnique est, nécessairement, chaste et, donc, bien plus grands que la virile amitié. Les frères devinrent des parangon de vertus, époux et pères modèles. « Nos Maçons ont été,/ De toute Antiquité,/

Discrets et fidèles/ Auprès d'une belle ». On va peut-être pas se précipiter pour le faire graver à l'entrée de nos temples.

Plusieurs cris de vérité se font entendre – je vous passerais les couplets des fendeurs, mon public étant féminin – mais c'est volontiers que je partage les quelques mots, de jean-François Guichard

(1731-1811), membre de la loge Les Neuf-Soeurs, un hymne à l'amour-maçon, l'initiation de Cupidon : « cette loge étroite et parfaite, obscure et douce retraite qui regarde toujours le Levant, heureux pourpris entre deux colonnes de lys, auguste sanctuaire, Chambre du Milieu même, où l'Amour pénètre d'un seul grand coup au lieu de trois (rituels). » Une origine du Monde, en fait.

Si ces vers sont niais et affectés, on les regrette presque … Bien des imbécillités sont, en effet, dites afin d'expliquer le refus des visites des sœurs en loge, une non-mixité en règne absolue dans laquelle on y voit plutôt comme le montre ces vers du 18ème siècle, une crainte du féminin et des femmes.

Je vais donc de ce pas dédié cet article à la GLDF et à toutes les obédiences masculines, interdisant la visite des sœurs … Au moins que cela nous amuse.

Guerre des sexes en franc-maçonnerie au 18ème siècle.

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Peter Bu 23/07/2016 16:10

Pour t'amuser ce commentaire d'un article de criticamasonica.over-blog.com/2016/07/du-feminin-et-de-sa-quete-en-franc-maconnerie-de-marie-dominique-massoni.html

Cher frère Jean-Pierre,

Peux-tu avoir la bonté de développer ta réflexion, très intrigante :

« (...) le site officiel de l’obédience finalement assez féminine que constitue désormais la Grande loge nationale française (…) À la Grande loge de France, il y a aussi souvent un certain goût pour l’exercice de la féminité entre hommes sans le regard des femmes. »

Comment ce « certain goût pour l’exercice de la féminité » s'exprime-t-il ? Si l'on écarte des manifestations d'une certaine forme de l'homosexualité, s'agirait-il d' «(...) ancrer le féminin dans la sensibilité, la sensation, l’imagination, la recherche des profondeurs matricielles, sans oublier totalement pour autant la raison », les hommes « se réservant pour eux la rationalité critique ».

Sans doute pas, tu fais comprendre toi-même que cette vison de la féminité n'a pas grand-chose à voir avec la réalité mais est « telle que les hommes la désirent pour les femmes ». C'est justement pour cela que le développement de ton opinion m'intéresse.

La Maçonne 23/07/2016 17:59

Considérer que la GLNF est "féminine" m'amuse, c'est vrai - mais j'ignore si les frères vont aimer.
Je vais y réfléchir de mon côté ... et retrouver ce commentaire. Merci !!!

Lebeau 27/06/2016 13:20

Si nos frères ont si peur
De voir entrer les femmes,
Leur prêtant pour cela des qualités infâmes,
C'est qu'aux tréfonds du coeur
Ils savent bien comme elles
Qu'ils n'atteindront jamais la valeur de nos belles...
OuafOuaf, pour du mirliton, y'a pas pire....

hector 27/06/2016 11:48

pour la CLDF !
merci ! ! ! !

hector 27/06/2016 11:47

pour la CLDF !
merci ! ! ! !

Lucis 27/06/2016 10:42

Ce petit extrait (savoureux !) du discours de Choderlos de Laclos lors de l'installation de la Loge d'adoption à l'Orient de la Loge de l'Union Parfaite (Salins dans le Jura)
« Félicitons-nous donc, Mes Frères, de les avoir associées à nos travaux, d'en avoir fait nos compagnes nos sœurs, rendons leur tribut d'hommages qu'elles ont droit d'attendre de nous ; que si par une erreur condamnable nous avons osé en médire quelques moments, implorons leur indulgence fraternelle sur un tort où le coeur n'a point de part ; et ramenés à la vérité par le sentiment, ne craignons pas de leur dire que sans le bonheur qu'elles nous procurent, les tourments qu'elles nous causent seraient encore le bien le plus précieux à l'humanité. »
Il n'y avait pas que des piètres versificateurs en maçonnerie au 18e siècle.

Bilboquet 27/06/2016 06:22

Bien dit et apprécié ma S:.