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La Maçonne

Le féminisme chez les jeunes.

"HeForShe" de l'UN Women (2015), soutenu par la Fédération Française du Droit Humain
"HeForShe" de l'UN Women (2015), soutenu par la Fédération Française du Droit Humain

En 1999, Humanité titrait « Mix-Cité : nouvelles formes du féminisme chez les jeunes ». Mix-Cité, après un fulgurant développement, n'existe quasiment plus qu'à Paris. Les « jeunes » de 1999 sont devenus les « vieux » d'aujourd'hui, par une loi naturelle quelque peu immuable et dont je mesure personnellement toute l'injustice.

Il y a, quelques jours, je vous présentais plusieurs vidéos prometteuses et engagées, de collégiens et de lycéens. Depuis, prenant un peu d'âge, j'ai fait quelques recherches me posant cette extrême question : qu'est-ce le féminisme chez les jeunes ? Que représente-il alors qu'aujourd'hui, mes aînées, celles qui ont l'âge de ma mère, considèrent qu'ils s'agit d'un truc dépassé ?

Tout d'abord, la question ne se pose pas en France. Tout au moins dans les publications « grand public ». Mon moteur de recherche préféré m'a envoyé directement au Québec.

Le Québec possède un cursus d'études féministes depuis les années 80, comprenant diplômes mais aussi une revue intitulée « Recherches Féministes ». L'Université de Laval (Québec) connaît quant à elle un regain d'intérêt pour plusieurs cours d'études féministes chez les jeunes femmes et les jeunes hommes. Le militantisme de ces jeunes femmes comme jeunes hommes est bien moins cloisonné que leurs aînées et fait ce constat, que dans un état de droit, les inégalités entre femmes et hommes sont à comprendre et à combattre.

L'Université de Paris 8 propose un cursus « études féminines » depuis 1974, qui ne deviendra et s'assumera que depuis peu, comme un « Centre d'études féminines et de genre ». A Toulouse, sévit l'ANEF – Association Nationale d'Etudes Féministes - depuis 1982, ayant pour objet le développement des études féministes en France comme à l'étranger. Les cursus universitaires français, moins ouverts que les modèles anglo-saxons, ne permettent pas de dire (et d'enregistrer) le même attrait chez les jeunes pour ces cours.

C'est, effectivement, dans les revues universitaires que l'on trouve sur mon autre moteur de recherche préféré quelques pistes de réponse sur le féminisme – je devrais même dire les féminismes - chez les jeunes.

Une première étude de Liane Henneron, datant de 2005, montre la complexité du phénomène autant du fait qu'il existe effectivement plusieurs courants féministes comme il n'est guère possible de considérer la jeunesse comme un groupe social homogène. De même, le mouvement féminisme (les mouvements) des années 70 ne s'est transmis que difficilement – ce qui présuppose une continuité dans le militantisme. Pour une tentative d'explication, plusieurs choses se sont produites durant la même période : les mouvements militants des années 70 se sont institutionnalisés devenant des associations spécifiques mais aussi spécialisés (violence faite aux femmes, droit à l'avortement, etc). De même, si on reconnaissait l'importance de ces mouvements sur le plan de l'histoire des femmes, la reconnaissance des droits des femmes et les avancées réelles sur ceux-ci ont permis de les circonscrire. Le féminisme était devenu inutile. Quelque chose de ringard mais aussi d'extrémiste, voir dangereux. Les années 80-90 ont été une rupture, plus exactement un arrêt.

Cohabitent ainsi plusieurs générations de féministes : celles des années 70 qui ont repris le militantisme et les « nouvelles » réapprenant ou réinventant le mouvement féministe.

Cette étude montre, par ailleurs, que la transmission du militantisme ne se fait pas par les mères ou la famille, même si les modèles féminins familiaux entrent en ligne de compte en les suivant ou au contraire en refusant de leur ressembler, mais grâce à des publications et des études féministes. Ces militantes des années 90 ont conçu elles-même leur propre groupe. Les raisons aussi sont nombreuses. Tout d'abord, elles ne connaissaient aucune association féministe dans leur ville. Ensuite, les groupes existants n'avaient pas de visibilité et donc des actions militantes préférant être des groupes d'influence avec le pouvoir. Les nouvelles militantes ont préféré des mouvements autonomes, des opérations « coups de poing » comme des actions d'influence. Cette étude date un peu : les mouvements à laquelle l'auteure se réfère n'existe plus ou ont perdu de leur influence. Ni Pute Ni Soumise, par exemple, s'est institutionnalisée. Elle fut, ces 10 dernières années, contestées par les subventions et l'impact de ces actions. La plupar de ses comités locaux ont disparu. L'association refuse, de même, de communiquer sur le nombre des adhérents.

De même, le Collectif National pour les Droits des femmes ne semble plus, a priori, être dans les mains des « vieilles militantes » des années 70 et, a tout au moins, perdu de son influence pour le laisser au main d'une association nationale « Osez le féminisme ! ».

La seconde étude date des années 97, autant parlé de l'âge de fer …

En l'espace de 10 ans, le militantisme féministe a évolué – soit par la multiplicité des groupes, soit par leur autonomie vis-à-vis des pouvoirs publics et des politiques aidés en cela par les moyens techniques et les réseaux sociaux. Les clivages sur les grands sujets comme le voile, la prostitution au sein des mouvements féminismes se sont réduits pour, finalement, ne plus exister. De même, des mouvements ont émergé pour se spécialiser dans des opérations « coups de poing » comme les Femen (c'est le cas de le dire !) et la Barbe.

Ceci ne répond, toutefois, pas à ma première question : être jeune et féministe aujourd'hui ? Serait-ce un nouveau mystère insondable ?

Le féminisme chez les jeunes.

Liane Henneron, « Être jeune féministe aujourd'hui : les rapports de génération dans le mouvement féministe contemporain », L'Homme et la société 2005/4 (n° 158), p. 93-111. DOI 10.3917/lhs.158.0093

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Peter Bu 16/06/2016 12:06

Féminisme des jeunes? Question intéressante mais avant de chercher la réponse il faudrait préciser "des jeunes en France".

J'ai l'impression que les féminismes québécois, suisse(s), slovaque(s) que je lis sur Internet sont très différents du - ou plutôt des - féminisme(s) français. Les porte-paroles les plus en vue de ce(s) dernier(s) me semblent avoir un peu de mal à admettre l'existence des passerelles entre le monde féminin et masculin. Cela a pu provoquer un retour de balancier.

Grâce aux luttes féministes l'attitude des hommes par rapport aux femmes a changé. La jeune génération française a probablement redécouvert l'évidence que les relations entre les genres ne sont pas à sens unique. Elle s'adonne aux joies de la sexualité déculpabilisée et, grisée par sa découverte, oublie un peu que les femmes continuent à subir des injustices et de violences.

Serait-ce l'explication de l'absence supposée des jeunes dans les luttes féministes? Sur quoi ce soupçon est-il fondé ? Les forums de discussions n'affichent pas l'âge des participant(e)s. Dans la rue, celui des manifestant(e)s n'a rien de canonique. Ne serait-ce pas le mouvement féministe dans son ensemble qui cherche un second souffle?