Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
La Maçonne

Le Royaume-Uni quitte l'Union Européenne.

Le Royaume-Uni quitte l'Union Européenne.

Dès le début, le Royaume-Uni se montra quelque peu récalcitrant à entrer dans, ce qui s'appelait à l'époque la CEE : la Communauté Économique Européenne. C'est en 1961 que les anglais font, avec à la tête du gouvernement conservateur Macmillan, une première demande d'intégration à la CEE. De Gaulle ne se montra pas, comme on peut l'écrire, particulièrement hostile, connaissant la froideur de l'opinion publique britannique et les nombreuses demandes britanniques pour aménager la CEE. Il considérait que l'entrée du Royaume-Uni était peu probable. Hors après une rencontre, en 1962, avec le premier ministre britannique, cette improbable entrée du Royaume Uni dans la CEE devint une forte possibilité. De Gaulle, en qualité de militaire et ayant connu de l'intérieur les anglais lors de la 2nde Guerre Mondiale, ne concevait pas l'Europe sans une défense commune.

"La Grande Bretagne est en train de venir en Europe mais n'est pas encore venue", conclut néanmoins De Gaulle. Il faut croire que ce fut toujours le cas depuis son entrée en 1975.

La candidature anglaise fut finalement rejetée en 1963. L'opposition de De Gaulle en fut, certainement, la cause. Le Royaume-Uni refit une demande en 1967 avec à la tête du gouvernement travailliste comme premier ministre Wilson. L'affaire Soames mis De Gaulle en difficulté dans le cadre de ses échanges avec les britanniques et les partenaires européens. En effet, De Gaulle prévoyait non plus un "marché commun" mais la mise en place d'une zone de libre échange, si les Britanniques acceptaient de se réorganiser politiquement et économiquement pour intégrer la CEE. Or, ceci expliqué à Soames, ambassadeur anglais, ami de De Gaulle, gendre de Churchill, devait être tenu confidentiel. La négociation se bloqua.

C'est après la démission de De Gaulle, en 1969 qu'il fut possible d'ouvrir de nouvelles négociations avec le Royaume-Uni.

L’élargissement au Royaume-Uni, à l’Irlande, au Danemark et à la Norvège a été soumis à référendum en France alors que Pompidou était Président. Ainsi, en 1972, le Oui l’a emporté à 68% avec une faible participation (40%). Le 22 janvier 1972, le traité d’adhésion était signé. En septembre, la Norvège vota contre la ratification.

Avant 1990, c'est le Labour qui était opposé à la CEE. Wilson, premier ministre, a soumis les modifications à un référendum en 1975, faisant campagne en faveur de la CEE. L'aile gauche du Labour a fait une campagne contre, alors que l'aile droite pour. En 1975, 67% des votants ont décidé de continuer à faire partie de la CEE.

Après Thatcher, les conservateurs devinrent de plus en plus opposés à l'Europe. Nous sommes en 1990. Pour eux, l'Union européenne leur apparaît comme étant de plus en plus fédérale, limitant la souveraineté britannique. Pour conclure ce bref résumé historique, les Britanniques sont revenus régulièrement sur les thèmes de la politique agricole commune, de leur contribution au budget et à l'intégration politique. Le positionnement des partis a évolué : les travaillistes sont plutôt pour l'Union Européenne et les conservateurs sont devenus au fil des ans de plus en plus opposés.

Le débat dans le Royaume Uni : « être ou ne pas être européen » n'est donc pas nouveau et date, de bien avant, son entrée dans la CEE.

Il ne s'agit donc pas (spécialement) d'une surprise. Ni même d'un choc. L'euro scepticisme est, en effet, un sport tout aussi complexe et anglais que le cricket.

Le Brexit trouvent ses fidèles en Suède, Norvège, Danemark ... Des alliés que l'on peut qualifier de "naturels". Tous les nouveaux pays entrant n'ont pas tous intégrés la zone euro, pouvant – à leur tour – remettre en cause le principe d'une monnaie unique.

Il en trouve aussi en France, avec le Front National. Le départ des Britanniques de l'UE est une victoire par procuration dans de nombreux pays de l'extrême-droite et des mouvements nationalistes, montrant que « cela est possible ». Le danger de Brexit n'est pas uniquement économique, mais politique. Si bien des Britanniques dénoncent l'opacité de la Communauté Européenne, ce que nous pouvons comprendre aisément, on n'ignore pas que l'Europe est devenue prétexte à un nationalisme galopant qui porte, lui, bien son nom.

Le vote britannique est bien un désaveu d'un système économique comme politique. Mais il est aussi un échec de l'Union Européenne, elle-même. Il est à craindre qu'il soit trop tard pour ouvrir un débat authentique, impliquant par ailleurs une connaissance – et donc de mettre en place des explications pédagogiques sur l'Europe et son organisation actuelle dans les pays européens aussi bien par la classe politique que des médias. Trop tard pour les prochaines échéances électorales en France.

Le Royaume-Uni quitte l'Union Européenne.

Sources :

Vivien Pertusot, « Brexit : les risques du référendum », Politique étrangère 2016/1 (Printemps), p. 135-147. DOI 10.3917/pe.155.0135

de La Serre Françoise. De Gaulle et la candidature britannique aux communautés européennes. In: Histoire, économie et société, 1994, 13ᵉ année, n°1. La France et la Grande-Bretagne devant les crises internationales. pp. 131-142; doi : 10.3406/hes.1994.1734

http://www.persee.fr/doc/hes_0752-5702_1994_num_13_1_1734

Quelques autres liens de la bloguosphère maçonnique sur le sujet :

Partager cet article

Commenter cet article

hector 26/06/2016 10:42

Bel article !
Les anglais n'ont jamais pris de l'Europe QUE ce qui les avantage !
ils ont pondu une union à la carte dont ils sont les seuls à bénéficier .....
Mais après avoir repris leur "indépendance" ils vont se battre pour de multiples (petits) traités d'association qui leur rendront les avantages d'avant le brexit, et même un peu plus ......
A suivre !

Stephane 25/06/2016 09:12

En tant que juriste européens et habitués des relations internationales, je suis sceptique sur le dpart "effectif" de la GB. En effet, leur politique ayant toujours été de négocier des exceptions dans toutes les réglementations, leur place au sein de l'UE a toujours été singulière.

David Cameron avait lancé l'idée du Brexit sur un ton provocateur en vue de relancer sa candidature à d'autres élections. Certains se sont saisis de ce "chantage" fait à l'UE pour obtenir des dérogations en matière sociale qui vaisait à rendre inégalitaire sur le territoire britannique les droits des travailleurs européens des nationaux pendant les deux premières années de leur immigration. Il n'a jamais eu l'intention de mettre en place le référendum. Ces propos ont été repris et le débat s'est élevé sur la place publique et cette situation lui revient aujourd'hui dans la figure comme un boomerang.

La négociation de la sortie de l'UE, processus prévu à l'article 50 tu Traité, prendra du temps et coûtera de l'argent à la Grande-Bretagne. Il y a fort à parier qu'elle mette en place un système qui maintienne tout ce qu'elle peut en terme de libre-échange, d'absence de droit de douane et de libre circulaition des capitaux, des services et produits financiers, ainsi que de libre circulation des personnes qui est hors du champs de l'UE pour la GB (elle n'a jamais fait partie de l'espace Schengen). Elle se dédouannera en revanche de toutes les réglementations sur l'étiquettage des produit, conformité CE, normes environnementales etc...

Au final, elle prendra et conservera de l'UE tout ce qui aide son économie, mais quittera officiellement l'UE. Le problème est que le vote a été donné en raison des "problèmes d'immigration". Or, la GB n'ayant jamais fait partie de l'espace Schengen, elle ne peut en tenir responsable l'Europe. Le problème des migrants est géré dans un traité conclu uniquement entre la France et l'Angleterre, en 2003, dit Accord du Touquet. Là encore, ce traité ne sera pas dénoncé car elle tient plus que nous.

Pour conclure, le Brexit, ce sera la GB officiellement hors UE (si elle sort effectivement, ce qui reste à voir car il y aura des "négociations". Il n'est pas impossible que les responsables politiques trouvent un consensus pour indiquer au peuple anglais qu'ils ont obtenu pleine satisfaction sur ce qu'ils revendiquaient et que, dans ces conditions, le départ de l'UE n'est plus nécessaire). Officieusement, rien ne changera.

Ce ne sera d'ailleurs pas la première fois qu'un référendum ne donne rien. 2005 : la France refuse la Constitution européenne. Le même texte, de son vrai nom, le traité de Lisbonne a été ratifié par le parlement français en 2007. 2 ans, c'est long en politique et le peuple a le temps d'oublier...