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La Maçonne

Surmenage, Burn Out & Gérard de Nerval.

Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée

EL DESDICHADO (Gerard de Nerval)

Surmenage, Burn Out & Gérard de Nerval.

A 18 ans, il traduisait « Faust » de Goethe. A 45 ans, il se pendait Rue de la Vieille-Lanterne, à Paris, avec les lacets de ses chaussures, après avoir écrit à sa tante : « ne m'attends pas ce soir, la nuit sera noire et blanche ».

Laissant le récit complet de ses troubles psychiatriques dans « Aurélia », Gérard de Nerval, (Labrunie, de son vrai nom), est toujours étudié par la psychiatrie moderne, posant comme problème accessoire, le génie et la folie. Surmené, insomniaque, dépressif, … Gérard de Nerval fut longtemps hospitalisé par le Docteur Emile Blanche.

Le surmenage devint une maladie avec l'ère industrielle au 19ème siècle. Il était défini comme une fatigue qu'une période de repos ne pouvait pas éliminer. La neurasthénie, terme apparaissant en 1869 (George Beard, USA) devint rapidement un mal du siècle, une maladie à la mode. Passant par le Canada francophone, la neurasthénie arrive en Europe. Maladie de civilisation, de la modernité : machine à vapeur, télégraphe, presse, et activité intellectuelle des femmes en étaient les causes. Au 19ème siècle, être atteint de neurasthénie était, à cette époque où le morbide était une déclinaison du romantisme, même une fierté. « mourir d'épuisement » fut longtemps accolé à des morts suspectes ou inexplicables, masquant une réalité sociale comme l'abut de la drogue ou de l'alcool, la folie, le suicide, voir même la syphilis. Rapidement, la neurasthénie fut considérée comme avoir une origine infectieuse, sorte de virus inconnu qui touchait des personnalités. Cette maladie devint désuète après la 1ère Guerre Mondiale. Elle entra, en effet, dans le champ de la psychiatrie (Freud et Janet). Elle a perdu, ainsi, son statut valorisant. Les responsables de la maladie n'étaient plus soit un virus ou la modernité, la légitimant socialement. Le repos prolongé et une reprise d'activité par étape devinrent le traitement adopté. Néanmoins, en se penchant sur cette fatigue, épuisement nerveux, conduisant à la déprime, à la perte d'envie, de goût, de motivation, voir même engendrant des idées suicidaires, la neurasthénie, cette ancienne maladie d'une siècle passé, se retrouve dans un de nos maux modernes : le burn-out.

Le burn-out est définie comme étant une fatigue insurmontable, la perte de sentiments positifs, d'enthousiasmes, accompagné d'un épuisement moral et physique.

Il apparaît en 1974, aux USA (aussi), signalant l'état de stress des hommes d'affaires. Les premières études concernent les soignants, les services sociaux, les forces de l'ordre … cultivant la notion de métiers « à vocation » et « don de soi » causant une surinvestissement des professionnels et une surévaluation des objectifs. Le travail devient insurmontable. Les désillusions, l'impossibilité d'atteindre l'objectif, ne fait pas renoncer à l'idéalisation du travail. Le travail est vu comme porteur de valeurs, d'un idéal … Sauver des vies, rendre le monde meilleur, combattre le crime ou la maladie.

Peu à peu, le burn-out est médiatisé, devenant un mal du siècle. L'idéalisation a perdu son intérêt. Dans toutes les professions, on peut être atteint d'un burn-out. La modernité est accusée, tous comme les conditions de travail, permettant de dépsychiatriser la maladie. C'est le travail qui est pathogène. La souffrance morale et psychologique est niée, peu valorisante, car associée à une forme de faiblesse, comme le fut au 19ème siècle la neurasthénie.

Malgré la longévité (si je puis dire) de cette maladie qu'est l'épuisement professionnel, conduisant à un état de stress, de dépression, et même à des suicides, que l'on lui donne le nom que l'on veut, elle n'est toujours pas reconnue comme « maladie professionnelle ».

Elle oscille entre le déni (cette maladie n'existe pas) et l'exagération (on est tous touché). Elle est soit associée à un surinvestissement professionnel (les bourreaux de travail), soit à une idéalisation de celui-ci … Peu importe, on ne doit pas mourir de travailler.


Surmenage, Burn Out & Gérard de Nerval.

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