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La Maçonne

Atelier DIDEROT (GLSE) : Loge belle & rebelle

Notre frère Vabadus nous offre ici un article qui, dès qu'il m'en a parlé, m'a enthousiasmée ! Comme vous vous en doutez, ce qu'il va nous raconter dans cet article sera bien éloigné d'une version « officielle » qu'elle provienne de la GLDF (surtout) ou de la GLFF. Une rencontre avec l'histoire, l'histoire de la franc-maçonnerie vous est à nouveau proposé ici.

En plus, il fait même de la publicité pour un numéro de « Point de Vue Initiatique » … Ce qui fera de cette date une date historique pour le blog « la Maçonne ». Il ose tout, notre frère Vabadus ! Il ose tout !

 

 

 

Illustration : Avenue parisienne (Jean Béraud)

 

Une vertu cardinale d’une Maçonne ou d’un MAÇON est de ne pas renier ses principes pour un plat de lentilles, une réception sous une voûte d’acier maillets battants ou pour 30 deniers de plus dans les hauts grades du Rite.

 

Je vais vous conter l’histoire d’un Atelier qui a porté très haut le respect de convictions maçonniques. Cette histoire c’est celle de la Loge Diderot de la Grande Loge Symbolique Écossaise (GLSE et GLSE II mixte maintenue).

Pour mettre en relief l’exemplarité d’une telle vie de Loge, il me faut la restituer dans le contexte de la lutte que menèrent les Loges Symboliques Écossaises de 1865 à 1927 pour obtenir leur totale indépendance du Suprême Conseil de France (SCDF).

 

La conquête de la souveraineté des loges de 1865 à 1894

Nous allons distinguer deux périodes qui marquent de façon originale pour chacune, cette conquête de d’indépendance des Loges symboliques qui va durer 62 ans de 1865 à 1927 !

Dans ce chapitre nous aborderons la période de conquête dans « le dur «,  1865 à 1894 - 1894 étant considéré comme l’événement unique de création officielle de la GLDF dans sa structure actuelle dans les textes officiels de l’obédience. (1)

Ses documents officiels nient totalement ce qui va vous être présenté maintenant. C’est André Combes un historien connu et reconnu, membre du GODF qui est pratiquement le seul à avoir retracé cette histoire et notamment dans le PVI n° 124 de décembre 2001. Le titre de son article est « L’origine de l’adage : « Le Franc-Maçon Libre dans une Loge Libre ». Cet article a été certainement permis parce que le Directeur de la publication était alors le Grand Maître Michel Barat. Je m’en suis servi pour vous détailler ce qui suit.

 


 

(Illustration : Jean Béraud - Au café)

Tabernacle ! Première crise en 1865

C’est en 1865 que débute vraiment un combat pour l’indépendance des Loges symboliques. À cette époque le Suprême Conseil de France dirige l’institution écossaise dans son ensemble et notamment une Grande Loge centrale qui contient trois sections présidées chacune par un membre du SC.

  1. première section dite symbolique, regroupe les Députés des Loges symboliques et ses travaux sont ouverts à tout Maçon au grade de Maître

  2. La seconde section, dite capitulaire est l’équivalent concernant les Chapitres

  3. La troisième, dite des Hauts Grades contrôle de fait l’activité des deux premières. Elle vote l’attache aux demandes d’admission au 30ème degré et procède aux réceptions à ce grade.

Les Loges symboliques vivent donc sous tutelle et sous liberté conditionnelle.

 

Or, à partir des années 1865-1870 entre une nouvelle génération composée de membres agnostiques ou athées.

En 1865 l’Orateur de la Grande Loge Centrale affirme :

« C’est en effet sur la libre pensée que la Franc-Maçonnerie fonda sa légitime influence. Chez elle la conscience trouve un asile sûr et respecté. Et si certaines doctrines sont plus particulièrement chères à la majorité d’entre nous, ce n’est pas parce qu’elles sont inscrites dans d’antiques Constitutions ou consacrées par des traditions respectables et que l’on pourrait les considérer par là comme échappant à tout examen. Bien décidées d’ailleurs à en faire le sacrifice le jour où la fausseté nous en sera démontrée pour nous rallier aux vérités nouvelles qui pourront surgir du débat. »

Illustration : Gustave Mesureur

Tabernacle ! Le SC réagit et précise «  que la Maçonnerie n’est pas une « école de morale « mais un culte et qu’elle doit enseigner Dieu et l’immortalité de l’âme aux apprentis et aux compagnons »

Par 24 voix contre 8 la première section de la Grande Loge Centrale vote une motion selon laquelle la croyance en Dieu et à l’immortalité de l’âme ne peuvent être l’objet d’une profession de foi collective.

 

Une grande brèche vient de s’ouvrir. Les critiques vont aussi porter sur le Pouvoir et notamment par la voix du Grand Orateur de la Grande Loge centrale qui le critique fortement :

« L’organisation actuelle du Rite écossais n’est qu’une gérontocratie autoritaire, anonyme, absolue ayant la prétention d’imposer non seulement des discours plus ou moins arbitraires, mais de véritables dogmes sans rapport avec les tendances actuelles de la Maçonnerie active et intelligente ».

Adeptes des Hauts Grades du REAA de 2016 relisez ce texte. Pensez vous que cela ait beaucoup changé au SCDF et au SCPLF qui entendent vous gouverner et vous guider spirituellement ?

 

Tabernacle ! Deuxième crise en 1868 ! 

En 1868, la Commission de la première section qui a élaboré un projet de réforme soumet au vote des Loges cette définition de la Maçonnerie :

« La Franc-Maçonnerie se partage en différents Rites qui, bien que divers, tendent au même but : la recherche de la vérité et la pratique de la vertu. La philosophie morale, la bienveillance envers les hommes, le respect de la personne morale, voilà ce que le Maçons étudient et pratiquent. »

A partir de 1868 la reprise en main des Loges symboliques par le SC se poursuit. Il rappelle aux Loges l’obligation d’invoquer le GADLU. Cinq Loges refusent de se soumettre et sont sanctionnées par mise en sommeil 

Une bataille se mène, conduite par Gaston Mesureur.

 

 

Illustration : portrait d'Adolphe Crémieux (1796-1880), homme politique & Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France (par Lecomte de Nouy)

Tabernacle ! Troisième crise en 1879-1880

En 1879, les Frères en rébellion réclament l’autonomie des Loges organisées en Grande Loges. Ils font part de leur projet par voie d’une circulaire le 15 avril 1879. Le SC suspend les signataires de la circulaire « adressée sans autorisation et au contenu « calomnieux dans le fond ».

Cent Frères fondent un Comité d’initiative pour la formation d’une « Grande Loge Symbolique Écossaise». Face à l’opposition du Grand Commandeur Crémieux, une Assemblée Constituante se réunit le 20 décembre 1879. La menace de radiation de Crémieux ne stoppera pas le mouvement. Douze loges font sécession. Comme le raconte encore Henri Combes :

 

« La Grande Loge Symbolique Écossaise est autorisée par décision ministérielle en février 1880. Le Temple est inauguré le 26 mars et, à cette occasion, le premier président de la GLSE, le Frère Paul Goumain- Gourville lance (ou reprend ) la formule : « le maçon libre dans une loge libre » (2) et nous lui en accordons, au moins la paternité. Il invite la Maçonnerie à recruter des libres-penseurs, lui assigne pour but de promouvoir « la solidarité humaine » »Solidarité » « Libre- Pensée » sont des concepts porteurs en cette année 1880 !

La GLSE regroupera une élite intellectuelle et politique : Georges Martin, Henri Brisson, Charles Floquet, Gustave Mesureur, Oswald Wirth et, en dépit de ses faibles effectifs, jouera un rôle important dans l’histoire de la Maçonnerie. » fin de citation.

 

Si vous voulez lire l’article complet je vous indique que vous pouvez vous procurer le n° 124 de PVI dans lequel il figure, en l’achetant pour la modique somme de 8 euros sur la boutique en ligne de la GLDF. Ce n° 124 de PVI a pour intitulé « La souveraineté des Grandes Loges » et c’est vrai !

Soyez patient, il faut attendre trois semaines pour être livré ! (3)

 

 

La conquête de la souveraineté des loges de 1894 à 1927.

Après maintes luttes, les Loges symboliques obtiennent un premier décret qui leur permettent de créer la GLDF mais toujours sous tutelle. Il faudra trois actes administratifs pour qu’enfin, en 1927, la GLDF soit pleinement souveraine : décrets des 7 novembre 1894, 26 juillet 1904 et 22 juillet 1927.


Au soir du 27 juillet 1927, il est fort probable que bien des dignitaires de l’obédience se soient dits : « c’est maintenant que les ennuis vont commencer »

Relisez le texte paru sur ce blog le 1er avril 2016 qui est un faux communiqué plus vrai que nature du SCDF et qui débute ainsi :

 

« COMMUNIQUÉ À TOUS LES MEMBRES DE LA JURIDICTION

Paris, le 1er avril 2016



A vous tous Mes Très chers Frères, en vos grades et qualités,

Jusqu'à 1894, le Suprême Conseil de France gouvernait tous les Ateliers du Rite Écossais Ancien et Accepté du 1er au 33e degré. Depuis cette date, les Ateliers des trois premiers degrés du Rite sont placés sous l'administration de la Grande Loge de France. Cette rupture s’est faite sous les pressions de mécréants et anarchisants qui ont entraîné des Loges à se soustraire à l’autorité du Suprême Conseil de France. » 

Faux communiqué (publié par "la Maçonne" le 1er avril 2016), le contenu de ce texte est bien révélateur de l’état d’esprit des dignitaires du SC ayant, depuis 1927, la volonté farouche de reprendre la main sur la GLDF. La preuve que ce texte visait juste on peut la percevoir dans le fait que le GM Charuel a cru bon de fustiger la Maçonne à ce sujet, lors un Congrès régional, qui a suivi la diffusion de ce « communiqué » !! (4)

La conquête de la Souveraineté pour la GLDF a donc duré de 1865 à 1927 ! On a bien montré sur ce blog dans quel état se trouve cette Souveraineté en 2016 après toutes les crises qui ont eu lieu depuis 1964. – voir notre article paru sur ce blog le 18 octobre 2016 et intitulé : GLDF : un document historique inédit »

 

 

Illustration: Jean Béraud - le Quai du Louvre

La Grande Loge Symbolique Ecossaise (GLSE)

En 1880, la GLSE totalise au moment de sa création un peu moins de 700 frères et crée de nouvelles loges tout en attirant d'autres loges à sa suite. Elle culmine en 1883 à 1 450 frères, puis stagne et entame un lent déclin.

Ses préoccupations sociales sont : l'instruction publique et la laïcité, la libre pensée et la montée du « socialisme » dont le caractère à ses débuts est de type anarchiste, la lutte contre le cléricalisme, la condition ouvrière et les bases du syndicalisme, etc.

En 1887, débute des discussions en vue d’une fusion avec les loges symboliques du SCDF l Mais il faudra attendre 1896, après deux ans de négociations et de tentatives avortées, pour que la Grande Loge Symbolique s’unisse à la Grande Loge de France. Mais ce ne sera pas un franc succès seule une petite moitié des 27 loges ralliera effectivement la GLDF, douze disparaîtront et 5 à 6 rallieront le GODF.

Avant ce changement, la GLSE a tenté d’être mixte mais sans succès car les Loges s’y opposèrent.

Deux loges de l'ancienne GLSE vont se maintenir et refonder la GLSE, en conservant les anciens statuts. Il s'agit des loges « Diderot » et « Les Inséparables de l'arc-en ciel». Elle porte alors le titre de « Grande Loge symbolique écossaise, mixte et maintenue » et comptera à son maximum neuf loges, dont huit seront parisiennes, elle sera d'une grande instabilité et largement anarchiste.

Les deux premières Loges qui vont rapidement s'y agréger dès 1898, ce sont « la Jérusalem écossaise » et « La Philosophie sociale » (la loge où Louise Michel sera initiée en 1904).

Naissance et vie de la loge Diderot

En 1882, au sein de la Grande Loge Symbolique Ecossaise, est fondée, à l’Orient de Paris sous le n°24, un atelier nommé « Diderot » qui se signale rapidement par son engagement pour la laïcité, le féminisme et les problèmes sociaux.

La nouvelle constitution de la GLSE II promulguée le 15 juin 1901 laisse à ses ateliers la possibilité d’admettre les femmes Cet atelier va initier des femmes notamment Isabelle Gatti de Gamond, fondatrice de l’enseignement féminin laïque à Bruxelles.

 

Ilustration : Jean Béraud - Retour d'un enterrement. 

En 1904, Madeleine Pelletier demande son admission comme franc-maçonne à la loge n°3 Philosophie sociale. En septembre 1904, elle convainc Louise Michel d'adhérer à sa loge maçonnique et dans son élan elle organise une conférence avec cette dernière à la Loge Diderot, sur le féminisme.

S'opposant à un frère, elle est obligée de quitter la loge Philosophie sociale et entre alors dans la loge Diderot où elle deviendra vénérable maître. Elle devient dès 1906 secrétaire de la GLSE II

A partir de mars 1909, après le départ de La Philosophie Sociale, Diderot demeure pendant deux ans la seule loge de l’obédience,

 

Disparition de la loge "libre" Diderot. 

On ne sait qu’une seule chose de la fin de vie de la Loge Diderot c’est l ‘année de survenance : 1911.

On ne sait pas ce que sont devenus les membres de l’Atelier !

Ce que je peux affirmer c’est que contrairement à ce qu’écrivent les livres d’histoire de la FM ses membres n’ont jamais intégré la GLDF, et ne sont pas créateurs de la Loge Diderot n° 464  installée le 30 avril 1914 à la GLDF, car

  • les fondateurs de cette Loge de la GLDF sont des Frères de Loges actives en 1914 de cette obédience ainsi que du GODF ; on dispose en archives les noms de ces Frères et le nom de leurs Loges

  • en pointant les dizaines de pages du registre des adhésions à la GLDF de 1910 à 1914 on ne trouve aucun nom de Soeurs ou Frères de la Loge Diderot GLSE II mixte maintenue.

 

Les Frères de Diderot de la GLSE avaient pris un engagement de refus d’adhésion à la GLDF le 15 janvier 1897 et l’ont respecté pendant 14 années. Eux et les Soeurs affiliées ont disparu dans la nature, dans l’humilité, sans « tambours ni trompettes de la renommée »

 

 

Illustration : Jean Béraud 

PREM’S ! COMME DISENT LES ÉCOLIERS DANS LES COURS DE RÉCRÉ

Si JL Turbet avait fait la recherche documentaire évoquée ci-dessus au sein de son obédience il n’aurait pas écrit ces contre-vérités sur son blog en 2013

« La Loge Diderot, dernière loge de la Grande Loge Symbolique Ecossaise Mixte et Maintenue depuis 1909 décidera de la fin de cette obédience en 1911. Elle deviendra une loge « sauvage » ou « indépendante », c’est-à-dire indépendante de toute obédience, entre 1911 et 1914. »

C’est très logiquement et tout naturellement qu’elle sera intégrée au sein de la Grande Loge de France en avril 1914. Elle prendra le numéro 464. Il est également amusant de noter qu’une loge actuelle de la Grande Loge de France, la Loge « Diderot », intégrée en 1914 au sein de la GLDF a eu, en 1905 alors qu’elle était sous l’obédience de la GLSE mixte et maintenue, une Vénérable Maître en la personne de Madeleine Pelletier… Il faudra attendre le 9 septembre 2010 pour voir une autre femme, Olivia Chaumont, prendre le premier maillet de sa loge « L’université Maçonnique » au sein du Grand Orient de France.

L’Histoire a parfois des détours très singuliers… Pourtant, c’est notre histoire commune…


 

 

Le déclaration de la loge Diderot en 1897.

Dans cette obsession anti-GODF partagée avec les dignitaires de la rue Puteaux il fallait montrer que c’était à la GLDF qu’une Soeur avait été Vénérable Maître avant le GODF, quitte à jouer aux « historiens de service » comme l'écrit Roger Dachez le 9 septembre 2014, sur son blog « Pierres Vivantes » :

« Mais quand un aimable blogueur, un ami de longue date au demeurant, joue à l'historien de service - certains diraient : "un historien à nous" -, alors là, pardonnez-moi, mais mon sang d'universitaire ne fait qu'un tour ! Je veux bien qu'on défende toutes les positions philosophiques ou maçonniques, et cela m’indiffère totalement -" ça nourrit le débat", comme on dit aujourd'hui quand on ne sait plus quoi dire -, mais falsifier grossièrement l'histoire par incompétence et pour se mettre maladroitement au service d'une cause de politique maçonnique, c'est juste un peu trop. »

La circulaire de la loge rebelle du 15 janvier 1897

Voici le texte par lequel la Loge Diderot émet « l’idée originale de continuer à elle seule, malgré vents et marées, l’ancienne « Gr∴L∴Symb∴ disparue ». et en informe les autorités concernées.

Elle a pour Vénérable Maître R URBAIN qui lutta lors de la Commune.

 

OR :.de Paris le 15 janvier 5897

G :. L :. S :. E :.

L :. DIDEROT N° 24

 

A :. N :.E :.S :.l’Ob :. D :. L :.G :.L :.S :.E :., dans sa Ten :.Sol :. du 6 janvier 1897 (E ;V), la R :. L :. DIDEROT, délibérant sur la fusion accomplie entre la majorité des LL :. de la G :.L :. S :. E :. d’une part de la G :.L :.D :.F :.sous l’Ob : du S :.C :.D :.F :. d’autre part,

 

A adopté à l’unanimité l’ordre du jour suivant :

 

Considérant :

« 1°Que, pour si désirable que soit en elle-même la fusion des différents rites maç :. , il n’en demeure pas moins qu’au point de vue purement moral et philosophique cette fusion doit constituer un pas en avant et non une acte rétrograde ;

« 2°Que, bien qu’il ne faille tenir compte que dans une certaine mesure des conditions matérielles et financières dans lesquelles cette fusion s’est faite, il y a lieu néanmoins de remarquer que ces conditions laissent place à des éventualités inquiétantes ;

« Constatant avec tristesse que, sans parler des intérêts matériels insuffisamment sauvegardés, la majorité des LL :. n’a accédé à la fusion qu’au prix de l’abandon du principe de l’indépendance philosophique qui a été la principale raison d’être de la G :. L :.S :.E :., qui a fait sa gloire, et qui l’avait placé à l’avant-garde de la grande famille maç :.

« Fidèle à se convictions maintes fois exprimées, et persistant dans les votes qu’elle a émis dans ce ses ten :. Sol :.des 2 octobre 1895 et 20 mai 1896 ; renouvelant toutefois à l’égard des SS :. LL :. l’expression de ses sentiments d’étroite Frat :. M :.

« Déclare :

«1° Qu’elle est fermement résolue à repousser toujours et partout le vocable de l’Hypothèse étiquetée sous le titre de G :A :. D :. L :. U :. ;

« 2°Qu’elle ne peut accepter la fusion dans les conditions consenties ou subies par la majorité des LL :.

« 3° Enfin, qu’en conséquence elle entend continuer à vivre, comme elle a fait jusqu’à ce jour, sous l’ob :. et conformément à la Constitution de la G :.L:..S :.E :., celle-ci ayant elle-même un droit incontestable à l’existence tant qu’une Loge au moins lui demeure fidèle.

« Par un second vote unanime émis dans la même Ten :. Sol :. du 6 janvier 1897, la L :. DIDEROT donne mandat à son Vén :. , le fr :. URBAIN de porter à l’ordre du jour qui précède à la connaissance des divers PP :. Maç et de toutes les LL :. de France  avec lesquelles la G :.L :.S :.E :., bien diminuée momentanément, il est vrai, mais toujours vivante, espère et désire entretenir les mêmes relations frat :. que dans le passé pour la propagation des grands principes de Liberté, d’Égalité, de Fraternité et de Solidarité qu’a toujours répandu dans le monde la Maç :. Universelle.

Pour C :. C . et par Mandatement de la L :.DIDEROT

Le Sec :. RIPOUROUX

Le Ven : R . URBAIN

Les principes et les décisions qui claquent !

Cette circulaire est remarquablement écrite.

La langue maçonnique renforce la portée de l’expression collective des membres de la Loge. Les jugements et les décisions claquent de fermeté :

  • « la majorité des LL :. n’a accédé à la fusion qu’au prix de l’abandon du principe de l’indépendance philosophique qui a été la principale raison d’être de la G :.L :.S :.E :., qui a fait sa gloire, et qui l’avait placé à l’avant-garde de la grande famille maç :. »

  • « Déclare qu’elle est fermement résolue à repousser toujours et partout le vocable de l’Hypothèse étiquetée sous le titre de G :. D :. L :. U :. ; »

  • « Déclare enfin, qu’en conséquence elle entend continuer à vivre, comme elle a fait jusqu’à ce jour, sous l’ob :. et conformément à la Constitution de la G :. L:..S :. E :., celle-ci ayant elle-même un droit incontestable à l’existence tant qu’une Loge au moins lui demeure fidèle. »

Cette circulaire ainsi rédigée annonce la détermination de Frères, Maçons libres dans une Loge Libre oeuvrant dans une Grande Loge souveraine, à rester fidèles à leurs convictions philosophiques quitte à demeurer seuls s’il le fallait. Et c’est bien ce qui va advenir. La Loge Diderot va vivre de façon dynamique et progressiste pendant 14 années.

Les Frères et les Soeurs vont maintenir leur Loge debout, seule et « sauvage » de 1909 à 1911.

Puis ils disparaissent sans jamais se renier !

 

Quel con ce Denis Diderot !

Le Frère de Sade disait «  Ce qui est au-dessus des bornes de l’esprit humain est ou chimère ou inutilité. Dieu ne pouvant être que l’une ou l’autre de ces choses, dans le premier cas je serai un fou d’y croire, un imbécile dans le second »

Ne croyant pas comme Sade « aux forces de l’esprit » il me plait par contre de faire parler les morts ! Pirouette esthétique !

Voltaire pourrait dire : « Quel con ce Denis Diderot il n’a pas été foutu d’être franc-maçon ! »

Diderot pourrait lui répondre : « Certes mais les femmes et les hommes Libres de la Loge Diderot l’ont été pour moi »

Et pour terminer mon récit j’imagine que le Frère ou la Soeur, fermant la lumière du Temple où s’était réunie une dernière fois la Loge Diderot, serait parti en chantant « Bella Ciao », ce chant des Partisans italiens, qui s’achève ainsi :

 

E me seppellirai / Tu m'enterreras
lassù in montagna
 / Là-haut dans la montagne
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
 / Oh ma belle, au revoir; ma belle, au revoir
E me seppellirai / Tu m'enterreras
lassù in montagna
 / Là-haut dans la montagne
Sotto l'ombra d'un bel fior / A l'ombre d'une belle fleur
E la gente /  Et les gens
che passera
 / Qui passeront
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
 / Oh ma belle, au revoir; ma belle, au revoir; E la gente Et les gens
che passera
 / Qui passeront
Mi dira « O che bel fior »/  Me diront "oh quelle belle fleur"
E quest'è'l fiore / Et c'est la fleur
del partigiano
 / du partisan
O bella ciao, o bella ciao, o bella ciao ciao ciao
 / Oh ma belle, au revoir; ma belle, au revoir,
E quest'è'l fiore / Et c'est la fleur
del partigiano
 / du partisan
Morto per la libertà. / Mort pour la liberté

Bella Ciao - Chant du partisan italien

« IL ÉTAIT UNE FOIS … »

Soeurs et Frères qui lisez cet article si vous croisez un jour un profane qui vous demande ce qu’est la Franc-Maçonnerie ou un apprenti qui vous demande ce que signifie l’adage du » Le Franc-Maçon Libre dans une Loge Libre « , répondez lui ceci :« Je vais vous raconter une histoire … »

« Il était une fois une Loge Belle et Rebelle… »


 

Notes et commentaires de la Maçonne. 

(1) La première partie de la crise d'indépendance des loges bleues du Suprême Conseil est relatée dans cet article « Cette autre GLNF » : Cette autre GLNF

(2) On peut lire aussi l'excellent article de Roger Dachez sur son blog « Pierre Vivante »Un maçon libre dans une loge libre

(3) Disponible sur la boutique de la GLDF – dit-il – découvrant son existence, que je met en lien ici …Ne soyez pas surpris s'il manque la photographie de la couverture ou la table des matières.la fameuse boutique, pointée au bon numéro.

(4) L'affaire a fait d'ailleurs le tour de la GLDF ! Dire que certains pensent que tenir un blog ne doit pas être très marrant ! Le plus grave est qu'à cette occasion, ledit grand maître a promis ma radiation tout en dévoilant ma véritable identité. En 2016, être « libre », peu importe même l'état de la loge, est toujours aussi dangereux qu'au 19ème siècle.

Si vous souhaitez lire l'article de Jean-Laurent Turbet sur cette même loge qu'il fait entrer à la GLDF, c'est  ici

Illustrations : Les illustrations sont des peintures de Jean Béraud (1849 - 1935). Il est l'un des fondateurs de la "Société nationale des Beaux Arts". Peintre classique, il n'en est pas moins redoutable encore aujourd'hui pour la qualité et la précision de ces peintures mettant en scène la vie parisienne de son siècle. 

Isaac-Jacob Adolphe Crémieux (1796-1880) ne connaîtra pas la Grande Loge Symbolique Ecossaise. Ses parents étaient les "Juifs du Pape", expression étonnante qui désigne une rare communauté juive ayant eu l'autorisation de vivre à partir dès le moyen-âge en Avignon. Il est apparenté par alliance à Marcel Proust. Il devint avocat et défendra les protestants (Terreur Blanche). Le "Décret Crémieux" permettra la naturalisation française de 30 000 juifs algériens. Il sera un défenseur des juifs en France et dans le monde. Peu pratiquant, il n'en est pas moins croyant et fier de ses origines. Il sera un grand défenseur de la liberté religieuse. 

"Comptez l'argent pour rien, les places pour rien, la popularité pour rien; c' est la presse qui est tout. Achetez la presse, et vous serez maîtres de l' opinion, c' est-à-dire les maîtres du pays." In Mots d'ordre aux loges d'Adolphe Crémieux. 

Gustave Mesureur (1847 - 1925) qui sera son opposant dans l'émancipation des loges bleues sera en 1901 président du Parti-radical Socialiste. Il sera initié en 1869 à la loge "la Justice". 

Le frère Raoul Urbain est moins bien connu des francs-maçons. Instituteur, il participera à la Commune et sera condamné aux travaux forcés. Il reviendra en France après l'amnistie de 1880. Il meurt en 1902. 

Bien qu'elle n'hérite que du nom de la loge Diderot de la GLSE, la nouvelle loge Diderot de la GLDF se fera remarqué dans l'histoire de la franc-maçonnerie par un rapport éclairé avant la deuxième guerre mondiale en 1932 dans un rapport faisant le constat de la situation européenne de la franc-maçonnerie. "Comme présence internationale, la Maçonnerie existe à peine ..." écrivaient-ils.

En attendant, faisons place à la musique. 

 

      Vous trouverez deux versions à la suite (oui, je sais, je suis dure avec vous) la première originale est celle des ouvrières italiennes et l'autre version le chant des partisans dont Vabadus illustre son article.

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      padawan 27/10/2016 15:21

      Deux petites réflexions à propos de vos remarques sur le faux communiqué du 1er Avril :
      Se baser sur un texte qu’on a soi-même écrit pour dire qu’il est révélateur de... En gros, ça veut dire qu’on est d’accord avec soi-même.
      Et ensuite dire que le texte visait juste, puisque l’auteur a été fustigé… Etre fustigé voudrait donc dire qu’on a raison.
      Cela dit, je reste un fidèle lecteur, même si je dois souvent tamiser pour éliminer la part d’hyper-partialité et garder ce qui est de la véritable information.

      padawan 28/10/2016 13:33

      Ma sœur, je ne peux qu’être d’accord avec le fait que fustiger un bloggeur pour un poisson d’Avril est grotesque. Par contre, ça ne fait pas supposer que tu es tombée sur «quelque chose», mais plutôt sur «quelqu’un».
      En tout cas, ta petite phrase judicieuse : «Bref, ce n'est qu'un blog» résume parfaitement tout cela. C’est justement pour ça que je tamise, comme je tamise tout le flot d'informations qui innonde le web. Et je continue à te suivre avec plaisir mais aussi avec la légèreté que requiert un blog...

      La Maçonne 27/10/2016 20:10

      Comme la suite fut, au sujet de ce poisson d'avril, que Charuel explique - en donnant ma véritable identité - comment j'allais être radiée, je ne sais ce que tu dois tamiser ou pas.
      Dans le vrai monde et dans la vraie vie, quoiqu'il en soit, lorsque quelqu'un se trompe sur un sujet ou un autre, on le lui explique avec de vrais arguments. Est-ce que jusque là, tu es d'accord avec Charuel?
      Tu peux considérer qu'il existe un délit de blasphème du REAA et un délit "d'indélicatesse" vis-à-vis du grand maître (dont en particulier Charuel).

      Nous sommes toi et moi francs-maçons avec un devoir de sens critique, de supposer que nous avons une éthique, de la défendre les droits humains, de défendre une liberté d'expression comme d'opinion. Est-ce tu es d'accord avec ce principe?

      Ce que je peux dire ou penser ou écrire ne devait qu'avoir une importance relative ... Il s'agit de ma seule opinion et je ne prétends pas que tout le monde soit d'accord avec moi. Je ne menace personne de radiation, n'oblige personne à me lire et finalement ne demande rien à qui que ce soit - à part de garder l'esprit ouvert (et encore !). Bref, ce n'est qu'un blog ...

      Or, pour ce qui a toujours été présenté comme un poisson d'avril, ce sont les grandes menaces? C'est que je suis tombée sur quelque chose ... non pas une information factuelle (parce qu'il n'y en a pas), mais bien sur un "état d'esprit" - Ce poisson d'avril ne dénonçait d'ailleurs qu'un "état d'esprit" en le mettant en scène dans son extrême. Si cet état d'esprit n'existait pas, ou était faux (une invention de ma part), tout le monde aurait juste rigolé. Ce serait amusé ... A la limite, on aurait trouvé dans le passé du SC des faits confirmant qu'il a existé mais qu'il n'existe plus. Y compris Charuel.
      Fustiger un blogueur pour un poisson d'avril, c'est déjà grotesque. Expliquer qu'il a demandé à la grande maîtresse de la GLFF de me radier, cela s'appelle comment selon toi?

      Ce n'est pas parce que je l'ai écrit qui fait force de preuve, mais les réactions qui le prouvent - Elles font supposer que je suis tombée sur quelque chose ... Vabadus ne dit rien d'autre.
      Tu peux "tamiser" mais le fait est là.

      Christophe 26/10/2016 18:33

      Que la loge Diderot fut une loge étonnante du temps de la GLSE, nul n'en doute. Elle termine l'histoire de la GLSE en 1911, c'était la dernière: elle aura résisté 2 ans de plus que "La Philosophie Sociale" qui avait, elle aussi, rejoint la GLdF.
      Ce n'est pas notre ami Jean-Laurent (bien imprécis, il est vrai) qui affirme que la loge Diderot de la GLdF est celle de la GLSE, c'est Françoise Jupeau-Requillard qui affirme, dans sa thèse de doctorat d'Université "La Grande Loge Symbolique Écossaise, 1880-1911", doctorat publié au Éditions Rocher (1998, p 196) qu' "Elle [la Loge Diderot] rejoint à son tour la GLdF en 1911." Vrai, faux ? Je n'en sais rien, mais rendons à César, ce qui est à César !?

      Condorcet 26/10/2016 13:50

      62 ans pour la liberté, une bonne dizaine d'années pour la soumission...Ceux qui ne connaissent pas leur histoire sont condamnés à la revivre, hélas tout est à recommencer.

      VABADUS 29/10/2016 18:35

      Tu as raison de signaler que dans son excellente thèse Jupeau-Requillard qui a écrit que la Loge Diderot de la GLSE a rejoint la GLDF. D'autres historiens l'ont fait. Mais Jupeau-Rquillard dans sa thèse remercie François R de la GLDF pour son aide. Mais ni elle, ni François, ni Jean-Laurent n'ont feuilleté les dizaines de pages du registres des adhésions à la GL alors qu'ils étaient sur place! S'ils s'étaient donné la peine de le faire qu'aucune entrée de Frères de la loge Diderot de la GLSE II n'a été inscrite sur le registre de 1910 à 1914 et que la Loge Diderot n°464 a été créée par des Frères du GODF et de la GLDF. Tu peux vérifier cela en enquêtant rue Puteaux, François R t'aidera, et tu te donneras la réponse à la question que tu te poses " Vrai, faux?Je n'en sais rien" comme tu l'écris, mettant en doute MES AFFIRMATIONS. Ceci étant le "doute " fait partie de la démarche maçonnique et cartésienne. Très fr:. VABADUS