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La Maçonne

L'éthique en franc-maçonnerie : une histoire personnelle ?

L'éthique en franc-maçonnerie : une histoire personnelle ?

L'éthique en franc-maçonnerie, grand débat surgissant de plusieurs articles sur ce blog, dont ceux du frère Vabadus et du Collège des Invisigbles, repose sur des valeurs énumérées dans les constitutions des obédiences et/ou dans leurs « déclarations de principes ».

Elles servent de base à nos démarches initiatiques respectives.

Un petit tour à leurs sujets n'est pas un luxe par les temps qui courent. Histoire de rappeler que l'on n'est pas franc-maçon ou franc-maçonne pour rien. Bien sûr, demander à ce que les obédiences en soient respectueuses n'engage que moi ...

Travailler à l'amélioration de soi – ce « connais-toi toi-même »

Je fais, de cette phrase, une analyse bien plus ésotérique que vous pourriez l'imaginer de ma part, absolument pas moraliste et bien moins « sociétale » que vous le croyez. Oui, je peux vous surprendre. Par contre, elle est au cœur de toute notre éthique et démarche.

Dans l'article "Pourquoi le féminisme?", je faisais référence à une citation de Geneviève Fraisse, parce qu'elle fait écho à une dimension ésotérique qui se retrouve ici : la « femme nouvelle ». Dans plusieurs ésotérismes, l'homme nouveau – qui est l'initié – développe des capacités et une compréhension du monde que le profane ne possède pas.

Certes, il s'agit soit de discuter avec des anges, de faire appel à des esprits, ou bien, comme Enoch, de parler avec dieu, lui-même et en personne. Je suis un peu plus prosaïque, rassurez-vous.

La franc-maçonnerie propose une « méthode » de pensée, qui si elle est comprise et utilisée, ouvre à la sœur ou au frère des potentialités : une plus grande curiosité sur le monde, une capacité à analyser plus originale et plus en rapport avec soi, un sens critique développé, une affirmation de sa pensée, un développement de sa créativité et de son intuition …

La pensée est la chose à la fois la plus fabuleuse et la plus inexplicable … et surtout nécessite un certain entraînement … et est toujours perfectible. Ce qui est, pour le coup, un programme bien plus réjouissant que de faire la liste de ses défauts et qualités si on se contente de la version « moralisatrice ».

« Tailler sa pierre » - expression souvent utilisée pour dire la même chose – va un peu plus loin qu'une « amélioration de soi » du fait qu'elle appelle à une action de soi vers soi.

Ma meilleure mise en pratique est ce blog. Dans sa version moralisatrice, « tailler sa pierre » permettrait de « construire son temple intérieur » tout en supprimant les « aspérités » qui, allégoriquement, représentent ses vilains défauts pour devenir un ange de douceur et de docilité que je suis (d'ailleurs et de toute manière) tout naturellement.

Or, pour moi, il s'agit de se retrouver au cœur de soi-même. Nous sommes « bons » naturellement. La notion de défauts et de qualités est un jugement de valeur bassement judéo-chrétien dont la définition donnée en franc-maçonnerie, dans une version moralisatrice, est strictement religieuse et n'a rien de maçonnique au sens initiatique du terme.

Il s'agit de retirer – du moins de comprendre – ce qui nous construit, c'est-à-dire de ce qui est de l'accessoire et de qui est important.

Bien sûr, l'exercice demeure parfaitement hasardeux, empirique et subjectif. La mauvaise nouvelle est qu'il est plus douloureux que de faire sa liste de défauts et de qualités et de promettre en allumant un cierge de « s'améliorer » !

Ce blog m'a été, tout à fait, utile parce que j'y ai perdu (métaphoriquement parlant) mon nom, mon passé, mon histoire, ma merveilleuse éducation (maintenant que mes parents me lisent, faut que je fasse gaffe!), c'est-à-dire tout ce qui construit mon identité « profane » et ce que l'on appelle aussi son « cadre de référence ».

Concrètement, c'est celui qui met en avant qu'il est professeur de mathématiques, qu'il s'appelle Tartampion de la Chaise 25ème, qu'il fut champion d'échec à l'âge de 8 ans, ou qu'il un éleveur internationalement reconnu de batraciens.

Vous avez compris : « tailler sa pierre » est supprimé tout ce qui semble nous différencier et qui pourrait permettre soit de nous justifier ou d'imposer un point de vue.

Notre « différence » n'est pas dans nos métaux mais dans ce que nous sommes au cœur de nous-même. Chaque pierre même taillée est unique. Elle n'a qu'une apparence d'uniformité.

Ce blog m'a permis de virer tout ce qui pouvait me permettre de me servir de justification genre : « je dis ceci parce qu'à l'âge de 8 ans, j'étais championne au jeu de la marelle bien que je préférais jouer au ballon », en me concentrant uniquement sur l'argumentation en fouillant, d'ailleurs, à travers celle-ci si je n'y mettais pas l'ombre d'une des aspirités de ma pierre … Tant et si bien que même mes parents ne me reconnaissent pas !

Je dois avouer qu'au début, il s'agissait de préserver mon anonymat et ma vie privée. Aujourd'hui, cela appartient autant de ma démarche et donc de ma méthode de pensée. Elle permet de se libérer de son « cadre de référence », de le connaître et d'en faire le tri ... donc par là de se connaître sans se coucher sur un divan.

« Progrès moral et matériel de l'humanité ».

Vous n'échapperez pas à la dimension « morale » du travail du franc-maçon dont on se demande, d'ailleurs, ce qu'il peut apporter au progrès de matériel à l'humanité. Dans une définition sociétale de la franc-maçonnerie (qui n'est absolument pas la plus mauvaise approche) est que la franc-maçonnerie participe à la société.

Les francs-maçons ne sont pas « en dehors » du monde. Dans le mot « moral », on peut tout autant entendre « intellectuel », « juste » ou même encore « spirituel » (qui sont souvent ajoutés suivant les obédiences). Ce progrès de l'humanité (qui est le sujet de nombreuses planches) appartient tout autant à l'idéal d'un monde plus juste (donc plus moral) et d'une humanité rénovée (par son intelligence).

Si dans la première partie, il y a du concret (même si vous tenez à votre définition strictement moralisatrice), il y a dans cette notion de "progrès de l'humanité" une utopie qui reste en éveil, à défaut d'être vraiment en marche.

Une des valeurs de la franc-maçonnerie est l'utopie, à rêver à un monde plus juste et plus généreux comme d'ailleurs on peut aujourd'hui se contenter de rêver à des obédiences plus justes, plus respectueuses de ses engagements et mettant en marche nos utopies ...

L'éthique en franc-maçonnerie : une histoire personnelle ?

« La Franc- Maçonnerie a pour objet la recherche constante et sans limite de la Vérité, ... »

Vérité - avec un « V » majuscule - est comprise comme unique et seule. Vérité de la création, quasi-divine … Sa signification est éminemment symbolique. Le fait est que personne ne peut prétendre l'avoir trouvé.

Quelque soit votre démarche, cette quête ne supporte pas le mensonge, la tromperie, la manipulation, comme la médisance, … bien qu'elle accepte l'erreur.

Notre société a fait du mensonge quelque chose de « naturel », certes désagréable mais appartenant à nos mœurs. L'erreur, qui est pourtant tout à fait normale, est bien plus socialement réprimandée que le mensonge. L'erreur est synonyme d'incompétence dans une société où le mérite réel ou usurpé est devenu la seule mesure. Le mensonge est devenu un des nombreux moyens de réussite et pour réussir. Peu importe les moyens ... le menteur qui réussit est en état de grâce.

En franc-maçonnerie, cette quête de Vérité (avec ou sans majuscule) doit combattre le mensonge et la manipulation, non pas pour ce qu'il représente en terme de valeur morale, mais parce qu'il s'accorde mal avec une démarche maçonnique.

Celle ou celui qui ment a peu de chance d'être en quête d'une vérité aussi infime soit-elle ou alors, elle/il nous ment. L'erreur est, au contraire, à intégrer à notre démarche comme étant une expérience de vie comme une autre.

de la Justice, ... »

Il est assez amusant que les francs-maçons ont associé la « quête de la Vérité » avec celle de la Justice. Ce qui, finalement, n'est pas fait pour me déplaire.

D'une définition habituellement symbolique de la Vérité appelant à la transcendance, il remet la « Vérité » et sa quête à quelque chose de plus pragmatique. Il n'existe pas de vérité sans justice qui ne sont pas à chercher dans une croyance. Il s'agit d'être dans le « vrai » et dans le « juste » qui peuvent être compris comme synonyme.

C'est pourquoi, il est important de ne pas l'oublier dans sa petite liste de valeurs à respecter. Celle-ci fait de l'utopie d'un monde meilleur, un monde plus juste ... .

L'éthique en franc-maçonnerie : une histoire personnelle ?

Des extraits des constitutions ou déclarations de principe.

"La franc-maçonnerie a pour objet la rechercher constante et sans limite de la Vérité, de la Justice dans le respect d'autrui et la liberté absolue de conscience ; elle s'interdit de formuler des dogmes ou d'exiger de ses adeptes une croyance déterminée. Les Francs-Maçons cherchent à réaliser l'unité dans la diversité. La Franc-Maçonnerie considère le travail comme un devoir et comme un droit ; elle honore également le travail manuel et le travail intellectuel" Ceci pour terminer la phrase de la GLFF.

Dans les principes de la GLDF (c'est toujours bon de le rappeler), on trouve :

« Ils respectent la pensée d'autrui et sa libre expression. Ils recherchent la conciliation des contraires et veulent unir les hommes dans la pratique d'une morale universelle et dans le respect de la personnalité de chacun. Ils considèrent le travail comme un devoir et comme un droit. »

Le Droit Humain formule ceci : « Fidèles au principe de laïcité, respectueux de la liberté absolue de conscience de chacun, les membres de l’Ordre travaillent à concrétiser les principes de liberté, d’égalité et de fraternité et à réaliser pour tous les humains, le maximum de développement moral, intellectuel et spirituel, condition du bonheur qu’il est possible à chaque individu d’atteindre dans une humanité fraternellement organisée. »

L'article Premier du GODF est :

« La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l'étude de la morale et la pratique de la solidarité ; elle travaille à l'amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l'Humanité.
Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience.
Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l'appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique.
Elle attache une importance fondamentale à la Laïcité.
Elle a
pour devise : Liberté, Egalité, Fraternité. »

L'éthique en franc-maçonnerie : une histoire personnelle ?

La "conjonction des opposés".

Refus de toute affirmation dogmatique, liberté de conscience, respect et tolérance, le travail est non seulement un droit mais aussi un devoir (qu'il soit intellectuel ou manuel), … « unité dans la diversité » pour la GLFF alors que la GLDF recherche une « conciliation des contraires » … Le Droit Humain voit dans tout cela « la condition du bonheur ». Il est d'ailleurs le seul à indiquer assez clairement l'idéal, l'utopie, qui est le bonheur de toutes et de tous.

S'il existe des disparités dans les formulations d'une obédience à une autre, il existe un esprit commun et des valeurs communes.

Je ne vais, bien sûr, pas ré-ouvrir le débat sur ce qu'est « le refus de toute affirmation dogmatique » ou encore ce qu'est la « liberté de conscience ». Je souhaite insister sur cette « unité dans la diversité » - formule forte adoptée par les fondatrices de la Grande Loge Féminine de France – ou encore « la conciliation des contraires » de la Grande Loge de France.

Un frère du GODF, décédé en décembre 2012, qui m'a été proche, évoquait lui la « conjonction des opposés ». Expression qui a ma préférence.

Si vous avez trouvé mon explication de la pierre taillée uniforme mais différente un peu longue – vous y trouvez ici sa justification. C'est par la diversité des opinions, des démarches, que la franc-maçonnerie peut demeurer vivante. Par leur confrontation, leur "conjonction".

Une obédience qui se mettrait – pour une raison ou une autre – à refuser cette « diversité » et qui mènerait une politique de nivellement (et vous entendez tout de suite « par le bas ») est amenée à disparaître et, tout au moins, à devenir une coquille vide.

Plus grave encore, les dérives racistes, homophobes, antisémites de nos compatriotes qu'ils soient maçons ou profanes, ne peuvent pas être accepté au regard de nos valeurs, non seulement parce qu'il s'agit d'intolérance, mais parce qu'ils refusent la diversité y voyant la cause de tous les maux de la société. La Grande Loge Féminine de France qui a, à la fois une déclaration de principe et un article 1er à sa constitution, a ajouté à la première (la faisant signer lors de l'initiation) : « Elle proclame en outre son refus de toute discrimination, haine, violence, contre une personne ou un groupe de personnes en prétextant de leur origine, de leur appartenance à une ethnie, à une religion déterminée. » J'espère que tout le monde a compris sans que je développe.

« La conjonction des opposés » est autant parler de laïcité, du « vivre ensemble », de multiculturalisme, d'adogmatisme que de liberté de conscience comme de respecter les opinions des autres. Il est d'accepter les "opposés" et donc les démarches opposées des uns et des autres. C'est aussi parler d'égalité des hommes et des femmes, un des principes du Droit Humain - non précisé pour les autres obédiences.

Les francs-maçons et les francs-maçonnes ont (logiquement) une éthique personnelle sur laquelle repose leur démarche. Leur respect est une affaire de conscience personnelle, de fidélité à ses engagements, mais aussi d'honneur. L'honneur, la dignité mais aussi la responsabilité, apparaissent dans le corpus des rituels, de "l'homme ou la femme debout", renaissant ou renaissante des épreuves et des voyages.

Ainsi, si quelqu'un me demande (encore) qu'elles sont mes valeurs, elles sont là pour une bonne partie, cette liste n'étant pas exhaustive.

Des valeurs qui sont les miennes, qui sont aussi les vôtres … et ce qu'il y a de bien est que si les obédiences connaissent des difficultés pour les respecter ou les faire respecter par ses loges ou ses dignitaires, personne n'a pas besoin d'une obédience, comme de loge pour les défendre.

L'éthique en franc-maçonnerie : une histoire personnelle ?

L'inventeur du rock'n roll est une femme et c'est elle !

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