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La Maçonne

Un Conseil d'Etat devenu expert en décoration de Noël.

Le Conseil d'Etat a autorisé les crèches lors des festivités de fin d'année s'essayant à raccommoder par les deux bouts une vision archaïque de la place de la religion dans la vie publique et la laïcité. C'est un peu vain puisqu'a priori une crèche – même si élément décoratif – est rarement trouvée dans la communauté juive ou musulmane de France ou chez moi. Elle est donc une spécificité d'une unique religion … surtout si elle est inaugurée par toute la chrétienté locale et réclamée par celle-ci comme étant de « leur tradition » ou leur prétendue identité.

 

A ce titre, on trouve d'ailleurs un peu pour tous les goûts. Une inauguration par Eric Ciotti de la crèche « départementale » qui propose une visite guidée de 450 crèches dans différents villages – Celle de Béziers par Ménard et des ecclésiastes dans toute la splendeur de leur mission. Celle de la commune « le Vaudoué » qui n'hésite pas à inviter dans la population à boire du vin chaud …. et, qui ce 13 novembre, a affiché la messe de St-Hubert avec bénédiction des chiens de chasse ! Celle de Fréjus dont le maire n'hésite pas à déclarer : « Comme vous le savez, je me suis engagé dès le début de mes fonctions à garantir cette magnifique tradition chrétienne, une tradition profondément ancrée en Provence et plus particulièrement à Fréjus. » Celle de Civitas au Parlement Européen que j'ai relaté à l'époque. Celle de la commune de Woippy (en Moselle) pour boucler une liste déjà longue. Ainsi, s'il s'agissait d'un simple élément décoratif, déposé là – parmi d'autres – dans un ensemble qui se souhaite cohérent (comment le Conseil d'Etat va statuer sur la cohérence d'une décoration?) – pourquoi autant de simagrées, de discours de maires de commune laïque qui n'en font pas autant lors des festivités, fort nombreuses, juives ou musulmanes ?

La loi de la laïcité est pourtant assez simple. Elle permet à tous d'avoir la religion de son choix, de la pratiquer ou non, et d'installer une crèche dans son foyer afin de transmettre à ses descendants cette « tradition » festive.

On peut aussi accepter la dimension mercantile de la crèche de Noël dans les magasins – qui d'ailleurs se contentent, la plupart du temps, de minimiser l'objet à sa plus simple conception et qui les pose – là, sans faire de discours inauguraux. On se demande ce que peut avoir à vendre une mairie, une école publique et la place publique si on n'est pas dans le pays des santons.

Le Conseil d'Etat a, dans ses décisions, volontairement occulté cette réalité derrière ces crèches publiques. Ce n'est pas tant qu'elles soient exposées dans des halls d'entrée – et de savoir si la décoration est cohérente ! - mais ce qui est dit et fait autour par des maires élus d'un état laïque qui font qu'elles dépassent le stade de la simple décoration de fin d'année pour devenir à un outil de prosélytisme religieux et identitaire exclusif. Ces crèches inaugurées contreviennent à la loi de la laïcité, à la neutralité des mairies, d'autant plus qu'à part quelques rares exceptions leur existence dans le paysage urbain est récente. Elles ornaient – quitte à rappeler les traditions – les églises …

Mais ça c'était avant que le Conseil d'Etat ne devienne un expert en décoration de fêtes de fin d'année !

Une laïcité à double discours. 

Pour les obédiences maçonniques, c'est la grande confusion. Hormis le GODF qui a publié un communiqué protestant contre les décisions du Conseil d'Etat et remettant en cause sa capacité de "décorateur" de fêtes de fin d'année, les obédiences sont - par trop - silencieuses.  La Fédération Française du Droit Humain a, de son côté, publié un communiqué concernant l'abrogation du délit de blasphème et remettant en cause le concordat Alsace-Moselle, dans le cadre de sa démarche ouvertement laïque. En dehors de ces deux manifestations défendant l'une et l'autre les principes de la laïcité, les obédiences françaises semblent se désintéresser des sujets habituellement couverts par elles. 

En 2007, les obédiences ensemble s'insurgeaient contre le discours de Latran. Un peu moins de 10 ans plus tard, ces mêmes obédiences semblent oublier leurs engagements alors que la laïcité n'a jamais été autant menacée. 

On ne peut pas échapper au double discours des politiques - surtout classés "à droite" mais il y en a aussi "à gauche" - qui défendent le principe de la laïcité que lorsqu'il s'agit de l'islam.  Les crèches de Noël appartiendraient, selon eux, à une "tradition de foi chrétienne" (catholique, mais on sait que les catholiques considèrent que les chrétiens sont tous aux pieds du pape), à une "identité nationale", quant ils ne militent pas ouvertement pour une re-christianisation de la France.

Est-ce que les obédiences sont tombées dans le piège fatal d'une laïcité à deux vitesses ? C'est à croire. Peut-être faut-il aujourd'hui (re) commencer le débat mais au sein des obédiences elles-mêmes qui semblent s'être perdues en chemin. Pourtant, il y a une règle simple sur laquelle tout le monde peut s'accorder et qui ne devrait pas conduire le pays et les obédiences dans le flou dans lesquelles elles se trouvent aujourd'hui : ce que l'on interdit aux uns "au nom de la laïcité" doit être interdit aux autres. Ainsi, ces crèches de Noël sont pour les catholiques ce que sont les voiles pour les musulmans : du folklore, du décors, ... mais surtout des "signes ostentatoires religieux".  De la "nativité" à la mort du même personnage, il n'y a - finalement - que les crèches et les crucifix. 

 

 

 

 

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Brumaire 21/11/2016 21:24

Le Conseil d'état a encore perdu une occasion, celle de (re)mettre la laïcité au coeur de l'Etat.
Pourquoi n'a-t-il pas dit que les crèches devaient être dans les églises et dans l'intimité des demeures des catholiques? par trouille de levées de certains boucliers? par lâcheté? ou parce qu'il ne sait plus très bien ce qu'est la laïcité, à force de l'avoir triturée et contournée?
D'un autre côté, le communiqué du GODF est trop long et empêtré. Pourquoi ne pas dire les choses clairement sans se tortiller dans tous les sens, ce qui aurait permis à chacun, quelle que soit sa croyance, de réfléchir sur tous ces/ses comportements déviants et prosélytes.
Un coup d'épée- flamboyante- dans l'eau!

Condorcet 21/11/2016 09:47

Sans être un spécialiste du droit administratif et de ses règles de procédure mais ayant quelques connaissances juridiques qui me permettent de tenter d’analyser les décisions du Conseil d’Etat, comme nombre de mes compatriotes qui ont un minimum de sens de l’observation, quelque peu de bon sens et de rationalité, et également un peu de lucidité, je ne peux que constater que la laïcité qui a permis à notre société de connaitre une forme d’apaisement est aujourd’hui en recul. Aussi je ne peux être que d’accord avec cette opinion du journaliste Eric Conan : « … la politique du Conseil d’Etat n’a de cesse, depuis trente ans, de vider la laïcité de son sens au profit du multiculturalisme. »

L’admiration sans limite du modèle anglo-saxon nous amène à cette situation ou le droit à la différence amène inexorablement à une différence de droit. Diviser pour mieux régner semble être la doctrine dominante qui amènera une pratique discriminatoire dans le vécu de chacun d’entre nous. Le résultat du premier tour des primaires de la droite et du centre est un indicateur significatif qui démontre que le retour du religieux le plus ultra est à l’œuvre.

Concernant l’application de cette doctrine et pour essayer de comprendre la cause de cette dérive, il suffit d’examiner le recrutement des conseillers d’état pendant ces dernières années:
– Une partie , de plus en plus importante, provient des recalés du suffrage universel ( LR et PS ). Politiciens et pas juristes, ils épousent consciemment ou non, les mêmes modes de » raisonnement » du monde politicard qui a plus à voir avec une grosse caisse qu’avec Descartes et la raison.
– Une autre provient de l’ENA qui ne forme plus, toujours pour cette même période, comme elle le faisait au début de sa création, des « grands commis de l’Etat « . Aujourd’hui l’Etat est quasi mort et on a tout fait pour le détruire sous des slogans du style « il y a trop d’Etat » ou encore « trop de fonctionnaires », cet outil de l’intérêt général qu’est l’Etat et qui est la seule richesse de ceux qui n’ont rien, aujourd’hui par idéologie prospère comme outil de privatisations et de spoliations des citoyens des biens publics qui leurs appartenaient, et l’Ena est devenue cette école de la pensée unique qui forme désormais des « grands commis de l’oligarchie ploutocratique et financière ».
De ce fait approuvant le grand bond en arrière dit » libéral « , les conseillers d’état, toutes catégories confondues, tirent à vue sur tout ce qui rappelle cette République » démocratique, laïque et sociale » détestée et dont l’oligarchie a juré la perte.
Compte tenu de ce qui précède, inutile de s’étonner de ce que la Laïcité – comme la justice sociale et autres valeurs – soit passée à la trappe par ceux-là mêmes qui devaient la défendre.
A titre personnel, je n’ai rien contre les croyances intimes dès lors qu’elles se manifestent chez soi et dans les lieux des cultes réservés à cet usage.
Mais vouloir, au nom du culturel, imposer les symboles d’une croyance aussi respectable soit-elle, en cette période pour le moins dangereuse -nous sommes en situation d’urgence – me semble pour le moins ressembler à l’ouverture de la boite de pandore avec toutes les conséquences prévisibles et induites. Demain ce seront d’autres religions qui exigeront l’ouverture des édifices publics aux symboles de leurs convictions. Qu’aurons-nous à leur opposer ?
Par ailleurs, ouvrir les lieux publics à des marqueurs symboliques d’une religion me semblent manquer de respect à la moitié et un peu plus de nos concitoyens qui sont soit athées soit agnostiques. Anderson dans ses constitutions parlait de cette religion que tous les hommes partagent, à savoir : celle de la raison, du respect et du bon sens. Le moindre bon sens voudrait que l’on se fasse discret dans la manière de vivre ses convictions ne serait-ce que par respect à l’égard d’autrui.