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La Maçonne

Femmes : "assez" de droits?

Je rapproche le militantisme de ce que l’on voyait dans les années 70, quand il fallait revendiquer des droits tels que l’avortement, la pilule… Aujourd’hui nous sommes davantage dans l’évolution des droits. Nous n’en voulons pas plus, mais au moins les mêmes droits

Marie-Thérèse Besson, GLFF (sur TV5 Monde)

C'est ainsi que résume la présidente de la GLFF, Marie-Thérèse Besson, le travail des soeurs de la GLFF en matières des droits des femmes dans un article sur TV5Monde du 28 décembre 2016, bien qu'il faut noter qu'il date certainement de 2015 (1). 

Citation qui mérite que je lui fasse honneur sur mon blog.

Surtout, Mesdames, n'en demandez pas plus. Contentez-vous de ce que vous avez. Tel est son message. (Pour lire l'article complet, c'est ici).

Un tel message édifiant ne peut que me faire réagir. 

 

Encore une fois, Marie-Thérèse Besson a manqué l'occasion de se taire. Il est à se demander qu'est-ce qui la dérange dans « ce plus » en matière de droits pour les femmes (comme d'ailleurs pour les hommes) que pourrait être revendiqué par les femmes et les soeurs de la GLFF? 

Se permettre de décider pour toutes, soeurs et femmes, qu'il n'y aurait pas d'autres revendications à faire en matière de droits des femmes, a de quoi me chagriner.

Est-ce à dire qu'elle estime que les femmes - si elles en réclamaient encore - auraient "trop de droits"? Comment peut-on considérer qu'un groupe d'individus, du fait de leur sexe, de leurs origines, de leurs cultures, risqueraient avoir "trop de droits" et/ou ne pourraient pas militer pour un mieux-être pour toutes et tous?

Pourtant les faits – hélas – la contredisent. Il serait bon qu'elle consulte les travaux de la Commission des Droits des Femmes de la GLFF, en particulier son son contre-rapport au CEDAW (cliquez ici pour lire l'article)dont elle s'est refusée de faire de la publicité bien que ces dernières furent reçues à l'ONU, (sur le site de la GLFF).

L'article de TV5 Monde explique d'ailleurs : .  

"La GLFF, Grande Loge féminine de France, se présente quant à elle dans sa plaquette, comme « particulièrement attentive à la promotion des femmes, aux respect de leurs droits et de leur dignité ». Dans cette obédience, la féminisation des titres va de soi, et la commission des droits des femmes se veut très active. « Nous suivons les textes de loi, nous faisons des articles, des communiqués contre la prostitution par exemple, sur la santé des femmes, leurs droits. Le Sénat nous consulte sur de nombreux sujets. Nous organisons des conférences, des colloques, comme l’année dernière pour les quarante ans de la loi Veil », énumère la présidente de la commission nationale du droit des femmes de la GLFF, qui préfère rester anonyme."

 

Elle peut aussi lire les différents numéros de "Voix d'Initiés" qui - hormis le dernier opus - évoquent largement l'émancipation des femmes dans tous ses aspects culturels, spirituels, économiques, sexuels, politiques, etc. 

Les législateurs se sont penchés sur des lois ces derniers temps – permettant d'affirmer les droits aux femmes et finalement leur en octroyant des supplémentaires. Le dernier est le délit d'entrave du droit à l'IVG étendu aux sites internet. Il y a eut (enfin !) la loi permettant la pénalisation des clients de prostitués. La baisse de la taxe dite « rose » - c'est-à-dire relative aux produits d'hygiène féminine – fut, de même, accordée. Bref, les législateurs trouvent toujours de nouveaux droits à accorder aux femmes.  

Il exista aussi – mais ce n'est que partie remise – des projets d'éducation permettant de remettre en cause les stéréotypes de genre dès l'école.

 

Si Besson, à titre personnel, est très contente de son sort, il semblerait que toutes ne partagent pas cet avis.

Des femmes comme des hommes travaillent à l'avenir des nouvelles générations comme à remédier aux maux du présent, afin d'améliorer les conditions sociales, économiques de la société. Y compris la GLFF qui l'a fait de tout temps. 

En gros, « travailler à l'amélioration de l'humanité », qui pratiquement ou symboliquement, ne consiste pas à déclarer « tout va bien, nous – on est contente de ce que nous avons. On fait juste en sorte de ne pas avoir moins. »

Cela passe aussi par une égalité de droits et une quête de Justice. Des fondamentaux de la franc-maçonnerie, en somme. 

Besson a éteint les lumières.
 

 

 

 

L'antiféminisme ordinaire.  

 

Comme il y a plusieurs manières d'être « féministe » et que le terme lui-même regroupe une tendance et non pas un dogme ou un programme, il existe autant de forme d'antiféminisme. De l'antiféminisme « ordinaire » à celui plus meurtrier.

Le mot « féminisme » est un terme qui fut, depuis l'origine des temps, fortement décrié par les opposants aux droits des femmes. Les affichettes de la fin du 19ème siècle, qui illustrent d'ailleurs cet article, le montrent plutôt bien. 

.Les « féministes » - ces femmes à barbe, véritables maux voulant détourner les femmes honnêtes de leurs devoirs matrimoniaux, ces « harpies », ces folles, etc – ont été catalogué dans la catégorie « pas glamour », culpabilisant toutes les femmes qui seraient tentées de trouver dans le féminisme une voie.

L'antiféminisme souhaite rester dans un modèle de société patriarcal. Ainsi, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'on les retrouve aussi dans des mouvements religieux intégristes et communautaristes.

« Enfin, la « femme rivale » est possiblement la représentation sociale qui, de nos jours, suscite le plus de réactions parmi les masculinistes. Pour certains d’entre eux, la différence mais surtout les forces et les qualités insoupçonnées de cette femme alimentent leur ressentiment, sinon leur peur. Pour d’autres, le refus de partager des territoires que les hommes occupaient en exclusivité dans le passé de même que l’anxiété causée par les changements induits par la mixité sociale et la mutation des mentalités, des rôles, en particulier parentaux, et plus globalement des modes relationnels, des modes d’être ensemble, sont à l’origine de la pérennité d’une vision binaire et antagoniste des rapports de sexe. Plusieurs Québécoises se sont ainsi vu traitées au cours des dernières années de « vaginocrates », de « terroristes familiales », de « féminazies » ou encore de « féministes intégristes », c’est-à-dire de « croyantes qui refuseraient toute évolution ». » explique Francine Decarries dans son article « l'antiféminisme ordinaire ». (article complet sur "Erudits")

Elle relève ainsi les différents aspects de cet antiféminisme contemporain.

Elle en souligne trois.

La distorsion.

Il s'agit d'une désinformation laissant croire que le féminisme est destinée aux « frustrées », souhaitant prendre une revanche sur la vie (et donc sur les hommes). Ainsi, ces distorsions (forme de désinformation) veut faire croire que les revendications sur l'égalité des salaires est présentée comme une injustice faite aux hommes. De même, cette désinformation – qui comme on le constate n'est pas nouvelle – fait de la féministe une « castratrice », une « dominante », …

La désinformation contemporaine va aussi jusqu'à nier les violences faites aux femmes (c'est dans leur imagination, n'est-ce pas?) sinon trouve des justifications (les pulsions masculines), etc. L'un des propos des antiféministes est de considérer qu'il s'agit de misandrie, « anti-homme » - qu'il faut aussi arrêter « ces combats d'arrière-garde contre les hommes », (citation de Besson dans son mot d'accueil en convent!), ces combats sont néfastes, bien entendu, à la société et – surtout – au patriarcat.

La simplification.

L'égalité entre les hommes et les femmes n'est plus (voir ne l'a jamais été) une affaire de société mais une affaire privée, explique-t-on. La lutte pour l'égalité n'a ainsi aucun intérêt pour une société humaine, un état ou même les femmes elles-mêmes. Simplification aussi, lorsque l'on dit, que « les femmes ont des droits suffisants ». Encore faut-il savoir définir ce qui est suffisant, le nécessaire du frivole.

D'ailleurs, n'est-ce pas, s'il y a si peu de femmes dans les organes de direction, c'est parce qu'elles ne le veulent pas (ou n'en sont pas capables intellectuellement). Le plafond de verre n'existerait donc pas, les orientations professionnelles des filles ne sont naturellement pas « sexuées », etc.

Le pouvoir n'est, d'ailleurs, pas « féminin » ou une aptitude féminine.

Or, les enjeux du féminisme dépassent, bien entendu, ce cadre simpliste et considère que les femmes ont autant de capacités que les hommes, les mêmes goûts, les mêmes envies, les mêmes besoins et même des pulsions. Incroyable, non ?

 

La victimisation.

Dans cette « guerre des sexes » que mènent les féministes, les victimes sont les hommes qui perdent leur position dominante dans une société faites pour eux et par eux. Ils sont les « oubliés » de l'affaire. Ils sont, même, injustement accusés (de violence, de pédophilie, de viols, etc). Ils doivent lutter pour obtenir la garde de leurs enfants.

Eric Zemmour, antiféminisme reconnu comme tel, utilise autant dans ces arguments un déni de violence (avoir des gestes déplacés ce n'est pas grave, le viol et toutes agressions sexuelles seraient, selon lui, toujours consenties), crie au complot (mais c'est son truc : le féminisme souhaite faire croire que la société serait patriarcale!), et le féminisme est une atteinte triviale à la féminité et donc à la sexualité masculine. Ces messieurs – dirions-nous – en perdent tous leurs moyens. 

Le féminisme, voyez-vous, fait des victimes : les hommes, voulant les transformer en femmes - et les petits garçons en filles - 

Que des hommes se plaisent à décrier la fin des valeurs familiales bourgeoises et patriarcales en se ridiculisant est, certes, un problème, mais facilement résolus par les féministes elles-mêmes. Les femmes font ce qu'elles veulent de leur vie. Par contre que des femmes soient antiféministes me consternent. Que l'une d'entre elle soit la grande maîtresse de la GLFF me sidère.  Auraient-ils peur que leur petit monde douillet s'effondre autour d'elles si les femmes obtenaient quelques droits de plus? 

 

 

 

 

Illustration : carte postale britannique.  

être une femme et une maçonne. 

Le sommet de l'antiféminisme – et du sexisme - est de décider, pour toutes, les droits que les femmes méritent et qui leur suffiraient.

Le féminisme fait autre chose. Il n'est pas de décider à la place des femmes comment elles doivent vivre, mais de permettre aux unes et aux autres de vivre comme elles l'entendent – en particulier en leur donnant les moyens de faire leurs propres choix –

L'antiféminisme est de prôner que les femmes ont une place assignée et stéréotypée. Le féminisme est de vouloir faire une place pour tout le monde, en s'inquiétant uniquement de l'individu et en centrant le débat sur lui. Ceci, d'ailleurs, comme tous mouvements émancipateurs. 

Ainsi, considérer que les « femmes ont assez de droits » et ne peuvent décemment pas en réclamer plus, c'est déjà indiquer aux femmes la manière dont elles doivent gérer leur vie. Ce qu'elles ont devraient suffire - Passez votre chemin, Mesdames, la GLFF ne travaille pas à vous émanciper ! 

Considérer que les femmes ne peuvent réclamer plus de droits est estimer, aussi, qu'elles sont irrémédiablement des être inférieurs qui risqueraient de se perdre en ayant "trop de droits". Il ne faut surtout pas qu'elles abusent, hein? 

 

Personne ne peut avoir "trop de droits". Si on constate un écart en matière d'égalité, c'est que la partie lésée n'en a pas assez. Or, comme on le constate de jour en jour, y compris dans nos sociétés modernes, les hommes n'ont pas perdu des "droits" mais seulement des privilèges - des privilèges hérités d'un système patriarcal - 

C'est bien ces privilèges sociaux et culturels que la franc-maçonnerie est censée combattre afin de faire du monde, un monde meilleur, une humanité responsable, une société où l'être humain est au centre - Un mode où les individus seraient libres, égaux et des frères et des soeurs en humanité. Tous les êtres humains, y compris les femmes. 

Un des fondamentaux de la franc-maçonnerie est, bien sûr, l'égalité - mais aussi la liberté - Cette liberté - concrètement - passe aussi par le libre-arbitre, le choix de vie mais aussi, parce que nous sommes maçons et maçonnes, une "liberté d'être".

Une franc-maçonne est aussi une femme - qui connait les questions liés aux droits des femmes - Que certaines nient leurs intérêts, refusent d'y réfléchir - après tout, cela les regarde et les concerne - Qu'elles fassent pression pour que les autres n'y réfléchissent pas est consternant. C'est, en effet, ce que fait - maladroitement Marie-Thérèse Besson - jouant sur les clichés - comme le montre ce passage de son mot d'accueil au convent de 2016 et cette déclaration aux journalistes de TV5 Monde. 

La franc-maçonnerie est censée être un laboratoire d'idée - une école de pensée. Une soeur est une cherchante avant toute chose. Soit - mais chercher quoi? Comment travailler "à l'amélioration de l'humanité"? Un "entre femmes" - rares d'ailleurs dans nos sociétés - permet d'utiliser un objet d'étude et d'analyse qu'elles ont sous la main "les femmes" - voir même de l'éplucher sous toutes les coutures - Nous sommes notre propre objet d'expérimentation. Au moins, on ne peut pas accuser les soeurs de la GLFF de se mêler des affaires des hommes .... 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Date de l'article de TV5 Monde. 

Cet article "mis à jour le 28 décembre 2016" et repris un jour plus tard sur Gadlu.info daterait du début 2016. En effet, en dehors que Madeleine Postale soit toujours désignée comme "président" de la Fédération Française du Droit Humain, l'article mentionne la visite de Marie-Thérèse Besson dans le camp de Grande-Synthe "quelques semaines plus tard". Cette visite a eu lieu fin janvier 2016 (article blog "la Lumière"). 

Quant à l'assemblée générale de janvier que Besson mentionne, il s'agit certainement de la TGL (qui est une réunion de préparation à l'assemblée générale qui est le convent et non pas l'assemblée générale) qui, effectivement, a eu lieu en janvier 2016. J'ignore tout sur le travail sur les migrantes de cette "assemblée générale" (la TGL).  A part donner un chèque à "Gynécologie sans frontière" (y-a-t-il eu un vote lors de la TGL?), la GLFF n'a rien fait de plus ni même produit l'ombre d'un travail sur la situation des femmes migrantes et de leurs enfants. Les camps des réfugiés ont été détruits fin 2016. Les réfugiés ont été évacués. La situation des femmes migrantes s'est, je l'espère, améliorée bien qu'elles ont à mener un double combat pour s'intégrer, trouver un emploi, élever leurs enfants : être des femmes et des migrantes. 

Bien que l'article titre "loge féminine, loge féministe", il parle bien plus de la mixité en loge et du Droit Humain que de la GLFF. 

 

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Condorcet 08/01/2017 10:42

Partout à travers le monde, viols, harcèlement sexuel, violences domestiques, mariages forcés, crimes « d’honneur », mutilations génitales : toutes ces violences constituent une violation grave des droits fondamentaux des femmes et des filles et un obstacle majeur à la réalisation de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Les violences sont construites sur un continuum de comportements sexistes et de pratiques, inacceptables, susceptibles de causer un préjudice ou une souffrance de nature physique, psychologique (insultes, critiques permanentes, humiliation…), sexuelle (viol, agressions, harcèlement…) ou économique (confiscation du salaire ou des documents administratifs, non-versement des pensions alimentaires…).

Les violences contre les femmes et les filles ne relèvent ni d’affaires privées ni de faits divers et, contrairement aux idées reçues, elles n’ont pas lieu uniquement dans la sphère familiale (violences conjugales et intrafamiliales). Elles n’épargnent aucun milieu, aucun territoire, aucune génération, aucune nationalité, aucune religion. Ne cédons pas aux discours conservateurs et racistes des extrêmes droites qui dénoncent cette question toujours sous l’angle « ethnique ».

Comme l’affirme le préambule de la convention d’Istanbul*, la violence à l’égard des femmes est une manifestation des rapports de force historiquement inégaux entre les femmes et les hommes ayant conduit à la domination et à la discrimination des femmes par les hommes, privant ainsi les femmes de leur pleine émancipation. Cette Convention, ratifiée par la France en 2014, renforce la protection et les droits des femmes et fixe les mesures préventives, législatives, juridiques, sociales, protectrices ou réparatrices que les États signataires s’engagent à prendre pour agir à la fois en amont et en aval. Elle oblige les États à agir concrètement en intégrant dans les lois nationales les applications de ce texte.

Pour tout maçon(e) qui se respecte agir contre la violence, c’est :

- protéger les femmes de tous pays, en « paix » comme en guerre, les accompagner et les aider à redevenir sujets de droit ;

- éduquer et former dès le plus jeune âge à l’égalité pour prévenir les comportements sexistes ;

- financer durablement les actions, entre autres associatives, qui œuvrent contre les violences ;

- étendre le champ des formations initiale et continue des acteurs concernés (enseignant-e-s, avocat-e-s, médecins, juges, policier-e-s…) ;

- demander au gouvernement français d’appliquer toutes les mesures prévues par la convention d’Istanbul et renforcer celles qui sont déjà prises.



* Convention d’Istanbul, traité international adopté par le Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (2011).

Valérie 07/01/2017 11:48

Ma soeur la Maçonne,
De tout temps, des femmes ont préféré leur confort plutôt que de regarder la situation des femmes qui vivent à côté d'elles. Egoisme? Bêtise? peur? Je ne sais pas
Je n'ose envisager que la GM puisse dire cela. Au niveau mondiale, les droits des femmes sont loin d'être gagnés. En Europe, encore, bien des femmes vivent dans la précarité en charge d'enfants.