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La Maçonne

Liberté & Soumission en franc-maçonnerie

Cet article est le premier article pour 2017 de notre frère Vabadus.

 

Être un « maçon de combat » ou une « maçonne de combat » n'est pas donné à tout le monde. Je dirais même que nous nous heurtons plus souvent soit au laxisme, soit à la couardise, soit – tout simplement – un des individus que je qualifierais de « naturellement » soumis.

Êtes-vous un « maçon de combat » ou une « maçonne de combat » ? Certains d'entre vous répondent que la franc-maçonnerie n'est pas un combat.

Pourtant si. Elle l'est. Nos valeurs sont des combats - des combats quotidiens – des batailles à mener. « Liberté – Egalité – Fraternité » resteront des combats jusqu'au jour où tous les hommes et les femmes sur la terre vivrons dans des états de droit, en démocratie, en tant qu'individus libres en raison et en droit.

La liberté s'apprend.

.

 

 

 

 

 

 

Dans son célèbre ouvrage « Discours de la servitude volontaire »

Étienne de La Boétie livre une histoire à méditer :

« On raconte que Lycurgue, le législateur de Sparte, avait nourri deux chiens, tous deux frères, tous deux allaités au même lait. L’un était engraissé à la cuisine, l’autre habitué à courir les champs au son de la trompe et du cornet. Voulant montrer aux Lacédémoniens que les hommes sont tels que la culture les a faits, il exposa les deux chiens sur la place publique et mit entre eux une soupe et un lièvre. L’un courut au plat, l’autre au lièvre. Et pourtant, dit-il, ils sont frères !

Celui-là, avec ses lois et son art politique, éduqua et forma si bien les Lacédémoniens que chacun d’eux préférait souffrir mille morts plutôt que de se soumettre à un autre maître que la loi et la raison. »

Oswald Wirth qualifiait la Franc-Maçonnerie d’« École de la Liberté ». Or j’ai constaté combien il pouvait y avoir de Maîtres soumis en Loge, allégeance aveugle à l’autorité et/ou à l’idéologie! Lorsqu’on évoque le « Maçon Libre » cela implique, selon moi, pour une Soeur ou un Frère d’être REBELLE à toute forme d’autorité et de toute règle qui entraverait sa recherche de la Vérité et sa démarche initiatique, sinon la notion de Maîtrise est une stupidité !

Voir des Frères soumis m’a donc toujours interpellé. Il y a des dirigeants dans des obédiences et des juridictions des hauts grades qui jouent de la flute transformant des personnes intelligentes et cultivées en enfants de Hamelin, les entraînant dans la caverne.

 

Aussi tentons d’expliquer ci-après, les raisons de cette « soumission ».

Religion, autorité & soumission

 

Attendu, comme l’affirment certains dignitaires, que la Maçonnerie a des sources chrétiennes, on peut imaginer que les chrétiens qui ont, dans le temps, formaté l’organisation de la FM, de se sont inspirés de leur religion d’origine.

Après tout, la chrétienté ce n’est jamais qu’une secte juive qui a réussi !

Autant copier les « recettes » de cette réussite se sont-ils dit, pour organiser la Maçonnerie qui offrait déjà au XVIII ème siècle, une religion de substitution à ses adhérents. Dans ces conditions je propose à votre lecture un texte pertinent analysant les liens entre religion, autorité et soumission, texte offert sur le site « Forum des déistes, athées et inter-religieux »

Voici quelques extraits

« Les religions se réclament toutes d’une doctrine, d’un message, d’une prophétie de paix, d’amour et de tout ce que l’on voudra, à quoi il faut croire et adhérer pour le salut de son âme. « 

« La soumission est la clef universelle de la vie des religions. »

« Les humains sont faibles, fragiles, vulnérables, et ils ont toujours besoin de croire à une force supérieure bienveillante qui les protège et les guide sur la bonne voie. « 

« L’autorité ainsi établie va aussitôt imposer le respect d’elle-même et la soumission au dogme et à elle-même. « 

« Les religieux sont le lien, les messagers élus, les seuls interlocuteurs de la source divine. Ils détiennent le pouvoir de recevoir et de transmettre la volonté divine. Ils sont en ligne directe avec Dieu.

Toutes les questions que peuvent se poser les humains trouvent leurs réponses dans la doctrine, le message ou la prophétie à l’intérieur des livres sacrés, les « écritures ».

« Dans les sectes qui sont de petites religions fondées par des gourous, la notion d’autorité et de soumission est particulièrement présente. On le voit dans des ordres comme l’Opus Dei, par exemple, filiale catholique intégriste absolutiste, ou encore la Scientologie qui est connue pour ses excès et ses atteintes aux droits de l’homme.

A ce niveau, la soumission devient une sorte d’esclavage physique et mental. Une aliénation et un contrôle de la pensée. »

« Naturellement, on retrouve les recettes des religions, (guide suprême, pensée unique, soumission au dogme et à l’autorité établie) dans d’autres groupements humains comme les partis politiques, les entreprises, les syndicats, la franc-maçonnerie à un certain degré ».

L'article ajoute par ailleurs :

« La religion est une organisation qui ne peut fonctionner qu’en imposant ses idées et son autorité sur les fidèles, les croyants, en les soumettant à cette autorité et à sa volonté. Le mot islam en est un bon exemple puisqu’il signifie littéralement « soumission ».

On comprend pourquoi les islamistes intégristes ne veulent pas être maçons car ils ne peuvent se soumettre à deux autorités distinctes. Il n'y a que dans les pièces de Goldoni que le valet a deux maîtres ! Dans la fatwa contre la FM établie à la Mecque en 1978, il est clairement dénoncée la soumission qui existe en son sein : "Une cérémonie est organisée avec protocole en l’honneur de chaque nouveau membre pour l’impressionner, et afin qu’il voue une obéissance totale à cette organisation, qu’il ne désobéisse pas aux ordres des supérieurs. ».

(pour trouver ce forum, il suffit de cliquer ici).

On ne peut avoir deux maîtres. C'est aussi ce que disent les catholiques se basant sur Mathieu 6-24 « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre; ou il s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. »

 

Soumission à l'autorité & à la tyrannie. 

Denis Diderot a écrit dans l'encyclopédie : »Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander les autres.”

Étienne de La Boétie devait partager cette pensée quand il s’interrogea sur la servitude volontaire qui caractérisait la situation des hommes face aux tyrans – extrait de son ouvrage :

« Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. Chose vraiment étonnante — et pourtant si commune qu’il faut plutôt en gémir que s’en ébahir -, de voir un million d’hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient pas redouter — puisqu’il est seul — ni aimer — puisqu’il est envers eux tous inhumain et cruel. Telle est pourtant la faiblesse des hommes : contraints à l’obéissance, obligés de temporiser, ils ne peuvent pas être toujours les plus forts.

L’auteur affirme «pour que  les hommes, tant qu’ils sont des hommes, se laissent assujettir, il faut de deux choses l’une : ou qu’ils y soient contraints, ou qu’ils soient trompés. Mais ils « sont moins souvent séduits par autrui qu’ils ne se trompent eux-mêmes »

Il constate : « qu’Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu’il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu’on dirait à le voir qu’il n’a pas seulement perdu sa liberté mais bien gagné sa servitude. »

Il explique comment les tyrans maintiennent les hommes sous leur joug et notamment parce que : » les gens soumis, dépourvus de courage et de vivacité, ont le coeur bas et mou et sont incapables de toute grande action. Les tyrans le savent bien. Aussi font-ils tout leur possible pour mieux les avachir. ».

« Libertaire » de son temps ( XVIème s), de La Boétie affirmait encore :

« À vrai dire, il est bien inutile de se demander si la liberté est naturelle, puisqu’on ne peut tenir aucun être en servitude sans lui faire tort : il n’y a rien au monde de plus contraire à la nature, toute raisonnable, que l’injustice. La liberté est donc naturelle ; c’est pourquoi, à mon avis, nous ne sommes pas seulement nés avec elle, mais aussi avec la passion de la défendre. »

 

La soumission & les problèmes de conscience. 

 

Les expériences de psychologie de l’américain Stanley Milgram réalisées entre 1960 et 1963 visaient à évaluer le degré d'obéissance d'un individu devant une autorité qu'il juge légitime et à analyser le processus de soumission à cette autorité, notamment quand elle induit des actions qui posent des problèmes de conscience au sujet.

 

Stanley Milgram propose une analyse détaillée du phénomène. Pour lui l'obéissance est un comportement inhérent à la vie en société et l'intégration d'un individu dans une hiérarchie implique que son propre fonctionnement en soit modifié : l'être humain passe alors du mode autonome au mode systématique où il devient l'agent de l'autorité.

 

Lorsque l'individu obéit, il délègue sa responsabilité à l'autorité et passe dans l'état que Stanley Milgram appelle « agentique ». L'individu n'est plus autonome, c'est un « agent exécutif d'une volonté étrangère.

Les expériences avaient montré que 50% à 85% des individus acceptaient d’accomplir des actes sur ordre contraires à la morale.`

 

J’ai vu sur France Télévisions en 2009 le documentaire « Le jeu de la mort » mettant en scène un faux jeu télévisé mais qui était une vraie expérience de type Milgram. Le taux d'obéissance était de 81 %. Le producteur de l'émission, Christoffe Nick présentait son documentaire comme une critique de la téléréalité. Il est vrai que, par exemple, TF1 a fait fortune pendant des années, avec de ces émissions où l’on manipulait des adultes débiles offrant ainsi des jeux du cirque aux téléspectateurs !

Michel Onfray, à qui l’on annonçait que bientôt il y aurait des émissions de télévision conçues pour être regardées par des animaux domestiques fit remarquer : « c’est totalement inutile il y a déjà TF1 ! «.

 

La "soumission" entrait dans le temple & s'imposait à la loge libre 

 

On peut sourire de la docilité de ces cobayes aux tests de « Milgram » mais c’est méconnaître que ce test eu lieu, involontairement, en grandeur nature à la GLDF quand les Conseillers Fédéraux venant en tant qu’inspecteurs installer le Collège des Officiers dans les Loges en septembre 2015, tendaient une feuille de papier au frère Orateur lui ordonnant de lire ce qu’il y avait d’inscrit à savoir :

« Promettons solennellement, en présence des Grands Officiers installateurs délégués par le Conseil Fédéral, de nous conformer strictement et scrupuleusement aux Règles Traditionnelles de l'Ordre, à la Constitution et aux Règlements Généraux de la Grande Loge de France, aux décrets et arrêtés émanés ou à émaner du Conseil Fédéral, que nous déclarons reconnaître ici pour seule et légitime autorité de la Grande Loge de France et auquel nous promettons aussi fidélité et soumission entière »

Soumission entière au CF ? Vous avez dit « soumission entière » ?

Et certains Frères Orateurs s’exécutaient alors que ce texte leur posait un vrai problème de conscience «. La « SOUMISSION » entrait dans le temple et s’imposait à la Loge Libre!

Quel mépris de la part de ce CF sous la Grande Maîtrise de Philippe Charuel que d’assimiler les Frères de l’obédience à des joueurs de téléréalité ne disposant que de 400 mots de vocabulaire et n’ayant aucunes références morales ! Ce célèbre serment à «  la soumission entière » fut circularisé puis annulé par le GM Charuel face à la réaction vertement exprimée par bon nombre de Frères de la GLDF qui ont montré ainsi qu’ils étaient des Hommes ni soumis ni stupides  !

(Note de la Maçonne : un article détaillé sur ce triste et honteux épisode de la GLDF se trouve dans ce blog. Il suffit de cliquer ici. Certains et même certaines affirment que mes "ennuies" avec Besson ont commencé avec cet article. Si cela est vrai, je trouve particulièrement intéressant qu'une grande maîtresse de la GLFF décide de la radiation d'une soeur du fait d'un article militant pour la liberté.)
 

Comment la GLNF s'est débarrassée de la "tyrannie"? 

La réalité des années 2010 à la GLNF montre que, normalement en Maçonnerie, la tyrannie n’a pas sa place même si, dans cette obédience, on ne veut pas de fonctionnement démocratique. On se souvient de l’allocution que le Grand Orateur Servel prononça le 1er décembre 2007 à destination du nouveau Grand Maître Stifani. Voici des extraits de cette allocution :

« Dans un Ordre rigoureusement hiérarchisé comme le nôtre, toutes les prérogatives viennent nécessairement «d’en haut ».

« La source de l’autorité. De qui tenez-vous les pouvoirs qui sont les vôtres à partir de cet instant ? Quelle est la source de votre autorité ? Dans ce domaine il faut aller plus loin encore. Les hommes n’y sont pour rien. Le fondement de votre autorité c’est le respect de la Tradition. Le but de votre autorité, c’est de perpétuer la Tradition. »

« Ainsi le Grand Maître, ultime trait d’union entre les hommes et ce qui les dépasse, ultime trait d’union entre les hommes et Dieu, Grand Architecte de l’Univers, est-il à la fois la plus haute autorité de l’obédience et le plus fidèle serviteur de la Tradition »

 

Il est bien évident que Stifani fort de cette onction valant soumission absolue se prit pour César. Cela dura quelques années et cela s’acheva avec la révolte du « peuple de la GLNF». Alors des conjurés « Myosotis « vinrent à « poignarder « le Grand Maître.

Le coup ultime fut donné par le nouveau grand maître JP Servel. Par ordonnance no 1541 du 4 décembre 2012, trois jours après son élection, Jean-Pierre Servel a en effet suspendu François Stifani pour « comportement contraire à l'éthique maçonnique, violation des textes fondateurs, le tout portant gravement atteinte au principes fondamentaux de l'ordre et étant de nature à compromettre le fonctionnement harmonieux de l'association, ainsi qu'à nuire à son image ».

Alors, à l’exemple de César s’adressant à Brutus en ces termes « Toi aussi, mon fils », Stifani aura certainement dit à Servel « Toi aussi mon Frère ! » 

Soumission spirituelle. 

C'est l'histoire d'un individu qui, en pleine nuit, tourne autour d'un réverbère allumé. Un homme passe, l'observe et l'interroge :

"que faites vous?"

« je cherche les clés que j'ai perdues ! »

« bien, mais pourquoi au pied de ce réverbère alors qu’elles sont peut-être perdues ailleurs, dans une zone d'ombre ? »

« oui mais, c'est là que l'on m'a demandé de chercher parce que c'est le seul endroit que l’on m’a désigné parce qu’il y a de la lumière!!

 

COMMENT L’ODEUR D’ENCENS A UN PARFUM SECTAIRE !

Dans une GL située en France, dont je tairai le nom afin de ne pas lui porter tort, un Vénérable Maître a écrit aux Maîtres de son Atelier en début d’année maçonnique :

« Y aurait-il un sujet qui t’inspire pour une planche?

- les heures de travail maçonniques : de midi à minuit

- la Fraternité: un devoir? un choix? un bonheur?

- le silence, le secret, le serment

- la FM n’est-elle qu’un humanisme?

- Initiation et réalisation spirituelle:  le chemin initiatique

- Le symbolisme: seul levier de progression en Maçonnerie?

- la géométrie symbolique du Temple

- « entrons dans les voies qui nous sont tracées »

- « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira »

- l’Orient et l’Occident

- signes, mots et attouchement du Franc Maçon

- mourir aux préjugés

- lecture symbolique du Prologue de l’Evangile de Saint-Jean

- « je ne sais ni lire, ni écrire »

- Pourquoi s’initier au REAA aujourd’hui?

- La chaine d’union: le coeur battant de la Loge?

Si tu as un autre sujet qui t’attire, parlons-en. »

 

Voici comment dans une loge symbolique au XXIème siècle on tente de soumettre spirituellement un Maçon Libre, et comment on voit un vénérable proposer comme sujet de planche « une lecture symbolique du Prologue de Saint Jean » Jean étant devenu au passage « Saint Jean « !!! Et comment l’odeur d’encens a un parfum sectaire !

Cette situation est représentative d’une forme de Maçonnerie répandue dans les obédiences pieuses ou « grises » comme la GLDF, basée sur une symbolâtrie magico-religieuse porteuse de vérités !

Or les symboles sont des moyens et non des constituants de « mantra maçonnique » sauf à considérer que la démarche initiatique doit être exclusivement orientée vers le mysticisme et donc la Transcendance ! Dans ce cas on peut concevoir que les symboles sont des cymbales que l’on frappe de façon syncopée en criant « REAA KRISHNA » !

Par ailleurs autant les sujets proposés par ce vénérable peuvent être la base du programme de cours préparatoire des apprentis mais les proposer à des Frères âgés de 50, 60 ou 70 ans et ayant une ou plusieurs décennies de Maîtrise, qui sont ingénieurs, architectes, chefs d’entreprise, est totalement stupide !

C’est comme si l’on demandait à un chef pâtissier de réaliser un baba au rhum ou à un Maître ébéniste de réaliser un tabouret considérant que cela participerait de leur perfectionnement professionnel.

Une planche sert à la progression du Maître et il en choisit le sujet parce que cela correspond à son besoin de perfectionnement. C’est son affaire, et il est Libre et n’a aucun besoin d’un vénérable se voulant son guide spirituel ce qui n’est en rien son rôle !

La "soumission" et les institutions maçonniques. 

 

Obédiences pieuses

Roger Dachez considère que la « vraie maçonnerie » ne peut être que religieuse. Dans une obédience pieuse la soumission des Frères s’exprime autant sur le plan de l’autorité que sur le plan spirituel pour la bonne raison que l’on affirme pour principe que les hiérarques sont choisis parce qu’ils sont les meilleurs gardiens des valeurs de l’Ordre. Admis ainsi comme « Grands Prêtres » ils réclament des serments de « soumission » aux valeurs de l’Ordre et à ceux qui en sont garants.

La condition nécessaire de la soumission à l’autorité a donc comme préalable la soumission à la matrice idéologique en vigueur dans l’institution : valeurs de l’Ordre, Rite et rituels employés comme fins et non comme moyens. La condition nécessaire n’est pas suffisante. il faut encore y ajouter l’adhésion à la finalité suprême de la démarche qui est la recherche mystique. Le grand « SCHISME » du GODF en 1877 comprend l’abandon de la croyance obligatoire en Dieu mais également l’abandon de la croyance en « l’immortalité de l’âme » ce que l’on oublie trop souvent. Or être théiste, mystique et se limiter à ne croire qu’en Dieu n’a pas de sens ! Il faut une réponse au problème posé par la Mort.

L’absolue soumission à l’Ordre tient dans la mystique de l’accès à Dieu couplée à la croyance en l’immortalité de l’âme. La peur du vide existentiel conduit ainsi à la soumission aux spiritualités totalisantes  et aux grands prêtres.

 

Hauts grades

On peut tenir le même discours pour certaines juridictions des hauts grades lorsque les hiérarques vendent le parcours de leurs « hauts grades » comme la seule et véritable initiation, laissant ouvertement entendre, que l’initiation en loges symboliques n’est qu’une sorte de propédeutique maçonnique, un débroussaillage sommaire sans véritable portée initiatique, une fabrique de sous-initiés en quelque sorte.

L'adepte CRÉDULE qui pénètre dans les hauts grades croit accéder à des connaissances secrètes, extraordinaires dont ne peut disposer le commun des frères des loges symboliques. Ces connaissances sont réservées aux initiés, aux "élus" !

L'adepte a alors le sentiment d'être du bon côté et de pouvoir être "sauvé". Sa soumission aux grands prêtres de l’Ordre est alors sans failles.

 

Obédiences adogmatiques

Dans les obédiences adogmatiques, chez les « apostats 1877 » où bon nombre de membres pensent comme Pierre Dac que «  le vin d’en bas vaut mieux que l’eau delà », l’Ordre maçonnique » n’a pas de prise idéologique ni d’autoritarisme sur le membre de l’obédience. Ce dernier demeure « Libre » en toutes circonstances, utilisant comme outils des Rites, rituels et symboles mis à sa disposition et pratiquant le nomadisme s’il estime que c’est profitable à sa démarche initiatique de passer d’une obédience à une autre.

 

En guise d’enseignement, cette soumission à un Ordre maçonnique me semble d’autant plus forte qu’il y de la part du membre une quête et une adhésion spirituelle qui relève du religieux, chrétien pour la plus part des institutions et teintée d’écossisme au parfum sectaire pour certaines autres. Plus l’offre est forte, plus la soumission est absolue.

Ces institutions valorisent alors le « serment » qui est un « marquage » d’appartenance et de soumission à l’Ordre comme la circoncision peut jouer ce rôle dans certaines religions.

 

« Il n'y a qu'un devoir c'est celui d'être heureux » - DIDEROT

 

Dans Points de vue initiatiques du 1er trimestre 1974, Pierre Simon, Grand Maître de la Grande Loge de France, répond à des questions où il est notamment question du Bonheur, mot qui a totalement disparu de la doxa de la GLDF, 40 ans plus tard. Extraits :

Le nouvel initié.Docteur PIERRE-SIMON, vous êtes Grand Maître de la Grande Loge de France, vous avez accepté de répondre à un jeune Franc- Maçon. »

………………………………………………………………………………….

« Or, pour tous les Français, pour tous les Européens, mais aussi pour de nombreux hommes et femmes à travers le monde, les Fêtes de Noël et du Nouvel An, cette année, ont laissé un goût quelque peu amer, malgré les traditionnels échanges de bons voeux.

Aussi, dans son universalisme, quels sont les bons voeux de la Franc-Maçonnerie tout entière et quels sont les voeux du Grand Maître de la Grande Loge de France aux Français ?

 

Le Grand Maître. — Effectivement, il nous a paru plus intéressant de transformer nos voeux en manière de dialogue. Et ce dialogue que je voulais engager avec vous me parait bien utile pour la compréhension de notre Ordre. Pour un Franc Maçon, sachez-le, le Nouvel An est le moment opportun pour le bilan. Ce n'est pas ale moment où l'on se congratule, mais au contraire, &est le moment où le Franc-Maçon dresse son bilan et examine s'il a bien rempli son rôle.

Remplir son rôle pour un Franc-Maçon, qu'est-ce ? C'est d'avoir analysé les objectifs qu'il s'est proposé librement, de lui-même, en concertation avec les Frères de sa Loge et de les inventorier. En réalité il s'interroge : A-t-il bien vécu sa vie de Maçon ? A-t-il de l'intérieur analysé les difficultés qu'il aura éprouvées et se sera-t-il projeté au dehors, dans sa vie profane, dans son métier, dans la société, dans sa famille ? Aura-t-il réussi, du premier jour de l'année au dernier, à être l'homme qu'il était déterminé à devenir ?

En réalité, qu'est-ce que pour le Franc-Maçon, le devenir d'une année à l'autre ? C'est de contribuer davantage à la promotion du bonheur. Il sait que toutes les sociétés se sont fixés pour objectif le bonheur.

Comment pourrons-nous le définir ? Le sentiment qui accompagne le passage d'une moindre à une plus grande perfection. En quelque sorte, pour nous, la recherche du bonheur, c'est le perfectionnement constant, quotidien. »

 

 

 

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Condorcet 02/01/2017 10:50

Article très intéressant qui pose un problème de fond concernant le fonctionnement de nos obédiences. Lorsque j’ai été initié on m’a indiqué « qu’il était plus expédient de se soumettre à la religion que tous les hommes acceptent laissant à chacun son opinion particulière, et qui consiste à être des hommes bons et loyaux ou homme d’honneur et de probité ».
J’en avais conclu qu’un maçon se devait d’avoir un comportement exemplaire vis-à-vis de ses frères comme vis-à-vis de son obédience en mettant en pratique ce précepte « ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fît à toi-même » et en laissant le maçon libre de tout dogme en n’ayant de compte à se rendre que vis-à-vis de sa conscience.
Puis sont venus les interdits, les restrictions, les manipulations, l’imposition d’un dogme (celui de jean) au détriment de l’ouverture et du pluralisme en rendant la présence au sein de son obédience de plus en plus difficile quand ce ne fut pas en clivant et en divisant sa propre loge.

Lorsque l’on cherche à uniformiser les esprits par des décisions qui viennent d'en haut on rejette forcément le pluralisme qui fonde et fait l’intérêt voire la force de la maçonnerie en cherchant à rassembler à la base, et par la base, tout ce qui était épars pour le bien et le bonheur si ce n’est de tous du moins du plus grand nombre.
Cela s’appelle le libre consentement qui vient en suite du libre examen.

Il y a quelque temps j’avais lu cet article que je transcrits tel quel :
Courtisans
De l’art de la servilité
« Pourquoi le pouvoir de l’un est-il plus grand que ceux des uns ? », se demande Etienne de La Boétie (1530-1563) dans son Discours de la servitude volontaire. Un groupe humain a choisi d’évoluer et d’atteindre ses objectifs individuels en se soumettant volontairement au pouvoir d’un seul dans ce que l’on appelle « l’esprit de cour ». Sous Louis XIV, la cour concerne à peine 6 % des nobles. C’est un vrai travail pour courtisanes et courtisans, mobilisés dès la cérémonie du lever du roi jusqu’au coucher de la divinité vivante. Ce groupe cherche à obtenir les « faveurs » (invitations exceptionnelles). Ils feignent tous le bonheur permanent. Les plus habiles, les plus flatteurs, les plus stratèges parviennent à se fixer. Mais le roi est aussi prisonnier de cette cour, et doit composer sans cesse. Dans Essai sur l’art de ramper, à l’usage des courtisans, une sorte de manuel parodique, le baron d’Holbach (1723-1789) y propose une véritable ethnographie du lèche-bottes : « L’homme de cour est sans contredit la production la plus curieuse que montre l’espèce humaine. C’est un animal amphibie dans lequel tous les contrastes se trouvent rassemblés. » Plus politiquement précis que Voltaire et plus pratique que Denis Diderot selon l’historien Daniel Mornet, d’Holbach, athée de choc et pamphlétaire fougueux, percevait chez ces courtisans le scandale vivant d’une société injuste.
Norbert Elias a écrit un ouvrage classique sur la société de cour. Il y fait un portrait typique d’un microcosme régi par l’étiquette, l’ordre de préséances et le comportement du courtisan, modèle qui peut s’étendre bien au-delà de Louis XIV et que l’on pourrait retrouver dans les sociétés contemporaines…
En suite de cet article, je me suis demandé d’où venait ce malaise au sein de certaines obédiences qui fait que des FF et sans doute des SS sont prêts à se soumettre tout en reniant ce qu’ils sont dans l’être. Ils sacrifient leur être non seulement à l’étant dont ils ne peuvent pas grand-chose mais surtout au paraître où là ils peuvent tout.
Je crois percevoir une partie de la réponse de ce qui fonde et dénature la démarche maçonnique. C’est une maladie qui porte le nom de « Cordonite » qui est un fléau qui sévit malheureusement dans certaines Loges et cela quel que soit l’obédience, le rite ou la composition uniquement masculine ou féminine d’un Atelier.
La cordonite c’est ce qui fait qu’à la tête de certaines obédiences on retrouve toujours les mêmes ff :. et ce depuis une bonne décade si ce n’est plus. La cordonite c’est que des FF en responsabilité acceptent de recevoir et lire des lettres anonymes dénonçant ce qu’ils pourraient percevoir comme une menace pour leur pouvoir,
La cordonite ce sont des ff qui veulent monter rapidement les degrés et sont prêts à toutes les soumissions en ce compris le reniement d'eux mêmes et pour y arriver sont prets à tout jusqu’à y perdre toute raison.
La société est malade, une partie de la maçonnerie également, et certains maçons par faiblesse de volonté sont prêts à tout sacrifier sur l’autel de l’immédiateté de la satisfaction de leur égo. Il y en a qui sont loin de ressembler à Ulysse qui demanda à ce qu’on l’attache au pied du mat de son navire plutôt que de succomber à l’appel des sirènes.

Philippe 01/01/2017 16:43

Mon TCF,
Je lis tes réflexions avec grand intérêt. Comme toi, j'ai pu mesurer que la liberté s'apprend. Comme toi j'ai pu vérifier combien il est important de l'entretenir. Je m'étonne simplement -ton point de vue m'intéresse sur ce sujet- que tu ne fasses jamais référence à nos Frères qui ont fait le choix de poursuivre leur chemin au sein de Loges indépendantes des Obédiences.

VABADUS 01/01/2017 22:48

MTCF Philippe
je n'ai pas à ce jour traité de l'exemple des Loges indéoendantes mais dans un texte consacré aux anarchistes en octobre 2015 j'ai écrit ceci

"Dans l’idéal un libertaire tendra à privilégier une obédience ayant un fonctionnement démocratique s'appuyant sur la souveraineté des Loges. Il considèrera que la Loge est la base de la Franc-Maçonnerie et qu’elle est la SEULE instance susceptible de s'exprimer au nom des membres. L'obédience n'est qu'un supplément d'âme pour lequel "on est prêt à payer, mais pas trop". A la limite il posera franchement la question : « une obédience à quoi ça sert « ? Finalement ce sont les Loges libres et souveraines comme celles qui existent, réunies en Fédération qui lui conviendraient le mieux. Elles sont généralement nées d'une volonté commune de Sœurs et de Frères de quitter les obédiences pour vivre en refusant toute hiérarchisation structurelle."
Je pense que ceux qui quittent une obédience pour une Loge indépendante le font pour des raisons de refus de la spiritualité qui y règne et surtout parce qu'il y a un refus de la hiérarchie structurelle telle qu'ils l'ont éprouvée. Parmi eux il peut y avoir des libertaires mais ce n'est pas la qualité dominante de ces "nomades"! Ceci étant dit pour un "pur libertaire" entrant en Maçonnerie c'est certainement une bonne solution. Au globat on n'a pas assez de recul pour faire un diagnostic affirmé sur cette formule. De toute façon il faudra bien un jour proche se poser la question de l'utilité et des fonctions d'une obédience et de leurs modes de gouvernance.

uneSoeur 01/01/2017 11:06

Bonjour, Merci pour cet article magnifique. Mon F (ou ma S) Vabadus, tu parviens à me redonner quelques espoirs ..... Bonne année à toi et bien sûr à La Maçonne Anne qui nous offre de l'espoir, ainsi qu'aux SS et FF qui aspirent et respectent la Liberté dans es mots et les actes.
uneSoeur : Femme et Soeur libre mise au bucher par des SS et des FF........ de la GLMF.

VABADUS 01/01/2017 17:43

Bonsoir,
Merci ma très chère Soeur pour tes bons voeux et pour ce message bien sympathique.
Reçois de ma part mes meilleurs souhaits de Bonheur et de réalisation de tes désirs les plus chers
VABADUS

Lionel MAINE 01/01/2017 10:52

"REAA KRISHNA" !!! Excellent !
De même, concernant le V.L.S, "ceci n'est pas une bible"!, "SURREAALISME" s'il en est !
Bonne année à toutes et à tous et, plus que jamais :
"À bas les calottes" !!!

patox 06/01/2017 01:24

merci Lionel pour ces deux excellents traits d'humour qu'il convient de mettre sous forme graphique.
seul l'humour permet de prendre de la distance vis-à-vis de ces concepts...certes importants, mais ne justifiant pas la crispation de tant de FM dans les débats.
merci aussi à Vadabus pour ses avis si éclairants...et à Anna ze maçonne comme portail de la liberté ; que ferions nous sans les sœurs !

VABADUS 01/01/2017 17:48

Cher Lionel,
merci pour tes bons voeux et la fidèlité de tes commentaires toujours percutants
Je te souhaite de garder cette bonne "humeur" pour l'année qui a débuté et bien entendu beaucoup de moments de joies pour toi et les tiens
VABADUS