Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
La Maçonne

Chili : franc-maçonnerie & dictature.

La première loge "l'étoile du Pacifique" au Chili fut fondée en 1850 par des migrants français, membres du GODF. La suivante "Union fraternelle" sera purement chilienne. Ceci posera les bases d'une franc-maçonnerie libérale & adogmatique dès la fin du 19ème siècle. Ces premières loges fonderont la  Grande Loge du Chili qui comptera, parmi ses premiers grands maîtres, le père de Salvador Allende, Ramon Allende Padim. Aujourd'hui, elle compterait 207 loges. Les loges chiliennes furent attachées à la France, et plus particulièrement au GODF, jusqu'en 1862. Elle s'en séparera lorsqu'elle verra que le Maréchal Pierre Magnan sera nommé Grand Maître du GODF par décret impérial ! Le fait doit être considéré comme fondateur puisque son site relate l'épisode deux fois.

L'histoire de l'initiation des femmes débutera dès 1929 au Chili avec la fondation d'une première loge, émanant du Droit Humain. Il existe, aujourd'hui, une Juridiction Chilienne dont vous pouvez trouver le site ici. Cette dernière, d'ailleurs, a communiqué sur les attentats parisiens.

Curuppumullaje Jinarajadasa, philosophe et, surtout théosophe indien, président de la Société Théosophique et travaillant donc aux côtés de l'incontournable Annie Besant, a donné une conférence sur la théosophie aux théosophiens locaux. Cette première loge qui, explique le site de la Juridiction Chilienne, s'appellera « Egalité ». Cette première loge donnera naissance aux suivantes. 

Alors que la Grande Loge Du Chili avait apporté son soutien à cette fondation, par la participation des frères, ceux-ci furent par la suite interdits par la Grande Loge Unie d'Angleterre – au risque de perdre la reconnaissance anglaise.

En 1954, deux frères (Leonido Duran à Santiago et Daniel Fried à Valparaiso) menèrent une scission, désirant fonder une obédience indépendante du Droit Humain. Ils chassèrent les frères et les sœurs, désirant rester membres du Droit Humain, des temples et des locaux, dont le siège acquis par le Droit Humain en 1937. La Grande Loge Mixte du Chili fut ainsi née. Elle compterait une 50aine de loge et est membre du CLIPSAS – on n'est pas très rancunier en franc-maçonnerie.

La maçonnerie féminine naîtra, quant à elle, début des années 70 avec une première loge, à l'initiative de frères de la Grande Loge du Chili. c'est-à-dire à l'époque où Salavador Allende était président de la république chilienne. La Grande Loge Féminine du Chili ne sera fondée qu'en 1983. Elle n'en est pas moins une obédience dynamique qui met en place une politique de développement de la maçonnerie féminine hors des frontières chiliennes

La position de la principale obédience chilienne, sous la dictature de Pinochet, laisse bien songeur (1973-1990). Une image d'Epinal ou un conte de fée (suivant votre approche personnelle) raconte que des francs-maçons se sont retrouvés, opposants politiques, en toute fraternité sur les colonnes de leur temple. Il n'en est rien

En effet, les dirigeants des obédiences se sont montrés indifférent au nom d'un certain apolitisme. Ils ont soutenu Pinochet, voulant même montrer une franc-maçonnerie "exemplaire".  Les dictatures de l'Amérique du Sud se sont d'ailleurs bien accommodées des obédiences maçonniques, toutes d'ailleurs rattachées à la Grande Loge Unie d'Angleterre y compris la chilienne. Salvadore Allende, trahi et assassiné lors du coup d'état de Pinochet, était lui-même membre de cette obédience et fut même vénérable de sa loge. Son grand-père fut d'ailleurs un fondateur important de cette obédience mais aussi un de ses grands maîtres. Pinochet fut initié – mais ne dépassa d'ailleurs pas le grade de compagnon. 

Les politiques qui étaient associés à Salvador Allende furent expulsés de leurs loges. Les deux cas les plus célèbres sont deux généraux qui furent radiés pour absentéisme alors qu'ils étaient emprisonnés et torturés. L'un d'entre eux est Alberto Bachelet, le père de l'actuelle présidente de la république chilienne. Ce dernier mourut dès 1974 suite aux mauvais traitements qu'il a subi. Vous pouvez trouver la lettre émouvante de cet homme à l'intention de ses « frères » sur blog 357 et plus

Le destin est bien surprenant. Michelle Bachelet, sa fille, donnera un discours à la Grande Loge Du Chili lors de son 150ème anniversaire, rappelant les valeurs de « liberté, d'égalité et de fraternité » invitant cette obédience (attachée à la GLUA!) a participé à la consolidation de la république chilienne. (discours que vous pouvez lire ici)

De nombreux maçons durent fuir leur pays dès 1973. D'autres encore quittèrent la Grande Loge devant le mutisme de celle-ci face aux horreurs et surtout mesurant l'exemple de l'église s'opposant à la dictature et se montrant bien plus solidaire. D'autres encore furent simplement morts ou disparus. La dictature fera perdre ainsi à la Grande Loge du Chili un tiers de ses effectifs. Ce seront des francs-maçons chiliens en exil, fondant une Grande Loge du Chili à Paris, qui apporteront le soutien nécessaire. Ce sera la même chose lors des années de référendum. Des francs-maçons militant pour la démocratie se verront exclure de leur obédience lors des référendums. Jusqu'à la fin, des francs-maçons inquiétèrent ceux qui défendaient des valeurs de liberté et de démocratie. 

La relation un peu trop étroite entre la franc-maçonnerie et la dictature au Chili montre combien les valeurs de la franc-maçonnerie sont faciles à oublier devant le pouvoir et sous des prétextes d'apolitisme et d'interdit de discussion politique qui, furent durant cette période noire, la grande préoccupation des grands maîtres chiliens bien plus que la vie de leurs frères. Le refus de traiter des questions politiques et l'interdit de le faire ne rendent pas les mains plus propres. Bien au contraire.

En connaissant le laxisme des maçons et maçonnes français, je ne doute pas que nos obédiences se montreraient tout autant incompétentes si le pays se trouvait dans une situation politique similaire, comme elles savent l'être sur bien d'autres sujets. C'est pourquoi, l'histoire de la franc-maçonnerie chilienne devrait faire réfléchir. 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

xm 27/01/2017 19:49

Notre TCF Salvador Allende a été renversé parce qu'il faisait des réformes sociales notamment la réforme agraire.

Si Marine Le Pen passe en France, ce sera le résultat d'années de corruption et de passes droits dans un pays qui se paupérise au bénéfice du 1%.

Il suffit de regarder l'affaire Fillon, au passage un anti- social en qui je ne vois rien de mieux que Marine Le Pen, voire pire.

Et là aussi, certains Frères notamment politique voire dans les affaires ne sont pas étrangers à la déliquescence qui amènera éventuellement le FN au pouvoir.

Condorcet 27/01/2017 13:52

Terrible et terrifiant constat que cet article. Cette maçonnerie de l’indifférence au nom d’une neutralité de pacotille est à proscrire. Etre un homme libre consiste à avoir le respect des autres comme de soi-même et on peut s’entourer de l’illusion des mots de neutralité, de spiritualité, de régularité, et je ne sais quoi encore, être un homme de bien consiste à ne pas vouloir faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’il fut fait à soi-même.
Et pourtant !
J’ai connu lorsque j’étais jeune maçon un dignitaire de la GLDF qui avait un passé plus que trouble dont l’esthétique de comportement aurait voulu qu’on n’accepta pas un tel personnage au sein de l’obédience. Pourtant non seulement il fut accepté par une loge mais il y gravit tous les échelons au sein de l’obédience jusqu’à finir parmi les Grands Officiers de l’époque.
• En lisant Wikipédia concernant ce personnage on y lit :
Il s'engage après la défaite dans la Légion française des combattants en Haute-Vienne, organisation vichyste d’anciens combattants, et devient conseiller ouvrier des Chantiers de jeunesse. Paul Marion le fait devenir délégué à la Propagande du maréchal Pétain. Jean-André Faucher contribue à des revues telles que Réagir (des Gardes du peuple révolutionnaire), et fut un des responsables de la Jeunesse de France et d'Outre-mer (dont la revue était Franc-Jeu).
En juin 1943, il aurait déserté alors qu'il devait être requis pour le STO, et aurait été arrêté, puis incarcéré au camp allemand de Soulac-sur-mer, d'où il se serait échappé peu après. Il participe au journal collaborationniste Je suis partout, dans lequel il fait l'éloge de la Révolution nationale.
Activités politiques après-guerre
Lors de l'épuration, Jean-André Faucher est dénoncé comme étant un indicateur de la Gestapo, et la Cour de justice de Limoges le condamne (juin 1946) à l'indignité nationale, et à la peine de mort par contumace pour « crime de trahison en temps de guerre »1.
Il vit ainsi une cavale de 3 ans, pendant lesquelles il est, sous diverses identités, au 14e régiment de tirailleurs sénégalais, professeur dans une école privée d'Angers, ou encore employé dans une société d'assurances parisienne. Il collabore ensuite sous un faux nom au journal La Seine, proche de la SFIO.
Parallèlement, il est l'un des animateurs du Rassemblement travailliste français, fondé en 1947 par Julien Dalbin (devenu Mouvement travailliste national en 1955), « point de ralliement de l'extrême droite sociale » rassemblant d'anciens collaborationnistes du PPF ou du RNP (notamment Henri Barbé). Il est à nouveau reconnu, puis se réfugie à Montbéliard en 1947, où il travaille chez Peugeot. C'est alors que, sous le pseudonyme « colonel Clark », il fonde l'Armée française loyale une organisation paramilitaire clandestine et anticommuniste, impliquée dans le Plan bleu (ou encore « complot de Lamballe »), qui visait à renverser la Quatrième République.
Faucher est arrêté en octobre 1948, mettant fin à ses 3 ans de clandestinité. Il est amnistié pour ses activités de la Seconde Guerre mondiale, mais néanmoins condamné à 20 mois de prison pour son implication dans le Plan bleu. Il est libéré en juillet 1951. Il participe ensuite brièvement au journal La Sentinelle, prônant le « racisme scientifique ».
Il lance ensuite plusieurs lettres confidentielles, telles que La lettre à un cousin et La lettre de l'oncle Pierre, contenant un certain nombre d'informations sur la presse. Son activité journalistique s'exerce alors autant dans des journaux d'extrême-droite que dans des journaux de gauche : Rivarol, Charivari, L'Heure Française (sous le pseudonyme « docteur Guillotin »), Dimanche matin, L'Echo de la presse et de la publicité, Jeune Nation, L'Indiscret de Paris, ou encore Aux écoutes. Il a par ailleurs soutenu le mouvement de Pierre Poujade.
Il soutient les partisans de l'Algérie française, comme il l'écrit dans quatre ouvrages : L'Algérie rebelle en 1957, L'Agonie d'un régime en 1959, Les Barricades d'Alger en 1960, et Alger la maudite en 1963. Pourtant, un tract de l'OAS, distribué en 1964, brise la réputation de Faucher dans le milieu, l'accusant d'être un indicateur des Renseignements généraux infiltré dans l'OAS pour dénoncer ses membres.
Radical-socialisme et franc-maçonnerie
C'est lors de ces activités qu'il rencontre le radical-socialiste Charles Hernu, après un droit de réponse de celui-ci, qui faisait suite à article de Dimanche Matin relatif à son passé vichyste.
Il est alors initié à la franc-maçonnerie, comme membre de la Grande Loge de France (GLF), adhère au Parti radical-socialiste, et écrit un Dictionnaire maçonnique (1984), publié par les éditions Jean Picollec, dévoilant certaines informations confidentielles sur la franc-maçonnerie.
Proche d'André et Jacques Maroselli, il est l'un des fondateurs du club Louise Michel (1962), et le secrétaire général de l'Atelier républicain (fondé en 1962), club exclusivement composé de maçons, qui incarnait l'aile gauche du Parti radical, et dont l'objectif était de « redéfinir un socialisme solidariste en face du socialisme de tradition marxiste ».
Fin de citation que chacun peut vérifier sur le net.
Dans le même un frère A….. ancien grand résistant qui protesta contre l’arrivée de ce personnage au sein de la GLDF fut traduit devant le tribunal maçonnique et fut exclus de la GLDF.
Allez comprendre… !