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La Maçonne

La marche des femmes : une révolte en rose.

Jusqu'à présent le système convenait parfaitement aux américains, d'ailleurs ce n'est pas une remise en cause de ce système qui fait descendre des milliers de personnes dans les rues. Donald Trump est un personnage grossier qui ne semble pas avoir pris la mesure de ses (nouvelles) fonctions de président et de représentant d'un pays.

Son investiture gâché par un discours qui ne ressemble à aucun autre s'est soldé par des manifestations monstres dont des « Marches de femmes ».

La « Marche des femmes sur Washington est soutenue par 200 mouvements et groupes qui s'engagent autant sur les questions des droits des femmes (avortements, égalité salarial), que de lutte contre le racisme, la militarisation et la violence policière, la migration, les luttes environnementales, etc. Cette Marche a réuni un million de personnes. Ouverte à tous, la « Marche des Femmes » est « un mouvement conduit par des femmes, réunissant des personnes de tous les genres, âges, races, cultures et affiliations politique », souligne le mouvement dans son manifeste.

Le site  "Women's March" comptabilise, ce 22 janvier, 672 marches aux USA et dans le monde.

A peine arrivé, Donald Trump est contesté autant par les américains que par l'ensemble des observateurs étrangers. Du jamais vu en démocratie.

Pourquoi les femmes ? Les propos sexistes de Trump inquiètent, bien sûr, les américaines qui d'un état à un autre ne bénéficient pas des mêmes libertés, par exemple concernant l'IVG. Ils inquiètent aussi parce que Trump est noyé dans un courant ultra-conservateur. Mais, si ces raisons suffisent aux médias traditionnels, j'y vois bien autre chose.

Manifestation féminine? 

Une « marche des femmes » est souvent désespérée et n'est jamais ce qu'elle semble être. C'est, en effet, le constat que l'on peut faire lorsque l'on étudie les mouvements populaires et féminins y compris suffragistes du 20ème siècle partout dans le monde.

C'est en 1903 qu'apparaît réellement les premiers mouvements des « Suffragettes » s'inspirant d'ailleurs des « méthodes » des françaises de l'époque (Hubertine Auclert). Jusque là, les moyens utilisés étaient conformistes et faisaient peu parler d'eux.

Ces mouvements plus musclés et plus violents que les précédents s'organisent au début du 20ème siècle. Ainsi, le « Women's Sunday » du 21 juin 1908 fait défiler environ 5000 femmes en Angleterre. Le 8 juin 1913, Emily Davison se jette sous les sabots du cheval du roi Georges V et décède de ses blessures. Ce suicide filmé et largement diffusé renforcera la détermination des suffragettes dans le monde. Aux USA, encore, les premières marches féministes seront conduites par Inez Milholland dès 1911. Celle-ci décédera en 1916 en plein milieu d'un discours.

 

Le féminisme américain est multiforme comme, d'ailleurs, tout féminisme. Les premières militantes ont défilé pour l'abolition contre l'esclavage bien avant de défendre leurs droits au 19ème siècle. Les manifestations féministes ont ainsi encadré au 20ème siècle les batailles sociales contre la pauvreté, la violence, la guerre, le racisme, le droit au travail, etc. Les marches de femmes nues pour les plus spectaculaires, partout en Afrique, contre la couronne d'Angleterre en 1930 par exemple pour les Nigérianes, ou encore en 2014 les femmes de Centrafrique contre les violences religieuses, montrent en effet que ces marches organisées, dont on ne peut définir ni l'objet central de la manifestation, ni l'origine exacte du mouvement, est une déclaration contre le pouvoir en place bien plus qu'une défense pour un droit (ou même plusieurs) en particulier. On trouve aussi dans l'histoire de France de ces manifestations féminines – dont celles de la Commune – avec une marche de 500 femmes le 3 avril 1871 de la Place de la Concorde pour aller à Versailles, rejointes par 700 autres. Ce qui dans le contexte de l'époque est une manifestation importante tant par le nombre que par le symbole. C'est aussi une marche de femmes de Paris, le 5 octobre 1789, qui marquera le début de la Révolution.

Mettre des femmes accompagnées d'enfants – mais est-ce vraiment ainsi que cela se passe ?– au début d'un cortège de manifestants – signifieraient la qualité pacifique du mouvement. C'est cependant par des forces armées – policières mais pas que – que sont arrêtés ces mouvements. Ainsi, en octobre 2016, un "Bateau de femmes", partant de Barcelone pour la bande de Gaza a été arrêté par l'armée israélienne. Il est inutile de rappeler que les manifestantes sous la Révolution française portaient des armes de fortune. Parmi les « marches », il y a celle de 200 km de femmes arabes et juives pour la paix, après les combats des femmes libériennes

Illustration : cortège lors de l'enterrement d'Emily Davison (14 juin 1913 à Londres). 

De la manifestation au spectacle. 

Le spectacle est aussi l'apanage des manifestantes. Pour reprendre l'exemple d'Inez Mallolhand, la manifestation qui a fait parler d'elle en 1913 fut lorsqu'elle – vêtue de blanc et sur un cheval – a pris la tête de la manifestation telle Godiva – en bien plus habillée. On constate, sur les photographies, que les suffragettes du 19ème siècle adoptaient une même couleur de tenues, un signe rassembleur. La nudité est aussi une des formes de manifestation qui marquent le plus les esprits. Il suffit de constater les polémiques au sujet des femens – à raison d'être peu nombreuses – qui font échos dans une société où la nudité féminine est l'argument commercial pour le moindre yaourt. Il suffit qu'elles soient 7 pour faire appeler toute une escouade de police. Cette nudité choque moins lorsqu'il s'agit d'un projet « culturel » comme en Angleterre dans la ville de Hull où 3200 personnes de tous pays ont posé nus le corps peints en bleu. bleu. Ce même photographe Stephen Tunick utilisera encore la nudité – cette fois féminine – d'une 100aine de femmes  contre Trump.

Si la nudité est devenue une arme politique, les signes rassembleurs ont été – ces dernières années – les meilleurs moyens de faire « spectacle ». Le « lundi noir » des polonaises est passé pour les américaines au bonnet rose à oreilles, le « pussy hat » dont le patron est mis à disposition sur un site. (pour en savoir plus sur le Pussy Hat, lire cet article).

Car, mine de rien, il faut bien les tricoter ces bonnets !

Contre Trump, vraiment? 

Les manifestations féminines et féministes sont devenues de plus en plus nombreuses ces dernières années. Elles sont relayées par les médias – réduites à ce qu'elles semblent être bien qu'elles réussissent à faire reculer des gouvernements. En effet, ces derniers se trouvent bien souvent désemparés n'ayant – contrairement aux mouvements sociaux plus classiques – une personne ou un mouvement spécifique comme interlocuteur principal leur permettant de négocier.

La « Women's March » anti-Trump est d'ailleurs exemplaire. Deux cents associations – et ce chiffre est non-officiel – seraient en mouvement. Qui peut affirmer que ces associations puissent avoir des antennes autant à Toulouse qu'à Tokyo sans paraître complètement ridicule ? Même le président des USA ne peut prétendre pouvoir négocier avec le monde entier, surtout lorsqu'il y a des femmes en première ligne. Une manifestation de femmes n'est jamais exclusive et rarement anodine.

Ne croyez pas, naïvement, que les femmes soient plus solidaires entre-elles que les hommes ! Chacune y va avec sa propre sensibilité mais aussi sa propre révolte – une révolte qui voit dans cette marche, comme dans d'autres, l'occasion de la faire entendre. Trump a catalysé contre lui bien des américaines et des américains, mais aussi il est celui qui a fait naître une révolte de femmes partout dans le monde. Il n'est, en effet, pas le sujet – et pourrait-on dire le problème – il représente ce que des femmes dans le monde ne veulent plus voir à la tête des gouvernements. La bêtise des hommes. La bêtise humaine.

 

 

 

 

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uneSoeur 22/01/2017 18:51

Bonjour,
Bien sûr, j'approuve l'intégralité de cette analyse. Le quotidien suisse romand d'aujourd'hui : "Le Matin Dimanche" fait paraître en 1ère page une photo de Trump, de dos, titrée : "Trump un mâle au pouvoir"....., le titre aurait pu être aussi : "Le pouvoir au bout du phallus". L'article en 2ème et 3ème page ne manque pas d'intérêt.