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La Maçonne

Quand le racisme se libère …

Après l'annonce de l'élection de Donald Trump, les associations de défense des droits de l'Homme américaines notaient une augmentation des actes racistes aux USA.

Non pas que le racisme aux USA n'existait pas avant cette dernière période électorale, il se trouve légitimé autant par les propos de ce qui fut le futur président des USA que par ses promesses. Toutes les minorités sont inquiétées.

Ce 21 décembre, une femme noire qui, après avoir appelé la police suite à l'agression d'un de ses voisins, s'est vue arrêtée par la police. Le policier n'a pas hésité à envoyé une décharge de tyser sur cette mère de famille et a arrêté les deux filles dont l'une est mineure. Finalement, ce policier fut suspendu et subit les affres d'une enquête interne, après que les deux femmes aient passé la nuit en prison pour « entrave à la police » ! Ce type de bavure policière, qui semble être une spécialité locale, ne cache plus les insultes, menaces et agressions qui se sont multipliées ces derniers mois et encore moins les décès par armes à feu, véritable fléau, toujours en augmentation. Les réseaux sociaux sont inondés des propos haineux des supporters de Trump. L'enlèvement, la séquestration, les tortures et pour finir le scalpe d'un jeune blanc handicapé par quatre jeunes afro-américains, âgés de 18 à 25 ans, le tout filmé et posté sur facebook, choquent l'opinion internationale qui y voit, ici, une perte de repère tout en craignant une augmentation des actes de violence à l'encontre de la communauté afro-américaine.

Les USA sont un pays dont la violence fut fondatrice. Je ne peux, pourtant, que m'inquiéter de la situation de la France qui a vu aussi les propos et actes racistes se décomplexer – en particulier sur les réseaux sociaux – mais aussi dans une forme de pensée (si on peut appeler cela ainsi) « nationaliste ».

Afin de faire le point, je me suis procurée le dernier rapport de la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme concernant la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (publié début 2016 – pour l'année 2015). Avec ses plus de 740 pages, on ne peux pas dire qu'il soit stimulant. Par ailleurs, il présente bien plus largement des recommandations qu'il commente largement plutôt que faire un état des lieux. Pourtant, sa part à l'étude sur l'évolution du racisme, de l'antisémitisme et de la xénophobie en France est le résultat d'un sondage – donnant une image sur l'évolution des mentalités.

Je ne pense pas grand chose des sondages. Les ratés des grands organismes de sondage qui ne prévoyaient ni Fillon, en vainqueur de la primaire de la droite en France, ni Trump à la présidence des USA, ne peut me permettre de considérer que celui-ci soit plus juste.

Néanmoins, certaines conclusions sont à noter.

Dans l'ensemble, ce sondage est positif indiquant une évolution notable des mentalités. 85% des sondés estiment que le racisme est répandu en France. 71% (soit + 7 points) qu'il faut le combattre plus que jamais. Le racisme inquiète les habitants de l'agglomération parisienne, les plus diplômés, ou les personnes vivant dans une commune comptant plus de 9% d'étrangers, les sympathisants d'extrême gauche et les personnes de confessions musulmans. Ces dernières se sentent d'ailleurs les plus concernées. Par contre, 49% des sondés considèrent que l'intégration est une affaire de volonté. Le sondage précédent indiquait qu'en 2013, ils étaient 62% à le penser. Seulement, 24% estiment que les problèmes d'intégration sont liés à la société française.

 

76% (soit +10 points) estiment que les français musulmans sont des français comme les autres. Les sympathisants du Front National sont seulement 36% à l'affirmer. 79% des personnes interrogées estiment que les musulmans doivent exercer leur religion dans de bonnes conditions (pour les sympathisants du Front National, il n'y en a que 51%). Pour 88% des français, les français de confession juive sont des français comme les autres, y compris pour 73% des sympathisants du Front National. On note ainsi que les sympathisants du Front National sont moins antisémites que racistes bien qu'ils fassent baisser les scores. Si ces chiffres sont encourageants, les préjugés antisémites restent. 43% des sondés pensent qu'Israël compte plus que la France pour les juifs français et 41% pensent que les juifs ont un rapport particulier avec l'argent. Ceci est d'ailleurs partagé par 54% des sympathisants du Front National et 51% des sympathisants républicains.

 

Pour 78% des sondés, la laïcité est une loi positive. Les plus de 60 ans partagent ce sentiment à hauteur de 83%, les plus diplômés (87% d'entre eux), les musulmans (86%) et les personnes ayant une origine en Afrique du Nord (pour 90%). Pour être plus précis, la laïcité est bien comprise comme une loi qui autorise plutôt qu'elle n'interdit, qui assure la liberté de culte et qui ne rejette pas les religions. On peut être surpris d'un si bon résultat en faveur de la laïcité alors qu'elle est présentée comme cause de débats difficiles.

Les sympathisants du Front National ont, quant à eux, une vision négative de la laïcité, lui attribuant un rôle nationaliste de préservation d'une identité et culture nationales (51% d'entre eux). Ils voient dans la laïcité une loi permettant de mettre les personnes de confession musulmane à l'écart. Les propos et actes racistes sont devenus de plus en plus intolérables pour 71% des personnes interrogées et donc condamnables. Ainsi, le racisme est rejeté massivement – en particulier pour 75 % des sondés habitants l'agglomération parisienne et 88% des musulmans – seuls 18% des sympathisants du Front National se classent dans cette catégorie. De même, ces derniers pour 89% d'entre eux estiment que le comportement des personnes d'origine étrangère justifie le racisme, alors que la moyenne est de 58% (et que 40% que rien ne peut justifier le racisme) – contre 45% des sympathisants de gauche qui partage cette opinion et 64% (quand même!) des sympathisants de droite – Cette indication n'est pas la plus réjouissante. Même pour les sympathisants de gauche – le racisme serait « excusable » ou pourrait trouver des excuses – un goût de circonstances atténuantes qui montrent que le racisme n'est pas compris comme un sentiment de supériorité, la perte de repère des agresseurs ou encore étant le fait d'un certain profil d'individus.

L'écart entre les sympathisants du Front National et les autres sondés montre qu'un tel profil existe, les séparant du reste de la population, qui – elle - désire un « vivre ensemble » paisible en y mettant les moyens. Ce sont, finalement, les sympathisants d'extrême-droite qui ne sont pas intégrés.

Le racisme, suivant les résultats de ce sondage, a bien une origine sociale et politique. Les plus diplômés, les plus urbains, ceux qui sont en contact régulier avec des personnes d'origine diverse, les plus à gauche aussi, ont moins de risque de développer des sentiments racistes, antisémites et xénophobes.

L'exemple américain, s'il n'était pas nécessaire que nous l'ayons, nous oblige à demeurer vigilants contre tous actes et propos racistes – qui sont, rappelez-vous le, des délits.

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