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La Maçonne

Le 8 mars : les secrets d'une date.

« La journée internationale des femmes » concerne directement et exclusivement la lutte des femmes pour l'obtention de droits civiques, économiques et politiques. Cette journée sera officialisée, en 1977, par l'ONU. La France la reconnaîtra qu'en 1982, grâce à Pierre Mauroy et Yvette Roudy.

Cependant, en dehors de ces éléments dont on verra qu'ils sont discutables, de nombreux inconnus, entourés de mythes et d'une réécriture même de l'histoire, entourent cette date. Le 8 mars n'est, en effet, pas une date anodine. Comme d'ailleurs, celles qui ont eu les premières l'idée d'une « journée internationale » pour les droits des femmes. Elles étaient deux : Clara Zetkin et Alexandra Kollontaï lors du congrès international des femmes de Copenhague de 1910.

En l'occasion de cette journée spéciale, célébrée mondialement, j'ai souhaité retrouver les traces de ces deux femmes. Qu'ont-elles fait et qui sont-elles pour être aujourd'hui oubliées de l'histoire ? Même le site de l'ONU ne les évoque pas … alors que l'une d'entre elle fut la première femme à être, à la fois, la première à être membre d'un gouvernement au monde et à être ambassadrice de son pays.

 

Clara Zetkin.

 

Née en 1857 en Saxe, elle fera ses études à l'institut Von Streyber à Leipzig en 1872. Elle recevra, ainsi, une éducation supérieure (les universités étant interdites aux femmes) et aura, d'ailleurs, comme enseignante une féministe de la période du 19ème siècle, Auguste Schmidt.

Elle rejoindra, grâce à une de ses amies russes, les mouvements socialistes représentés en Allemagne par le Parti Social-Démocrate.

Ce parti sera interdit en 1878 par Otto von Bismarck. Son compagnon, dont elle prendra le nom, Ossip Zetkin, russe, sera emprisonné et expulsé d'Allemagne. Elle le rejoindra en France dès 1882. Elle aura, de lui, deux fils : Constantin et Maxime qui, eurent, d'ailleurs, chacun des destins marqués par l'influence de leur mère.

Ossip Zetkin jouera un rôle important dans l'organisation du 1er congrès de l'Internationale Ouvrière en 1889. Il décédera la même année d'une tuberculose. Une série de grèves en Allemagne ayant permis d'abolir la loi anti-socialisme de Bismarck, Clara et ses fils rejoignirent l'Allemagne. Sa véritable carrière politique commencera dès lors. En 1892, elle fonda une revue « Die Gleichheit » (l'Egalité) et, surtout, une structure politique féminine « la IIème Internationale des Femmes Socialistes ».

 

La IIème Internationale des Femmes Socialistes.

 

Alors, les femmes suivant la loi prussienne n'avaient pas le droit de s'engager dans des partis politiques, Clara Zetkin réussit à fonder cette II ème international des Femmes Socialistes en contournant les lois. Comme vous l'imaginez, la position des militants socialistes (anarchistes) vis-à-vis des droits des femmes différaient, sans pour autant le mettre véritablement au cœur du débat. La structure de Clara Zetkin se voulait être une aile gauche et féminine du Parti Social-Démocrate allemand, tout à la fois clandestin, et surtout parfaitement autonome. Révolutionnaire, agitatrice, dure, Clara Zetkin n'en était pas moins critiquée par sa rigidité mais aussi par la tenue de sa revue, qui comptait malgré tout 125 000 abonnés, considérée comme trop abstraite et intellectuelle pour être comprise par les ouvrières.

Aux côtés de Clara Zetkin, on y retrouve, pourtant, Rosa Luxembourg et de nombreuses figures du féminisme allemand.

L'interdit fait aux femmes de participer à des partis politiques s'assouplissait, le Parti Social-Démocrate souhaitait supprimer la structure de Clara et, d'ailleurs, toutes les structures féminines, estimant que les femmes « étaient des hommes comme les autres ». Expression que vous connaissez pour l'entendre sous diverses formes par ailleurs.

Sa principale adversaire était Lily Braun. Socialiste et féministe, Lily Braun écrira de nombreux livres, se remettant au goût du moment. Elle abandonnera peu à peu la cause des femmes pour développer une réflexion nietzschéanisée de la sociale-démocratie dès cette période. Durant la première guerre mondiale, elle développera un « socialisme patriotique », qui sera reprise plusieurs décennies plus tard par le nazisme, en arguant que l'Allemagne doit lutte contre la France bourgeoise, une Angleterre capitaliste et une Russie obscurantiste.

C'est dans ce contexte que Clara Zetkin organisa la première conférence internationale des femmes socialistes en 1907. Elle réunit 59 déléguées de 15 pays différents. Pour la France, on y trouve Madeleine Pelletier. Cette dernière fut une de celle qui n'ont pas voter la résolution qui liait le féminisme avec la lutte des classes et donc le socialisme. Clara Zetnik voulait ainsi interdire toute alliance avec le « féminisme bourgeois ». Elle disait :

« Telles de brillantes bulles de savon, se dissolvent dans l’air de la conception matérialiste de l’histoire ces déclarations d’amour où on parle de “nos sœurs”, comme si quelque lien unissait dames bourgeoises et prolétaires » (« Ce que les femmes doivent à Karl Marx », mars 1903, traduit dans Batailles pour les femmes).

Ne nous y trompons pas, il s'agissait d'un féminisme politique, partisan, qui trouvait aussi en France un écho. Cela s'est soldé pour une partie des femmes socialistes françaises de rompre avec tout mouvement féministe, empêchant ainsi de considérer que le fait féminin soit spécifique.

Pour Clara Zetkin, il s'agissait, au contraire, de faire en sorte que les dirigeants socialistes prennent en compte les droits des femmes, qui ne s'en préoccupaient pas. Marxiste, elle souhaitait soustraire les femmes du peuple au féminisme « bourgeois ». Elle rencontra une opposition au sein des différents congrès. Les femmes socialistes constataient, effectivement, que les seules à s'inquiéter des droits des femmes étaient ces féministes « bourgeoises » - n'obtenant soutien et aide que de leur côté dans leur propre lutte. Elles ne souhaitaient pas rompre ou s'interdire de telles alliances.

Clara Zetkin, malgré cette opposition, sera élue présidente pour 3 ans de cette 2ème internationale des femmes socialistes, proposant sa revue comme organe diffusant les informations sur l'évolution des combats des femmes.

C'est le congrès de 1910 de Copenhague qui entrera dans l'histoire – ou presque – Clara Zetkin et Alexandra Kollontaï proposèrent d'établir une « journée internationale pour les droits des femmes » dont l'objectif serait l'obtention du droit de vote.

« Selon les organisations politiques et syndicales du prolétariat, les femmes socialistes de toutes les nationalités organiseront dans leurs pays respectifs, un jour spécial des femmes, dont le but principal sera de promouvoir le droit de vote des femmes. Il sera nécessaire de débattre de cette proposition en lien avec la question des femmes à partir d’une perspective socialiste. Cette commémoration devra avoir un caractère international et il faudra la préparer avec beaucoup d’effort. »

Aucune date n'est fixée contrairement à ce qui est généralement prétendu. A la suite de cette décision, diverses manifestations ont été organisées : le 26 février 1911 aux USA, le 19 mars en Allemagne ou le 1er mai en Suède. La « Journée Internationale des ouvrières » aura lieu en Russie le 2 mars 1913, puis le 8 mars 1914.

 

Alexandra Kollontaï.

Alexandra Kollontaï était la fille unique d'un général et, se coupant avec ses origines familiales, elle participa à la révolution de 1905. Sa rencontre avec Clara Zetkin en 1907 lui donna l'occasion d'organiser en Russie, un premier congrès féminin en 1908.

En 1920, elle raconte elle-même l'histoire du mouvement socialiste et féministe :

« Dans mon livre Les Bases sociales de la question féminine, publié en 19096, j’avais la chose suivante à dire aux féministes bourgeoises (contre lesquelles mon livre était tout entier dirigé) : « Si, dans un futur proche, la paysanne conquiert une meilleure situation, si ses conditions de vie quotidiennes s’améliorent et si son statut économique et légal progresse, cela sera dû aux efforts communs de la démocratie paysanne pour la réalisation des revendications paysannes générales que la communauté rurale a constamment exprimées. Les tentatives des féministes pour “dégager la voie aux femmes ” sont ici hors-sujet. […] Si la paysanne se libère elle-même des relations agraires existantes, elle aura gagné davantage que ce que toutes les organisations féministes réunies sont à même de lui offrir. »

En 1905 et 1906, le poison du féminisme infecta non seulement les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires mais aussi certains bolcheviks actifs. Lors de la première grande assemblée de femmes organisée le 10 avril 1905 à l’Institut Tenichevskaïa à Saint-Pétersbourg, seules deux oratrices (dont l’une était ouvrière) osèrent exprimer leur dissentiment devant le chœur amical des représentants des divers groupes sociaux et partis politiques. Nous, qui étions opposées à tout bloc, même temporaire, avec les féministes bourgeoises, mîmes en garde les ouvrières contre la tentation du féminisme et les appelâmes à se placer sous la seule bannière ouvrière révolutionnaire. Mais les résolutions que nous proposâmes, soulignant les principes de l’unité de classe prolétarienne et mettant l’accent sur la nécessité d’une lutte conjointe pour les intérêts communs des travailleurs, furent fermement rejetées. »

[...]

Cependant, quand les féministes décidèrent de convoquer un Congrès pan-russe des femmes en 1908, les social-démocrates estimèrent que le congrès devrait être utilisé comme plateforme pour propager les idées du socialisme et expliquer les différences fondamentales entre les positions des social-démocrates et celles des féministes sur la question féminine.

Le Bureau central des syndicats prit l’initiative d’élire des délégués parmi les ouvrières. Considérant que le préparation de ces élections devait servir à mener une propagande socialiste, le comité de Petrograd du parti social-démocrate s’engagea à son tour dans ce travail et dépêcha Vera Sloutskaïa (qui fut tuée pendant la révolution d’Octobre). À partir de septembre, des réunions eurent lieu dans des bâtiments de syndicats, des clubs et des appartements d’ouvriers. Partout où c’était possible, des réunions légales eurent lieu, mais le plus souvent elles ne pouvaient être qu’illégales et tous les moyens pour se soustraire au regard omniprésent et vigilant de la police – comme organiser une « fête d’anniversaire », un « cours de broderie » ou une leçon d’arithmétique – devaient être employés. Pour l’auteure de ces lignes, le travail était rendu particulièrement difficile parce qu’au moment de ces préparatifs, elle faisait figure de « personne recherchée ». En dépit de tous les obstacles et entraves, des réunions de discussion sur le congrès des femmes se tinrent presque tous les jours. Il a été calculé qu’à Saint-Pétersbourg seulement, plus de cinquante réunions eurent lieu en l’espace de deux mois, ce qui pour cette époque doit être considéré comme un nombre très élevé.

Les grandes usines envoyèrent leurs représentants au congrès, de même que le Comité du parti de Saint-Pétersbourg et les syndicats. Cependant, le 10 décembre, jour de l’ouverture triomphale du Congrès pan-russe des femmes dans le hall de la Douma de la ville, il y avait en tout et pour tout quarante-cinq représentantes du prolétariat organisé, contre sept cents représentantes du féminisme bourgeois. Mais ce tout petit groupe d’ouvrières parvint à montrer les différences entre les idéaux des féministes et les objectifs de la classe prolétarienne.

Dès l’ouverture du congrès, les représentantes des organisations ouvrières, adoptant une position révolutionnaire de classe, formèrent d’elle-mêmes un groupe séparé. Sur tous les problèmes fondamentaux discutés lors du congrès (le suffrage des femmes, la protection du travail, les industries artisanales, l’organisation des femmes dans des partis ou leur unification autour des sociétés féminines bourgeoises), le groupe proposa des résolutions indépendantes exprimant ses perspectives révolutionnaires.

Ces résolutions furent systématiquement rejetées par le vote de la majorité des participantes au congrès. Les débats les plus passionnés portèrent sur la question des moyens et des méthodes de lutte pour obtenir le vote des femmes. Des féministes confirmées comme Mirovitch, Kal’manovitch et la cadette Tourkova, attaquèrent les ouvrières et accusèrent sournoisement les social-démocrates de n’accepter l’égalité des femmes qu’ « en théorie ». Les socialistes réagirent en pointant du doigt l’hypocrisie du féminisme bourgeois, manifeste dans ses positions sur la lutte pour l’égalité des femmes. Car tout en revendiquant l’égalité, les féministes étaient prêtes à garder intacts les éléments fondamentaux de la structure sociale – la propriété privée et les moyens capitalistes de production – sur lesquels reposaient l’esclavage des femmes.

E. D. Kouskova, suivie par deux ou trois personnes, essaya d’instaurer la paix entre les féministes du type cadet et le groupe des ouvrières. Cependant, plus le débat s’élargissait, plus devenaient évidentes les différences fondamentales entre les suffragettes et les sympathisantes de la social-démocratie sur les questions de tactique et de programme politique. Dans la mesure où il avait été décidé de se servir du congrès comme d’une « plateforme légale », le groupe des ouvrières contribua à la discussion sur toutes les questions fondamentales. Les camarades Nikolaeva, Volkhova et Bourko prirent la parole ; leurs discours, publiés dans les « Documents du Congrès des femmes », offrent de riches informations statistiques et donnent une image fidèle du statut des femmes dans les usines, les petites industries artisanales, les imprimeries, etc.

Après que les divers questions à l’ordre du jour eurent été traitées, le congrès s’orienta vers la question centrale de la création d’une organisation rassemblant toutes les femmes et supposément « au-dessus des classes », mais qui de fait devait être essentiellement bourgeoise. Le groupe des ouvrières prononça une déclaration exposant ses positions avant de prendre congé. Leur sortie mit en exergue le fait que la participation des ouvrières organisées à un bloc aux côtés des féministes bourgeoises était considérée inacceptable, à quelque condition que ce soit. Leur geste contraria non seulement les féministes mais la presse bourgeoise dans son ensemble.

Pour la grande masse des ouvrières, le congrès et l’intervention du groupe des ouvrières revêtit une grande importance en terme de formation, car une ligne de démarcation nette et distincte avait été tracée entre le féminisme bourgeois et le mouvement des femmes prolétaires. Certaines femmes parmi les moins conscientes politiquement avaient, jusqu’au congrès, nourri des illusions quant à la possibilité d’unir toutes les femmes au nom du combat pour les droits et les intérêts des femmes ; après les débats du congrès, qui avaient révélé l’hostilité des féministes au socialisme révolutionnaire, ces illusions moururent de mort naturelle. Il devint clair aux yeux de toute ouvrière qui réfléchissait à la question qu’il n’y avait rien à espérer des féministes bourgeoises.

Le congrès des femmes détruisit l’attrait qu’aurait pu exercer le féminisme sur les grandes masses de la classe ouvrière. Après le congrès, les ouvrières rejoignirent en grand nombre les syndicats et se regroupèrent autour du parti. Il y avait des progrès constants dans la formation de classe des ouvrières. Si l’atmosphère politique n’était pas si lugubre, il aurait été possible de considérer le futur avec de grands espoirs. La Russie entrait alors dans une période de sombre et terrible réaction. » (lire le texte complet ici)

 

En effet, Alexandra Kollontaï, recherchée, fut obligée de fuir ce premier congrès féminin qui organisa la rupture entre les deux camps « féministes ».

On comprend aussi mieux ce qui était reproché aux féministes « bourgeoises » : un décalage entre leur propre situation et celle de la majorité des femmes. Si le but semblait le même (obtention de droits), il était à craindre pour les femmes issues des couches sociales les plus pauvres qu'elles demeurent confinées au sein de leur foyer sans être mieux instruites ou mieux considérées. De cette lutte féministe, il faut aussi faire un parallèle avec les droits des hommes (avec un h minuscule) en Russie sous le régime tsariste qui n'étaient guère mieux lotis. Droit de vote, certainement, mais aussi droit de diriger le pays.

Alexandra Kollontaï, comme d'ailleurs Clara Zetkin ou encore Rosa Luxembourg, étaient polyglottes, instruites. Elles ont connu des périodes plus ou moins longues d’exil, de menaces pour leur vie et leur sécurité. Elles symbolisent, chacune à leur manière, voir même ont fondé l'internationalisation du mouvement féminin - un mouvement politique et partisan - mais il n'en demeure pas moins international.

Elles ne voulaient pas que les femmes ouvrières soient laissées de côté dans ce qu'elles estimaient être une logique de l'histoire : une révolution sociale. Elles avaient, au demeurant, comme exemple : la situation des françaises. De la révolution de 1789 à la troisième république, elles étaient encore loin d'obtenir des droits politiques ou de gagner leurs indépendances. La seule réponse à cet état de fait était, pour ces femmes allemandes et russes, de s'organiser elles-mêmes et, ainsi, de piéger leurs propres partis.

Ainsi, il n'y a rien de vraiment étonnant à voir une Clara Zetkin organiser, en 1907, alors qu'elle entendait le Parti Social-Démocrate vouloir s'approprier sa structure et fermer toutes les structures féminines liées à la cause des femmes, d'organiser un premier congrès international féminin. Il n'y a rien, non plus, d'étonnant à ce qu'elles décident d'une « journée internationale » en 1910.

Or, la première guerre mondiale a bouleversé leurs perspectives. Cette guerre qui se voulait « éclair », « sans mort » a abattu 9,5 millions de personnes 

1915 sera aussi l'année d'installation des tranchées sur le front Ouest.

La nouvelle est rude pour Clara Zetnik qui voit partir un de ces fils au front. Contrairement aux grandes déclarations de la IIème internationale, les socialistes ne se sont pas opposés aux votes des crédits de guerre afin d'empêcher la guerre. La mobilisation fut nationale et patriotique.

Lénine & le congrès International des Femmes Socialistes de 1915 à Berne.

Clara Zetnik se trouva avoir un opposant peu commun : Lénine. Ce dernier avait connu des périodes d'exil qui l'ont conduit aux alentours de 1900 en Allemagne. Il s'était, alors, rapproché du Parti Social-Démocrate. Il y avait rencontré Clara Zetkin, alors plus connue que lui.

En 1915, il séjournait en Suisse rêvant à une révolution, alors que celle de 1905 avait échoué.

Lors du Congrès socialiste international de Stuttgart en 1907, Lénine et Rosa Luxembourg fit adopter à l'unanimité une résolution « La question n'est pas de se contenter de faire obstacle au déclenchement de la guerre, mais de mettre à profit la crise engendrée par la guerre pour précipiter le renversement de la bourgeoisie ». (Le Congrés socialiste international de Stuttgart », août-septembre 1907).

Rosa Luxembourg, qui avait porté cette résolution, avait milité dès 1913 contre la guerre. Elle avait été condamnée en 1914 pour « incitation à la désobéissance ». Avec Karl Liebknecht, elle fonda la ligue Spartakiste qui appelait les députés socialistes de s'opposer, dans leur pays respectif, aux crédits de guerre. Cet appel ne se fut pas entendu. Hospitalisée pour épuisement en décembre 1914, elle débuta sa peine de prison en février 1915.

 

Inessa Armand, française, dirigeante bolchévique et amante de Lénine, avait écrit à Clara Zetnik d'organiser une conférence de femmes socialistes contre la guerre.

Cette réunion avait pour but de « d'entraîner les travailleuses dans la lutte contre tout idée d'union sacrée, pour une guerre contre la guerre, une guerre étroitement liée à la guerre civile et à la révolution socialiste ». (cité par Olga H. Gankin et H.H. Fischer, in The Bolscheviks and the World War, 1940).

Lénine, quant à lui, écrivit à Alexandra Kollontaï, proche de Clara Zetkin.

« Apparemment vous n’êtes pas tout à fait d’accord avec le mot d’ordre de guerre civile, que vous reléguez, pour ainsi dire, à une place secondaire (je devrais même dire conditionnelle) derrière le mot d’ordre de paix. Et vous soulignez que “ce que nous devons mettre en avant est un mot d’ordre qui nous unisse tous”. « En toute franchise, ce que je crains le plus au moment présent c’est justement ce genre d’unité à tout prix, qui à mon avis est des plus dangereuses et nuisibles au prolétariat. » cité par N.K. Kroupskaïa, Reminiscences of Lenin

Clara Zetkin organisa la conférence, invitant les militantes pacifistes. Cette réunion attira 70 femmes, dont une française Louise Saumoneau. La délégation bolchévique, menée par Inessa Armand, déclara :

« Nous, social-démocrates adhérant au comité central, considérons qu’il faut avancer dès maintenant le mot d’ordre de guerre civile, et que le mouvement ouvrier est en train d’entrer dans une nouvelle phase au cours de laquelle on pourra parvenir au socialisme dans les pays les plus avancés. […] Il faut dire sans ambages aux travailleuses qu’on peut obtenir la paix par la révolution et qu’on ne peut véritablement échapper à la guerre que par le socialisme. » cité par Olga Ravitch, « Compte rendu officieux de la Conférence internationale des femmes socialistes à Berne, 26-28 mars 1915 », publié dans The Bolsheviks and the World War

Clara Zetkin contrecarra la délégation russe. Elle réussit à faire retirer leur résolution. Un manifeste fut décidé. Ce manifeste est entré dans l'histoire. Il fut diffusé, avec finalement, peu de moyens en plusieurs centaines milliers d'exemplaires et traduit en plusieurs langues. Il ne critique pas la trahison des partis socialistes qui avaient voté les crédits de guerre et s'étaient, ainsi, rallié à une guerre mondiale qui fera plusieurs millions de victimes.

Louise Saumoneau, secrétaire du Groupe des Femmes socialiste, recevant le texte de Clara Zetkin, diffusa les premiers tracts en français contre la guerre. De retour de Berne, elle organisa le Comité d'Action Féminine pour la paix. Ce comité continuera de publier les tracts. En mars 1916, il organisa une célébration de la « journée internationale des femmes ». La police, à nouveau, intervint.

La conférence socialiste de Zimmerwald se tiendra en septembre 1915, s'opposant aussi à la guerre, soit plusieurs mois après celles de la 2ème Internationale des Femmes Socialistes. Lénine y assistera.

La « journée internationale des femmes » et la Révolution de 1917.

Si on préfère, toujours, estimer que la « journée internationale des femmes », fixée au 8 mars, a des origines américaines – et certains rêveraient même de n'importe quelle origine - est aussi parce qu'elle est liée à un autre événement tout aussi historique qui a bouleversé durant plusieurs décennies le monde entier. Le rêve de Lénine de transformer cette guerre en guerre civile s'est, en effet, réalisé.

Le 3 mars 1917, la grève des ouvriers de l'Usine Poulilov a ouvert ce qui est appelé la « Révolution de février ». Les incidents suivants éclatent le 5 mars. Le 6 mars, l'usine d'armement, faute de matière première, est au chômage technique. Tout comme pour la Révolution française de 1789, ce sont des femmes qui défilent le 8 mars lors de la « journée internationale des femmes » réclamant « du pain et du travail».

Rejointes par les ouvriers, les slogans purement alimentaires furent remplacés par des slogans plus politiques contre la guerre, pour l'instauration d'une République. Le 10 mars, la grève est générale. Le mouvement basculera en révolution.

Alexandra Kollontaï, celle qui demandera aussi l'adoption d'une journée internationale pour les femmes en 1910, dira : « La Journée des ouvrière est devenue une date mémorable dans l'histoire. Ce jour-là les femmes russses ont brandi la torche de la révolution prolétarienne et ont mis le feu aux poudres. La révolution de février venait de commencer. »

Elle deviendra « commissaire du peuple », puis ayant de nombreux désaccords avec Lénine, elle continuera une vie d'exil en devenant la première femme ambassadrice.

Clara Zetkin sera une figure importante après la Première Guerre Mondiale du socialisme – communisme, s'opposant à Lénine tout en s'appropriant au fil des années ses opinions. Elle sera, néanmoins, fondatrice du partie communiste allemand. Elle permettra, bien plus par sa présence que par son discours, à permettre la fondation du parti communiste français lors du Congrès de Tours. Avec l'arrivée du nazisme, elle se réfugiera en URSS. Elle décédera en 1933. Pour situer son importance, son portrait sera diffusé sur les billets de 10 mark …

Ce sera Lénine qui fixera le 8 mars comme « Journée Internationale des Ouvrières » en 1921 officiellement. Enfin ….

 

Conclusion.

 

Si cela est vrai, cela ne l'est pas vraiment. Simone Bonnafous (dans un article cité en source de cet article) amène plusieurs éléments nouveaux.

La résolution de 1910 n'apparaît pas dans le compte rendu du congrès international, mais uniquement d'un article de Die Gleichheit (l'égalité) du 29 août 1910, signé par Clara Zetkin, Kate Dunker et d'autres camarades sous le titre de « Demandes présentées par des camarades allemandes à la conférence socialiste internationale de Copenhague au sujet du droit de vote des femmes ».

Cette résolution aurait été effacée (oubliée?) des comptes-rendus. De même, une intention similaire serait, elle, américaine, aussi d'un groupe de femmes socialistes – qui n'a pas la volonté d'être internationale – datant de 1908.

Si on attribue une « journée internationale des femmes » à Lénine, ce ne serait pas non plus le cas : il s'agirait d'une proposition faite lors de la seconde conférence des femmes communistes en 1921 qui déclare

« Des tempêtes d'enthousiasme accueillirent la proposition de nos camarades bulgares et la résolution de la seconde conférence internationale des femmes communistes, à Moscou, de tenir uniformément la Journée Internationale des femmes le 8 mars, jour où les camarades russes la célèbrent. […] La détermination et la volonté des 82 représentantes des femmes communistes de 28 nationalités s'unirent alors pour exprimer une seule et vigoureuse détermination. Notre actuelle journée internationale de la femme doit devenir une prise de position puissante des masses en faveur du communisme. Elle doit être aussi un appel irrésistible à la lutte contre l'ordre bourgeois et à la conquête du pouvoir par le prolétariat. Elle doit apporter la preuve que nous autres femmes communistes voulons mais aussi pouvons agir. Il s'agit maintenant de tenir le serment « silencieux » que nous avons prêté et qui nous lie : faire que la volonté devienne action… »

Ce texte montre que des journées s'organisaient sans pour autant qu'une date commune à ces manifestations soient fixées. De même, cette journée n'est pas une sorte de « fête des mères » à la sauce communiste mais bien de vouloir « d'être dans l'action »  - une action politique et spécifique aux femmes. 

De même, aucune « journée internationale » ne fut décidée par l'ONU en 1977 comme le montre le texte de la résolution en ligne sur son site. Il « Invite tous les États à proclamer, comme il conviendra en fonction de leurs traditions et coutumes historiques et nationales, un jour de l'année Journée des Nations Unies pour les droits de la femme et la paix internationale, et d'informer le Secrétaire général à ce sujet . »

En 1982, la France reléguera la journée du 8 mars à une journée pour les « travailleuses » :

« le Président de la République et le gouvernement souhaitent qu'elle marque un moment important partout en France, où les femmes doivent participer pleinement à l'activité économique du pays et voir leurs droits dans le travail reconnus. »

Ce qui est pour le moins limiter les femmes à un rôle économique.

Si vous la voulez courte, on fête aujourd'hui une journée qui ne fut jamais décidée par personne … comme si elle était spontanée …  et dépassait les considérations politiques de celles ou ceux qui ont tenté de l'instaurer. 

 

 

Sources : 

Simone Bonnafous, « Les déclarations de Journée internationale des femmes, entre récit, occultation et performativité », Communication [En ligne], Vol. 24/2 | 2006, mis en ligne le 29 août 2012, consulté le 02 mars 2017. URL : http://communication.revues.org/3373 ; DOI : 10.4000/communication.3373

Quand les femmes envoyaient les hommes au combat (Lily Braun) Article du Courrier International

Une étude sur Clara Zetkin & Lénine : Ligue Internationale Communiste

Harden Chenut Helen, « L'esprit antiféministe et la campagne pour le suffrage en France, 1880-1914 », Cahiers du Genre, 1/2012 (n° 52), p. 51-73.
URL : http://www.cairn.info/revue-cahiers-du-genre-2012-1-page-51.htm
DOI : 10.3917/cdge.052.0051

Romain Ducoulombier, « Conférence Jaurès 2008 », Cahiers Jaurès 2008/3 (N° 189), p. 33-55.

Gabriel Nicole. L'internationale des femmes socialistes. In: Matériaux pour l'histoire de notre temps, n°16, 1989. 1889: fondation de la IIe Internationale. pp. 34-41; doi : 10.3406/mat.1989.404022 - http://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_1989_num_16_1_404022

Françoise Picq, « Journée internationale des femmes : à la poursuite d'un mythe », Travail, genre et sociétés 2000/1 (N° 3), p. 161-168. DOI 10.3917/tgs.003.0161

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uneSoeur 08/03/2017 11:13

Bonjour,
Merci pour cette planche très intéressante et tes recherches ma S:. La Maçonne.
une S:., une Femme libre et clairvoyante