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La Maçonne

1er mai : "Gloire au travail" !

Je suis ambitieuse pour l'humanité ; moi je voudrais que tout le monde fût artiste, assez poète pour que la vanité humaine disparût.

Louise Michel (1830-1905)

Ayant vue refuser mes excuses pour absence pour « cause professionnelle » par la loge Chiboulette, ce qui fut accepté et même organisé par des conseillères fédérales de la GLFF, je ne pouvais que faire un article, une fois dans ma vie, sur le travail. J'ai ainsi choisir ce jour dédié.

En effet, en dehors de cette discrimination du fait de mon emploi assez particulière et fortement inquiétante pour une obédience maçonnique, le Travail (avec un T majuscule) est un fondamental maçonnique. Il se trouve d'ailleurs en deux endroits :

dans les constitutions de la plupart des obédiences : il s'agit d'un engagement solennel d'honorer le travail qu'il soit manuel ou intellectuel et de défendre le droit au travail, inscrit en tant que principe,

dans les rituels lui-même avec ce fameux « Gloire au Travail » conclusion des cinq voyages du futur compagnon.

Honorer le travail est, bien sûr, accepter que le travail fasse partie de notre existence, qu'il ne soit pas cause de discrimination, qu'il constitue pour l'individu un moyen d'expression, de s'identifier, d'exister comme de pouvoir subvenir à ses besoins. Ce que l'on appelle « en vivre ».

Dans notre siècle, cela peut paraître parfaitement anachronique. En approfondissant le sujet aux siècles précédents, cela était bien pire encore. Les conditions de travail au 19ème siècle, comme lors des siècles précédents, étaient inhumaines. Les journées de travail d'un ouvrier s'étendaient entre 15 et 17 heures du lundi au samedi, sans congés, sans assistance maladie dans des conditions insalubres et dangereuses. Quant aux femmes, leurs salaires pour moitié inférieur à celui des hommes, ne leur permettent pas subvenir à leur besoin et à celui de leurs enfants. L'enfant – quant à lui – encore plus sous-payé que les femmes – travaillait que ce soit à l'usine ou à la campagne.

A la fin du 19ème siècle, des mouvements de grève ont permis de mettre à jour les conditions de travail. Les femmes ont été nombreuses à y participer comme les ouvrières du textile, les femmes de mineurs, …

De nombreuses historiennes, par leur recherche sur la société du 19ème siècle, ont montré que la séparation sexuée des rôles entre hommes (travail rémunéré) et les femmes (au foyer) n'existaient pas dans le monde ouvrier et rural.

Illustration : femmes qui travaillent à la neutralisation des obus. 

« Marie-Hélène Zylberberg-Hocquard a montré comment les féministes, telles Maria Desraimes, Marguerite Durand, Aline Valette et bien d'autres, ont fait des ouvertures aux travailleuses et recruté des adhérentes parmi les femmes qui travaillaient dans le tertiaire. Son propos souligne à la fois la distance entre ouvrières et féministes « bourgeoises » et le rôle positif des féministes qui, en défendant rigoureusement le droit au travail des femmes, ont poussé les syndicats à poser la question de la place de la femme dans l'économie et les a contraints à y faire face. Patricia Hilden a décrit la manière dont les socialistes guesdistes du Parti ouvrier français ont encouragé la syndicalisation des femmes dans les usines textiles du Nord, mais aussi comment ce parti, du fait de ses préoccupations électoralistes à partir des années 1890, a laissé de côté les femmes et leurs syndicats. » explique Laura L Frader dans un article « Femmes, genre et mouvement ouvrier en France aux XIXe et XXe siècles : bilan et perspectives de recherche »

L'idée que les femmes « n'ont pas de carrière » ou « n'en souhaitent pas » est aussi détrompé. Les ouvrières sont fières de leur travail, cherchent à favoriser leur carrière en changeant d'employeur comme en militant dans des syndicats.

Le travail des femmes considérés comme un « second salaire », sans continuité, et donc sans avenir, après le mariage ou la première grossesse ont été autant de moyens pour exclure les femmes du monde du travail.

La place des femmes dans le monde du travail, leurs conditions de travail, leurs salaires au même titre que leurs formations, ont été des sujets étudiés au travers autant de revendications que d'actions, par les premières francs-maçonnes et féministes. Pour elles, ce travail des femmes permettaient d'être indépendante comme de pouvoir assumer l'éducation de leurs enfants.

Si nous devions respecter cette longue tradition, le Travail ne peut pas être uniquement compris comme une simple invocation à un idéal dont on ne sait même plus tracer les premiers signes et dont on ne respecte même plus le sens. Ainsi, cette « Gloire au Travail » pour les maçonnes et les maçons de la fin du 19ème siècle n'avait rien d'un anachronisme mais reflétaient un désir d'améliorer la société – à défaut de pouvoir améliorer l'humanité.

 

Chacun cherche sa route ; nous cherchons la nôtre et nous pensons que le jour où le règne de la liberté et de l'égalité sera arrivé, le genre humain sera heureux.

Louise Michel (1830-1905)

Notre époque est bien différente. Le taux de chômage avoisine les 10% et 3,5 millions de personnes sont en recherche d'emploi.

La souffrance au travail a évolué – du moins notre perception – L'amiante aura tuée environ 6000 personnes par an entre 2000 et 2020, les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont invalidants dans 40 % des cas et représentent 60 % des maladies professionnelles déclarées. Or, depuis fin des années 90, apparaît un autre type de souffrance : morale. Le harcèlement des « petits chefs » ou de la hiérarchie sont montrés du doigt. Le burn out dont l'origine est l'épuisement au travail, le stress et le sur-engagement au travail touchent 490 000 personnes en France (chiffres 2012) et plus de 3 millions de français seraient en situation de risque.

La « valeur travail » est en pleine mutation. Il n'est plus possible de décrire le travail comme un moment enchanteur de réalisation de soi bien que la société continue à s'organiser autour du travail. « Dans une civilisation construite autour du travail, le temps humain se structure autour de lui : les études sont une préparation au travail et non d’abord une recherche de vérité ou de sagesse constructive de soi ; à l’âge de travailler, succède la retraite, à un âge également déterminé. Le travail apparaît comme temps contraint par opposition à un temps pour soi. Ce menu de la vie ne saurait être modifié en fonction d’autres aspirations que celles du travail. » explique Dominique Royer.

La mutation tendrait non plus autour d'une « valeur travail » en tant qu'emploi mais en tant qu'activité (ni salariée, ni rémunérée). Pour les femmes, cela peut être tout autant dangereux. Plus nombreuses au chômage, elles subissent la triste règle des 20 : 20% de salaire en moins, 20% de tâches ménagères en plus. Les laisser au foyer, en estimant qu'elles ont une activité, est le risque d'une telle mutation. Est-ce que le chômeur qui jardine aura une meilleure image de lui que s'il avait un travail rémunéré qui lui plaît et une même activité de jardinage ?

En outre, le travail (rémunéré) n'est plus un modèle d'insertion. Le chômage, touchant n'importe quelle catégorie professionnelle, est devenue tout autant une norme.

Alors qu'il est envisagé de sanctionner toutes personnes refusant un emploi même en dessous de ses compétences, on ne peut plus considérer le travail comme permettant l'épanouissement personnel ou source d'une intégration. Il devient obligatoire, une condamnation, un « coûte que coûte » sans que les souhaits et désirs des individus vis-à-vis de leur travail soit pris en compte. Comment encore parler de plaisir et de satisfaction personnelle au travail ? Comment peut-on imaginer que l'on peut contraindre quelqu'un à accepter un emploi dans un état de droit ?

« Gloire au travail ». Cet ancien idéal est bien plus ancrée dans la réalité et l'actualité. En effet, c'est autant de jeunes hommes et de jeunes femmes à qui les obédiences ferment leurs portes, n'ont pas faute de travail, mais parce qu'ils et elles s'obligent pour cette gloire oubliée des francs-maçons à la mobilité, à la disponibilité, à sacrifier des temps de repos ou de loisirs.

Il serait temps de se remettre au boulot, non? 

 

 

 

 

 

Sources : 

Laura L. FRADER, « Femmes, genre et mouvement ouvrier en France aux XIXe et XXe siècles : bilan et perspectives de recherche », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 3 | 1996, mis en ligne le 01 janvier 2005, consulté le 29 avril 2017. URL : http://clio.revues.org/472 ; DOI : 10.4000/clio.472

Piotet Françoise, « Le piège de la souffrance au travail », Revue Projet, 2011/4 (n° 323), p. 23-31. DOI : 10.3917/pro.323.0023. URL : http://www.cairn.info/revue-projet-2011-4-page-23.htm

Royer Dominique, « Qu'en est-il de la « valeur travail » dans notre société contemporaine ? », Empan, 2002/2 (no46), p. 18-25. DOI : 10.3917/empa.046.0018. URL : http://www.cairn.info/revue-empan-2002-2-page-18.htm

 

 

Le 1er mai est aussi l'occasion d'écouter les chansons de la "Commune" dans cet article écrit par mes soins il y a quelques temps. 

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hector 02/05/2017 12:10

Vive la Louise !
une femme (encore) en avance