Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
La Maçonne

Rituel d'adoption : le grade de maîtresse.

Je sais que vous trépignez, toutes et tous, pour connaître la suite de ce rituel dit « d'adoption » du 18ème siècle, c'est-à-dire le dernier grade de maîtresse. Le voici enfin raconté rien que pour vous. 

Pour rappel, voici les articles concernant le 1er degré : Rituel d'adoption au 18ème siècle et encore la cérémonie de réception. Le 2ème degré est entièrement décrit dans cet article. Sur le même sujet, je vous ai fait découvrir aussi l'Ordre de la Félicité

Décoration de la loge.

 

Dans l'ouvrage qui présente les degrés de la manière la plus complète datant de 1787 « Manuel des franches-maçonnes ou la vraie maçonnerie d'adoption » signé par un certain «chevalier de tous les Ordres Maçonniques », le décor de la loge a toujours une tenture cramoisie. S'ajoute au décor un arc-en-ciel au dessus de l'autel. Du côté de l'Afrique, une petite tour, en forme de spirale, d'un pied de haut (donc basse), avec une base assez large pour pouvoir se tenir dessus et sur laquelle est écrit « Tour de Babel, monument de l'orgueil des hommes » et pour terminer une échelle représentant l'échelle de Jacob.

Celui datant de 1785 intitulé « L'ADOPTION ou la maçonnerie des femmes en trois grades » ne portant aucune signature précise lui que la loge « est éclairée par treize lumières , dont sept sont placées au Midi & six au Nord. ».

En 1787, seul le tableau de loge avait été sensiblement étoffé (il n'est pas évoqué dans la version de 1785) : « Il représente les quatre parties du monde,désignées par quatre figures peintes : Noé au sortir de l arche , offrant à dieu un agneau en sacrifice, un arc-en-Ciel; Abraham prêt à immoler son fils;l'échelle de Jacob endormi; Sodome embrasée;la femme de Loth, en statue de sel, une citerne dans laquelle on voit Joseph , et au-dessus de lui, le soleil , la lune et les onze étoiles. » C'est tout.

Treize lumières entourent le tableau.

L'épreuve de la confusion.

Encore cette fois, la récipiendaire entre dans la loge les yeux bandés. Elle devra supporter, comme pour les deux grades précédents, un serment de la part du frère inspecteur sur le sérieux de la chose. A son entrée, elle est interrogée sur les grades précédents.

Pour l'épreuve de la confusion, elle entame un premier tour de la loge. On dispose la petite tour représentant Babel et une planche créant une pente douce et permettant d'accéder au sommet de la tour. Avec un pied de hauteur, le tout n'est pas très haut. Dès que la sœur est arrivée au sommet de la tour, on retire la planche et on la fait retourner vers le grand maître (en la soutenant afin qu'elle ne tombe pas).

Vénérable maître : « Quel est le sujet qui vous amène en loge ? »

La sœur : « C'est le désir de monter au grade de maîtresse ».

Vénérable maître. « Sachez ; ma chère soeur, répond le vénérable, qu'on n'obtient des dignités, parmi nous, qu'à force de vertu , de travail et d'humilité ; c'est pourquoi nous ne pouvons vous en donner aucune, sans agir contre toutes nos lois ; et, pour vous prouver que le refus que je vous fais est juste, nous allons vous rendre la lumière et vous faire connaître la témérité de votre demande ».

Aux officiers : « Mes frères, ôtez lui le bandeau , et punissez-la de sa présomption ».

La soeur introductrice lui débande les yeux. Les deux frères inspecteur la soulèvent par-dessous le bras, la descendent de dessus la tour, et lui font lire l'inscription.

Après quoi le grand-maître lui dit : « Vous voyez, ma chère soeur, combien le flambeau de la sagesse et de la vérité nous est nécessaire , et dans quel excès d'erreur, l'ignorance et l'aveuglement peuvent nous conduire. Il vous est aisé de juger qu'étant montée, quoique innocemment, au plus haut degré de l'orgueil, nous ne pouvions vous recevoir dans notre temple. Vous apprendrez bientôt les mystères que renferme l'épreuve par laquelle vous venez de passer. Contentez-vous à présent de vous soumettre à l'humilité que l'on doit pratiquer pour entrer dans le sanctuaire de la vertu ».

En s'adressant à l'inspecteur : « Vous, mon frère, faites connaitre à la soeur avec quel respect elle doit venir à l'autel ».

La récipiendaire ôte ses souliers et pieds nus, elle fait cinq pas sur le tapis, de droite à gauche, de manière à ce qu'elle se trouve devant l'autel. Une fois arrivée à son but, elle est agenouillée, la main sur l'évangile pour prononcer son obligation. Le vénérable la lui dicte une épée nue sur la tête.

"Je jure sur cet autel respectable , par le sacrifice de Noé, d'Abraham, et par l'échelle de Jacob , de ne jamais révéler aucun des secrets des maçons, et de ne rien expliquer aux compagnones de ce qu'on m'apprendra sur les mystères de la maîtrise, et je renouvelle la promesse que j'ai faite dans mes précédentes obligations, d'aimer, protéger et secourir mes frères et soeurs toutes les fois que j'en trouverai l'occasion ; je promets toutes ces choses sur ma parole- d'honneur; et si jamais j'étais capable d'y manquer, je consens d'encourir la honte , le mépris, l'infamie que tout bon maçon réserve au parjure ; et pour m'en garantir, je prie dieu de m'être en aide ».

L'épreuve de la confusion rappellent les « planches à bascules » ou « à boules » que l'on connaît. Au bout du compte, ces « planches » ne sont jamais étudié ni comme symbole à part entier ou expliquer dans le déroulement des initiations à part appartenir à un monde « confus » et participer à la théâtralisation de l'initiation. Ici, la planche plus exactement la tour a un sens et aussi un but parfaitement décrit. La confusion, au 18ème siècle, était de se trouver en situation délicate du fait de son orgueil. Une épreuve que l'on devrait intégrer dans nos cérémonies bien que je ne sois pas certaines que toutes et tous la comprennent ainsi. Le serment qui suit est dans la même veine, même si on goûte peu du côté moralisateur de ce dernier : pieds nus et à genoux … L'épée surgit néanmoins au bout du bras du vénérable … et on a presque tous entendus le bruit d'un maillet.

Le cœur de vertu

Une fois l'obligation prononcée, la sœur remet ses souliers.

Vénérable maître : « Ma chère soeur, comme le grade auquel vous prétendez n'est dû qu'au travail et à la constance, je ne puis encore vous en découvrir les mystères , puisqu'il vous reste un de ses devoirs à remplir; c'est pourquoi le frère inspecteur va vous conduire à l'atelier des maîtres, où vous achèverez de nous convaincre , par le zèle et l'ardeur que vous montrerez, que vous méritez l'auguste rang que vous sollicitez. »

La récipiendaire est conduite à « l'atelier des maîtres » qui est une partie de la loge (n'oubliez pas qu'au 18ème siècle, les tenues se déroulaient dans un appartement et non pas dans des locaux forcément dédiés).

L'orateur s'y trouve déjà. L'inspecteur conduit la sœur. Il lui donne un ciseau de la main gauche et un marteau dans la main droite et lui fait frapper quatre coups sur les coins de la boîte et un sur le milieu.

La boîte est décrite dans le Manuel de Franc-maçonnerie (1856) de la manière suivante : « L'on met sur l'autel de la S.-. grande inspectrice une petite boîte servant au travail des maîtresses ; cette boîte doit être carrée, en bois ou en fer-blanc peint ; son couvercle doit s'ouvrir à charnières en deux parties égales ; elle doit avoir sept à huit pouces de long sur quatre à cinq de large et quatre de haut. Il y aura aux quatre coins du couvercle un clou doré, et un cinquième au milieu, lequel, en le poussant, doit faire jouer un ressort qui fasse ouvrir de raideur les deux parties du couvercle ; au fond de la boîte est un coeur en bois peint en rouge dans la forme d'un coeur naturel avec ses veines, ou bien, et cela est mieux, on enferme un oiseau vivant, lequel prend sa volée quand le couvercle s'ouvre. Cette boîte reste fermée; on met à côté un petit marteau, et un petit ciseau en acier poli. Il faut aussi une échelle à sept échelons, que l'on met à terre en travers et au pied du tableau. ».

De cette description, en sus de présenter la boîte, on notera aussi la disparition d'un « atelier des maîtres ». De plus, la présence d'un oiseau (qui est considérée comme mieux, en supposant qu'il puisse avoir assez d'oxygène pour survivre au fond de la boîte) n'apporte rien au rituel comme on le verra. En 1856, les loges d'adoption avaient toutes disparues ou presque. Cela explique certainement cette étrange ajout. 

La boîte ouverte, l'orateur regarde dedans et montre le cœur à la récipiendaire en lui disant :

 « Ma chère soeur, cette boîte en forme de pierre, que vous voyez, et le coeur que votre travail a produit, sont le symbole de la morale de la maçonnerie , qui, par les vertus qu'elle enseigne, semble ne laisser aux hommes que la force commune, en les rendant doux et compatissants».

L'échelle de Jacob.

Enfin, la dernière épreuve a lieu. Une fois le cœur délivré de sa boîte, le vénérable maître félicite la sœur de son travail et demande à l'inspecteur de faire monter l'échelle à la sœur.

La sœur grimpe ainsi le premier échelon en commençant par le pied gauche (on imagine que ladite échelle a des marches larges) ceci jusqu'au dernier échelon. Il est assez difficile de savoir combien il y en a – non pas que je sois à ce point allergique à la bible – mais que les rédacteurs du 18ème siècle de ce rituel ne devait pas posséder la même version que nous.

D'après l'auteur il y en a 5 et seules les loges irrégulières en comptent plus ainsi il note : « Quoique l'échelle de réception ne contienne, et ne doive contenir que cinq échelons , cela n'empêche pas que, dans tous les manuscrits dont se servent les loges irrégulières, on demande la signification de huit ; il est vrai que presque.toutes les questions sont si tortillées , qu'on recommence plusieurs fois la même chose sans s'en apercevoir ; tant ces faux catéchismes sont ridicules et inintelligible s ».

L'officier annonce au vénérable que la récipiendaire est parvenue au sommet de la félicité

Vénérable maître : « Ma chère soeur, en suivant les principes que la sagesse nous donne, nous trouvons que c'est trop peu d'accorder à la vertu l'estime ordinaire que tout homme lui doit ; c'est pourquoi je vous décore de ce bijou , ( c'est la truelle ) comme étant la marque honorable du pur hommage que nous lui rendons. Cette truelle , parmi nous , signifie maîtrise , parce qu'en ne l'accordant qu'au vrai mérite, elle est le symbole d'une âme courageuse et maîtresse d'elle-même. Le signe de ce grade est de figurer l'échelle ( 1 ) devant soi ; on répond à ce signe en étendant la main gauche sur la bouche du visage qui est du même côté; de manière que le petit doigt soit sur la partie, le second doigt sous le nez, le troisième sur l'oeil , le quatrième sur la tempe, et le pouce sur l'oreille; ce : donne les signes des autres grades, en démontrant les cinq sens (2) : l'attouchement se fait en se présentant mutuellement l'index et l'autre doigt de la main droite, que l'on pose l'un sur l'autre ; ensuite on appuie tour-à-tour le pouce droit sur les joints près de l'ongle, ce qui donne le nombre sacré ( cinq), chez les maçons.

La parole de maîtresse est Avoth-Jair , qui signifie : L'éclatante lumière de la vérité a déssilé mes yeux.

Le mot de passe de ce grade , est la parole de compagnonne , Babel.

Allez actuellement , ma chère soeur , rendre aux officières les signes et paroles que je vous ai donnés »

Je vous laisse vous exercer …

Conclusion.

Ce dernier rituel d'adoption (élévation au grade de la maîtresse) démontre parfaitement que les femmes n'étaient pas exclues de la franc-maçonnerie parce qu'elles étaient considérées inaptes à comprendre le dur métier des bâtisseurs comme on peut l'entendre (encore et hélas!) de nos jours. Elles se trouvent en effet munies d'un ciseau et d'un maillet et leur symbole est une truelle.

Ils ne sont pas non particulièrement représentatif de stéréotypes féminins. Elles ne tricotent pas, ne cousent pas, ne cuisinent pas … rien sur les épouses qu'elles devraient être, la maternité, ou encore la tenue d'un foyer.

Seul le grade de compagnonne comme on l'a vu est difficilement adaptable aux hommes, non pas parce que les femmes sont frappées du sceau de l'infériorité mais parce que pour qu'il puisse avoir un sens, il faudrait qu'une femme soit présente d'une manière ou d'une autre … Disons-le, la représentation de « l'Adversaire » ou du diable sous la forme du serpent a un peu plus d'allure qu'une femme en carton !

Difficile de classer, néanmoins, ces rituels représentant un proto-féminisme. Ils demeurent (un peu trop) moralisateurs. Or, les rituels masculins ne le sont pas moins – et on pourrait même dire à certains égards, bien plus –

Pour l'époque, cette morale est commune – j'oserais dire universelle – elle consiste à « aimer ses frères et sœurs, à les protéger et les secourir », à être humble (le péché d'orgueil), … à se taire (le secret) et à écouter. Préceptes que nous connaissons tous encore aujourd'hui.

Cette première impression peut être gâchée par les significations des échelons de l'échelle de Jacob

  • Le premier : La candeur, vertu propre d'une belle ame susceptible des bonnes impressions de la maçonnerie.
  • Le second : La douceur et la clémence que nous devons exercer envers nos semblables.
  • Le troisième : La vérité, qui doit être sacrée parmi nous, comme étant un des rayons du grand soleil de l'univers, qui est Dieu.
  • Le quatrième : La tempérance, qui nous apprend à mettre un frein à nos passions, en fuyant tout excès déréglé.
  • Le cinquième : Le silence que nous devons observer sur tous les mystères de la maçonnerie. (d'où certainement la publication de ce livre!)

Les femmes ne sont certes pas les « égales » au sens que nous l'entendons aujourd'hui, ne revendiquent d'ailleurs rien de plus à part devenir soit apprentie, compagnonne ou encore maîtresse, mais ne les infantilisent pas.

Ce dernier grade apparaît, par ailleurs, bien plus riche que ceux pratiqués par les hommes de la même époque. Le tableau de loge est une véritable bande dessinée … A croire que les rédacteurs de ce rituel ont tenté d'y glisser un maximum de "symboles". Certes, la plupart sont tirés de l'ancien testament : Noé, Abraham, Jacob, Loth, ... mais aussi Sodome ... Au bout de tout cela, un arc-en ciel. Et dites moi ? N'en rêvez vous pas de trouver un au pied de votre porte? 

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article