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La Maçonne

L'initiation des femmes au GODF : causes et conséquences sur le blog 3,5 7 et plus.

Le blog « 3,5,7 et plus » a publié en suite un très intéressant article sur l'initiation des femmes au GODF. Frère du GODF, il a souhaité apporté sa contribution sur cette question. Vous pouvez lire son article complet directement sur son blog (en cliquant ici).

Double discours du Conseil de l'Ordre, question récurrente qui fut portée au Convent en fin de journée, indépendance de la Chambre Suprême de Justice Maçonnique mise en cause qui a statué sur une question qui n'était pas nécessairement de sa compétence, la question de la « mixité » du GODF est présentée non pas pour permettre aux femmes d'être initiée au GODF mais pour préserver une supériorité numérique vis-à-vis de la GLNF. Bref, l'origine est une considération bassement matérielle et masculine … comme si la taille faisait la qualité. Je vais là prendre quelques secondes pour m'écrier « Ah ! Ah ! Lorsque je vous parlais d'hégémonie ... ». 
Le désir hégémonique du GODF ? Entre le souhait de récupérer les sœurs errant dans l'erreur des obédiences mixtes et féminines ou vouloir maintenir la suprématie numérique « nous, on est 50 000, nananère ! », le GODF peut toujours désirer l'hégémonie et être au « centre » de la franc-maçonnerie française. Il ne l'est pas, le pôvre !. Il est qu'une obédience parmi d'autres. Il faut, d'ailleurs, avoir peu de chose à voir avec la franc-maçonnerie pour se comporter comme un vulgaire club de foot en s'estimant au premier rang avec uniquement le nombre de ses adhérents. 

Une mixité impossible. 

La question de la mixité au GODF a été posée, la première fois, dès 1864. Cette année-là, Léon Richer, alors vénérable maître de la loge « Mars et les Arts » du GODF, que vous connaissez pour avoir été aux côtés de Maria Deraismes dans les premières heures du féminisme de la fin du 19ème siècle, avait lancé le débat en publiant dans la revue « Le Monde Maçonnique » une lettre expliquant que « les femmes pouvaient être admise à l'initiation maçonnique ».

En 1868, encore, la loge « le Travail » et son vénérable Jean-Claude Colfavru, sollicita l'autorisation du Grand Maître de l'époque d'initier les femmes puisque rien dans les Constitutions ou les Statuts du GODF ne l'interdisait. Ce qui, rappelez-vous, a été confirmé par la Chambre Suprême de Justice ... en avril 2010 ! 

En 1869, Frédéric Desmons déposa, une première fois, un vœu au Convent du GODF. Cette même année, Maria Deraismes et Léon Richer avait fondé un journal « le Droit des femmes ». L'année suivante, le premier banquet féministe était organisé. Maria Deraismes avait demandé son admission dans la loge « La Clémente Amitié » au GODF en 1878, admission qui fut refusée. 
Elle fut initié le 14 janvier 1882 dans la loge du Pecq « les Libres Penseurs », loge scissionnaire de la Grande Loge Symbolique Écossaise, elle-même résultat d'une scission du Suprême Conseil. 
Depuis 1869, régulièrement, le même vœu fut présenté pour l'initiation des femmes au GODF. Certaines fois, il fut même voté par le convent - et rejeté comme on s'en doute. 


Le GODF était bonapartiste quand il le fallait, monarchiste quand c'était à la mode de l'être, républicain quand il n'y avait pas d'autres choix. Le GODF a traversé les époques en « suiveur » tant et si bien que son mode de fonctionnement est resté bloqué à la IVème République. Il faudra espérer sur la très hypothétique VIème pour qu'enfin les Grands Maîtres soient élus par le Convent ! 53 000 membres qui n'élisent même pas le président de leur obédience, c'est pour moi un comble. 


Sous la IIIème République, la mode n'était pas à l'initiation des femmes, ni à leurs instructions, ni à leur octroyer des droits politiques, civils, économiques et sexuels égaux à celui des hommes. Ceci explique cela. 


Ce qui n'a pas empêché certains frères du GODF d'entrer dans l'histoire – même s'ils furent minoritaires – pour leurs engagements. Il ne faut pas confondre ces quelques frères, membres du GODF et d'autres obédiences, aux obédiences elles-mêmes qui, si elles ne les condamnaient pas en les excluant de leurs obédiences, ne les soutenaient pas. 

 

Être comme dans la société. 

Le GODF est passé à côté de l'initiation des femmes que ce soit en 1869 que par la suite. La suite fut, effectivement, la fondation du Droit Humain (1893), mais aussi celle de la Grande Loge Féminine de France (1945), de la Grande Loge Mixte de France (1990), …

Passer à côté de l'histoire de l'initiation des femmes est une telle habitude qu'il n'y a pas lieu de s'étonner de la situation des sœurs au GODF aujourd'hui. Il n'est pas non plus surprenant que la question réapparaisse régulièrement, hantant les convents. 

L'entrée des femmes au GODF ne fait pas partie de son histoire, mais la question si. Aucun Conseil de l'Ordre, contrairement à ce qu'estime le blog « 3,5,7 et plus », ne pouvait s'opposer à ce que cette question refasse surface. Pourquoi cela ? Parce que lorsque l'on ne règle pas une question, elle a la fâcheuse manie de revenir sur le tapis d'une manière ou d'une autre. Si moi et même lui en discutons encore, c'est très certainement que la question n'est pas (encore)  tout à fait réglée. 

Le récit que nous présente le blog « 3,5,7 et plus » souligne qu'une campagne fut menée afin que les délégués des loges (députés) votent pour l'initiation des femmes, permettant aux loges qui le voulaient d'initier des femmes, afin d'éviter un faux procès de sexisme – un peu trop médiatisé.

La mode en 2008 n'est pas de refuser l'entrée des femmes sans passer pour une bande organisée de sexistes moyens. Les médias traditionnels se sont emparés du sujet. Les journalistes, trouvant avec raison le débat  anachronique, n'ont pas hésité à rédiger des articles exposant les refus du Grand Orient de France.  Les arguments qui s'opposaient à cette entrée des femmes relevaient bien du sexisme qui dépassait le stade de « sexisme ordinaire » d'au moins une tête. L'image du GODF – un GODF qui s'autoproclamait précurseur, gardien de la République et de la Laïcité – en prenait un mauvais coup. 

L'image d'une obédience – et c'est vrai pour le GODF comme pour toute autre obédience – est de la responsabilité du Conseil de l'Ordre. Ceci explique en partie pourquoi les Grands Maîtres du GODF depuis 2010 ne souhaitent pas poser la question, d'une manière ou d'une autre, non pas sur la présence des femmes au sein du GODF (elles y sont), mais sur leurs intégrations et le comportement sexiste de certains frères voir loges entières (qui peuvent être aussi dans le Nord de la France). Les délégués furent invités à suivre la mode, l'air du temps … d'être comme dans la société. C'est d'ailleurs, à l'époque, l'argument qui fut maintes fois utilisé. Il était temps pour le GODF d'être conforme à la société et d'accepter l'autre moitié de l'humanité. 
Société qui, d'ailleurs, a octroyé aux femmes, non sans lutte, mais surtout sans l'avis autorisé du GODF, les droits fondamentaux égaux aux hommes. 


Comme je l'indiquais dans mon articles « GODF : le désenchantement des soeurs », non seulement le GODF est historiquement passé à côté de l'initiation des femmes mais il est aussi passé à côté des combats féministes que ce soient ceux du 19ème siècle, du 20ème siècle mais aussi ceux du 21ème siècle. L'un ne peut pas fonctionner sans l'autre. L'initiation est une démarche émancipatrice. Cette émancipation ne peut pas se faire sans que les hommes et les femmes bénéficient des mêmes droits dans la société comme ailleurs. 


Universalisme : union ou uniformité ? 

Il fut oublié (et cela l'est toujours) dans le débat de l'initiation des femmes, l'initiation. Certaines diraient aussi les femmes. Ces sœurs du GODF se trouvent en face de frères qui ne se sont pas émancipés depuis la Première Guerre Mondiale dont le sens républicain et égalitaire se résume à un universalisme de fortune. 


Cet universalisme est d'ailleurs parfaitement bien illustré dans l'article de Philippe Foussier « La liberté absolue de conscience, un combat toujours actuel » du dernier numéro de « la Chaîne d'Union » (n°81 – Juillet 2017), alors seul candidat à la Grande maîtrise du GODF. 
On y découvre que le tricentenaire de la franc-maçonnerie occulte les 140 ans du GODF. En fait, on attendait tous les 150 ans du GODF pour fêter cela. A croire cet article et son auteur, devenu Grand Maître de l'obédience ce 24 août, l'humanisme au GODF commence (et les esprits chafouins diraient se terminent) par combattre les dogmes religieux et, en particulier, les intégrismes et à défendre l'universalisme en en faisant une valeur absolue à défendre. Il explique : « L'universalisme constitue le socle de notre culture commune, celle qui a été codifiée dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 »

Or, l'universalisme républicain est une invention franco-française qui n'existe qu'en France alors que la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 est adoptée par une majorité de pays.  J'imagine que Philippe Foussier avait fermé les frontières de sa pensée au seul territoire national. 

« Au nom de l'universalisme », la France a régulièrement refusé d'adopter des textes internationaux à dimension humanisme en particulier pour les droits des minorités. 
Ainsi, on peut compter en exemple l'article 27 du  pacte international relatif aux droits civils et politiques permettant aux minorités ethniques, religieuses ou linguistiques d'avoir « leur propre vie culturelle, de professer et de pratiquer leur propre religion, ou d'employer leur propre langue »  ou encore l'article 30 concernant les droits des enfants issus de ces minorités qui ne peuvent « être privé d'avoir « une vie culturelle, de professer et de pratiquer leur propre religion, ou d'employer leur propre langue. »

Il paraît évident à la lecture du texte de Philippe Foussier que ce dernier fait un amalgame un peu confus entre l'universalisme institutionnel et celui philosophique ou encore idéologique. Le risque – et c'est d'ailleurs à ce stade même plus un risque – est de promouvoir une uniformisation des individus, hommes et femmes, plutôt que de promouvoir une égalité de faits entre individus sans tenir compte de leurs différences (sexes, origines, langues, religions, etc) et de protéger ces différences. Ce d'ailleurs sur quoi la France s'est opposée dans le cadre du pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966 (adopté par cette dernière en 1980 avec les réserves concernant les droits des minorités). 


Philippe Foussier fait l'erreur de ne pas définir ce qu'est « l'universalisme » et donc d'y réfléchir,. Il accepte le principe sans le questionner le présentant comme « bien », c'est ainsi une vérité absolue . Si cela n'est pas du dogmatisme, je mange le chat !

« Notre culture » n'est pas plus « universaliste » qu'elle n'est « chrétienne » … D'ailleurs, qu'il se rassure, les chrétiens eux-mêmes « universalistes » n'iront pas le contredire. Au moins, un dogme en commun. L'universalisme républicain définit le citoyen comme un être abstrait, confondant souvent intégration et assimilation. Cela renvoie, forcément, à la question des femmes qui, citoyennes, sont assimilables aux hommes, générant de facto des inégalités puisque, dans les faits, elles ne le sont pas. Elles n'ont pas à l'être. 

L'initiation n'est pas de mettre sur une même colonne des hommes et des femmes en espérant que « cela marche » grâce à la magie de l'universalisme. Finalement, le GODF fait à son niveau ce que la société fait. Les inégalités de faits remettent en cause les lois faisant du citoyen un être abstrait (et uniforme). Pluralité et diversité sont à prendre en compte.

Un franc-maçon et une franc-maçonne ne sont pas des êtres abstraits. Ceci tout le monde le comprendra. C'est d'ailleurs pour cela qu'ils choisissent l'initiation comme quête de sens, marquant ainsi une différence autant dans le monde profane qu'en franc-maçonnerie. 
C'est travailler sur la confiance, l'égalité entre les hommes et les femmes, permettre aux unes et aux uns d'avoir une démarche personnelle et intime dans toutes ses diversités. C'est travailler à la mixité tous les jours et lui trouver un sens nouveau. 


 

Lire "Femmes et franc-maçonnerie" de Gisèle et Yves Hivert-Messeca, éditions Dervy. 

Vous pouvez trouver le dernier numéro de "la Chaîne d'Union" (n°81 - juillet 2017) sur le site de Conform Edition en cliquant ici

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Balthazar 13/09/2017 07:57

Le godf est une Federation de rites et de loges. il n'a pas à être "présidé". Le GM du Godf préside le Conseil de l'ordre.

La Maçonne 13/09/2017 19:27

Or, en droit français, il est président de l'association et donc responsable juridiquement. Une fédération ne donne aucune autonomie aux loges/associations. Elles s'engagent à respecter les statuts et RG du GODF. J'imagine que le conseil de l'ordre possède des pouvoirs de sanction et de contrôle vis à vis des loges. Il me semble aussi que durant longtemps, grand maître n'était pas utilisé au godf au profit de "président".

Roland 12/09/2017 07:55

A ma Maçonne préférée,
Quand tu évoques l'histoire il faut être précis. Tu parles chronologiquement des naissances du DH (1893), puis de la GLFF (1945) enfin de la GLMF (1990) mais pas du tout de la Grande Loge Mixte Universelle (1973) ! La GLMF est issue de cette dernière. merci de le rappeler.

La Maçonne 14/09/2017 19:19

Mais affiliée à l'obédience et qui s'engage à respecter les RG et statuts ... comme pour n'importe quelle fédération. En fait; la seule autonomie des loges concernent leur propre gestion financière, les affaires courantes et ce qui entre dans un cadre de responsabilité civile classique ... Ce qui est très réduit. Le reste c'est le GODF c'est-à-dire les rituels, les décisions importantes de gestion, les modifications des RG, des statuts, .... Toutes les obédiences en France sont des fédérations ... et il n'y a vraiment que les membres du GODF qui se raconte l'histoire "que les loges sont souveraines". Les seules loges souveraines et qui peuvent prétendre à l'être sont celles dites "sauvages".

Balthazard 13/09/2017 22:29

Chaque atelier est une association indépendante...