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La Maçonne

La Chaîne d'Union n°92 (avril 2020)

Ce numéro de la Chaîne d'Union a pour dossier « Les francs-maçons et la question de la tradition » développé par cinq auteurs différents. 

Le premier article « Tradition et franc-maçonnerie : métamorphose d'un concept » est signé par Roger Dachez. Celui-ci voit dans le concept de « tradition » une origine religieuse et chrétienne. Il souligne ainsi que le catholicisme se repose sur la Bible et la Tradition alors que le protestantisme s'appuie sur la Bible exclusivement. Ainsi, invention occidentale, la Franc-maçonnerie a repris dès ses débuts le même concept de « Tradition ». L'autre définition de la Tradition, selon encore Roger Dachez, serait guénonienne et concerne une partie de la franc-maçonnerie. René Guénon essentialise le concept, considérant qu'il s'agirait d'une transmission d'un apprenti à l'autre d'une doctrine secrète, occultée d'ailleurs. 
Pour Roger Dachez, la tradition – concept signifiant transmission – serait réduit, non pas à cause des francs-maçons eux-mêmes, mais du fait de notre époque qui – si j'ai bien compris – réfute l'idée d'élève, de maître ou encore de disciple alors que la franc-maçonnerie, au contraire, soutient le concept de transmission des plus anciens vers les plus jeunes. Il conclut assez joliment d'ailleurs que « la tradition, c'est l'avenir ». 


« Transmission et tradition : autour d'un paradoxe » de Charles Courtel souhaite distinguer une erreur de vocabulaire entre communication et transmission d'une part. La transmission est « la reformulation fidèle d'un message initial et hérité qui est la condition même de l'innovation . […] La transmission est ce qui permet à l'originel d'être original. » 
Il souligne d'ailleurs que l'oubli du paradoxe de la transmission est liée à une perte d'identité et culturelle. Il développe sa pensée en faisant largement  appel à Tocqueville, Peguy, Jean Lacroix, … Bien entendu, comme le laissait présager l'article de Roger Dachez, nous n'allions pas échapper à René Guénon. L'article « René Guénon revisite la Tradition » signé par Jean-Pierre Laurant explique la pensée de Guénon, son parcours et ses limites.  

Enfin, Dominique Jardin signe « La Tradition des francs-maçons et les enjeux de son maniement »

Dominique Jardin présente une vision de la tradition bien plus originale et plus en accord avec le vécu et le ressenti de biens des frères et des sœurs dès lors que le mot tombe dans une conversation. Après avoir exposé la relation de la franc-maçonnerie, avec l'histoire et ses mythes, il exprime ainsi un vrai doute sur la nécessaire tradition traditionnelle, « utile » pour certains. Ainsi, dit-il « Dans le champ maçonnique, il y a des maçons qui se servent de l'histoire, d'autant plus lorsqu'ils la prétendent traditionnelle, pour mener des luttes internes. […] Cet argument peut discréditer toute connaissance externe : « tu ne peux pas comprendre », … « il faut l'avoir vécu »... » Ainsi constate-t-il le recours à la « tradition » est utile à verrouiller le débat et asseoir une position de pouvoir que ce soit entre frères ou sœurs qu'entre obédiences. Il y a toujours plus traditionnel que soi. 
Dominique Jardin est un auteur maçonnique discret dont vous pouvez trouver les livres ici (deux sont en attente de publication). 
Sa thèse (inaccessible sur internet) présentée en 2008 s'intitulait : « Emprunts opératifs, religieux et ésotériques dans les rituels et l'iconographie des tableaux de loge des systèmes français à hauts grades au XVIIIe siècle : contribution à l'étude de la tradition maçonnique ». 

Pour terminer ce dossier, Jacques Garat dans « Histoires et Traditions » s'inquiète lui aussi de la relation particulière de la tradition – expliquant le concept de la « tradition inventée », c'est-à-dire ce qui est présenté comme un invariant ancestral mais qui date d'avant-hier, se référant à l'historien Eric Hobsbawm. 

Je terminerais cette présentation en mettant en avant un dernier article – qui est à la fois « hors dossier » mais illustre parfaitement bien la question de la « tradition » en franc-maçonnerie, tradition inventée d'ailleurs. Il s'agit de « Assassinat d'Hiram : quand le diable se cache dans les détails ». Véritable régal, cet article souhaite sauver quelques arbres d'un abattage certain en soulignant l'absurdité des métamorphoses d'un rituel (le 3ème degré) tel qu'il est compris (ou pas) aujourd'hui. 
Je souhaite conclure avec sa citation de Umberto Eco (in Les limites de l'interprétation): « La force d'un secret est d'être toujours annoncé mais jamais énoncé. S'il était énoncé, il perdrait de sa fascination. Le pouvoir de celui qui annonce un secret vrai est de posséder un secret vide. » 

 

 

Vous pouvez vous procurer ce numéro de "la Chaîne d'Union" et les autres en cliquant sur le lien ci-dessous. 

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