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La Maçonne

Darmanin à l'Intérieur : d'homme à homme.


Gérald Darmanin est non seulement le nouveau Ministre de l'Intérieur mais il est aussi accusé de viol. Il reconnaît les faits mais considère qu'il ne s'agit pas d'un viol. Effectivement, explique-t-il, il a demandé à une femme de coucher avec lui moyennant quoi il l'aiderait dans le cadre d'un de ses problèmes. Cela n'était pas un viol, selon lui. (lire ici le compte-rendu de cette folle soirée : )
Ce n'est pas la seule plaignante : une autre femme avait déposé plainte pour des faits similaires. Elle s'est vu contrainte d'avoir un rapport sexuel avec Darmanin en échange d'un logement – plainte qui a été suivie d'un non lieu.  Le non consentement n'était pas prouvé. 

Avoir pour ministre de l'Intérieur un type qui a fait pression sur une femme pour obtenir des faveurs sexuelles n'augure rien de bon pour un éventuel retour de flamme des français à l'égard de Emmanuel Macron et de sa politique. 
 
Si la féministe qui ne s'est jamais endormie en moi voit cette nomination comme un affront à la cause des femmes, je relève autre chose : Emmanuel Macron et son nouveau Premier Ministre Castex, n'avaient visiblement que « cela » - je veux dire Gérald Darmanin -  à se mettre sous la dent. 
Emmanuel Macron assume cette nomination – En fait, il ne peut pas faire autrement. Habitué aux formules qui tuent, il explique ainsi qu'il a « une relation de confiance d'homme à homme » avec son nouveau Ministre de l'Intérieur, réfutant tout droit aux citoyens que nous sommes de juger Darmanin. 
Au fil des décennies, le viol a bénéficier plus ou plus d'intérêt de la part des juges et de la justice. - et vous comprendrez assez vite que Emmanuel Macron et la macronie se croient encore au XIXème siècle. 

Le viol : histoire de la reconnaissance d'un crime. 

Darmanin me fait penser à DSK (Dominique Strauss-Kahn pour les plus jeunes de mes lecteurs). Durant la plus grande partie de sa carrière, les journalistes et les politiques se sont amusés des turpitudes sexuelles de DSK, niant qu'il fut possible que cet homme politique puisse commettre des violences et agressions sexuelles.  Au FMI (Fond Monétaire International), raconte-on, il y avait pour consigne de ne jamais le laisser seul avec une femme.  
Aujourd'hui, DSK n'est plus le joyeux luron, le séducteur impénitent, mais le type qui organisait des partouzes avec des prostituées, au cœur d'un réseau de copains, n'hésitant pas à les laisser pour mortes dans les WC.  Les affaires DSK montrent, à elles seules, l'évolution des mentalités et, d'ailleurs, ce qui est considéré comme une des plus importantes réussites féministes. 
Le viol est criminalisé depuis 1980 – Ce document  datant de 1983 montre comment la police traitait les femmes désireuses de se porter plainte pour viol. C'est assez édifiant. Or l'évolution de la perception du viol et des agressions sexuelles a été bien plus lentes encore. 

Le viol et l'ensemble des violences sexuelles est, concrètement comme symboliquement, ce qui s'impose dès lors que l'on évoque la domination masculine. Il ne s'agit pas de "pulsion sexuelle" mais d'un rapport de force et de domination des hommes sur les femmes. Les viols collectifs, les viols de guerre organisent la terreur  sur les populations civiles. 

Toutes féministes un tant soit peu cultivées connaissent les difficultés juridiques au travers des époques pour définir et faire reconnaître le viol comme un crime. 

La question du consentement. 

Tout au long du 19ème et par la suite une bonne partie du 20ème siècle, la victime de viol devait prouver  une résistance physique. Jusqu'au début du XX ème siècle, la justice considérait qu'un homme seul n'était pas assez fort pour contraindre une femme qui se défendait. 
Il fallait que la victime puisse justifier de blessures, de marques de coups et de violences, que les médecins pouvaient examiner. La médecine et les médecins décrivaient ainsi dans des manuels l'incapacité physique des hommes à pouvoir violer une femme, si elle se défendait jusqu'au bout. En 1906, on pouvait encore lire que « le viol d’une fille vierge de 15 à 20 ans n’est possible que si l’homme a une supériorité très considérable sur la fille » ou encore  « un homme seul ne peut violer une femme qui fait des mouvements énergiques du bassin pour le repousser. Par conséquent, si l’acte a pu être commis, c’est que la femme ne s’est pas défendue ». La médecine et la justice ne reconnaissaient ainsi que les cas de viols collectifs, ou ayant causé des blessures graves voir même le décès. 

Aujourd'hui en droit français, le non consentement n'a pas besoin d'une manifestation (physique) de résistance. Cependant, le décalage entre les textes et la pratique judiciaire sont une réalité qu'aucune victime ne peut ignorer. 

En 2018, l'acquittement d'un homme pour le viol d'une fillette de 11 ans a choqué l'opinion publique: la justice n'avait pas reconnu le viol car la fillette ne s'était pas assez débattue, ce qui selon le tribunal prouverait son consentement. Finalement, le violeur fut en appel condamné à 7 ans de prison et inscrit dans le fichier des délinquants sexuels.  

La défense du violeur (présumé) est de prétendre au consentement de la victime. Ainsi suivant les jugements et les époques, c'est le comportement de la victime qui est étudiée. Celle-ci avait une jupe trop courte, était avenante ou encore sortait à une lieu tardive dans des lieux qu'une jeune femme « bien comme il faut » ne va habituellement pas.

Qu'elles soient consentantes ou non, il est considéré qu'elles l'avaient cherché – Autant dire que tous les hommes peuvent agresser une femme à partir d'une certaine heure de la nuit, si celle-ci est en jupe courte dans certains lieux (dont la liste n'a jamais été remise à aucune femme) et qui, pour une raison ou autre, se montreraient trop joviales.

Actuellement, concernant le non-consentement encore, celui-ci doit être « non équivoque » en droit pénal – c'est-à-dire compréhensible par l'agresseur (présumé). Autrement dit, le consentement est, par défaut, admis. Ce qui signifie que le législateur (et j'insiste sur le fait qu'il s'agit d'hommes) estime que les femmes sont consentantes à toute invitation de nature sexuelle et qu'elles se doivent formuler clairement leur refus. Une femme est considérée comme disponible à toute heure et en tout lieu. Son corps appartient aux hommes, à tous les hommes, à tout moment.

Ceci montre la difficulté et l'incompréhension des victimes face à la justice, qui se savent intimement "non disponible". 

L'étude de la femme.

Après le corps de la femme dont le médecin décidait de la pertinence de la plainte, son statut social était tout autant étudié.

Jusqu'à peu la femme mariée n'était jamais violée par son époux, la prostituée ne pouvait l'être, au même titre que l'esclave ne l'était pas par son propriétaire. Ces catégories de femmes étaient violables à volonté – peut-on dire – puisque propriété d'un ou plusieurs hommes. 
 
Jusqu'au début du 20ème siècle, les femmes étaient des êtres inconstants et vindicatifs et leur témoignage, leur parole est non seulement pas écoutée mais pas souhaitée. Ainsi, les médecins refusent d'entendre les femmes, considérant que cela serait préjudiciables à leur examen clinique. Les malheureuses qui ainsi se plaignaient risquaient, même, de se trouver enfermer dans un asile d'aliéné. Aujourd'hui encore, les juges s'attachent à définir la personnalité de la victime. On s'inquiète de savoir s'il s'agit d'une femme "convenable". 

L'agression sexuelle quelque soit sa nature et la victime est souvent minimisée, soit par l'usage d'euphémisme (l'agresseur est « tactile », une « complicité naissante », …) ou encore par la requalification de l'agression. On passe d’une tentative de viol, à une agression sexuelle ou d’une agression sexuelle à un harcèlement. Cette requalification et l'oubli des faits par les juges – comme une relation sexuelle sous contrainte – a des conséquences sur la durée de prescription. 

Ce court exposé montre surtout que les juges et le législateur – qui sont des hommes – n'ont aucune  connaissance de la sexualité féminine et, d'ailleurs, pouvons-nous nous demander s'ils ont connaissance de leur propre sexualité. Accepteraient-ils sur eux mêmes cette violence ?  

La culture du viol et de la violence sexuelle

On ne peut que constater lorsque certaines affaires sortent des tribunaux que le discours dominant  n'a pas beaucoup changé depuis le 19ème siècle.  C'est ce qui est appelé la « culture du viol », soit un permis de violer certaines femmes dans certaines circonstances.

Il suffit, pour se débarrasser d'une telle accusation, de discuter « d'homme à homme », de « dominant » à « dominant ». La femme devenant la propriété de ces derniers. Des affaires d'agressions et de violences sexuelles, il n'en manque pas. DSK que j'ai déjà cité, mais aussi l'affaire Baupin – cet homme politique (EELV) qui fut accusé d'agressions sexuelles par quatre femmes. L'affaire sera classée pour prescription des faits. Il fut contraint de démissionner de la vice-présidence de l'Assemblée. Ses compagnons de EELV n'ont non seulement pas été surpris mais avaient connaissance, en partie, du comportement de Denis Baupin. C'est d'ailleurs EELV qui a organisé le soutien des plaignantes, lancé un appel à témoignage et payé les frais d'avocat, accusant les anciens dirigeants de EELV - dont François De Rugy - d'avoir organisé l'omerta

Christophe Arend, député de la Moselle LREM,  fait lui-aussi objet de plaintes pour harcèlement sexuel.  Classé sans suite en 2017, la plaignante dépose une nouvelle plainte en 2018 avec partie civile afin qu'un juge d'instruction soit nommé.  

La nomination de Gérald Darmanin a été un pire dans l'inadmissible. Elle est une véritable claque aux grands débats  concernant les droits des femmes. Emmanuel Macron vient définitivement de prouver que non seulement il n'a jamais été féministe  – mais qu'en plus il ne sait même pas faire illusion pour son propre compte, comme d'ailleurs Marlène Schappia, travaillant aux côtés de Darmanin, qui le soutient. 
Ainsi, Emmanuel Macron a été LE juge : il l'a regardé droit dans les yeux et entre eux – une bonne claque bien virile dans le dos – l'a félicité pour son action courageuse en lui octroyant une fonction de ministre. 

Comme beaucoup le soulignent – que ce soit à gauche ou à droite – s'il avait été accusé d'une fraude fiscale, d'un abus de biens sociaux ou encore d'emploi fictif,  il n'aurait jamais obtenu une telle fonction.  Pour Emmanuel Macron et son nouveau gouvernement, le viol est un crime moins grave qu'un délit financier.  
La « culture de viol » du macronisme devient un droit de cuissage reconnu et officiel – que les politiques s'autorisent sans que cela ne puisse jouer sur leur méritante carrière.

La macronie n'a pas seulement donner un symbole fort contre les femmes et leurs droits, dont on pourra mesurer à l'avenir le détricotage, mais une autorisation à violer  aux hommes. 

Jean Castex, dont le début de fonction est secoué par une crise dans la crise, prétend vouloir défendre son Ministre de l'Intérieur et son droit « au respect des principes de la République, comme tous les citoyens. » Or, que l'on sache, tous les citoyens qui sont accusés de viol ne deviennent pas Ministre de l'Intérieur. 
Darmanin a toujours le droit de défense – d'ailleurs bien mieux préservé que celui de sa victime – et la présomption d'innocence est tout autant respecté dans tous les tribunaux. Or, il s'agit du pénal –

Ici, là maintenant, nous ne sommes pas dans un tribunal. Nous sommes dans la vie, dans une société et à discuter de l'avenir politique et de l'intérêt d'un pays. 
Dans une entreprise, un homme peut être licencié pour harcèlement sexuel avant qu'un tribunal ne statue. Il ne retrouvera pas sa place si un non lieu est décidé.  L'entreprise peut, effectivement, décidé que les faits suffisent. 
Personne encore ne nommerait  l'écologiste Baupin à un ministère bien qu'il  n'a jamais été condamné.  

Cela parce que  les citoyens aspirent à ce que les politiques, leurs élus, soient exemplaires. Cela va – au-delà – d'une simple question morale  : il n'y a qu'une faible minorité de citoyens qui sont condamnés pour une malversation quelconque, pour une agression, ou un fait de violence.   L'exemplarité des politiques n'est pas une option mais une obligation. 

Darmanin n'est pas un citoyen comme un autre, mais est un homme politique qui, vu sa (nouvelle) mission, pourra influencer l'enquête et la justice. 
D'ailleurs, il a lui-même monnayer son pouvoir d'influence sur les institutions, dont celle de la justice,  contre des faveurs sexuelles. Ce qu'il ne nie pas. En mettant de côté la qualification de viol qui regarde la justice – bien que l'on est en droit aussi de douter qu'elle fasse son travail -  il n'a que faire, lui-même, du respect des institutions de la République. 
Si en lieu et place de contraindre une femme à une relation sexuelle, il aurait demander de l'argent, Darmanin devrait répondre d'une accusation pour corruption et de trafic d'influence.  

Macron : un naufrage politique annoncé. 

La qualification pénale de viol est importante pour les victimes. Elle représente une reconnaissance d'une violence. Or, comme je l'ai largement expliqué, la définition même du viol et la reconnaissance judiciaire de ce type de crime n'a jamais été facile. Le code pénal est en retard sur la conception de la sexualité des femmes : les femmes ne sont pas disponibles à avoir une relation sexuelle à chaque instant de la journée et avec n'importe quel partenaire.  Elles ne devraient pas avoir besoin de signaler à force de protestation ferme leur refus.  De même, un chantage, une pression,  sur un passe-droit n'est pas un consentement.

La nomination de Darmanin est une grave erreur politique. Emmanuel Macron et d'ailleurs je soupçonne qu'une bonne partie de la classe politique le rejoint là-dessus, a une définition du viol datant du 19ème siècle. Cette erreur n'est pas la première mais sonne la fin du jeu.

La nomination de Gérald Darmanin dérange autant les militants « En Marche » que les autres.   C'est l'affaire de trop dont la macronie et le ministère de l'Intérieur n'avaient pas besoin. Cela après Castaner et les affaires de violences policières. 
Même s'ils contestent la qualification de viol, salissent la plaignante en utilisant son passé (on a vu plus haut que c'était habituel), et mènent une campagne de soutien,  il n'en reste pas moins que Darmanin a fait pression sur une femme (et même deux) en leur promettant des services pour avoir une relation sexuelle de leur part – ce qui est au demeurant la définition d'un viol - . C'est sordide, laid, méprisable, indigne  et indéfendable … La séduction à la française, la virilité de ces messieurs, la probité et l'honneur d'un parti a pris un coup bas. 

Tous se pose cette ultime question : pourquoi Darmanin à l'intérieur ? Faut-il être idiot pour n'avoir pas envisagé qu'elle allait choquer ? 

Les réponses divergent. Gérald Darmanin est un sarkozyste dont les méthodes collent plutôt bien à une idéologie bien à droite et pas uniquement concernant les femmes.  Darmanin aurait fait pression sur Emmanuel Macron, non pas pour obtenir des faveurs sexuelles, mais pour obtenir le ministère de l'intérieur.  Macron craignait que ce « bon élément » rejoigne les rangs d'un candidat LR (Les Républicains) selon certains. Pour d'autres, c'est un passage par le Havre en rejoignant Edouard Philippe, dont la côte de popularité est supérieure à celle de Macron. 
J'ignore ce qu'est « un bon élément » pour Macron ou Castex, or cette histoire ne tient pas debout. En sus de faire passer son (nouveau) ministre de l'Intérieur pour un type ayant une loyauté à géométrie variable, reconnaître que sa position est si fragile qu'un Darmanin peut mettre en péril sa réélection en 2022, c'est assez énorme. 
Plus possiblement, il s'agit d'un choix parfaitement consenti de la part de Emmanuel Macron et de Jean Castex.

Plus exactement,  le problème de Emmanuel Macron et avec lui « En Marche » est (encore et toujours) l'arrogance. La véritable nature de Macron est de se moquer de l'opinion publique, de la mépriser et, par là, d'écouter les français.  

Darmanin a été nommé par Castex et Macron  parce qu'ils n'avaient personne d'autre à qui refiler le ministère. Ils annonçaient un siphonnage de "Les Républicains" - quasi-extraordinaire - Finalement, cette nomination nous montre un Emmanuel Macron isolé politiquement – Personne ne se risquerait à le rejoindre aujourd'hui en dehors de seconds couteaux de droite ou de gauche, avides de pouvoir ou simplement opportunistes. 

Les chantiers pour redonner confiance aux français à la politique et aux institutions de l'Etat sont trop importants. Le taux d'abstention aux municipales montrent même l'urgence.

Ceux qui concernent la gestion des forces de l'ordre sont cruciaux. Macron et Castex se sont plantés de paradigme. Le problème n'est pas la grogne de policiers qui peuvent jeter leur menottes par terre autant qu'ils le souhaitent, mais les violences policières, les violences sexuelles, le racisme et les abus de pouvoir de la police. Darmanin, avec une plainte pour viol, n'offre aucune  crédibilité pour mettre de l'ordre dans le ministère de l'Intérieur. 

 

Sources 

Fabrice Virgili. Viol ( Histoire du). Michela Marzano. Dictionnaire de la violence, PUF, pp.1423-1429, 2011, 978-2-13-057734-8. ffhal-00923024f - lire ici 

Laurent Ferron, « Déconstruction des discours des manuels de médecine légale sur les femmes violées », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique [En ligne], 84 | 2001, mis en ligne le 01 juillet 2004, consulté le 17 juillet 2020. URL : http://journals.openedition.org/chrhc/1861 

BAZÁN, Iñaki. Quelques remarques sur les victimes du viol au Moyen Âge et au début de l'époque moderne In : Les victimes, des oubliées de l'histoire ? [en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2000 (généré le 17 juillet 2020). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/pur/18641>. ISBN : 9782753523326. DOI : https://doi.org/10.4000/books.pur.18641

Claire Saas, « L’appréhension des violences sexuelles par le droit ou la reproduction des stéréotypes de genre par les acteurs pénaux », La Revue des droits de l’homme [En ligne], 8 | 2015, mis en ligne le 23 novembre 2015, consulté le 17 juillet 2020. URL : http://journals.openedition.org/revdh/1696 ; DOI : https://doi.org/10.4000/revdh.1696 
 

Pour aller plus loin

Violences policières, violences racistes, violences sexuelles : des affaires que l'on ne compte plus. 

Je suis ni un homme, ni un flic. La police a ses propres violeurs et fait, ainsi, ses propres victimes qui se comptent dans la population civile comme en interne. 

Deux policiers viennent d'être condamné, en première instance, pour le viol « au 36 » d'une touriste canadienne à 7 ans de prison chacun. Ils font appels. On retrouve le même scénario de défense de la part de ces deux hommes. La touriste était fortement alcoolisée et avait perdu ses lunettes la rendant vulnérable. Et bien entendu, elle menait une vie « dissolue ». Pour la défense des deux policiers, elle serait consentante et mythomane. Malgré les éléments scientifiques – les médecins se sont bien entendu penchés sur le corps de cette femme – les deux juges d'instruction, en 2016, avaient classé l'affaire « sans suite ». La plaignante avait fait appel pour obtenir une condamnation.

En 2019, se tenait le procès d'un major  accusé du viol sur un jeune femme de 25 ans, gardienne de la paix, lors d'une soirée électorale dans les locaux de l'état-major du service de sécurité du ministère de l'Intérieur (SSMI).  Avec cette affaire de viol, survenu en 2009, on constate que la police a soutenu – non pas la victime – mais le major. En dehors de cette victime principale,  d'autres femmes se sont plaintes de harcèlement sexuel de ce major, qui empêchait leur mutation dans d'autres services. Bien évidement, pour ce major, la plaignante comme toutes les femmes qui corroborent les faits de harcèlement et d'agressions sexuelles, était consentante. 

A Angers, cette fois, un policier est accusé du viol sur sept femmes. Ce policier explique, aussi, que les femmes – dont la plaignante principale – étaient consentantes. Il reproche même à la plaignante de n'avoir pas dit qu'elle n'était pas d'accord – ce qui selon lui serait la moindre des politesses. Il choisissait ses victimes parmi des femmes vulnérables et fragilisées, s'imposant chez elle, en uniforme et armé.

A Lyon, ce sont deux policiers qui sont accusés du viol d'une prostituée. Bien évidement, ces deux hommes expliquent qu'elle était consentante.

Ce 2 juillet, le média en ligne StreetPress (ici) a recueilli 39 témoignages d’habitants mettant en cause le comportement des forces de l’ordre à Argenteuil.
Le niveau de violence de ces policiers est sidérant : des coups, des blessures, des menaces de mort et de viols, des enlèvements, des injures racistes … tout y passe. Ces flics se comportent comme des voyous. Ce n'est pas une « première », oserais-je dire. Les Brigades Anti-Criminalités sont régulièrement pointées pour leur méthode de voyous.

Ainsi, pour exemple, cette jeune femme, cadre commerciale, qui a elle-même appelé le 17, étant témoin d'une agression sur une femme, se trouve accusée de violences sur un représentant des forces de l'ordre. La femme se trouve ainsi frappée et mise en garde à vue. Les policiers ont bidonné leur compte-rendu afin de faire passer la femme pour une hystérique qu'il fallait faire taire. Or, les témoins (au nombre de sept), les vidéos des commerces comme des passants, montrent une toute autre histoire. Les policiers refusaient de venir en aide à la femme agressée et intimait à celle qui les avait appelé l'ordre de se la boucler. Alors que la justice a réussi à détricoter les faits, relaxant la victime de violences policières, l'IGPN avait classé sa plainte « sans suite ».

Les BAC (Brigade Anti-Criminalité) font régulièrement parlées d'elles. Ainsi, en 2011, on découvrait des 

Rédigé des faux rapports semblent être aussi une méthode policière connue. Ainsi, deux policiers (Vesoul) sont accusés de violences sur deux « marginaux » qui apparaissent sur les vidéos et en présence déjà de trois policiers en uniforme, ni violents, ni agressifs.  

En 2011, on découvrait les agissements de 18 policiers de la la BAC de Marseille. Entre 2009 et 2011, plusieurs signalement avaient été donné. Or, le Procureur, contrairement à la législation, n'a jamais été alerté et les enquêtes ont été conduites ont chaque fois donnée lieu à un classement « sans suite ». Les policiers concernés ont été discrètement mutés sans que la justice ne soit jamais saisie. Enfin, en 2011, la justice est saisie suite au changement de préfet. Manuel Valls, ministre de l'Intérieur à l'époque, expliquait « qu'il fallait se méfier de rumeurs » qui avaient pour objet de déstabiliser. Sept après les faits, 18 policiers passent en correctionnels pour des affaires de corruption et de trafic de drogues. 

En juin 2019, le média indépendant « Les Jours » dénonçait les trafics de plusieurs policiers de la BAC du 18ème arrondissement de Paris. Ces policiers sont accusé d'association de malfaiteurs, corruption passive, trafic de stupéfiants, blanchiment, faux en écriture publique, vol, détournement de fichiers, violation du secret professionnel et recel. 

Le 1er juillet 2020, ce sont encore six policiers de la CSI de Seine-St-Denis qui sont mis en examen pour violences par personnes dépositaires de l'autorité publique", "faux en écriture publique", "atteintes aux libertés individuelles" et "trafic de stupéfiants". Cette affaire, loin d'être unique, a été révélée par BFM Paris qui a filmé une arrestation d'un homme, où on voit un policier jeté à ses pieds un sachet de stupéfiants. Arrêté à tort, l'homme a porté plainte contre les policiers. La CSI 93 serait partiellement dissoute. Cette affaire rejoint une autre affaire : celle de la BAC de Stains où cinq policiers furent mis en examen pour  association de malfaiteurs en lien avec un trafic de stupéfiants pour l'un, et faux en écritures.

Et pour terminer cette liste, en 2019 débutait le procès, sept après les faits, de policiers de la BAC de Vénissieux (Lyon).

Si ces policiers travaillent en bande organisée, il ne faut pas oublier les quelques solitaires qui se distinguent comme "Haurus", brigadier de la DGSI qui vendait des informations sur le DarkNet (de 2017 à 2018). 

De telles méthodes sont pourtant connues depuis plusieurs années. Déjà en 2011, l’anthropologue Didier Fassin relatait des faits de violences policières inexcusables.
Le racisme est l'autre mal de la police française. En dehors des insultes et provocations racistes lors de « contrôles », c'est sur les réseaux sociaux qu'il s'exprime le mieux et est – le plus visible – car le plus gratuit et inepte. 

C'est encore le média en ligne StreetPress qui met en lumière les commentaires et posts racistes de policiers sur un groupe Facebook comptant 8000 fonctionnaires de police. Quelques semaines plus tard, devant l'ampleur du scandale (le problème du racisme étant logiquement déjà connu), un second groupe Facebook de policiers est « découvert ». Il s'appelle FDO 22 Unis que StreetPress a aussi infiltré (le groupe est caché et il faut être invité pour le rejoindre). Ce groupe compte 9000 fonctionnaires de police.

Avec de telles affaires qui entachent la réputation de la police nationale, il n'y a rien d'étonnant à ce que le Syndicat des Commissaires de Police soutient Gérald Darmanin. David le Bars, qui s'exprime pour ce syndicat, explique « Depuis quelques mois, on est dans une période où de nombreuses minorités contestent les choses ». Les femmes sont considérées par ce syndicat comme appartenant étant une minorité. 

Peu avant, les syndicats de police (dont Alliance) niait aussi l'existence de racisme plus important au sein des forces de l'ordre qu'ailleurs. D'ailleurs, sans chercher très loin, la plupart de ces syndicats crient à l'amalgame dès lors que relève la nombre important de ces affaires. 

Or, s'il y a des fonctionnaires qui affichent le plus haut taux de criminalité en France, c'est bien les policiers.  Défaut d'encadrement, de contrôle, de suivi, problème de recrutement, et peut-être aussi de moyens (et je ne parle pas des armes), la police française traverse une crise grave. Ce ne sera pas ce gouvernement qui saura y faire face et encore moins trouver des solutions. 

 

 

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