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La Maçonne

Franc-maçonnerie d'adoption : la cérémonie de réception de l'appentie "franche-maçonne"

Vous avez découvert les décors, le catéchisme et les particularités liées à la franc-maçonnerie au travers de trois textes publiés à des dates différentes dans cet article.

La présentation de la cérémonie de réception d'une nouvelle apprentie pose, par contre, plusieurs difficultés. Tout d'abord, il n'y a aucun rituel de le « Manuel de la franc-maçonnerie », document le plus récent. Ensuite, les deux autres textes présentent cette cérémonie sous forme d'un récit.

Ce qui en complique l'analyse. Le dernier point est, comme vous allez le constater, s'il y a des similitudes, les deux cérémonies sont différentes. Le récit le plus complet demeure celui de 1775. Celui de 1787, à l'instar du catéchisme, semble avoir été expurgé de l'essentiel. Afin de faciliter la lecture, je présente chaque cérémonie sous une forme plus contemporaine avec les dialogues et les annotations nécessaires liées aux mouvements des protagonistes.

 

Illustration : gravure 1775 sur antique prints

La cérémonie de 1775 (in L'ADOPTION ou la Maçonnerie des Femmes, en trois grades – auteur inconnu – publié « à la Fidélité – chez le Silence »).

Préparation.

La récipiendaire est mise dans un lieu sombre, où il y aura une lumière et une tête de mort. A priori, elle n'est pas seule. La dernière reçue lui demande si elle entre en franc-maçonnerie de sa propre volonté, et si elle a toutes les informations requises.

L'état de la récipiendaire est importante. Il est, par ailleurs, indiqué dans cet ouvrage que les récipiendaires doivent être « saines, sans grossesse, ni mois (menstrue?) et qu'elles ayent un frère qui réponde pour elle ».

Comme pour les hommes, la récipiendaire voit sa tenue modifiée. On lui retire sa jarretière gauche qui est remplacée par un ruban bleu (d'une aune), sa manchette et son gant droit. Elle a, bien sûr, les yeux bandés.

 

Rituel (ou presque).

La Surveillante frappe 5 coups,

Le Vénérable frappe 5 coups.

« Voyez ma soeur ce qu'on demande ?

La soeur : C'est une Dame (ou Demoiselle) qui demande à être reçue franche-maçonne.

La soeur ferme la porte, se met à l'ordre

« C'est une soeur (il faut certainement lire « une dame ») qui désire être maçonne »

Vénérable : « Demandez-lui si c'est sa dernière volonté et si elle a fait ses réflexions, qui la présente, son nom, son surnom et ses qualités, et si elle désire passer par toutes les épreuves nécessaires. »

La surveillante s'acquitte de sa tâche et revient avec la soeur introductrice.

Le Vénérable questionne celui [un frère] qui propose sa candidature, s'il l'a connaît et si elle a les dispositions requises pour être initiée.

Le Vénérable demande aux frères et aux soeurs si personne ne s'y oppose.

Tous les assistants lèvent les mains sur la loge tracée en étant tous à l'ordre.

Le Vénérable dit à la soeur introductrice de faire entrer la récipiendaire.

La soeur va se placer auprès du Vénérable pour faire à la récipiendaire un petit discours sur l'Ordre. L'inspecteur place la récipiendaire en bas (?) de la loge pour faire passer les épreuves.

Le Vénérable - Est-ce votre volonté d'être reçue Franche-Maçonne.

La Récipiendaire - Oui

Le Vénérable - ne vous est-il jamais arrivé de croire & d'avoir des idées contraires à notre Ordre ?

La Récipiendaire - non Vénérable.

 

Illustration : dame d'honneur de Marie-Antoinette (antique prints)

L'inspecteur la laisse un moment à ses réflexions (on ne sait pas si elle reste à l'intérieur de la loge) et la fait passer sous la voûte d'acier [les frères présents ont tous une épée]

Voyage : du nord à l'occident, deux fois le tour des terrines allumées au dessus desquelles il lui fait mettre les mains [épreuve du feu]

L'inspecteur - Elle a voyagé.

La récipiendaire est mise face au squelette [qui apparaît, pour le coup, aussi subitement dans le texte que dans la cérémonie]

Vénérable : - faites- lui voir l'horreur de son état et l'origine du péché, ce qu'elle a été, ce qu'elle est , & ce qu'elle deviendra.

Le bandeau de la récipiendaire est retiré – les frères terribles l'encadre avec leurs flambeaux.

Le Vénérable – laissez-lui faire de sérieuses réflexions sur son état présent , ensuite vous la ferez passer de la mort à la vie , en me l'amenant vers l'étoile de l'orient par cinq pas.

Les deux frères terribles la tournent vers l'étoile (située à l'orient, derrière le vénérable).

La récipiendaire est conduite par l'inspecteur à l'orient, elle est à genoux.

Le Vénérable - Madame , vous allez être admise dans un Ordre très respectable, il ne s'y passe rien contre la Religion , l'état & la vertu ; la serment que vous avez fait paraître dans les épreuves que l'on vous a fait faire , la probité & la vertu de celui qui vous présente nous font des sûrs garants de votre façon de penser; achevez ce grand ouvrage, en ; répétant l'obligation formidable qui doit vous unir à nous. »

 

Obligation.

"Sur la connaissance que j'ai du grand soleil de lumière , qui a tiré du chaos les quatre éléments pour en former la sublime architecture de l'univers ; je promets de tenir, garder et cacher sous le cadenas du silence le secret de la Maçonnerie & de ne le point révéler qu'à un Frère ou à une Soeur , que j'aurai reconnu pour tel ou telle ; après l'examen le plus exact , je consens que si je manque à ma parole , d'être exposée à la honte de l'infamie que tous maçons réserve aux parjures ; je promets de plus d'écouter , obéir , travailler et me taire ; le tout sous peine d'être frappée du glaive de l'Ange exterminateur & que les entrailles de la terre s'entrouvrent sous moi pour y être engloutie ; je désire , pour m'en garantir , qu'une portion du feu qui réside dans les plus hautes régions de l'air éclaire mon coeur , le purifie & le conduise dans le sentier de la vertu. Ainsi soit-il. Je promets de plus & m'engage de coucher cette nuit avec (Ici le Vénérable s'arrête un instant ) la jarretière de l'Ordre"  Sur cette jarretière , qui est de peau blanche sont écrit Vertu et Silence.

Ensuite le Vénérable lui donne le mot et le signe d'Apprentie; le mot d'Apprentie est Feix Feax.

Le signe se fait en portant les deux derniers doigts de la main droite à la main gauche ; la réponse est de couler & descendre l'échelle avec les deux mains. [je vous laisse vous exercer]

Le Vénérable embrasse la Récipiendaire ,

Le Vénérable : « je change le nom de Madame (ou de Mlle) en celui de Soeur »

Le vénérable donne la fameuse jarretière. La Soeur introductrice ôte le ruban bleu et aide la récipiendaire à mettre la jarretière en place.

L'inspecteur lui donne un tablier. 

Inspecteur : - Ce tablier vous représente , il doit vous faire souvenir de la candeur que doit avoir une Maçonne.

L'inspecteur lui fait le « baiser d'association », lui fait répéter le signe et le mot. La nouvelle initiée est ensuite placée du côté du Nord pour entendre le discours de l'orateur.

Illustration : Costumes de femmes au 1787 - "semi-négligés"

 

La cérémonie de 1787 (in « la vraie maçonnerie d'adoption » par un Chevalier de tous les ordres)

 

CHAMBRE DE RÉFLEXION.  La « Chambre » de réflexion est tendue de noir, est éclairée que par une lampe suspendue au dessus d'une table recouverte d'un drap noir sur laquelle se trouve une tête de mort.

Le rituel.

Le grand-maître frappe cinq coups.

Le Vénérable - Mes chères soeurs, inspectrice et dépositaire, engagez nos chers frères et soeurs, tant du côté de l'Afrique que de l'Amérique, de vouloir bien nous aider à ouvrir la loge d'apprentie maçonne, en faisant notre office par cin

Soeur Inspectrice - Mes chers frères et soeurs du côté de l'Afrique, vous êtes engagés de la part du vénérable grand maitre et de la grande-maîtresse, de vouloir bien leur aider à ouvrir la loge d'apprentie maçonne, et de faire notre office par cinq.

Soeur dépositaire répète ces paroles.

Le Vénérable : - à moi, mes chers frères et soeurs,

L'acclamation : frappe cinq fois dans les mains et crie cinq fois « Vivat ».

Le Vénérable - Quels sont les devoirs d'une apprentie maçomne ?

Réponse d'une des deux soeurs dépositaires ou inspectrices - Obéir, travailler et se taire.

Le vénérable - Obéissons, travaillons et taisons-nous sur tous nos mystères envers les profanes.

[le catéchisme fait son entrée et sa sortie]

Le frère orateur conduit la récipiendaire. Il lui bande les yeux « aussitôt qu'elle est rentrée », « puis lui fait un discours pathétique sur la vertu et la charité, et la laisse à ses réflexions. »

Ce passage montre une certaine confusion dans le déroulement des événements. En effet, ensuite, il frappe à la porte de la loge pour entrer !

La soeur introductrice frappe cinq fois « en dedans » et fait avertir le vénérable par les officiers qu'on frappe à la loge en maçon.

Le vénérable - Il faut voir qui frappe. Si c'est un profane, de l'écarter, mais que si c'est un maçon ou maçonne de l'admettre.

 

L'introductrice entrouvre la porte de la loge.

L'orateur : - C'est une élève de la sagesse, qui désirerait être reçue maçonne ».

La soeur introductrice referme la porte et annonce la récipiendaire.

Le Vénérable – par qui est-elle présentée ?

Le frère ou la soeur à qui cette question s'adresse, se place entre les deux officières;

Le Vénérable – reconnaissez-vous à la récipiendaire toutes les qualités nécessaires pour faire une bonne maçonne ?

Le frère ou la soeur répond. Le vénérable leur fait prêter serment.

Le vénérable – y-a-t-il quelqu'un qui s'oppose à la réception ?

Vote des frères et soeurs en levant la main.

S'il n'y a pas d'opposant,

Le Vénérable - Bénis soient nos travaux, nous allons donc donner encore un soutien à la vertu; nous ne pouvons trop nous en réjouir , applaudissons, mes frères ».

Le Vénérable – Soeur introductrice, instruisez vous du nom de l'apprentie, de ses qualités civiles, et sur-tout de sa religion. »

La soeur obéit.

Le vénérable : - Faites entrer la récipiendaire.

Aussitôt l'orateur lie les mains de l'aspirante avec une chaîne de fer-blanc, et la remet à l'introductrice qui l'introduit en loge.

[Les soeurs de la GLFF pratiquant le REAA savaient déjà que les chaînes avaient été préservées du rituel d'adoption. Ce qu'elles ignoraient est que ce symbole existe depuis la haute antiquité … heu .. je veux dire au moins 1787.]

La récipiendaire est placée, les yeux bandées et les mains attachées, entre la soeurs inspectrice et dépositaire.

Le Vénérable demande : - qu'est-ce qui vous amène et qu'elles sont les idées que vous avez sur la maçonnerie ?

Voyage : Après que l'aspirante a satisfait à tout , le frère inspecteur lui fait faire deux fois le tour des cinq terrines , et la ramène entre les deux soeurs dépositaire et inspectrice.

 

Le vénérable – voulez vous recevoir la lumière ?

La récipiendaire – oui.

Le vénérable frappe cinq coups. L'inspecteur retire le bandeau.

Les frères se mettent devant formant une voûte d'acier cachant les soeurs.

[On notera que le cérémonial de « rendre la lumière » est plus précis que dans la précédente version. On sait qui retire le bandeau à la profane.]

 

Le fait de cacher les soeurs est de créer l'étonnement de la récipiendaire, qui s'attendait à voir des femmes.

Le vénérable la sermonne sur « l'imprudence qu'elle a commise en voulant entrer dans

une société qu'elle ne connaissait pas, et voir que sa pudeur pouvait être en danger »

 

Le vénérable : - Cependant, madame, nous voulons bien croire que l'inconséquence, ni même la curiosité n'ont aucune part à votre démarche, et que l'idée avantageuse que vous avez conçue de la maçonnerie est l'unique objet qui vous engage à vous faire recevoir par nous ; mais malgré la confiance et l'estime que vous nous inspirez, avant que de vous révéler nos plus secrets mystères, je dois vous apprendre que le grand point de la maçonnerie est de rendre la société aussi parfaite qu'elle peut l'être, et que le caractère du vrai maçon est d'être juste et charitable ; au dessus des préjugés , nous devons fuir l'artifice et le mensonge; toujours guidés par la vertu, nous ne devons être occupés que de nous acquérir l'estime générale, et mériter l'amitié de nos frères et soeurs. Voilà , madame, une légère idée des devoirs que vous allez vous imposer : nous sommes con

vaincus que vous n'aurez point de peine à les remplir; l'engagement que vous allez contracter , en vous liant étroitement à nous, vous confirmera dans ce que vous devez à la religion , à l'état et à l'humamité. Persistez-vous toujours dans les sentiments d'être initiée dans notre ordre ?Trouverai-je en vous une femme forteet courageuse » ?

la récipiendaire doit répondre : « Oui ».

Le Vénérable : - Mes chers frères et soeurs, ouvrons-lui la porte de la vertu et détachez-lui ses fers. Il faut être libre pour entrer dans nos temples ».

Puis s'adressant à la récipiendaire : -Venez à moi, madame, en traversant cette voûte de fer et d'acier.

Le frère inspecteur conduit la récipiendaire, la fait mettre à genoux devant l'autel, lui fait poser la main droite sur l'évangile et lui fait prêter son obligation.

 

Obligation :

En présence du grand architecte de l'univers, qui est Dieu, et devant cette auguste assemblée, je promets et jure solennellement, de garder et retenir fidèlement dans mon coeur tous les secrets des maçons et de la maçonnerie , qui vont m'être confiés, sous les peines d'être déshonorée et méprisée ; et de plus, être frappée du glaive de l'ange exterminateur ; mais pour m'en garantir , puisse une portion de l'esprit divin, descendre dans mon âme pour me faire parvenir au plus haut degré de la vertu. Dieu me soit en aide. Ainsi soit-il

 

Conclusion.

La version de 1787 est nettement plus moralisatrice – et on peut dire un peu moins « féministe » - si on peut dire – que celle datant de 1775.

La présence de la jarretière a, par ailleurs, aucun sens – à part être une référence masquée à « l'Ordre de la Jarretière » qui serait à l'origine des bleues de la franc-maçonnerie (cf Roger Dachez).

Si le décor est riche en symboles dans les deux versions, on peut être déçu de ne voir aucune allusion à ceux-ci dans l'une et l'autre des deux cérémonies de réception, réduites – pour nous, soeurs et frères du 21ème siècle formés à des longueurs ritueliques – à une simple convention de pure forme.

A contrario, une maçonne du 18ème siècle (au moins en 1775) découvrait l'étoile dès sa réception alors que pour les frères de la même époque il leur faut attendre le grade de compagnons et – comme le progrès n'existe pas – il nous a fallu attendre,nous hommes et femmes du 21ème siècle, la maîtrise. Par ailleurs, la version de 1775 est enrichie par un passage de la mort à la vie – une renaissance – 

 

 

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