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La Maçonne

Guerre de tranchée(2): le conjoint & l'initiation, les impensables de la non-mixité.

Dans un précédent article je développais un des premiers arguments donnés par les tenants anti-mixité. http://lamaconne.over-blog.com/guerre-de-tranchee-la-n%C3%A9cessaire-non-mixite

Dans cet article, je tente de présenter les deux derniers. Il y en a sûrement d'autres. L'imagination n'a pas de borne quand il faut justifier des interdits.

Le conjoint que l'on ne saurait voir.

  • Il y a celui que l'on ne veut pas voir visiter sa loge.

C'est spécifiquement un argument des obédiences masculines. Un « entre hommes » dont le fragile équilibre peut être détruit à la simple idée d'une présence féminine, qui finalement se limite à sa seule conjointe.

Une sœur a, quand même, la décence de ne pas présenter ce type d'argument. Si elle ne veut pas voir son conjoint visiter sa loge (lors d'une de ses planches par exemple), elle le lui dit directement au risque d'animer le déjeuner dominical. Elle n'a pas besoin de passer par une obédience et encore moins d'interdire l'accès à sa loge voir à l'obédience à tous les hommes !

  • Il y a le conjoint/la conjointe que l'on ne veut pas initier dans sa loge.

Autre conception sur le couple, qui heureusement échappe à mon entendement. La non-mixité serait-elle le seul moyen pour ne pas voir son conjoint initier dans sa loge ? La discussion, non ? La communication au sein des couples est, me semble-t-il, encore un truc qui marche.

Les sœurs véritablement anti-mixité ont un autre argument. Les sœurs en mixité sont sous la surveillance, voir l'influence de leur conjoint. Pour le coup, elles virent « féministes radicales ».

L'influence n'étant pas synonyme de soumission, je ne vois pas – et ce serait insulter les sœurs en mixité – une seule qui serait soumise.

J'ai toujours en tête l'exemple des obédiences féminines anglaises. Ces dernières ne reçoivent pas de frères, faisant le tenant féminin de la GLUA. Pourtant, leur origine fut mixte (scission du DH), elles ont transmis les hauts grades à la GLFF … Aujourd'hui, les frères « réguliers » peuvent conseiller aux femmes – et éventuellement à leur conjointe – d'aller en franc-maçonnerie. J'imagine qu'il en serait tout autrement si ces obédiences recevaient des frères ou avaient une démarche qui ne serait pas une copie "au féminin" de celle de la GLUA. N'est-ce pas un bel exemple d'influence?

On peut s'interroger sur la vie maçonnique que peut avoir un frère s'il est initié dans la loge de son père ou de son grand-père. Cette question s'étend d'ailleurs à tout autre membre de la famille que l'on soit en mixité ou non: mère, filles, fils, sœurs et frères, grands-parents, oncles et tantes … Faut-il affréter un bus pour les recevoir tous à chacune de nos planches ?

Les tenants de la non-mixité finalement nous laissent entendre qu'il y a dans le couple - le leur - impossibilité de partage et d'échange. L'homme et la femme doivent garder (peut-on dire préserver?) une place précise, n'acceptant aucun compromis ou remise en cause de celle-ci. On peut se demander laquelle? L'histoire ne le dit pas. Néanmoins, si pour la GLDF, il s'agit de justifier la non-réciprocité des inter-visites. Les soeurs deviennent plus confuses, le "entre elles" est vécues nullement dans l'exclusion des hommes et il est rare qu'elles usent de leur couple comme argument.
Avant que nous soyons un peu trop nombreux à regretter de ne pas l'être - et que le Vatican - s'en inquiète, les homosexuels n'auraient-ils pas de problème de couple?

La franc-maçonnerie, danger pour le couple ? C'est finalement, peut-être, le message que nous transmettent les frères et sœurs contre la mixité. Pour eux, soit la pratique d'inter-visite, soit la présence en loge d'autres membres appartenant au sexe opposé (et uniquement pour ceux-là) le mettraient en danger leur couple.

La sœur A. LVN dans son article « de la femme aux femmes, quelle initiation ? » (in Critica Masonica) explique :

« Ne cherchons pas trop loin d'ésotériques raisons à un tel comportement, et relisons, dans le journal de la Grande loge De France (2005) un article paru sous la plume d'A. Poz : 
« Les FF défendent un lieu à rejoindre librement, sans que leur conjoint éprouve, ni inquiétude, ni jalousie, un lieu où chacun puisse exister en toute indépendance sans comprometre la stabilité de l'amour. » 
Est-ce une provocation que de demander à nos FF comment ils rassurent leurs épouses, lorsqu'ils viennent visiter les sœurs de la Grande Loge Féminine de France ?» 

(Nota : Critiqua Masonica, Volume1, janvier 2013 - à trouver ici : http://lamaconne.over-blog.com/critica-masonica L'article que je cite développe assez aisément – et à mon avis, bien plus heureusement que moi, la place de la femme dans l'initiation. )

Le dernier argument que je développe ici, est l'argument de l'initiation. Très certainement le plus inepte de tous. Il est développé différemment d'un protagoniste à l'autre, mais cela s'exprime ainsi : « les hommes et les femmes ne peuvent avoir une démarche spirituelle et initiatique ensemble » ou tout au moins « l'initiation mixte est inférieure à celle existante en non-mixité ». Il y aurait des "vrais" et des "faux" francs-maçons.

L'initiation en mixité existe depuis 120 ans. S'il y avait impossibilité d'une démarche initiatique en mixité, cela ferait depuis longtemps que la franc-maçonnerie mixte n'existerait plus. Si l'une prévalait sur l'autre, même chose. C'est tellement logique que l'écrire m'énerve.

Mais là aussi, les faits détrompent lourdement les frères détenant quelques vérités sur la mixité et les sœurs qui les suivent - car, du fait, cela ne va pas pour militer pour l'initiabilité des femmes. Quand on parlait d'être sous influence masculine.

La GLDF reçoit les frères des obédiences mixtes. Ainsi, cela voudrait dire que seuls les hommes réussiraient, en mixité, à bénéficier d'une qualité initiatique suffisante pour être reçu pas eux, alors que les femmes n'en seraient pas capables. Finalement, cela veut dire quoi d'autre?

Argument inepte à plus d'un titre : il faudrait se conformer à une seule démarche (si possible la leur), se prosterner devant elle et surtout ne pas contrer ces grands maçons qui nous ont été envoyé sur terre par le GADLU pour éclairer nos ténébres de leurs interdits.

La loge est une source, pas une finalité. En cela on peut justifier que les femmes et les hommes soient plus « à l'aise » entre eux, c'est-à-dire "entre femmes" et "entre hommes" mais on ne pourra jamais justifier « une nécessité de non-mixité » comme d'ailleurs celle d'une mixité.

Nous sommes en loge que deux fois par mois, quelques heures que l'on partage autour d'une planche ou deux et d'un dîner. Ce n'est pas toute une vie. C'est dans le monde, dehors que nous sommes réellement initiés. Le monde est mixte.

Avec de tels arguments d'un autre âge, enfermés dans des préjugés, comment peuvent-ils prétendre ouvrir quelques laboratoires d'idées nouvelles ou « améliorer » l'humanité, qui n'a peut-être pas besoin qu'on lui trouve des arguments pour justifier l'obscurité.

Des hommes et des femmes libres, disiez-vous?

S'il faut écrire sans cesse – sans fin – sans lassitude – les mêmes choses, juste pour dire, tout simplement, que l'on ne veux pas de cela, de cette maçonnerie qui sépare les hommes et les femmes comme sur les bancs d'une église.

Qu'enfin, notre société profane, celle que l'on critique sans cesse, n'est pas si mal fichue puisqu'elle abolit peu à peu ces divisions sexuées, ce que ne semble pas savoir faire cette maçonnerie.

Cela ne veut pas dire travailler uniquement en mixité: cela veut dire travailler librement comme on le souhaite,

Juste être libre.

Lilithement vôtre,

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yaka 13/10/2013 14:54

Un argument également entendu contre les couples dans le même atelier :
"Lors d'un divorce difficile, les disputent peuvent déraper sur le parvis. Qui va quitter l'atelier ? Elle ou lui ?"
Notre qualité de maçon n'efface pas nos sentiments, et malheureusement il arrive souvent que l'on n'ait pas encore assez dégrossi notre pierre brute et que l'on n’arrive pas (plus) à croiser son ex dans le même temple.
Ceci dit, je suis pour la mixité et les couples dans le même atelier. À chacun d'y trouver son cheminement. Si le choix d'ateliers différents est un élément moteur de ce couple, aucun souci non plus. Ne sommes-nous pas libres de nos choix ?
À chacun d'assumer ses choix sans se cacher derrière des arguments surannés.

La Maçonne 26/05/2014 18:36

La jalousie dans le couple est mauvaise conseillère.
Chacun est libre de faire ses choix, mais cet argument de "non-mixité" n'en est pas un.

yaka 26/05/2014 17:56

Luciole, je comprends son point de vue, cependant comment vit-elle que son mari croise des femmes dans la rue ou sur son lieu de travail ?
Ne s'est-elle pas mise en tête que si l'on est dans un milieu fermé on risque plus de devenir infidèle ? Qu'en est-il alors des clubs services, des associations, des clubs sportifs mixtes ?
Chaque jour, à tout instant le conjoint peut rencontrer une autre personne et ce n'est pas réservé aux seules loges mixtes franc-maçonnes. ( C'est pareil pour elle.)
C'est un peu triste d'être obligé de ne fréquenter que les loges masculines pour que sa femme ne soit pas jalouse. J'espère pour elle qu'il n'y a pas de diables tentateurs ...

Luciole 26/05/2014 13:37

Ma femme ne veut pas devenir maçonne mais elle apprécierait peu que son mari se trouve à des soirées mixtes où elle ne peut venir si elle ne veut pas se faire initier.

laurainb 13/10/2013 14:18

refuser la mixité c'est se nier soi-même, ne sommes nous pas mixte intérieurement?