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La Maçonne

Les hommes féministes du 20ème siècle et d'aujourd'hui

(Cliquez sur le dessin)  Une exclusivité de Yaka du blog "Coup d'oeil en loge et au dehors"
(Cliquez sur le dessin) Une exclusivité de Yaka du blog "Coup d'oeil en loge et au dehors"

A la fin de la première guerre mondiale, les femmes, renvoyées dans leurs foyers et à la maternité, développent un féminisme qui ne laissera peu de trace. Cette tendance est classée parmi l'essentialisme – et surtout conduite par la politique nataliste menée par les gouvernements – C'est, en effet, en 1920 que la contraception est interdite. La loi l'assimile à l'avortement.

En 1939, le Code de la famille renforce la répression. Une avorteuse est guillotinée en 1943. L'avortement est jugée comme un crime d'état. Après la libération, les lois pétainistes ne sont pas revues. Les femmes qui avortent – et leurs complices – risquent des condamnations lourdes.

Fin des années 1969 et début des années 70, les mouvements féministes se constituent. « Les » car le MLF n'a jamais été multiforme, hiérarchisé. Débute ainsi ce que les historiens appellent la "seconde vague" du féminisme. Le MLF fut composé de groupes spécialisés. Les droits sexuels deviennent la priorité : contraception et avortement. Le droit à la contraception est obtenu dès la loi Neuwirth de 1967. Cependant les décrets d'application n'apparaissent qu'entre 1969 et 1972. En 1974, les contraceptif oraux sont remboursés. La loi sur l'IVG, loi Veil, est votée, quant à elle, en janvier 1975.

Le MLF (Mouvement de Libération des Femmes) est non-mixte. La question de la mixité s'est bien sûr posée. Les femmes ont repris pour leur compte, certainement pour l'avoir aussi expérimenté, les mêmes constats que leurs aînées un siècle auparavant : garder le contrôle de leurs mouvements. "l'effet Léon Richer" ...

La non-mixité, l'entre-femmes, est une démarche politique de réappropriation de l'espace publique par les femmes, soit par la parole et les publications, soit par les manifestations (présence physique dans la rue). Quelques hommes, même si interdits dans la plupart des groupes de réflexions du MLF, étaient présents. Les « mecs » étaient autorisés par les « filles » de défiler en fin de cortège, de garder les enfants, … et de créer de leurs côtés des groupes d'hommes pour réfléchir à leur sexisme, à lutter de leur côté contre un système patriarcal.

Apparait, en effet, dans cette mouvance un peu chaotique, une réflexion sur la société et, en particulier, sur le genre et les rôles sociaux attribués aux femmes comme aux hommes. Il se fonde un (ou plusieurs) groupes d'hommes dont un « Mouvement de Libération de l'Homme » (MLH) qui explique ceci : « des hommes qui n’en peuvent plus de jouer leurs rôles de mecs, ça existe. Ils sont paumés, tout seuls, ils étouffent. Il y en a aussi qui cherchent ensemble comment extirper le Mâle chauvinisme de leur vie, de leur tête, de leursexe et de leur coeur. Parce qu’ils ne veulent plus être des Mecs et qu’ils ne sont pas des femmes, ils se décrassent ensemble pour se préparer à de vrais rapports d’être humain à être humain, entre les hommes et les femmes, entre eux. C’est peut-être la seule façon pour des mecs de lutter aux côtés des femmes ».

Ces groupes ne durent pas. Le sujet n'intéresse pas les foules (d'hommes). Pourtant, ces premiers groupes d'hommes seront en avant-garde d'une expérience qui sera reprise début 2000.

Il y a, néanmoins, quelques bémols à cette non-mixité de principe. Se côtoyaient deux visions du féminisme : comme une lutte de classe, permettant la présence d'hommes, ou comme une lutte de femmes, concernant les femmes et leurs spécificités, qui les excluaient.

Pour ce qui concerne les droits sexuels (contraception et avortement), le groupe spécialisé MLA était mixte, ainsi que l'association « Choisir » fondée par Gisèle Halimi en 1971.

Cependant, les hommes y sont peu nombreux. Ces associations demeurent exclusivement, dans les faits, féminines. Le MLA disparaît en 1972. « Choisir » obtient, malgré tout, le soutien de quelques hommes comme Jean Rostand (membre de l'Académie Française) et Jacques Monod (Prix Nobel de médecine).

Le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC), fondé en 1973, est réellement mixte. Il intègre, en effet, des hommes de plusieurs courants et mouvements : bien sûr, les femmes du MLF, mais aussi les membres MFPF (Planning Familial, composé de médecins), des organisations de gauche et d'extrême gauche, comme des syndicats et surtout du GIS (Groupe Information Santé). Ce groupe essentiellement masculin (étant donné le peu de femmes à suivre ce type d'étude encore en 1970) était constitué d'étudiants en médecine, qui militaient pour une réappropriation de la médecine par les patients. Ils sont à l'origine du manifeste des 331 médecins qui affirment avoir pratiqué un avortement. Le Planning Familial, dont le bureau est composé exclusivement de médecins, devient plus actif à partir de 1973.

En réalité, cette mixité s'avère rapidement conflictuelle. Les militants d'extrême-gauche sont vite accusés de vouloir reprendre le mouvement pour leur propre compte. Les médecins, quant à eux, renouvellent une hiérarchie « médicale » dans les centres d'avortement (clandestins), soit une majorité d'assistantes donc de femmes et la minorité (des médecins et donc des hommes) détenant les pouvoirs des organisations locales. Ils sont, de même, accusés de vouloir régler par l'avortement des conflits liés à la pratique de la médecine qui ne concerne qu'eux (et la médecine).

Si ces conflits n'empêchent pas la loi Veil d'être votée, bien que jugée insuffisante par les féministes, ils ont contribué à redéfinir la suite du mouvement. Ainsi en 1979, les féministes décidèrent d'une manifestation non-mixte pour pérenniser la loi Veil. Les hommes pourront s'y rendre, mais à la fin du cortège.

Le MLF, en 1979, a éclaté. Le groupe Psychanalyste d'Antoinette Fouque, ayant déposé la marque MLF et créé une association loi 1901, s'accapare le MLF, dans une tentative de construire sa propre carrière politique de celle qui détestait le mot "féministe".

La création d'un Ministère des droits des femmes institutionnalisent les revendications. On peut parler d'un féminisme d'état. Les petites associations existantes alors ne mobilisent plus d'adhérent(e)s et la non-mixité devient la norme. La revendication féministe passe de mode …

Il faudra attendre les années 1990 pour un réveil, avec notamment la revendication sur la parité et à la fin des années 90, pour voir naître les premiers mouvements féministes.

Un mouvement de lutte contre le patriarcat composé exclusivement d'hommes s'appelle « ARDECOM » est à mentionner. Fondé en 1979, il se rapproche du Planning Familial, sans réel succès. Ce groupe d'hommes – qui ne s'avère pas exclusivement non-mixte – milite pour la contraception masculine.

Ils testent une méthode de contraception, qui échoue, pour des raisons techniques et faute de soutien. Ce groupe d'hommes existe toujours. On trouve pour le compte du Planning Familial une information qui dit que la contraception masculine est très peu délivrée en France.

Toutefois, il ouvre voir rejoint le féminisme sur un point : la masculinité. Un débat qui ne commence réellement que maintenant.

Les années 1990, un réveil – mais un réveil difficile – les inégalités hommes/femmes ne se comptent plus.

Incompréhension générale, le féminisme, qui dès les années 80 passait pour de la ringardise devient nécessaire. La non-mixité des années 70 a permis, néanmoins, ce réveil qui permettaient aux femmes d’avoir une expérience commune, unique et par là même une identité.

Ces premiers mouvements des années 1990 sont mixtes, hommes et femmes peuvent y participer. Certains mouvements n’ont, cependant, pas intéressés les hommes et sont restés « féminin ». D’autres encore se sont appuyés sur leur(s) fondatrice(s) comme Rupture, Chiennes de Garde, … ce qui leur a évité d’essuyer « l’effet Léon Richer ». Cette présence des hommes est devenue possible du fait de la légitimité des femmes dans l’espace public.

Une association émerge « Mix-cité », cofondée par un homme et une femme en 1999. L'idée qui prévaut est que la mixité enrichit le débat. Dès le départ, aucune restriction ne fut formulée quant aux postes détenus par les hommes et les femmes. Cependant, les hommes-féministes sont minoritaires. En 1999, ils n’étaient que 30% et détenaient une visibilité plus importante dans l’organisation de l’association que les femmes, plus nombreuses. En 2007, « Mix-cité » a un collège exclusivement féminin. En 2013, le groupe parisien disparait de la scène féministe, laissant un groupe à Rennes et un autre à Toulouse, faute de combattant(e)s.

Le féminisme en mixité ne marche pas. Il est trop tôt pour en connaître les causes. Pourtant quelques pistes de réflexion sont proposées: « l’effet Léon Richer » tout d’abord (bon, qui énervent les femmes et qui, du coup, les renvoient en bout de cortège à garder les enfants), les discussions et les revendications deviennent plus politiques et moins (bien moins) personnelles. "L'enrichissement" du débat, vision béate des rapports hommes/femmes, ne se fait pas.

Les revendications, elles-mêmes, sont en cause : les hommes ne militent pas « pour tout ». Plus clairement, s’ils condamnent certaines inégalités, ils ne remettront pas en cause leur acquis. Le débat sur la parité ne les a pas touché (on dirait même qu’il n’a pas été compris). Il a fallu que le voile devienne une atteinte à la laïcité pour qu’ils s’en inquiètent … car finalement, l’argument de la soumission symbolique des femmes par un symbole religieux (ah ! le patriarcat !), ce n’est pas vraiment leur credo. En 1989, Lionel Jospin estimait – par circulaire – que le voile islamique est compatible avec la laïcité. Nous revenons de loin. C’est pas mal les bouts de cortège, non ?

Comment un homme peut incarner une lutte, voir une idéologie sinon un modèle social, définis par les femmes pour les femmes ? En effet, n’est-ce pas en quelque sorte trahir la cause des hommes ? être féministe pour un homme semble, encore aujourd’hui, « contre nature ».

Pourtant les expériences montrent que le féminisme peut être une grille de lecture pour les hommes, qui eux aussi se voient attribués quelque peu arbitrairement un rôle social, politique, économique et donc, en un seul mot, genrés. Des groupes d’hommes ont été ouvert début 2000 – Ils ont fait face à deux axes de réflexion : réfléchir à leur sexisme (naturel) ou réfléchir à leur genre. Bien sûr, (bon, cela pouvait marcher), ces groupes d’hommes en totale non-mixité n’ont pas fonctionné comme ceux des années 70. La non-mixité n’intéresse pas les hommes. À moins que ce soit de réfléchir sur eux, la définition qu’ils donnent eux à la masculinité, la société, les rapports (complexes) hommes/femmes, l’égalité, ceci « entre hommes », qui ne les passionnent pas.

En réalité, c’est quand même mieux de le garder en mémoire, si le féminisme permet aux hommes de construire/déconstruire la masculinité en s’éloignant des modèles virils imposés, le but du féminisme n’est pas que les hommes se sentent mieux dans leurs chaussettes, mais de permettre aux femmes d’obtenir une égalité de fait dans notre société. L'approbation des hommes n'entre pas en ligne de compte. Léon Richer voulait éviter une "guerre des sexes". Pourtant, comment comprendre les inégalités passées et actuelles, si ce n'est qu'en terme de guerre? De la prostitution en passant par l'écart des salaires hommes/femmes, comment envisager la question féministe autrement que comme une urgence?

Les hommes sont condamnés à rester en fin de cortège ....longtemps.

Lilithement vôtre,

Source : Alban Jacquemart, pour l'obtention du Doctorat de l’École des Hautes Études en Sciences-Sociales, en date de juin 2011, « les hommes dans les mouvements féministes françaises (1870-2010) - sociologie d'un engagement ».

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