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La Maçonne

L'adogmatisme : ce qui fait (encore) débat.

L'adogmatisme : ce qui fait (encore) débat.

Un des premiers principes de la Franc-maçonnerie libérale, comprenant les obédiences mixtes et féminines, est l'adogmatisme.

Qu'est-ce donc ? L'adogmatisme est le refus de « dogmes ».

Historiquement, la franc-maçonnerie a toujours été adogmatique. Ceci dès ses débuts. Les premiers franc-maçons, dans une Angleterre secouée par des conflits religieux incessants, réunissaient dans un seul endroit des hommes de toutes religions : anglicans, protestants et catholiques. La nécessité faisant loi, l'adogmatisme – refus que les uns et les autres s'imposent un point de vue religieux – a été un concept développé, associé à l'interdit de discuter de religion et de politique en loge. La politique apparaît, déjà, comme – non pas exclusivement une source de conflit éventuelle – mais comme un ensemble de dogmes, qui durant de nombreuses années ne pouvaient être dissociés de la religion.

La franc-maçonnerie en France a, bien sûr, accepté ce principe pour les mêmes raisons que les Anglais. Cependant, au fil des siècles et de l'histoire de son pays et de la pensée humaine, elle a enrichi sa définition. Il n'est plus uniquement strictement réservé à un interdit de discussion sur la religion et la politique car aussi religieux, le dogme pouvant être politique – on pourrait aujourd'hui dire « partisan » - et sociétal.

Dès 1877, le GODF a supprimé la « croyance en Dieu » dans ses obligations. Le concept de l'adogmatisme s'élargit : il se définit comme le refus d'imposer toute croyance.

Or, obliger les franc-maçons à la « croyance en Dieu » est imposer une croyance, même si strictement, cela n'oblige pas à adopter une religion.

La France a ouvert la brèche. Les Anglais ont refusé cette définition, qui pourtant répondait à un besoin d'une unité sociale au sein des loges, respectant non pas les Constituions d'Anderson – mais son esprit.

Les Constitutions d'Anderson refusait l'athéisme car tout simplement il était interdit en Angleterre. Les franc-maçons vivaient dans une époque où la religion était une loi d'état et non pas uniquement une conviction personnelle.

Elles étaient, malgré tout, révolutionnaires dans le sens qu'elle admettait que des hommes de toutes religions pouvaient se réunir dans une même pièce – et qu'il ne fallait pas seulement les désarmer pour éviter un bain de sang. D'autant plus révolutionnaire que l'Eglise de Rome ne pouvait pas même l'imaginer et a condamné la Franc-maçonnerie dès 1738.

La France ne comptait pas plus de 400 frères. Clément XII rédige alors la bulle « In Eminenti », excommuniant les catholiques. La bulle évoque le multiconfessionalisme des loges. A Paris, le Parlement français refuse de la ratifier. Elle demeure donc quasi-inconnue en France et sans effet. Les quelques prêtres et évêques voulant l'appliquer sont pris pour des originaux. C'est seulement à partir du 19ème siècle qu'en France, les franc-maçons catholiques sont inquiétés et excommuniés.

Certains historiens estiment que la franc-maçonnerie anglaise a profité de la décision du GODF pour des raisons politiques. La France et l'Angleterre n'étant pas en bon terme, il fallait leur fallait rompe avec les français. D'autres estiment qu'une franc-maçonnerie dans un pays monarchique avec un Roi ou une Reine, chef religieux, ne pouvait pas « sauter le pas » dans un siècle, disons-le, puritain et une société de castes.

Nous sommes en 2013 – et depuis 1901 – la France a adopté la « loi sur la laïcité » qui trouve d'ailleurs ses origines, au moins pour sa réflexion et sa définition première, dans l'adogmatisme des premiers franc-maçons anglais : un vivre-ensemble quelque soit son culte et sa religion. Un refus d'imposer un culte ou une croyance pour les français de 1877.

L'adogmatisme est toujours avant-gardiste, elle est toujours une réponse de paix à la violence et à l’intransigeance religieuse.

Elle a ouvert son champ. Les interdits d'initiation énoncés par les Constitutions d'Anderson n'existent pas pour la Franc-maçonnerie libérale. Elle accepte femmes et hommes, de toutes croyances, même ceux qui n'en ont pas, et de toutes origines sociales.

La Franc-maçonnerie anglaise est en concurrence – fort déloyalement d'ailleurs – devant une franc-maçonnerie française qui, dès la fin du 19ème siècle, initient des femmes, supprime l'obligation de croire en Dieu, et développant une franc-maçonnerie démocratisée ouverte à toutes les couches sociales.

Qu'avaient-ils de commun, ces franc-maçons anglais du 19ème siècle, pouvons-nous nous demander, avec une Louise Michel, cette petite institutrice, anarchiste morte en 1905, fille d'une servante Marie-Anne Michel et d'un père inconnu ? Avec un Jean Macé (1815-1894), fils d'ouvrier, fondateur de la « ligue de l'enseignement » l'actuelle « Education Nationale », se battant pour une instruction de tous, gratuite et laïque ?

Pourtant, on constate avec tristesse que l'adogmatisme – qui peut se définir aussi dans la « liberté de conscience » ou le libre-arbitre – est remis en cause, attaqué et même nié par une partie de la franc-maçonnerie libérale depuis cette année. Est-ce un « passage à vide » ? Une rupture définitive de cette partie de la franc-maçonnerie avec ce qui l'a nourri durant des décennies ? Y-a—t-il vraiment une démarche sincère pour cette partie de la franc-maçonnerie libérale?

Ce déni si singulier et si médiatisé touche-t-il qu'une minorité de frères des obédiences concernées, c'est-à-dire la GLDF et la GLTSO ?

Il est reproché que l'adogmatisme tend inévitablement à un anticléricalisme bête et méchant, à un athéisme et une intolérance aux religions. L'adogmatisme devient une menace sectaire et est systématiquement insulté par les nouveaux partisans de la « régularité » anglaise. Les positions du GODF sont mises en cause. Sa soi-disant « hégémonie », ses positions politiques, …

La GLDF trouve ses origines à la GLSE (Grande Loge Symbolique Ecossaise), tout comme le Droit Humain et les loges d'adoption ayant donné naissance à la GLFF. La GLSE a été entre 1902 et 1904 mixte. Tout au long de sa courte histoire, la GLSE a été sociétale, politique et féministe. Si la GLDF a une Tradition que personne ne peut contester est d'avoir les mêmes fondateurs que des obédiences mixtes. On comprends mieux maintenant « l'énervement » du GODF devant les critiques de la GLDF.

Fondement de plusieurs démocraties, toujours une des meilleures réponses à l'avancée des intégristes religieux, l'adogmatisme est rejeté pour ce qu'elle n'est pas et ne pourra jamais être : l'expression d'une pensée unique. Il est – et sera toujours – la recherche d'un pluralisme culturelle pour des femmes et des hommes libres, égaux en droit et en raison.

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MarieEug 06/09/2013 11:57

une petite correction à apporter : la Ligue de l'Enseignement de Jean Macé n'a point disparu et n'est pas l'Education Nationale de maintenant. C'est la plus ancienne association d'Education Populaire. Elle oeuvre dans tous les domaines socioculturels, même si une bonne partie de ses actions sont toujours complémentaires de l'école publique.
Des Francs-Maçons sont à l'origine de la LFEEP (Ligue Française de l'Enseignement et de l'Education Populaire) comme la LDH (Ligue des Droits de l'Homme). Nombreux sont les FM membres de ces associations à très fortes valeurs humanistes.

La Maçonne 06/09/2013 19:23

Merci MarieEug de tes compléments d'information.

hlfx 24/08/2013 11:04

L'"a-dogmatisme" du GO et de la GLFF ou du DH est fort bien connu : tout se vaut et s'équivaut car il faut l'égalité de tous en tout car sinon il y a discrimination. Et mieux... Il faut discriminer positivement, c'est à dire œuvrer pour l'extension à l'infini des droits des minorités au détriment de la majorité et des plus faibles de la majorité, en émancipant les individus à l'aide du droit et d'une science appliquée sans limite éthique, déontologique ni morale.
La religion se nomme ici droit-de-l'hommisme, les dogmes afférents sont l'égalitarisme, le relativisme, le culturalisme, l'utilitarisme, le scientisme, le technicisme, le subjectivisme, etc.
Tout cet équilibre fragile relève de la mystique républicaine et de la Vérité d'Etat, dans un système gangrené par essence puisque le débat dit "démocratique" (libre et non faussé... comme les élections) y devient fortement tabou et presque interdit. On y impose les sentiments individuel et communautaristes comme vérités premières au détriment du sentiment collectif et national, les exceptions et les singularités y font loi au détriment de l'universel. C'est l'idéologie et la valorisation extrême de la différence au détriment de la nation dans son entier.
Car puisque tout se vaut et s'équivaut, il ne peut exister de morale universelle, ni en France de morale républicaine valide et reconnue de tous. Nous sommes passés de la réflexion collective aux sentiments collectifs diffus (où existe encore l'idée de nation) puis au sentiment individuel et enfin au ressenti individuel et au populisme compassionnel qui font loi et accaparent tout le débat.
Camus disait que le démocrate doit être modeste et avouer une certaine part d'ignorance, il doit reconnaître qu'il a besoin de consulter les autres afin de compéter ce qu'il sait par ce qu'ils savent.
Ce n'est pas la position d'un José Gulino, plus sectaire, arrogant et vindicatif que jamais, ni la position des cadres importants du GO. Je reconnais par contre ces nouveaux gardes rouges dans les dogmes que je viens de préciser, ainsi que dans le processus de déliquescence de la société française que j'ai décrit.
Il s'agit bien, contrairement à vos dénégation d'une pensée unique faite de certitudes mortifères, que l'on résume sous le vocable de post-modernité, une post-modernité imposée par la docilité, le contrôle social et le terrorisme intellectuel, bref, l'endoctrinement (vous devriez tenter d'y réfléchir).
Vous devriez fréquenter la franc-maçonnerie anglaise, on n'y a nullement l'ambition de détruire ce qu'il reste des ruines encore fumantes de la société occidentale, sous prétexte d'utopie bien-pensante et de bons sentiments.
Je ne suis pas du tout désolé d'avoir tenté de bousculer vos certitudes.

La Maçonne 24/08/2013 12:10

Bonjour Hlfx -
Je ne pense pas que les femmes représentent une minorité comme vous le sous-entendez dans votre article!
Par ailleurs, en France - en comptant bien - il y a 30000 femmes francs-maçonnes.
La FM mixte avec le Droit Humain a plus d'un siècle d'existence. La GLFF - malgré ses très jeunes 67 années - est fondatrices de plusieurs obédiences en Europe (qui feront l'objet d'articles), en partant de 90 soeurs, dans le mépris général des obédiences masculines. (voir même plus). La FM masculine et régulière - bien installée, reconnue socialement, bourgeoise - ne peut pas en dire autant. Elle ne secoue aucune idée, n'invente rien, réécrit sans cesse son histoire, s'en raconte aussi.

Vous comparez le GODF avec des obédiences comme la GLFF et le DH - il n'y a rien de comparable - Le GODF a reconnu les obédiences mixtes et féminines en France qu'à partir de 1970. Le DH avait plus de 70 ans d'existence et était implanté internationalement! Il est assez difficile de les dire "en avance" sur leur époque et tenir compte des minorités en fonction d'une utopie républicaine. Ces reconnaissances étaient de bon ton après mai 68.
Vous justifiez la position des anglais. Soit. Or, si vous relisez les constitutions d'Anderson ; les handicapés, les domestiques et les esclaves étaient interdits d'initiation . Or, aujourd'hui, ils peuvent initier un domestique handicapé descendant d'esclave. A quel titre? Du simple fait, des droits de l'Homme - de se soucier des minorités (masculines et théistes) ... pour des raisons purement sociales. L'argument de la tradition a bon dos.
La société de 2013 me semble aller bien mieux que celle de 1940, des années 14-18, du 19ème siècle et ses ouvriers exploités, de la fin des années 60 et ses bidonvilles à votre porte, de l'inquisition du 13ème siècle, la Saint-Barthélémy... en vrac et au hasard. Puis-je vous demander quelle époque est votre référence?

Astride Mandos 12/08/2013 11:52

En dehors d'un combat "idéaliste", le problème n'est il pas plus simple? Les frères du GODF sont les plus nombreux, s'allier pour rééquilibrer les forces en puissance me semble une bonne idée. J'ai juste un peu d'appréhension de voir la GLDF faire un immense pas en arrière...

La Maçonne 12/08/2013 21:38

Merci Astride. Effectivement, les frères du GODF sont nombreux. Mais est-ce un gage de qualité dans l'engagement? N"y-a-t-il pas chez eux une approche politique de leur obédience plutôt qu'une démarche sincère du côté de leur mode de gouvernance? Je crains aussi que la GLDF fasse un pas en arrière.

Astride Mandos 11/08/2013 21:01

Va -t-il falloir que les frères de la GLDF soient baptisés pour faire partie de cette obédience?

La Maçonne 11/08/2013 21:06

J'aurais d'autres idées, si mon avis était requis.