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La Maçonne

La place des jeunes aujourd'hui

Sous les mêmes mots, « jeunes » ou « jeunesses » sont englobés autant de personnalités différentes, d'histoires, de modèles, d'opinions, d'idées, …. tant et si bien que même les « jeunes » ne s'y reconnaissent pas. Les « jeunes », comme le montre l'histoire humaine, sont les acteurs dynamiques, créatifs, novateurs, d'une société. Ce sont eux qui par le pouvoir de la contestation et de la révolte apportent les changements, les idées nouvelles, la mobilité dans des sociétés figées, conformistes et vieillissantes. Pourtant, au delà de ce cliché, il est à se demander si on parle des mêmes jeunes, s'ils ne sont pas tronqués, s'il ne s'agit pas là d'une idéalisation de la jeunesse, voir même l'expression de leurs aînés de ne plus l'être. Accepter la jeunesse, c'est accepter le changement. Notre société n'accepte, d'ailleurs, ni l'un, ni l'autre. Du moins, à des difficultés, pour l'un comme pour l'autre.

Si la jeunesse est définie par une classe d'âge, allant de l'adolescence à l'entrée à l'âge adulte, définit lui-même plus par un statut social que par une réalité physiologique, il est force de constater que notre société moderne permet de prolonger l'état de jeunesse (ou de retarder le passage à l'âge adulte) au-delà de la trentaine.

De même, traiter de la jeunesse sans tenir compte de l'espérance de vie comme de la relative bonne santé des seniors, revient à dire que l'on est vieux plus longtemps que l'on est jeune. Ce qui n'a pas été toujours le cas.

La jeunesse sous l'Antiquité et le Moyen-Age.

A Athènes, les jeunes étaient éloignés du centre du pouvoir politique. Société patriarcale, les garçons à l'âge de leur 18 ans, durant deux ans, entraient dans l'éphébie. Cérémonial public, tenue vestimentaire spécifique, les éphèbes étaient envoyés aux frontières de la cité-état, combattre, piller, massacrer, … Cette jeunesse, marginalisée, occupée ailleurs, ne fut jamais contestataire. Les jeunes de la Rome Antiques avaient le même mode de vie, à l'instar de Romulus fondateur mythique de Rome. Le Moyen-Age ne remet pas en cause cette marginalisation de la jeunesse. Les familles nobles, qu'elles soient de petites ou de grandes noblesses, envoyaient leurs jeunes – souvent un cadet – aux croisades, guerroyer. Un autre devenait oblat, c'est-à-dire était donné à un monastère et vivait reclus certains dès l'âge de 8 ans.

Envoyer toute une jeunesse à l'extérieur du pays guerroyer, les cloîtrer dès le plus jeune âge, est un moyen d'éliminer toute possibilité de contestations des centres du pouvoir. Il s'agissait, plus sûrement, de supprimer des rivaux dangereux que cette jeunesse représentait pour les pouvoirs publics. Pour les plus pauvres, la famine, les guerres, les épidémies et les actes de maltraitance faisaient des jeunes, d'ors et déjà, des survivants. Il est utile de remarquer que l'espérance de vie d'un grand seigneur féodal était de 25 ans.

Pourtant, malgré ces nombreuses précautions, ce sont des jeunes qui ont remis en cause l'ordre religieux tout d'abord, comme Bernard, cisterciens ou encore François d'Assise. Jeunes étaient aussi les réformateurs Luther et Calvin. On compte aussi de nombreuses révoltes du fait d'augmentation de taxes et d'impôts en Europe, dont celle de Rome en 1348 ou encore la révolution manquée, la Grande Jacquerie, d'Etienne Marcel à Paris (en 1358) ou les révoltes de Turchins (1381) pour ne parler que de ce siècle.

Époque moderne. 

Au 19ème siècle, cette marginalisation de la jeunesse (des jeunes hommes) se fera aussi par le service militaire. Même s'elle fut souvent associé à des tirages au sort ou à diverses dispenses, la conscription fut votée en 1792 (Loi Jourdain). Les guerres napoléoniennes jouèrent le même rôle. La Loi Jourdain, impopulaire, fut abrogé par Louis XVIII. La 3ème République instaura à son tour pour une durée de 2 ans, un service militaire. Cette durée sera prolongée à 3 ans en 1913.

Est-ce qu'être « jeune » au 19ème siècle était mieux qu'au 21ème siècle ou sous l'Antiquité ? Si la question est purement rhétorique, il ne faut pas manqué de souligner les mouvements sociaux de ce siècle (1830, 1848, 1868). La révolution française de 1848 fait descendre dans la rue des étudiants rejoignant des ouvriers ainsi que des gardes nationaux criant « vive la réforme ! ». Ces mêmes gardes nationaux se posteront entre les manifestants et l'armée pour protéger les premiers. Les gardes nationaux se recrutent parmi la bourgeoisie, puisqu'ils doivent justifier d'impôts et payer eux-mêmes leurs équipements. Cependant, leur niveau de rémunération (ou fortune personnelle) n'est pas suffisante puisque bons nombres d'entre eux ne peuvent réunir « le cens », 200 francs, qu'il fallait verser pour obtenir le droit de vote. Ces 40 000 hommes que comptaient cette garde nationale menait ainsi un mouvement depuis 1838 pour voir aboutir une réforme du droit de vote. Rien d'étonnant à les voir s'interposer et pendre partie pour les manifestants en 1848. Ce passage historique pour montrer que même « occupée », même instruite, une jeunesse peut encore prendre le temps de remettre en cause l'ordre établi lorsqu'il la juge injuste ou inégalitaire.

Les jeunes filles : apprendre l'isolement. 

Jusqu'à présent, j'ai évoqué exclusivement des jeunes hommes. Les jeunes filles, de l'Antiquité jusqu'au 19ème siècle, étaient éduquées pour devenir les ménagères, les épouses et les mères soumises. Les moyens de pression pour les jeunes filles existaient tout autant que les garçons, afin qu'elles ne remettent pas en cause l'ordre établi. Le 19ème siècle a été l'occasion de publication de nombreux ouvrages moraux discutant des qualités et vertus des jeunes filles. Elles étaient exhortées à être modestes, humbles, ordonnées, et douces. Ces qualités étaient censées préserver les jeunes filles de tentation de devenir des révolutionnaires en leur propre demeure, désirer obtenir une reconnaissance sociale en dehors des murs de leur foyer. Pire encore, une jeune fille modèle se devait ressentir aucun désir, aucune envie et s'instruire modestement. La curiosité (surtout intellectuelle) est un vilain défaut. Si les garçons étaient envoyés hors des frontières, les jeunes filles étaient enfermées dans un carcan autant psychologique, moral et même vestimentaire.

Les travaux d'aiguilles créatifs et récréatifs sont, même, interdits par certains auteurs de ces ouvrages moraux à destination des jeunes filles. En effet, ils craignaient que se plaisant à créer, elles y prennent non seulement un plaisir mais une reconnaissance personnelle.

Ce qui me semble le plus parlant est l'analyse faite sur la prise de parole et l'écoute. Une jeune fille ne devait pas écouter les discussions jugées destinées aux hommes, comme la politique, (elle n'avait d'ailleurs pas le droit de vote), Lorsque les femmes se réunissent pour des travaux d'aiguille, par exemple, ces moralisateurs craignant qu'elles fomentent un coup d'état leur conseillent des lectures religieuses … En effet, les femmes sont maintenues isolées. Le « bavardage » est proscrit. Il pourrait faire naître des échanges d'intérêt où les hommes seraient exclus et avec eux la société.

La jeunesse aujourd'hui.

 

Après la seconde guerre mondiale, la société a lentement mais sûrement évoluée. Fort heureusement, on n'envoie plus les jeunes hommes au delà des frontières pour les « occuper » à massacrer des populations. On ne discute plus s'il faut que les jeunes filles fassent des travaux d'aiguille créatifs – elles n'en font plus – Ils n'en sont pas moins livrés à eux-mêmes. Certainement pas plus malheureux que les jeunes du Moyen-Age que ceux du 19ème siècle. Les premiers jeunes qui ont ouvert la voie de la contestation furent les étudiants – que leurs études n'occupaient pas assez – en mai 68. Tout comme la révolution de 1848, ils ont rejoint les mouvements ouvriers à la différence que les « gardes nationaux » ont changé quelque peu d'uniformes (et que l'état n'envoie plus l'armée – ce qui aide!).

La sociabilisation des jeunes d'aujourd'hui est plus ouverte comme vous savez, vous mêmes, en faire l'expérience sur les réseaux sociaux. Elle est transversale, permettant de discuter avec d'autres jeunes à l'autre bout du monde, sans pour autant remplacer le lien affectif et amical qu'ils peuvent trouver dans leur groupe d'amis. Les signes de reconnaissance sont devenus plus nombreux, plus disparates que les chemises à fleurs de leurs grands parents et les chlamydes noires des éphèbes athéniens. Les politiques pour la jeunesse cherchent quant à elles soient à aider les jeunes à devenir des adultes, soient pour celles qui sont les plus intéressantes (et adoptées par les pays du Nord de l'Europe) à permettre aux jeunes d'être jeunes. Pour les uns, c'est leur permettre d'être autonomes et acteurs de leur vie. Pour les autres, c'est accepter la jeunesse et accepter les changements sociaux qu'ils seront en mesure d'apporter. Pour les uns, c'est les rendre finalement conforme. Pour les autres, c'est les rendre heureux.

Si les jeunes ont une place qu'il faut que nos sociétés doivent absolument leur reconnaître, en arrêtant d'en avoir peur, est effectivement qu'être jeune, c'est aussi aspirer au changement et à la nouveauté. C'est abolir les frontières. 

 

Sources : 

H. J. Mortalité masculine dans les familles régnantes au Moyen Age. In: Population, 27ᵉ année, n°6, 1972. pp. 1131-1133. DOI : 10.2307/1529928 

www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1972_num_27_6_15298

 

Fumat Yveline. La socialisation des filles au XIXe siècle. In: Revue française de pédagogie, volume 52, 1980. pp. 36-46; doi : 10.3406/rfp.1980.1717

http://www.persee.fr/doc/rfp_0556-7807_1980_num_52_1_1717

 

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