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La Maçonne

Lilithement vôtre,

Lilithement vôtre,

La mythologie mésopotamienne et sumérienne est très rarement étudiée en classe. Pourtant, sa richesse ésotérique est incontestable.

Ainsi, il existait une triade particulière de démons qui ne peut qu'attirer notre attention: Lilû, Lilitû et Ardat-Lili. Tout d'abord, démons des tempêtes, il devinrent des démons des ténèbres. Ils s'unissaient aux femmes et aux hommes durant leur sommeil, comme les incubes et succubes latins. Les almanachs (apparaissant dans la seconde moitié du Iième millènaire avant J.C) indiquaient, dans ses ménologies, les périodes où il était déconseillé de dormir sur les terrasses, afin d'éviter de se faire attaquer par l'un de ses démons, qui n'épargnaient ni les hommes, ni les femmes. Les ménologies, appartenant à la science divinatoire iqqur îpus (s'il détruit, s'il construit).

Lilû, démon mâle, représenté avec des ailes, s'attaque aux femmes. Lilitû, quant à elle, représentée sous les formes d'une femme charmante, mais la plupart du temps possédant un corps de louve et une queue de scorpion, s'attaquait aux hommes. La troisième démone, Ardat-Lili représente les fantômes de jeune-fille morte avant de s'être mariée et avant d'avoir eu des enfants. Elle s'attaque aux hommes, les séduisant, aux couples mariés détruisant leur mariage, aux jeunes filles avant leur mariage et aux enfants en bas âge pour les dévorer. Personne n'était réellement protégé d'Ardat-Lili, qui est très certainement la Lilith hébraïque originelle.

Pourtant, la Lilith hébraïque a bien d'autres aspects que cette dernière démone. Deux déesses, deux sœurs aussi sumériennes : Ereskigal et Inanna lui ont donné très certainement quelques qualités.

Ereskigal, « Dame de la Grande Terre » est la déesse du royaume des morts, une vaste terre, sombre et désolée, avec en son centre une cité. L'accès de cette cité est protégé par 7 portes successives. Elle est assistée par son vizir Namtar, divinité du destin, et sa scribe Gestinanna. L'invention de l'écriture était aussi attribuée à une déesse du nom de Nisaba (ma déesse préférée, mais cela fera l'objet d'un autre article). Ereskigal est assistée de 7 juges infernaux, les Annunaki.

Elle est décrite comme une belle jeune-femme, ayant des pieds d'oiseaux et deux grandes ailes. Ses animaux tutélaires sont les hiboux. Ereskigal a, pourtant, eu un vrai problème. Les dieux du panthéon décidèrent de la remplacer par le jeune et fringant Nergal. Ainsi Nergal descends aux enfers, avec une escorte pour maintenir les portes ouvertes. Il ne devait rester pas plus de 7 jours. S'il dépassait ce délai, il ne pourrait plus revenir dans le monde des vivants. Seulement voilà. L'imprévu arriva. Il tomba amoureux de la déesse. Il resta même au-delà des 7 jours. Ereskigal garda son trône envié et épousa Nergal.

Sa sœur Inanna (connue sous le nom de Ishtar) était, quant à elle, la déesse de la guerre et de l'amour, déesse des contradictions. Les sumériens avaient vraisemblablement tout compris aux femmes. Il s'agit d'une déesse principale du panthéon sumérien et mésopotamien.

Elle est souvent présentée comme hermaphrodite, à la fois homme et femme, mais ne nous y trompons pas, elle n'était nullement asexuée. Elle n'était pas spécifiquement une déesse de la fécondité, mais celle de la passion amoureuse. Elle avait deux animaux tutélaires : le lion et la chouette.

Inanna est, de même, la seule à être revenue du royaume des morts, celui de sa sœur, pour retrouver son amant mortel, bravant ainsi la justice divine. Si Ereskigal est déesse des enfers, sa sœur Inanna est déesse du ciel. Inanna est aussi associée à la déesse phénicienne Astarté, devenant dans nos traditions judéo-chrétienne la démone hébraïque de la débauche. Elle est celle qui détourne Salomon de son dieu Yahvé. Il va jusqu'à à lui construire un temple. Pour quelques temps alors, Astarté reprend un pouvoir contesté, redevenant la déesse qu'elle fut. Celle du Ciel.

Lilith, "la Chouette hululante", qui suivant un des mythes, fut créée en même temps qu'Adam, refusa de se soumettre à lui. On l'aura compris - tout le problème est aussi simple que le sexe. Une sexualité diabolisée si féminine et un peu trop énergique, mystifiée si elle est masculine. Nous pouvons parler d'une mystification, car il faudra l'intervention divine - pas moins que cela!

Adam avait beau être le seul homme sur terre que notre Lilith n'en voulait. Certains ajoutent que la position du missionnaire n'était pas son truc.

Désavouant la volonté divine, elle s'enfuit dans les enfers. Elle poussa Satan à apparaitre à Eve sous la forme d'un serpent. Ce qui laisse à penser que, comme ses consoeurs, notre Lilith n'avait pas besoin d'arbre et de fruit pour posséder la Connaissance. Furieux, Yahvé envoya Adam et Eve à une existence de souffrance et de mortels.

Un autre mythe raconte que le premier humain fut hermaphrodite. Dieu lui insuffla un esprit nommé Lilith. Personne ne sait vraiment ce qu'elle était : un esprit, un ange?

Cet être seul s'ennuyant, il demande à Dieu une compagnie. Dieu le sépara. Lilith retrouva sa liberté originelle, refusa de se soumettre à Adam – n'était-elle pas l'esprit existant bien avant Adam, pourquoi devrait-elle accepter? - elle s'enfuit. Pourchassé par Dieu, elle rejoignit Satan. Seulement Dieu avait mal séparé l'être unique, une part de Lilith sommeillait encore en Adam. Celui de la soif de la Connaissance, qui fut transmis à notre Eve.

Notre iconographie contemporaine représente la Lilith hébraïque avec les attributs de la déesse Ereskigal – (aile, hiboux ou chouette, pieds en forme d'oiseau). Par contre, si Lilith est, tout comme Ereskigal, reine aux enfers, la démone est loin de posséder la tempérance de la vierge Ereskigal, ayant adopté le caractère plus fougueux d'une Inanna. Les unes et les autres ont pourtant un point commun : elles rompent avec l'autorité divine. Lilith en abandonnant Adam, désobéissant à Yahvé, Inanna en revenant d'entre les morts, et Ereskigal en épousant Nergal, celui qui lui fut envoyée par les dieux pour la déchoir de son royaume.

Si Lilith a été utilisée comme symbole des femmes remettant en cause l'autorité, par les féministes des années 70, il a fallu attendre Clarissa Pinkola Estés, ethnologue et psychologue, qui, étudiant la psyché féminine, s'empare de ces archétypes antiques de la féminité.

Elle a, ainsi, définit le concept de « la Femme Sauvage » représentation de la féminité, qui articule la part féminine et la part masculine de la femme. Ces études les plus novatrices invitent chaque femme, dans un cheminement, à retrouver la Lilith qui sommeille en elle.

"Cette Femme Sauvage, c’est celle qui accueille nos envies, nos pulsions, notre beauté, et les exprime avec ardeur. La femme sauvage qui se cache au fond de nous veut se libérer de toutes les croyances et verrous culturels." (Clarissa Pinkola Estée).

Lilith n'est pas que cette démone originale. Elle est aussi ce qui était avant les religions du livre. Elle nous rappelle que notre civilisation n'est qu'une infime poussière dans l'histoire de l'humanité.

Lilithement vôtre,

Je remercie tout particulièrement deux des commentateurs de ce blog : Jean-Yves et Nicole pour m'avoir suggéré de retrouver Lilith - et de m'avoir inspiré cet article. 

Astarté

Astarté

Ereskigal (ou Ischtar - elle avait la chouette en plus du lion, en animal tutélaire).

Ereskigal (ou Ischtar - elle avait la chouette en plus du lion, en animal tutélaire).

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Najburg Robert 13/09/2013 18:31

Lilith est la première femme d'Adam qui était son égal. Adam demande à son créateur de lui donner une autre compagne car, elle était infernale. Lilith à rejoint le monde des ténèbres. Ève a remplacé Lilith.

piemgo 06/11/2013 00:26

Les ex-femen belges s'appellent Liliths et veulent s'attaquer aux racines chrétiennes.

Jean-Yves 13/09/2013 16:52

Voilà de vieux souvenirs scolaires que cette évocation des mythologies Mésopotamiennes et Sumériennes... Depuis la 6ème, je ne m'étais pas plongé dans l'histoire de ces civilisations...
Grâce à "La Maçonne" voilà qui est fait et qui sera prolongé. A se connecter à tout un ensemble de références plus ou moins sérieuses, la F.°.M.°. perd souvent en crédibilité "moderne" pour les nouveaux de la confrérie. Cependant, j'aime bien cette chronique qui restitue un ensemble ésotérique des croyances anciennes, reliées aux archétypes référentiels constitutif de notre humanité. A ce titre, un bel ouvrage offert par un beau-frère vétérinaire-homéopathe* (profane mais pas que...), pose un regard subtile et riche de connaissance ésotérique mais aussi scientifique, c'est le livre de Annick de Souzenelle "La symbolique du corps humain". Il m'étonnerait que notre "Maçonne" ne lui consacre pas une chronique un de ces jours...
Un profond merci pour cette conclusion:>
Dans la chaîne d'union de la première tenue de ce soir, Lilith la Maçonne sera avec moi...
TXB

* Pierre Froment, vétérinaire- homéopathe à Vernoux en Vivarais, auteur d'un ouvrage passionnant intitulé: "Eleveur dis moi qui tu es, je te dirai comment souffrent tes bêtes"

La Maçonne 13/09/2013 17:17

Si Lilith t'accompagne, cela ne pourra qu'être mieux!
Je ne me souviens plus d'avoir étudié la civilisation mésopotamienne à l'école. Il y a un très bon "dictionnaire" dans la collection "Bouquin" qui remet à plat toutes nos connaissances. Conserver ces connaissances est aussi d'espérer pouvoir les transmettre plus tard.
Merci pour ta référence ... je vais tenter de me le procurer.