26 Octobre 2013
Illustration de KA à retrouver sur son site : http://ptitesmaconnes.crokeusedinstant.com/#accueil - "Oui, pourquoi devant?"
Obédience « faite par des femmes pour des femmes », dès son premier convent le 30 janvier 1946, Anne-Marie Gentilly, Grande Maîtresse, déclarait :
« Notre institution, pour meurtrie qu'elle soit, est constituée. Nous sommes bien faibles, puisque seul un tiers de noter organisme a renoué la chaîne d'union. Il ne dépend que de nous-même de la développer, de la faire grande, forte et belle et de lui faire jouer le rôle national et international que nous ambitionnons ».
« Bien faibles » l'expression est un doux euphémisme et une telle déclaration peut paraître être d'un bel utopisme. Elles étaient, après guerre, 94 sœurs, réparties en cinq loges, sans argent, dans des locaux incommodes. Elles organisaient non seulement une obédience en France mais aussi mettaient la première pierre à une réflexion internationale.
C'est dès les années 60, que des sœurs de la GLFF se déplacent hors des frontières pour ouvrir les premières loges.
La première loge de la GLFF, ouverte à l’étranger, le sera en Suisse : Lutèce, à Genève, en 1964,suivie de deux loges en 1970 et 1977.
Puis, c’est en Belgique que la GLFF ouvre des loges: Irini, à Bruxelles, en 1974, suivie de trois autres loges les années suivantes.
En 1975, la GLFF comptait, quant à elle, 2568 femmes.
La fondation de loges et d'obédiences à l'étranger a conduit la GLFF à réfléchir autant aux moyens qu'à la philosophie. L'initiation des femmes est, bien sûr, au cœur du sujet, mais aussi la transmission d'une démarche et l'indépendance des femmes.
Toutes les sœurs de la Grande Loge Féminine de France (GLFF) sont sensibles (et sensibilisées) à la réflexion du développement international. Chaque fondation de loges à l'étranger est votée dans toutes les loges. Une ligne budgétaire spécifique est votée au Convent. Les projets de développement, les témoignages de sœurs et des loges hors hexagones sont discutées lors des Tenues de Grande Loge et mis aux ordres du jour. C'est d'ailleurs un document de la GLFF qui m'a été remis (avec autorisation) qui me sert de trame à cet article.
La GLFF est attachée à la philosophie de transmission définie lors de l'allumage des feux de la célèbre loge « la Rose des Vents » :
"Foyer d’initiation pour les femmes venant d’ailleurs, (…) vous leur donnerez les moyens et ce sera à elles, dans leur propre contexte de poursuivre leur recherche, d’en inventer le contenu, de rechercher leur modèle de pratique."
C'est annoncer un premier principe. Il n'y a pas, pour la GLFF, mission de transmettre une initiation et une démarche franco-française à des femmes « d'ailleurs », mais de leur offrir les moyens de se créer la leur.
Ainsi, la fondation de loges et l'ouverture de nouveaux chantiers à l'étranger doit tenir compte des conditions historiques, culturelles, socio-économiques du pays concerné ainsi que de son paysage maçonnique passé et actuel.
Une autre idée est aussi de permettre aux groupes de sœurs initiées dans un même pays d'accéder à l'autonomie dans des délais raisonnables. Il est primordial pour la GLFF de soutenir des chantiers, dans des pays éloignés, pour les voir aboutir à la création de loges et ensuite d'obédience. Il n'est pas question de constituer un « empire coloniale » de la GLFF et de tenir sous tutelle des sœurs étrangères, qui sont par ailleurs pionnière en leur propre pays et qui, déjà, sont dans leur société le plus souvent autonomes et progressistes. Dès que trois loges dans un même pays existent, une obédience indépendante doit être fondée dès que possible. A titre personnel, j'ajouterais même que dès qu'une loge est fondée, il est entendu que deux autres fondations puissent se suivre.
La GLFF a montré depuis les années 60 – et il faut le dire pour une jeune obédience rapidement – dans un contexte maçonnique difficile pour les femmes, une forte détermination et un esprit inventif et même pragmatique. D'une question sur le développement international, elle a trouvé deux moyens uniques qui portent le nom d'une loge « la Rose des Vents » et d'un collectif de loges « le Creuset Bleu ».
L'idée de fonder la loge connue sous le nom de « la Rose des Vents » est venue à quelques sœurs suite à l'initiation de femmes togolaises dans la loge « Unité » en 1977. Ce sont 33 fondatrices, et le projet lui-même est impulsé par Gilberte Coloneri, Ginette Eboué et Liberté Morté. La maintenant célèbre « Rose des Vents » est fondée le 12 mars 1978, sous le numéro 92 à Paris. La première loge togolaise « Fleur des temps » est fondée trois ans plus tard.
« Si cette loge est née armée de notre culture occidentale, elle possède un destin bien particulier : le monde est à elle. Elle veut toucher des femmes vivants loin de notre histoire dans une autre histoire, différente de ce que nous pouvons connaître. »
Utopie, sûrement. Mais quel incroyable destin pour cette loge et les femmes qui l'ont suivi !
La « Rose des Vents » est devenue un laboratoire. Elle a permis la fondation de plus de 20 loges à l'étranger. Toujours active, elle a plusieurs « chantiers ».
Les sœurs sont initiées soit à Paris, soit dans leur propre pays par la « Rose des Vents ». Elles constituent ainsi un petit noyau, formant un triangle. Elles reçoivent leurs instruction pour les apprenties et compagnonnes par correspondance. Une fois le nombre de sœurs requis, une première loge est fondée. La « Rose des Vents » travaille au REAA.
En 2002, à la demande de sœurs travaillant au Rite Français, le Conseil Fédéral a transmis à un collectif de loges deux projets à l'étranger : Jérusalem (Israël) et Riga (Lettonie), suivie d'une troisième en Bulgarie. En 2005 est fondé le collectif « le Creuset Bleu » qui réunit plusieurs loges au Rite Français investies dans une démarche de développement à l'international. Un nombre de loges importantes permettent l'initiation de 8 à 10 profanes le même jour dans plusieurs loges. Ensuite les sœurs françaises se rendent dans le pays tous les trois mois, ouvrent une tenue, assurent les instructions et élévations. Cette solution permet aux femmes de pays étrangers d'avancer aussi vite qu'une française, tout en bénéficiant d'une dynamique grâce aux tenues.
Afin de pouvoir en toute transparence mettre en oeuvre des chantiers à l’étranger
la GLFF a également créé une structure tripartite, composée de la Grande Maîtresse et de 2 Conseillères Fédérales, 3 soeurs élues par Le Creuset Bleu, et 3 soeurs élues par la Rose des Vents.
Lorsqu’un projet international est soumis au Conseil Fédéral, il convoque la structure tripartite, qui examine le dossier constitué et décide, au vu des divers éléments et des
chantiers actuellement en cours, de confier le projet au Creuset Bleu ou à la Rose
des Vents.
Partir de quelques femmes pour fonder une première loge peut demander plusieurs années. La Grande Loge Féminine de France et ses premiers noyaux de sœurs débutent, en effet, partout dans le monde sans aucune structure existante (sauf cas particulier), sans aucune aide et ne peut finalement se reposer que sur elle.
Penser l'initiation des femmes, le développement d'une maçonnerie féminine à l'étranger, c'est pour la Grande Loge Féminine de France quitter le confort de l'européenne et de l'occidentale. C'est ouvrir en France des débats qui seront utiles – et même vitaux à l'étranger. C'est avoir fait auparavant un travail définissant une maçonnerie féminine.
Si certains et certaines se demandent encore la nécessité d'une obédience féminine, il y va non pas de la seule France, de l'unique Europe, mais de toutes les femmes, en leur offrant l'indépendance et la sécurité qu'une obédience féminine permet.
En 1979 (déjà), Yvonne Dornès formulait l'ambition de la GLFF ainsi :
« Les femmes ont un rôle à jouer. Nous ne voulons plus nous contenter de toujours endosser les positions masculines, d'autant que nous voyons certains maçons s'aligner les positions de l'Eglise catholique dans un même mépris des femmes et que nous voyons d'autres considérer que la maçonnerie doit être un groupe de pression politique. Là n'est pas notre conception. Nous pouvons grâce à la libération que nous trouvons dans le travail maçonnique, oser enfin être autonome, oser penser, oser créer, oser croire en notre propre démarche initiatique. Nous devons rejeter toute idée de soumission, toute complaisance, sous couvert de non-agressivité, envers les stéréotypes en usage. C'est ainsi que nous perpétuerons la Tradition en cherchant un nouveau langage. »
Lilithement vôtre,
Les sources de cet article sont : Que sais-je ? « La Grande Loge Féminine de France » de Marie-France Picart, dont lequel j'ai repris la citation me servant de conclusion et l'historique de la fondation de la loge « la Rose des Vents ». « La Politique du Développement à l'internationale de la GLFF » que les sœurs de la GLFF trouve sur leur site Extranet. Il a été rédigé en 2006 à l'occasion d'un convent et son auteure m'a envoyé une mise à jour. Sont repris presque intégralement : le Creuset Bleu, et la liste des loges et obédiences en fin d'article. J'ai respecté, en outre, le plan de ce document. Sont repris de même, de ce document, les citations de 1946 et celle concernant la « transmission ». J'ai repris de son auteure originale l'expression (que j'avais apprécié et l'idée bien sûr) sur « l'empire colonial ». Pour le reste de cet article de l'introduction, le développement de la philosophie de la GLFF, les choix des citations (que l'on retrouve dans le Que sais-je ? ), la conclusion et tout autre passage, ils sont intégralement de moi. La Grande Loge Féminine de France : http://www.glff.org/ Wikipédia présente un article sur la Grande Loge Féminine de France : http://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_Loge_f%C3%A9minine_de_France
au Luxembourg: Ermesinde, en 1980 et d'une loge début 2000.
au Portugal :Unidade e Matria, en1983 et Lusitania en 1988, à Lisbonne, puis de deux loges début des années 90.
En Espagne : Luz Primera, à Barcelone, en 1984, Asyiah del Canigo, à Gerone, en 1991 Yetzirah de Montserrat, à Barcelone.
En Hongrie : Une première loge en 1990.
En Pologne : une première loge en 2000 et la suivante onze ans plus tard.
En Lettonie, une première loge en 2007
En Serbie, une première loge en 2007
En Bulgarie, une première loge en 2009
En Roumanie, une première loge en 2010
En Afrique, la première loge, Fleur des temps, est créée à Lomé, au Togo, le 9 février 1981. 7 autres loges ont été créées depuis au Bénin, Cameroun, Congo, Gabon et au Sénégal
A Maurice, deux loges en 1983 et dans les années 2000.
Au Venezuela, América, en 1991, à Merida, Despertar, à Barquisimeto, en 1999 et Puerta del Sol à Caracas (2005)
n Israël, deux loges, dont la première en 2003, et la suivante en 2013
Au Maroc : une première loge en 2010.
(ce sont généralement des groupes de soeurs initiées constituées en triangle) :
De nouveaux chantiers sont ouverts au Liban (Beyrouth), en Lituanie (Vilnius), en Russie
(Moscou et St Pétersbourg) en Croatie, en Bulgarie (Svishtov), en Macédoine (Skopje), au
Cameroun (Yaoundé), au Burkina Fasso (Ouagadougou), au Maroc (Rabat), en Tchéquie
(Prague).
Le temps venu, les loges créées se sont regroupés en obédiences nationales auxquelles la GLFF a remis une patente d’obédience
- Grande Loge Féminine de Suisse (1976)
- Grande Loge Féminine de Belgique (1981)
- Grande Loge Féminine du Portugal (1997)
- Grande Loge Féminine du Venezuela (2005)
- Grande Loge Féminine d’Espagne (2005)
Ces obédiences, à leur tour, poursuivent le travail de transmission et de développement
international : Elles se retrouvent au « Centre de liaison de la Maçonnerie Féminine »
(CLIMAF), créé en à l’initiative de la GLFF, la GLFS et la GLFB.
Y participent également les Grandes Loges Féminines d’Italie, d’Allemagne et de Turquie.
La présidence du CLIMAF est tournante et un grand colloque international est organisé tous les 2 ans, par chaque obédience, à tour de rôle. Les thèmes choisis concernent toujours un sujet relatif aux femmes.
Des relations étroites ont été établies avec d’autres grandes loges féminines, en particulier d’Amérique latine et du sud. Des protocoles ont été signés avec la Grande Loge Féminine du Chili (1991), la Grande Loge Féminine d’Argentine (2006), la Grande Loge Féminine d’Uruguay (2013).